Voici un deuxième chapitre à cette petite fanfic sur ToA, il concerne Luke et Guy. D'avance, je m'excuse pour la qualité de ce chapitre, qui est peut-être moins bon que le premier. Désolée d'y avoir porté moins de soin malgré tout le temps passé à le rédiger, je crois que je manquais d'inspiration vers la fin. Voilà, si vous êtes pas trop déçus, je vous souhaite une bonne lecture!
Ce que j'aimerais
Bien que ce n'était désormais plus son rôle, Guy s'invitait au manoir des Fon Fabre en tant qu'humble serviteur. Ils pensaient tous avoir vaincu Van à la porte de l'absorption et chacun était reparti de son côté, Guy n'échappait pas à la règle. Cependant, il n'avait pas envie de récupérer ses titres de noble de Malkuth. Il était simplement Guy, et aimait ce qu'il était devenu. C'est pourquoi, il avait décidé de retourner aux côtés de Luke, dans la demeure de Baticul.
Le temps était radieux, le soleil haut dans le ciel, et le servant blondinet aidait Pere à faire le jardinage. « C'est plus vraiment de votre âge de vous baisser pour ramasser les feuilles mortes ! » Lui répétait-il sans cesse, ignorant la réponse qui était toujours la même : « C'est mon travail, je dois le faire. » Ce n'était pas comme s'ils se disputaient pour le râteau, mais un œil extérieur pourrait s'y méprendre. Las de tout, Luke les observait depuis la fenêtre de sa chambre.
Cela faisait des jours qu'il restait enfermé dans le manoir sans rien faire. Quand on le croisait, son air dépité poussait à croire qu'il était malade, du moins, c'est ce que s'imaginait Guy, au début... En effet, quand on lui posait la question, Luke affirmait que tout allait bien, et c'est ce qui intrigua le blondinet. Si Luke ne se plaignait pas, c'est que quelque chose ne tournait VRAIMENT pas rond, et le serviteur ne voulait pas lâcher l'affaire. Quand il remarqua qu'il commençait à irriter son ami avec ses questions, il eut la certitude qu'il ne s'était pas trompé et décida d'adopter une stratégie différente. Maintenant, dès que Guy approchait Luke, ce dernier soupirait profondément, comme s'il allait encore subir un interrogatoire. Pourtant, il n'en fut rien...
- « Pffffff... » Luke soupirait, accoudé sur le rebord de sa fenêtre. Il regardait dans le vide, pensif, quand il reçut une poignée de feuille desséchées en pleine figure. « Qu'est-ce que... Guy ! » Son ami lui fit un clin d'œil.
- « Tu rêvasses un peu trop à mon goût, alors que moi je me tue à la tâche ! » Il essaya de provoquer son ami, pour le sortir de sa torpeur. La réponse se fit attendre un moment, comme si Luke avait du mal à réfléchir.
- « En même temps, tu peux bien bosser un peu, pour toutes les fois où tu fais semblant... Et puis, personne ne t'a obligé à revenir nous servir. » Cette réplique jeta un froid, Guy grimaça. C'était blessant, Luke ne se rendait pas compte du poids de ses mots, et il était grand temps que le blond prenne les choses en main.
- « Hé ! C'est pas sympa, ça ! Après tout ce que j'ai fait pour toi, c'est pas très charitable ! C'est fou ce que ça donne envie de venir te voir ! » Se défendit-il. Luke changea de position, mal à l'aise. Il avait d'autres choses à penser que de se disputer avec Guy, surtout qu'il souhaitait absolument éviter les conflits depuis la chute d'Akzeriuth. Il ne tenait pas à reperdre la confiance de ses amis.
- « Désolé... Je ne pensais pas ce que j'ai dit. » S'excusa t-il. Son serviteur fit un bond en arrière, Luke écarquilla les yeux. « Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
- « Ouah ! Ça me fait toujours bizarre de t'entendre t'excuser ou de remercier quelqu'un ! Le prends pas mal, ce sont juste les vieilles habitudes qui reviennent ! » Répondit-il, avec les même attitudes que s'il s'était trouvé nez à nez avec une femme. Son maître ne savait pas trop quoi ajouter.
