Ianto et Rodney

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-Hé, Rodney, vous faites quoi? Questionna Ianto en observant l'autre homme s'allonger à même le sol de la cellule.

-Un instant, souffla le scientifique.

Il posa les mains sur son abdomen et sa poitrine et inspira plusieurs fois lentement.

Ianto s'assit à coté de lui. Au bout d'un moment Rodney se mit à respirer de nouveau régulièrement et finit par se redresser.

-Hyperventilation? Compatit le gallois.

Rodney acquiesça.

-Oui, désolé. Parfois je suis sujet à des crises de panique. Je sais que ce n'est pas bien reluisant mais...

Il haussa les épaules.

-Moi aussi avoua Ianto. Parfois j'ai une trouille pas possible et je me mets à paniquer, mais intérieurement. Les autres croient que je suis de marbre et que j'ai un sang-froid du tonnerre parce que je ne l'exprime pas extérieurement. Mais quand je rentre chez moi après certaines missions je me mets à trembler pendant au moins une heure. C'est terrible.

Les deux hommes reculèrent pour s'appuyer le dos au mur.

-Je me demande ce qu'ils ont fait du lieutenant Lsvenska, dit Rodney.

Ianto grimaça, se remémorant le Wraith s'alimentant du lieutenant Balestra.

-Dites, Rodney, pourquoi les Wraith ne sont pas tous pareils? Celui qui...euh, s'est nourrit du lieutenant tout à l'heure ressemblait à Todd mais les autres sont différents.

-Ceux qui portent des masques sont des guerriers, les autres comme Todd des dirigeants et il y a aussi les femelles, expliqua Rodney, des gardiennes et des reines.

-C'est toute une hiérarchie, commenta Ianto, comme dans une ruche.

-C'est un peu ça.

-Je me demande ce qu'ils vont faire de nous. Pourquoi est-ce qu'ils ne nous ont pas tué ou mis dans un cocon?

-Je ne sais pas, répondit Rodney. Ils veulent peut-être nous interroger. J'espère que Lorne et Parrish s'en sont sortis. De toute façon sur Atlantis ils savent que nous sommes sur cette planète. Ils viendront à notre secours, c'est sûr, ayez confiance.

-Si vous le dites.

-On pourrait se tutoyer, non? Questionna le scientifique

-Pas de problème. Rodney ?

-Ouais.

-Tu n'as pas peur de mourir? Surtout de cette manière?

-J'essaie de ne pas trop y penser, sinon je me mettrais à hurler et paniquer de nouveau, avoua le canadien. Faut pas que je meurs, je suis indispensable.

-Ah? Rétorqua Ianto en souriant malgré leur situation.

-Oui, sur Atlantis ils seraient foutus sans moi, déclara Rodney sans fausse modestie. C'est pratiquement moi tout seul qui fait fonctionner la cité et personne ne comprend comme moi la technologie des Anciens. Ma mort serait une immense perte pour les deux galaxies.

-Ben dis donc, tu as drôlement conscience de ce que tu es ! Commenta Ianto avec un brin d'ironie.

-Yep, je suis un génie, mais je sais bien qu'à coté de ça j'ai des défauts. Asocial, un égo surdimensionné, arrogant, égocentrique, coléreux et un peu trouillard sur les bords. Il y a plein de gens qui me détestent.

-C'est parce qu'ils ne te connaissent pas, l'assura Ianto. Je trouve que tu es un type super.

-Et moi je trouve que tu es quelqu'un de bien, Ianto Jones et certainement plus futé que pas mal de monde.

-Waouh! C'est un compliment venant de toi !

-Je t'en prie!

Les deux hommes firent silence. Ianto soupira. Ils avaient été assommés par les Tasers des Wraith et s'étaient réveillés dans cette cellule. Il avait encore mal à la tête et se sentait endolori de partout. La radio de Rodney avait disparu.

-C'est sinistre ici, reprit-il en se massant les avant-bras, ça craque de partout et tous ces bruits bizarres. T'as pas la trouille Rodney ?

-Je suis terrifié, avoua le scientifique. Essaye de penser à autre chose.

-À quoi?

-À Jack par exemple.

-Il est toujours dans mes pensées. Même quand je pense à autre chose il est là, à quelque part dans ma tête. Tu comprends ?

-Oui, John occupe toujours mes pensées d'une manière ou d'une autre. Il est là, en arrière plan dans un coin de mon cerveau quand je travaille ou que je dois résoudre un problème.

