Ianto
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Ianto Jones se réveilla à l'aube et les événements de la veille lui revinrent tout de suite en mémoire. Curieusement il ne ressentait aucun regret. Il se rendit compte que pour une fois il avait fait passer ses désirs avant ceux de Jack. Il en avait eu envie, il l'avait fait. Il savait que Jack en souffrirait, il avait toujours voulu garder Ianto pour lui seul, ne voulant pas, sans jamais le dire qu'il ait des rapports avec d'autres personnes. C'était une espèce d'accord tacite qui s'était installé entre eux deux. Au profit de Jack, bien sûr. Le capitaine était un homme incroyablement possessif avec lui, Ianto s'en était rendu compte à maintes reprises.
Jusqu'à présent le jeune gallois n'avait pas été vraiment attiré par d'autres hommes. Jack avait été son premier. Cela s'était passé le soir de leur retour de ce village de dingues dont les habitants se transformaient en cannibales tous les dix ans.
Et donc le Colonel Sheppard était son deuxième. Deux hommes différents et qui pourtant avaient bien des points en commun, songea Ianto en fixant le plafond. Question caractère ils se ressemblaient plus qu'ils n'auraient voulu l'admettre. Ils étaient tous les deux très conscients de leur charme et de leur pouvoir de séduction et ils en abusaient. Ils flirtaient avec tout ce qui bougeait, ils étaient également imbus d'eux même, beaux et, sous leur apparence désinvolte, rigoureux, exigeants, sévères. Très protecteurs envers les membres de leur équipe, prêts à tout pour eux. Impitoyables quand il le fallait. Ianto savait que lors d'une mémorable tempête John Sheppard avait sans sourciller envoyé à la mort d'une manière atroce une soixantaine de Génii en refermant le vortex juste avant leur passage. Jack n'était pas en reste non plus. Ianto ne pouvait plus compter le nombre de fois ou il avait envoyé à la mort ou sacrifié des humains et des aliens. Toujours pour de bonnes raisons, bien sûr, songea t-il une boule dans la gorge en se rappelant cette petite fille, Jasmine que Jack avait sacrifié en la livrant aux fées ou Lisa, abattue par les membres de son équipe. Tous les deux, John et Jack n'avaient pas peur de prendre leurs responsabilités, même s'ils devaient en faire des cauchemars pendant des mois.
Physiquement ils étaient tous les deux grands et minces. Beaux à leurs manières. Des traits réguliers. Jack avait une fossette adorable au menton et John une bouche magnifique. John était velu. Il avait une véritable toison qui lui couvrait la poitrine et descendait jusqu'à son ventre, recouverte de gouttelettes de sueur quand il faisait l'amour. Ianto avait trouvé cela très érotique et avait adoré passer la main dans le duvet sombre et bouclé. Jack avait la poitrine pratiquement lisse. Ils étaient tous les deux des amants passionnés et fougueux.
Ianto soupira. Oui, Jack allait avoir mal. Est-ce qu'il se sentirait trahi? Peut-être, mais s'il tenait à son jeune amant alors il reviendrait vers lui. Peut-être même que "l'écart" de Ianto aurait un effet bénéfique et permettrait à Jack d'y voir clair dans ses sentiments. Mais dans le cas contraire? Le jeune gallois grimaça. Il aimait Jack, plus que tout et ce qui s'était passé la veille au soir n'y changeait rien. Un coup en passant, comme dirait Owen, un besoin de se rassurer, de combler sa solitude, une réaction à sa détresse quand il avait découvert au sujet de Jack et Rodney et une attraction physique pour ce Colonel séduisant qui semblait attiré par lui.
Ianto se leva et prit sa douche. Il hésita et revêtit un de ses costumes. Il savait qu'il détonnait sur Atlantis mais cela lui plaisait. Il adorait s'habiller ainsi. Il opta pour une chemise rouge, noua sa cravate, enfila sa veste et se rendit au mess. John était attablé à une table près de la baie vitrée. Il l'accueillit d'un sourire.
-Installe-toi, Ianto. Comment vas-tu ce matin?
-Bien, et toi?
-Super. Je suis content de te voir, déclara John en attaquant ses œufs.
-Moi aussi et je voulais te dire encore merci pour cette super soirée dans le Jumper. J'ai vraiment apprécié la vue...et le reste.
John éclata de rire.