- « … Faudrait savoir, tu me sermonnes et après tu ne veux pas de mes excuses ? » Interrogea t-il. Guy s'empressa de se reprendre :
- « Ah non non non non non, je n'ai pas dit ça ! Ta politesse est juste trop récente, mais je m'y habituerai vite ! »
- « Très drôle Guy... » Luke s'était assis sur le rebord de la fenêtre et appuya sa tête contre le mur, comme s'il avait besoin d'un soutien. Son regard était fuyant. De toute évidence, il n'était pas très concentré sur leur conversation. Le serviteur l'observa, inquiet. Il se rapprocha, lui apposa une main sur son front, et compara avec sa propre température grâce à l'autre main. Le rouquin sursauta un peu au contact de la peau, mais il ne broncha pas plus.
- « … Tu m'inquiètes Luke ! Tu sais très bien que tu peux te confier si quelque chose ne va pas ! C'est à ça que servent les amis ! S'exclama le blondinet.
- « Mais j'ai rien du tout ! Je suis juste fatigué et je m'ennuie ! Et puis retourne aider Pere, tu seras plus utile ! » S'emporta le replica. Son ami demeura stupéfait par cette agressivité. Il n'ajouta rien et retourna silencieusement à son occupation, tout comme son maître le lui avait ordonné. « Ça ne se passera pas comme ça... » Pensa t-il.
Luke s'en voulut, mais il renonça à s'excuser encore. Qu'y pouvait-il si Guy refusait de comprendre qu'il n'était pas d'humeur ? Frustré, il descendit dans sa chambre et referma la vitre. Il passerait le restant de la journée tout seul, du moins, c'est ce qu'il croyait. En effet, il faisait même abstraction d'un certain animal sacré de Lorelei, qui avait pourtant le don de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.
Si son serviteur humain se faisait du mauvais sang pour son ami, il en allait de même pour le serviteur Cheagle. La bête baissa les oreilles au vu de la mine déconfite du rouquin. « Mieu... » Piailla t-il, ne sachant que dire ou que faire pour Luke, d'autant plus qu'un certain événement d'une nuit de pleine lune ne lui était pas inconnu, et qu'il en avait été grandement désorienté. Il n'osait même pas aborder le sujet avec son maître, de crainte de le mettre en colère, et il ne voulait pas en parler à qui que ce soit, considérant que cela ne regardait que lui. Luke qui venait de s'affaler sur son lit, la tête plongée dans son oreiller, grommela au couinement de l'animal. S'il ne voulait être dérangé par personne, il désirait encore moins l'être par « la Chose ».
- « Va t-en... » Gronda t-il dans le coussin qui étouffa un peu le son.
Mieu soupira mais s'exécuta sans rechigner. Il s'envola et prit la porte. Ne regardant pas devant lui, il se heurta au dos de Guy qui reculait en passant le râteau.
- « Oups, désolé Mieu, ça va ? » S'enquit le blondinet.
- « Mia ! C'est pas grave... » Répondit-il sans conviction, en se frottant le museau.
Le jeune serviteur ne put s'empêcher de constater le manque d'engouement du Cheagle, d'habitude très jovial.
- « Non mais c'est pas vrai, si tu te mets à déprimer toi aussi, on va pas s'en sortir ! Qu'est-ce qui se passe ? » Clama t-il. L'animal sursauta un peu face à tant de spontanéité. Pris de court, il couina et retourna s'enfermer dans la chambre de son maître. Il n'avait pas envie de répondre à Guy. Ce dernier demeura bouche bée, râteau en main. Frustré, il retourna à sa tâche, tout en réfléchissant à un moyen de remédier aux changements d'humeurs de Luke et de son Cheagle. Il devait déjà en déterminer la cause, et il avait sa petite idée de comment y parvenir. Ce n'étaient peut-être pas des méthodes très catholiques, mais il était prêt à tout pour le bien de son meilleur ami. Il n'aurait qu'à attendre l'heure du souper des Fon Fabre pour s'introduire dans la chambre et ouvrir un certain tiroir qui contenait le journal intime de Luke. Peut-être que celui-ci l'éclairerait un peu...