-Je me demande si je vais lui manquer, à Jack ? Il n'aura pas de pas de mal à me remplacer, déclara Ianto d'un ton amer.

Rodney fronça les sourcils.

-Tu lui manquerais, n'en doute pas une seconde et je ne crois pas qu'il te remplacerait si facilement. Tu te trompes à son sujet. Il tient à toi.

-Je veux qu'il m'aime.

-Il t'aime, idiot.

-Mais...

Rodney soupira.

-Tiens, pense à ton ptérodactyle.

-En fait c'est un Ptéranodon.

-Il s'appelle comment déjà ?

-Myfanwy.

-Drôle de nom.

-Myfanwy c'est une chanson galloise très célèbre chez nous.

-Chante-la pour voir.

-En gallois ?

-Pourquoi pas ?

La voix de Ianto résonna grave dans la cellule sinistre:

Paham mae dicter, O Myfanwy,
Yn llenwi'th lygaid duon di?
A'th ruddiau tirion, O Myfanwy,
Heb wrido wrth fy ngweled i?
Pa le mae'r wên oedd ar dy wefus
Fu'n cynnau 'nghariad ffyddlon ffôl?
Pa le mae sain dy eiriau melys,
Fu'n denu'n nghalon ar dy ôl?

Ianto fit une pause.

-Ça te plait ?

-C'est beau, continue.

Pa beth a wneuthum, O Myfanwy
I haeddu gwg dy ddwyrudd hardd?
Ai chwarae oeddit, O Myfanwy
 thanau euraidd serch dy fardd?
Wyt eiddo im drwy gywir amod
Ai gormod cadw'th air i mi?
Ni cheisiaf fyth mo'th law, Myfanwy,
Heb gael dy galon gyda hi

Myfanwy boed yr holl o'th fywyd
Dan heulwen ddisglair canol dydd.
A boed i rosyn gwridog iechyd
I ddawnsio ganmlwydd ar dy rudd.
Anghofia'r oll o'th addewidion
A wnest i rywun, 'ngeneth ddel,
A dyro'th law, Myfanwy dirion
I ddim ond dweud y gair "Ffarwél".

Ianto se tut.

-Tu as une belle voix, remarqua Rodney.

-Merci. Et toi tu aimes chanter?

-Un peu. J'aime la musique. Quand j'étais petit je jouais du piano mais mon professeur a jugé que je jouais de manière "chirurgicale", qu'il n'y avait pas d'âme dans ma musique. J'ai arrêté et je me suis tourné vers la science.

-Tu as arrêté parce qu'un type t'as fait une remarque ? S'étonna Ianto.

-Déjà à cet âge là je ne visais que l'excellence, se défendit Rodney. Je n'aime pas la médiocrité.

-Et tu t'es privé de quelque chose que tu aimais, argua le jeune gallois.

-Yep!

-Pff!

Rodney grimaça.

-Ouaip, t'as raison.

Ils échangèrent un sourire et se penchèrent l'un vers l'autre. Leurs lèvres se rencontrèrent. Ce fut un baiser long et doux, sans passion sexuelle ni urgence. Un baiser de tendresse et de réconfort. Puis ils se séparèrent.

-Ils vont venir, souffla Rodney en appuyant son front contre celui de l'autre homme. John et jack. Bientôt ils seront là, il faut avoir confiance.

-J'ai confiance, murmura Ianto, c'est juste que cet endroit me fout la trouille.

-Moi aussi, lui accorda Rodney, moi aussi. Faut que je m'occupe l'esprit, n'importe quoi ! Tiens, 3.141592653589...

-Tu veux pas plutôt que je t'apprennes Myfanwy en gallois ?

-Euh, bo...bonne idée, bredouilla Rodney, bon, allons-y.

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-Deux Jumpers ? Interrogea le capitaine Harkness en se décalant sur le siège du copilote.

-On ne sait jamais, répondit John. Nous seuls seront vraiment opérationnels. L'autre restera en orbite et attendra en cas de besoin. Nous ne pouvons pas débarquer avec une armada. Ecoutez, ce n'est pas la première fois que nous avons affaire aux Wraith, nous connaissons leur manière de procéder.

-Faites-nous confiance, Jack, renchérit Teyla en posant une main sur l'épaule du capitaine.

-S'il arrivait quelque chose à Ianto...gronda Jack.

Teyla resserra la pression de sa main.

-Ayez confiance, nous le ramènerons sur Atlantis.