-Moi aussi, Ianto, j'ai trouvé cela...fantastique. Tu as été fantastique, ajouta t-il plus sérieusement.
-J'en ai autant à ton service, sourit le gallois en piquant sa fourchette dans un petit morceau de viande froide. C'est quoi ça ?
-Tu veux vraiment le savoir ? Demanda John avec malice.
-Euh non, pas vraiment. John, je voulais te dire, voilà, j'aime Jack.
Le militaire leva les yeux de son assiette.
-J'aime Rodney. Je l'ai toujours aimé. J'en suis tombé amoureux la première fois que je l'ai vu dans cette base en Antarctique. J'ai cru que c'était le ciel qui m'était tombé sur la tête. Il portait une polaire orange au milieu de tous ces gens en uniforme. On ne pouvait pas ne pas le remarquer. Tiens, comme toi et tes costumes. Vous êtes tous les deux magnifiques.
Ianto rougit.
-John...
-Et vous avez tous les deux cette façon de rougir au moindre compliment.
-Rodney t'aime aussi, ça crève les yeux, alors vous foutez quoi tous les deux?
-Je sais pas. On se fait du mal et c'est vraiment moche. Et toi avec Jack?
-Je ne sais pas s'il m'aime. Jack est spécial pour diverses raisons...
-...dont tu ne peux pas me parler, je sais, termina John pour lui. Mais la manière dont il te regarde, passe son temps avec toi, te parle...Et il est foutrement jaloux ! Cette façon qu'il a d'intervenir à chaque fois que nous parlons tous les deux. Il me voit comme un danger pour vous deux.
-J'espère que tu as raison, souffla Ianto.
-Je suis sûr d'avoir raison, répondit John en vidant son verre de jus d'orange d'une seule traite. N'empêche que je ne regrette rien pour hier soir. J'en ai aimé chaque instant.
-Moi aussi, admit Ianto mais n'y aura pas d'autre fois.
-Nous le savions tous les deux, convint John. Tu ne finis pas ta viande ?
-Tu m'as mis un doute, rit le gallois avec une petite moue.
John éclata de rire.
-Tiens, prends ma pomme. Alors major Lorne, comment ça va ce matin ? demanda t-il au militaire qui s'approchait de leur table accompagné de deux des membres de Torchwood. Owen, Gwen, installez-vous.
-Salut, t'as passé une bonne nuit, teaboy ? S'enquit Owen.
-Pas mal, répondit le gallois en mordant dans sa pomme. Et toi, tu ne t'es pas senti trop seul?
Owen haussa les épaules.
-Après la visite du colonel qui est venu m'avertir que Jack ne rentrait pas je suis allé me balader. Je me suis rendu au laboratoire de botanique.
-Tu as vu de belles plantes? S'enquit Gwen.
-Putain, tu peux pas savoir. Une variété superbe. Une rousse, absolument exotique, Katie Brown. On a discuté.
-De quoi?
-Ben, de botanique. De plantes, de fleurs, de pétales de..
-De tige ? Suggéra Gwen une lueur dans les yeux.
-Absolument, confirma Owen, elle en connait un rayon là-dessus, remarque c'est sa spécialité. J'ai un rencart pour ce soir.
-Et Laura ?
-Laura vient aussi, elles se connaissent.
Gwen soupira et lui tendit son orange.
-Tiens, tu auras besoin de vitamines.
Lorne, John et Ianto avaient suivi l'échange amusés. Le major se laissa tomber sur un siège et saisit la tasse de café sur son plateau.
-Vous savez comment je vais, pour répondre à votre question de tout à l'heure ? Demanda t-il au Colonel, et bien sans vouloir vous manquer de respect, comme quelqu'un qui a passé une partie la nuit à établir les rapports urgents que son officier supérieur lui a généreusement laissé à faire, répliqua le militaire en grimaçant. Sinon j'ai eu une conversation radio avec Elizabeth ce matin. Le capitaine Harkness l'a rendu à moitié folle lors des entretiens avec le CIS. Elle ne jure maintenant que par McKay et elle interdit désormais que l'on critique l'attitude de Rodney lors des réunions. Il parait qu'elle ne s'était jamais rendu compte que c'était un ange de patience et d'attention.
John ouvrit de grands yeux. Gwen éclata de rire.
-J'imagine tout à fait Jack entouré de ces bureaucrates et obligé de répondre à des questions! Il a dû leur en faire voir de toutes les couleurs!