Et 8 heures sonnèrent.
Il aperçut le rouquin quitter les lieux et se faufila dans la pièce de toutes les intrigues. L'emplacement du cahier, Guy le connaissait bien. Il fut un temps où il corrigeait même les fautes d'orthographe de Luke. Désormais, il se plaisait surtout à parcourir les lignes manuscrites en appréciant leur style à la fois enfantin et appliqué. Aujourd'hui cependant, Guy appréhendait de l'ouvrir. C'était la première fois qu'il le ferait sans permission, et il se sentit comme un intrus dans le monde de Luke. « C'est pas le moment de flancher... Ce n'est qu'un simple journal... » Pensa t-il. Pourtant, il prit soudain peur de ce qu'il pourrait y découvrir. Il se jeta à l'eau et consulta l'historique de ces derniers jours. C'était en effet un très bon résumé des activités de Luke : Rien. Que du blanc. Cela faisait quelques jours que le rouquin s'était contenté de marquer la date sans rien détailler. Guy n'avait plus qu'à remonter à la dernière page bien remplie, mais ce qu'il y lut ne satisfit pas ses attentes. C'était en effet, un jour des plus banals. Aucune des activités ou événements de la journée ne lui semblèrent louches. Pris d'un doute, il examina la date. Après quelques secondes de réflexion, il se rappela de quelque chose de suspect : c'était le soir où Luke l'avait envoyé sur les roses, prétendant que tout allait bien malgré le fracas provenant de sa chambre. Si sa mémoire était bonne, Mieu était avec lui... Les deux ayant une conduite très étrange depuis lors, Guy voulut en savoir plus sur ce qui se passât ce jour là. Interroger Luke s'était avéré inutile, mais qu'en était-il de Mieu ? Sans plus tarder, le blond referma le précieux journal et le rangea délicatement dans le chevet. Il s'empressa de partir tout en laissant les lieux comme il les avait trouvés. Il ne lui manquait plus qu'à aller chercher le Cheagle qui devait certainement se trouver dans la cuisine, pouponné par les domestiques qui avaient tendance à trop le nourrir. Il allait entrer en zone dangereuse... Mais son prétexte était déjà tout trouvé.
- « Encore en cuisine Mieu ? Mais dis-moi, tu vas exploser à force de manger ! Vous le gâtez trop ! » Lança t-il aux jeunes filles qui restreignaient considérablement l'espace vital de la créature, agglutinées autour de lui. Si Guy comptait récupérer l'animal, il devait se frayer un chemin parmi la gente féminine. Hors de question d'y risquer sa peau ! « Permettez que je le récupère, vous allez l'étouffer si vous continuez à le gaver comme ça, tout en ne le laissant pas respirer. » Déclara t-il. Mieu dressa une oreille et prit peur. Il se précipita sur l'épaule du blond en couinant : « Mia ! Je ne veux pas m'étouffer ! ». Quittant la pièce, Guy était assez satisfait de sa prestation. Il ne lui restait plus qu'à l'interroger en privé.
Le blondinet vérifia trois fois que personne ne les écoutait. Il tira les rideaux et commença son inquisition, ce qui effraya un peu la bête.
- « Mieu, j'ai absolument besoin de ton aide, parce que je sais que tu sais ce qui ne va pas avec Luke ! L'autre soir, j'ai entendu du bruit dans sa chambre, il m'a répondu que c'était toi qui avait fait tomber des livres, et je t'ai entendu crier. Je dois savoir ce qui s'est passé ce jour là ! » S'exclama t-il.