Elle vit John se contracter imperceptiblement.

-Nous les ramènerons, rectifia t-elle.

John hocha la tête.

-Comment allons-nous les trouver ? S'ils ont quitté le Jumper pour se mettre à l'abri ça ne va pas être facile, fit remarquer Tosh.

-Ils ont dû prendre leurs casques radio, répondit John, ils n'ont pas quitté le vaisseau comme ça. Lorne a dû y veiller.

-Et s'ils se sont fait capturer ? S'enquit Owen. Bon, je ne veux pas vous alarmer mais c'est une théorie à envisager. Ça m'étonnerait que les Wraith leur laisse des radios.

-Rodney a un émetteur sous-cutané qui nous permettra de le repérer, précisa le colonel en bénissant pour la première fois le CIS qui avait imposé ceci.

Parfois ils se rendaient sur terre pour raison professionnelles ou personnelles et ils n'étaient pas à l'abri d'un enlèvement. Rodney avait hurlé, bien entendu. On touchait à sa sacro-sainte liberté et en plus, arguait-il il n'aurait plus de vie privée. Il pourrait être pisté à la trace. Le CIS s'était montré inflexible. Pour une fois O'Neill avait soutenu l'organisation et Elizabeth elle-même leur avait donné raison. Rodney avait dû s'incliner et c'était un médecin terrorisé de la Devlin Medical Technologies qui était venu implanter l'émetteur à un Rodney vociférant. John avait passé les heures suivantes à essayer de calmer l'irascible scientifique puis, à bout d'argument avait employé les grands moyens et Rodney s'était retrouvé nu en un tour de main, la bouche de John collée à la sienne, ensuite il avait été trop occupé pour penser à autre chose.

-Ça va nous aider, commenta Gwen. Un émetteur, c'est une bonne idée ça. On devrait en coller un à Jack.

-Ouais, comme ça on saurait où il va des fois, approuva Owen. Il a une fâcheuse tendance à disparaitre et...

-C'est pour mon travail, se défendit le capitaine en grimaçant.

-Bien sûr, on y croit, rétorqua Gwen avec un sourire mauvais. C'est comme l'hiver dernier qui était glacial et que tu n'as pas voulu nous accorder de congés. Il avait soi-disant une conférence importante en Ecosse avec Martha Jones, un médecin de l'UNIT que nous connaissons et il est allé se prélasser avec Ianto dans une ile sous les tropiques pendant que nous on se gelait à Cardiff.

-Il a fait ça ? Demanda John intéressé.

-Ouais, mais ce qu'il n'avait pas prévu c'est que sa vieille amie Martha Jones débarquerait au hub. Elle était justement de passage à Cardiff et voulait faire une petite visite surprise à notre Pinocchio national.

-À son retour on l'a fait avouer, continua Tosh. Ça a été dur. Il a fallu le menacer un moment. On l'a pratiquement retenu en otage dans son bureau jusqu'à ce qu'il avoue.

-Un chef a besoin de se détendre, allégua Jack.

-Mmouais, bien sûr, grogna Owen, on connait la chanson.

-Dis, au fait, tu vas manquer ton rencart avec ces dames, se réjouit Gwen.

-T'inquiète, je vais revenir en héros, rétorqua le médecin. Les femmes ne résistent pas à ça.

-Les prend pas pour des connes quand même, ce sont des têtes, pas le genre de poules que tu as l'habitude de lever à Cardiff. Et puis Laura elle en a vu d'autres.

-Oui mais Katie m'a l'air d'être d'une autre trempe. Une petite fleur délicate, comme celles qu'elle cultive.

-Ta petite fleur fait déjà des galipettes avec Laura, d'après ce que j'ai compris. Pas si innocente que ça. Fais gaffe, elle risque de sortir ses épines, persifla Gwen.

-Tant mieux, j'aime ça, répondit Owen avec un sourire content.

Il se renversa sur son siège et ferma les yeux, l'air satisfait. Tosh se demanda s'il s'imaginait déjà à l'œuvre avec les deux femmes. Elle pariait que oui.