-Surtout à Elizabeth qui a dû rattraper le coup à chaque fois. Il parait que le capitaine s'est faufilé par une sortie de secours pour lui échapper hier au soir. Ils l'ont retrouvé planqué sous le lit de Walter Harriman qui a failli faire une crise cardiaque quand il est entré dans sa chambre et qu'il a vu un bras dépasser. Vous imaginez le tableau! Le capitaine ne voulait pas sortir et c'est Teal'c qui l'a tiré de sous le lit, ensuite ils l'ont livré à Elizabeth.
-Pauvre capitaine Harkness, il a dû dérouiller, commenta John avec un plaisir évident. Je sais de quoi je parle, j'y suis déjà passé. Quand Elizabeth est remontée, sauvez-vous de devant. Rodney aussi y a eut droit après Doranda. Ça a résonné dans tout le gateroom.
-Ouais, je m'en souviens, renchérit Lorne. mais rassurez-vous, dit-il à Ianto, il est toujours vivant.
-Je n'en doute pas, répondit le gallois. Il n'y a rien qui puisse abattre Jack Harkness.
-J'aurai bien voulu être une petite souris pour voir ce qu'elle lui a mit parce que c'est sûr qu'il ne va pas s'en vanter, commenta Owen.
-Moi aussi soupira Gwen.
-Pareil, renchérit Ianto.
-Bon, si nous allions jeter un coup d'œil à ces rapports ? Suggéra le colonel Sheppard au major en se levant.
Lorne termina rapidement son café.
-Allons-y.
-À plus tard, les salua le militaire. Bye, Ianto, ajouta t-il avec un grand sourire.
-Salut John, répondit le jeune gallois et...merci pour la pomme.
-De rien ! Rit le colonel.
Les deux hommes quittèrent le mess.
-John? Ianto? Questionna Gwen d'air air soupçonneux.
-Et alors ?
-Dis-nous tout, teaboy, on est tout ouïe.
-Et morts de curiosité, renchérit Gwen.
-Vous voulez savoir quoi?
-C'était comment?
-De quoi vous parlez? Demanda Ianto en déposant son trognon de pomme dans un coin de son assiette. Délicieux, vraiment délicieux.
-C'était...délicieux ? Questionna Gwen avide de renseignements salaces.
-Oui, ce petit déjeuner était délicieux, répondit Ianto en s'essuyant soigneusement les mains avec sa serviette. Il saisit son plateau et se leva. Bonne journée tous les deux! Ajouta t-il avec un sourire joyeux.
Owen et Gwen grimacèrent.
-Tu parles d'un coéquipier, ronchonna Owen.
-Ouais il ne partage même pas les informations, renchérit Gwen dépitée. Dis, il est mignon Evan lorne, tu trouves pas ?
-Mais tu es déchainée toi! t'as pas honte ?
-...Dit le type qui va se faire deux nanas ce soir.
-Suis pas marié moi, répliqua vertueusement le médecin.
-Pfff! Tiens, qu'est ce qu'il fait Ianto ?
Ils observèrent le jeune homme qui venait de s'assoir en face du Docteur McKay.
-J'en reviens pas, souffla Gwen, mais qu'est ce qu'ils se disent?
-Tu crèves d'envie de le savoir hein?
-Ouais, et toi aussi.
-On est de vraies commères. Allez, viens, déclara le médecin en entrainant sa collègue réticente hors du mess. Ce ne sont pas nos affaires finalement.
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-Vous avez déjeuné, je crois? demanda Rodney en indiquant à Ianto qui venait de s'arrêter à sa hauteur un siège en face de lui.
-En effet, répondit le gallois en s'installant.
Il observa le scientifique engloutir une énorme tasse de café et attaquer une part de pouding. Il y eut un moment de silence. Ianto en profita pour détailler son vis à vis. Un front large, des yeux bleus pétillant d'intelligence, un nez en trompette, une bouche bizarrement tordue qui lui donnait un air absolument sexy et un petit menton saillant, sans parler de ses larges épaules et de ces mains étonnantes qui ne savaient pas rester en place.
-Vous et John, lâcha Rodney. Hier soir.
-Comment le savez-vous?
Rodney haussa les épaules.
-Peu importe; C'est ma cité et je sais tout ce qui s'y passe.
Ianto grimaça.
-Désolé.
-Désolé de quoi ? Vous êtes libre. John est libre.