Mieu se remit à piailler et à se cacher derrière ses oreilles. Il ne voulait pas parler de ce qu'il avait vu ce soir là. Guy haussa un sourcil, c'était bien la première fois qu'il voyait le Cheagle ainsi. Cela ne laissait rien présager de bon...
- « Allez Mieu, il faut que tu me fasses confiance ! Je peux pas laisser Luke dans cet état... En tant qu'amis, on doit l'aider ! S'il te plaît... » Supplia le blondinet.
La bête sacrée de Lorelei mit du temps à se remettre de ses émotions.
- « Mieu ! C'est que... J'ai eu si peur ! Et le pauvre maître... Il … et puis... » L'animal était incapable de se calmer et d'exposer clairement la situation, mais Guy ne perdit pas patience :
- « Il est arrivé quelque chose de grave à Luke ? » Demanda t-il doucement.
Le Cheagle acquiesça d'un signe de tête.
- « Raconte-moi plutôt l'histoire des livres... » Tenta le blond.
- « Mieu... En fait... J'étais enfermé dans la chambre du maître quand Asch est entré ! » S'exclama la bête.
Guy écarquilla les yeux.
- « Asch ? » Laissa t-il échapper.
- « Oui... Il mettait en bazar les vêtements du maître, mais on aurait dit qu'il voulait les essayer ! Et j'ai fait une bêtise ! Je me cachais derrière les livres, mais je les ai fait tomber ! Asch était furieux et le maître est entré... Ils se sont disputés très fort, mais Asch a rangé le bazar. Le maître a voulu l'aider mais il s'est cogné à l'étagère et les autres livres sont tombés ! C'est là que tu es arrivé, on m'a accusé et Asch m'a tapé très fort sur la tête... Quand je me suis réveillé... MIEU ! » L'animal s'arrêta net et se cacha à nouveau les yeux derrière ses oreilles.
A mesure que le Cheagle enchaînait les confessions, Guy sentait son courage le quitter... Qu'avait donc bien pu faire Asch pour effrayer l'animal à ce point, et rendre Luke amorphe ? Une part de lui même ne put s'empêcher d'émettre de sombres suppositions... Il avait peur de savoir, mais il le devait.
- « Allez Mieu, tu y es presque... Rah ! Si tu ne peux pas le dire, je vais le faire, tu n'auras qu'à m'arrêter quand je trouve : Asch l'a menacé ? Dit des méchancetés ? Il lui a fait du chantage ? Ou alors, il l'a frappé très fort ? Euh... Non Mieu, ne me force pas à dire ce que je pense, par pitié... » Guy était au bord de la crise de nerfs... Intérieurement, il pressentait qu'il avait deviné ce qui s'était produit cette nuit là, mais il se refusait à l'accepter... Prononcer ces mots de vive voix lui coûterait énormément et lui briserait le cœur. Et pourtant, les dire serait le seul moyen de confirmer ou d'infirmer son hypothèse... « Est-ce qu'ils ont... Enfin... est-ce qu'ils ont eu un rapport sexuel ? »
A ces mots l'animal piailla de plus belle... Le serviteur blondinet ne s'était donc pas trompé. A la différence qu'il n'avait pas osé prononcer le mot « viol » qu'il savait pourtant plus adéquat. L'énervement le gagna... Il avait envie de hurler. Mais comme à son habitude, il ne laissa rien transparaître et remercia la bête en lui caressant la tête. Il fut pris d'une immense pitié pour Luke, d'un accès de rage terrible à l'égard d'Asch, et d'un autre sentiment bizarre qu'il ne sut pas définir, ou qu'il ne voulait pas s'avouer... C'était honteux de sa part d'éprouver de la jalousie dans un contexte pareil... Mais il aimait Luke du plus profond de son cœur et n'acceptait pas ce qui lui était arrivé. Il serra le poing et retourna au département des domestiques, où il demanda à ce qu'on l'assomme de travail, pour oublier l'insupportable nouvelle.