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Jack contemplait sans vraiment le voir l'écran intuitif sur la fenêtre du Jumper. Il fallait qu'il retrouve Ianto. Il se sentait coupable. Déjà parce que c'était à cause de lui qu'il était parti sur cette planète avec Rodney, il en était sûr, quoique même s'il n'y était pour rien cela n'aurait pas changé grand chose, mais surtout parce qu'il tenait à lui. Fort, très fort, plus qu'il l'avait imaginé. Il fallait qu'il risque de le perdre pour prendre conscience de ses sentiments. Putain, oui, il était amoureux de Ianto et c'était terrible parce qu'un jour il le perdrait, inéluctablement. Mais en attendant ils pouvaient vivre et s'aimer. Intensément parce que le temps de leur vie commune leur était compté. Il avait fait une grave erreur, il avait négligé les sentiments de son amant, il avait cru que Ianto était acquis, comme une possession en quelque sorte. Toujours là, présent, à sa place, répondant à ses désirs, ses besoins sans rien demander en retour. Jack se rendait compte à quel point il s'était montré égoïste. Il avait fait souffrir Ianto de cent manières mais il allait le retrouver, il le fallait et le jeune gallois saurait qu'il était l'homme le plus aimé du monde, même si cela ne devait durer que le temps de sa vie. Et après...ce n'était pas la peine d'y penser. Il jeta un coup d'œil du coté de Sheppard. Il avait la pommette droite salement amochée et se mordillait nerveusement les lèvres. Il songea que le colonel devait être aussi mort de trouille pour Rodney que lui l'était pour Ianto.

-On va les tirer de là, John, on va tout faire pour.

-Oui, s'il arrivait quelque chose à Rodney il ne me pardonnerait jamais de n'avoir pas tout essayer pour le sauver, tenta de plaisanter l'américain mais sa voix se brisa à la fin de sa phrase. Désolé, s'excusa t-il en déglutissant, je...je ne pourrai pas supporter de le perdre.

-Je comprends, murmura Jack. Moi aussi, si je perdais Ianto...

John s'essuya le front et se concentra sur le Jumper. Teyla s'installa derrière lui à un écran de contrôle.

Le silence se fit. Tosh travaillait sur son ordinateur portable. Gwen discuta un moment avec Ronon puis finit par s'endormir. Owen gardait les yeux fermés perdu dans ses fantasmes associant Laura et Katie.

-On arrive en vue de la planète signalée par le Docteur Parrish, indiqua Teyla deux heures plus tard.

Les autres sortirent de leur léthargie. Le colonel donna l'ordre à Jumper 3 de se tenir en orbite, prêt à intervenir s'ils en recevaient l'ordre.

-On va bientôt arriver à portée de signal radio, commenta Teyla. On essaye de les contacter ?

À leur grand soulagement une voix leur répondit. C'était le major Lorne.

-Major, où vous trouvez-vous? Nous essayons de vous localiser mais nous sommes encore trop loin, signala John Sheppard.

-Soyez prudent, colonel.

-Faites un rapport.

-Après avoir détecté le vaisseau ruche sur la planète j'ai décidé que nous devions nous mettre à couvert dans les bois. Un Dart nous a survolé, nous nous sommes donc séparés pour éviter de nous faire cueillir tous ensemble et le sergent Meyer s'est trouvée prise dans le rayon. McKay et Ianto Jones ainsi que les lieutenant Balestra et Lsvenska ont couru vers la forêt, Parrish et moi nous sommes mis à l'abri de notre coté.

-Pas d'autres victimes ?

-Si, Parrish et moi avons trouvé...

Ils sentirent tous l'hésitation dans la vois du Major. John sentit ses entrailles se tordre. Il vit du coin de l'œil Jack Harkness agripper le bord de son siège.

-Dépêchez-vous major.

-Nous avons trouvé le corps du lieutenant Balestra. Ils l'ont complètement vidé ainsi que les casque radio de McKay et Lsvenska écrasés au sol mais pas d'autres corps. On dirait que les Wraith les ont emmené. D'après les traces ils étaient une petite dizaine.

-Ils les ont donc transporté sur le vaisseau-ruche, réfléchit le colonel. Nous ne sommes pas venus seuls. Je vous mets en rapport avec Jumper 3. Pour l'instant nous ne pouvons pas vous récupérer sans alerter les Wraith et je veux agir avant. Je pense que vous comprenez ?

-Pas de problème, répondit le Major saisissant le message. Compris.

-Faites attention à vous, Lorne. Terminé.

-Vous avez quelque chose à l'esprit Colonel? S'enquit le capitaine Harkness.

-Oui, j'ai une idée, répondit le militaire avec un sourire. Il pivota sur son siège et dévisagea ceux de Torchwood.

-Ça vous dirait de visiter un vaisseau-ruche ? Proposa t-il.

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À suivre.