-Alors pourquoi m'en parlez-vous?
-Je voudrais savoir, vous avez voulu vous venger de ce qui s'est passé entre Jack et moi?
-Non. je n'ai pas attendu ce type, kavanagh pour le savoir. À la minute où j'ai vu Jack revenir de la jetée l'autre jour j'ai su. Me venger? Je crois que vous savez vous même que ce n'est pas la raison, docteur. Je me sentais seul, perdu, largué, et John était là, tout aussi seul...
-Désolé.
-Pardon?
-Je viens de vous dire : désolé, à mon tour. Je suis désolé pour ce qui s'est passé avec Jack, je ne voulais pas vous faire de mal.
Ianto sourit.
-Quand je pense qu'on dit que le grand docteur McKay ne s'excuse jamais !
-On en dit des conneries, soupira Rodney. Vous savez évidement que ce qui c'est passé entre Jack et moi ce n'est pas grand chose.
-Je sais.
-Vous comprenez bien les choses, Ianto, vous êtes perspicace, clairvoyant et intelligent. Surement plus que les babouins que m'envoie le SGC en guise de scientifiques et qui n'ont pas un iota de jugeote.
-Merci. Et ce n'est pas la peine que je vous renvoie le compliment, vous savez à quel point vous êtes intelligent. L'homme le plus futé des...
-...deux galaxies! Termina Rodney.
Ils éclatèrent de rire.
-Et tous deux amoureux des pires têtes de mules...
-...de toutes les galaxies, compléta Ianto à son tour.
-Le capitaine sera là en fin de la matinée, déclara Rodney. Je me demande comment il va réagir.
-Moi aussi, avoua Ianto. Peut-être qu'il s'en foutra. Peut-être que je ne suis pas assez important à ses yeux pour qu'il y accorde de l'importance.
-Dites, vous n'auriez pas essayé de le rendre jaloux aussi ?
-Allez, je dirai qu'il y a un dixième de ça, mais à peine. John est un homme diablement attirant. J'ai succombé, voilà tout.
-Idem pour jack.
-J'espère que ça va aller, répondit Ianto inquiet.
-Vous avez peur que cela se termine en combat de cerfs ?
-Ouais, faut dire que tous les deux avons vraiment l'allure de biches énamourées, lâcha Ianto.
Ils furent pris d'un fou rire monstrueux. Rodney qui venait de reprendre une gorgée de café la recracha dans son assiette. Ianto était plié en deux sur sa chaise. Ils avaient de grosses larmes qui leur coulait sur les joues.
-Je crois que je vais en parler à Teyla, annonça Rodney quand ils se furent calmés. Elle sait toujours ce qu'il faut faire. Moi, dès qu'il s'agit de relations humaines, je suis nul.
-Je ne crois pas, répliqua Ianto. Vous allez travailler sur le champ de force aujourd'hui?.
-Oui, mais il faut auparavant que je me rende sur la planète des enfants. Je dois vérifier le bouclier d'énergie qui les protège des Wraith. C'est mon tour. J'ai essayé de persuader Zelenka d'y aller à ma place mais il ne veut rien savoir. J'ai même essayé de l'acheter avec ma réserve de chocolat, impossible.
-C'est si horrible que ça ? S'enquit Ianto.
Rodney frémit.
-Si vous aviez vu la tête de Radek la dernière fois. Ils l'avaient peint en vert, c'était terrible, même les cheveux.
-Ils voulaient s'amuser certainement. Ce sont des gamins. J'ai moi-même un neveu et une nièce, David et Mica que j'aime beaucoup, ils me manquent un peu.
-Moi aussi j'ai une nièce, Madison, mais les enfants c'est pas mon truc. Ça vous dirait de venir? Proposa Rodney.
-Oui, oui! S'exclama Ianto. J'adorerai.
-Alors rendez-vous à la baie en début d'après midi.
-D'accord, et merci Rodney, vous êtes un type formidable.
-Je sais, répondit le scientifique avec sa modestie coutumière, dommage que tout le monde ne soit pas de cet avis. Et vous, Ianto, vous êtes vous aussi quelqu'un de formidable et Jack Harkness le sait, croyez-moi.
-Je l'espère, déclara Ianto.
-N'en doutez pas. Je vous quitte, j'ai des tas de choses à faire, comme d'habitude. À tout à l'heure !
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À suivre