Les jours qui suivirent, Guy se fit plus discret, occupé dans tous les coins du manoir, à un tel point que même dans son état, Luke perçut comme un vide. Quelqu'un manquait à l'appel... Il trouva étrange que son ami ne vienne plus lui casser les pieds. « C'est à cause de ce que je lui ai dit l'autre jour ? » S'interrogea t-il, se décidant enfin à sortir de sa chambre pour partir à la recherche de son serviteur. Même s'il avait demandé à être seul, il ne voulait pas que Guy l'ait abandonné. Sa gorge se noua, et les battements de son cœur s'accélérèrent. Rongé par le remord, il se mit à courir vers le bureau de la gouvernante. Il tenait à savoir si son ami était reparti à Malkuth sans l'avertir. Essoufflé, il ouvrit la porte d'un coup, faisant sursauter la gouvernante, qui leva le nez de son registre, un sourcil plus haut que l'autre.
- « Madame ! Guy... Il est là ? » Questionna t-il prestement. Son teint livide et son air angoissé inquiétèrent la responsable des domestiques au plus haut point. Elle se leva et se précipita vers son jeune maître, prête à le retenir en cas de malaise.
- « Allons, allons ! Du calme Monsieur ! On dirait que vous avez vu un fantôme ! Asseyez-vous ! » Ordonna t-elle en tirant la chaise pour Luke. Elle le força à s'installer et s'empressa de faire venir d'autres personnes pour l'aider : « MARTINE ! Apporte de l'eau et quelque chose de sucré, vite ! ELSA ! Va tout de suite me chercher Guy ! Ne vous inquiétez pas Monsieur, je m'occupe de tout... » Elle lui posa une main rachitique ornée de bagues sur l'épaule, comme pour le réconforter. Luke entendait ses mots sans pour autant réaliser toute l'agitation autour de lui. Il n'arrivait pas à se débarrasser de son sentiment de culpabilité et se sentait faible. Il n'avait rien voulu manger de la journée car il avait de moins en moins d'appétit, et il commençait à le payer.
Guy fit un bond en arrière quand il entendit une des domestiques l'appeler. Ce n'était généralement pas bon signe... Mais quand il apprit qu'on venait le quérir parce que Luke avait un malaise, il lâcha le panier à linge qu'il tenait entre les mains, et se précipita dans l'antre de la gouvernante.
- « LUKE ! » Hurla t-il, en s'approchant de son maître. C'était bien la première fois que les serviteurs le virent perdre son sang froid. Luke redressa la tête, soulagé de cette apparition soudaine.
- « Guy ! Excuse-moi ! Je suis désolé pour l'autre jour ! J'ai cru que tu étais parti... J'ai eu peur, je ne voulais pas te vexer ! » Débita t-il à toute vitesse, regardant Guy dans les yeux, comme s'il craignait que ce dernier disparaisse. Son ami n'en revenait pas. Il se sentait déjà mal vis à vis de ce qui lui était arrivé, et désormais, il culpabilisait d'avoir pu donner cette impression à Luke. Il eut envie de le serrer très fort dans ses bras et de s'excuser, mais il se contenta de lui poser amicalement une main sur l'épaule.
- « T'excuser pour quoi ? Tu n'as rien fait de mal ! Et ce n'est pas comme si j'avais déserté, je suis là ! » Le rassura t-il avec son éternel sourire. Luke se calma un peu et lui retourna un sourire. Les servantes n'y comprenaient rien à rien. Le rouquin se leva et chancela, heureusement Guy fut assez réactif pour le retenir avant qu'il ne chute. Toutes les filles de la pièce poussèrent un cri d'effroi, sauf la gouvernant qui avait déjà quitté les lieux à la recherche d'un potentiel médecin. Le serviteur blondinet rassit son maître, préoccupé par son état. « Luke... » Murmura t-il. Une infirmière déboula dans la pièce, Guy eut à peine le temps de se pousser avant qu'elle ne le bouscule pour prendre sa place, face à Luke. Sans plus chercher à détailler son pronostic, elle affirma qu'il serait mieux pour lui de regagner sa chambre et qu'on lui fasse parvenir de la nourriture sucrée. Sans hésitation, Guy se proposa pour cette tâche, qu'on lui confia sans rechigner. « Génial » Pensa t-il. Il allait enfin pouvoir être seul avec Luke afin de mettre les choses au clair.
Le soutenant toujours, ils se dirigèrent vers la chambre, et le serviteur ne lâcha son maître qu'une fois qu'il fût sûr que celui-ci ne pourrait pas s'affaler au sol. Guy prit une chaise et s'installa en face de son ami assis sur le lit. Le rouquin se sentit gêné qu'il doive s'occuper de lui au lieu de terminer ce qu'il avait à faire. Le blond quant à lui n'attendait plus que la visite des autres domestiques, qui devaient apporter un remontant à Luke, afin d'enfin pouvoir parler en privé. Les vivres ne tardèrent pas à arriver, et la porte à se refermer une bonne fois pour toutes. C'était l'heure des aveux.
- « Luke... » Murmura Guy, donnant un mauvais pressentiment à Luke.
- « … Oui ? » Se contenta t-il de répondre, perplexe.
- « N'y a t-il pas quelque chose dont tu voudrais me parler ? » Questionna son ami avec un regard réprobateur qui fit détourner les yeux de son maître.
- « Non. Je te l'ai déjà dit, étant donné que tu m'as posé cette question au moins cent fois ! » Rétorqua t-il, déjà nostalgique de sa solitude.
- « Ah oui ? Vraiment ? Et bien ose me le dire en face. » Lança son serviteur d'un ton sec.
Le silence tomba dans la pièce.
- « Qu'est-ce que tu attends ? Dis-moi que tu n'as rien, que c'est pour ça que tu ne sors plus, ne mange plus, ne continues plus ton journal intime, et ne veut plus voir personne ! Seulement, fais-le en me regardant dans les yeux ! » Reprit-il, certain que Luke en serait incapable. Il n'avait jamais pu lui mentir. Cette sévérité inopinée provoqua une réaction violente chez Luke, qui n'allait pas tarder à faire regretter ses mots à Guy.
- « ...J'AI ÉTÉ VIOLÉ PAR ASCH, VOILÁ, T'ES CONTENT ? C'EST ÇA QUE TU VOULAIS ENTENDRE ? » Hurla t-il tout en fixant Guy, avant d'être parcouru de tremblements et pris d'une crise de larmes, qui roulaient le long de ses joues cramoisies. On pouvait lire la douleur ancrée dans le vert profond de ses yeux. Hébété, son ami demeura immobile à le contempler pendant un moment, puis il l'enlaça pour le réconforter. Toute cette peine lui faisait mal au cœur. Il eut aussi envie de verser quelques larmes pour son ami, mais en fut incapable, rongé par une colère noire vis à vis d'Asch. Il caressait le dos de Luke et ce dernier se serra plus fort contre lui, épanchant ses pleurs sur son épaule, et cherchant à étouffer ses sanglots. Ils restèrent ainsi quelques minutes, le temps que le rouquin reprenne un peu ses esprits.
- « Guy... Jure-moi que tu ne le répéteras à personne ! J'ai tellement honte... Il... Non... Oh et puis zut, je veux pas en parler ! » S'exclama t-il, encore secoué de spasmes. Son ami le reprit dans les bras et lui promit de garder le silence. Il sentait la respiration haletante de Luke dans son cou, ainsi que les battements de son cœur. Plus jamais il ne laisserait quelqu'un lui faire du mal... Ils passèrent le reste de leur soirée ensemble, parlant de tout et de rien pour se changer les idées, jusqu'à ce que le rouquin s'endorme. Il était déjà tard dans la nuit, et Guy le borda avant de regagner sa chambre en baillant. Il avait une longue journée qui l'attendait le lendemain...
En effet, la gouvernante n'avait pas oublié le vœu du serviteur blondinet, à savoir, de travailler plus pour oublier ses tracas, et elle lui avait donc élaboré un planning assez corsé. Aussi, il eut l'impression que la semaine s'écoulât d'une traite, contrairement à Luke qui s'ennuyait et passait ses nerfs sur le Cheagle. Le jeune Replica observait Guy et il le trouvait distant et fatigué. À la fin de la semaine, il se décida à faire quelque chose pour le remercier : il alla voir sa mère.
- « Mère ! Il faut que je te parle ! C'est au sujet de Guy... Il m'inquiète... Il travaille beaucoup trop ! Si ça se trouve, il va même finir par ne plus sourire du tout ! S'il-te-plaît, tu pourrais demander à la gouvernante qu'elle lui donne quelques jours de congés ? » Demanda t-il, avec deux grands yeux implorants.
- « Vraiment ? Ce n'est pas très élégant de la part de Miss Von Krona d'acculer Guy de la sorte... Tu as raison, je vais lui dire qu'elle lui permette de se reposer. » Répondit Suzanne.
- « Merci mère ! » Lança Luke en lui faisant une bise sur la joue, chose qu'il n'avait pas faite depuis des siècles.
Un peu plus tard dans la journée, alors que Guy passait la serpillière dans un des nombreux couloirs du manoir, il entendit retentir les talons de la responsable du personnel. Il se retourna et l'aperçut se diriger vers lui, les lèvres pincées, ce qui était tout sauf un bon présage...
- « Guy, Madame vient de m'ordonner de t'accorder des congés forcés. Tu peux dores et déjà prendre ta journée. » Déclara t-elle sèchement, récupérant dédaigneusement le balai des mains du serviteur, qui se sentit défaillir.
- « Pourquoi ? » Questionna t-il, désemparé. La gouvernante le vit blêmir et haussa les épaules.
- « Les ordres sont les ordres. Tu peux disposer. » Fit-elle en remportant le matériel de nettoyage.
Guy était bouche bée. Si on lui donnait des vacances, il n'avait pas le droit de rester au manoir, et donc, il ne pouvait pas veiller sur Luke. Il eut envie d'aller voir la duchesse pour demander une explication, mais il n'en n'eut pas besoin, le jeune rouquin venant à sa rencontre.
- « Guy ! Alors ça y est, Miss Von Krona t'a donné des jours de repos ? » Interrogea t-il, apparemment satisfait de sa démarche, mais vite intrigué par l'expression peu enjouée de son ami.
- « Alors c'était toi... Pourquoi as tu demandé ça pour moi ? » Questionna à son tour le serviteur, encore plus déçu.
- « C'est quoi le problème ? Tu avais l'air si épuisé ! C'était le moins que je puisse faire ! T'es pas content ? » Lança t-il ingénument, incrédule face aux réactions de Guy. Ce dernier ne pu s'empêcher de sourire. Il appréciait la spontanéité et les intentions de Luke. Il était si enfantin des fois... Il lui posa une main sur l'épaule et soupira :
- « C'est très gentil... » Il refusa de lui expliquer pourquoi il n'était pas très joyeux à l'annonce de la nouvelle. Si Luke s'était donné la peine de faire ça pour lui, il n'avait pas le droit d'être mécontent.
- « C'est fou comme on dirait que ça te fait plaisir... » Ironisa son maître.
- « Non, non, je t'assure, merci... C'est juste que je suis fatigué... » Mentit-il.
Luke se radoucit et son visage s'illumina d'un sourire angélique qui fit évaporer tous les soucis de Guy en une seconde. Le serviteur n'avait plus qu'à se résoudre à quitter les lieux quelques temps...
Tous deux partirent donc chacun de leur côté, le rouquin dans ses appartements, et le blondinet pour préparer ses affaires. Toutefois, Guy n'eut même pas le temps de tout rassembler que Luke revint le voir, annonçant :
- « Je trouve pas Mieu ! Tu ne l'aurais pas vu ? »
Son ami haussa un sourcil. Luke, chercher le Cheagle ? C'était généralement l'inverse.
- « Non, désolé, mais je peux t'aider à le retrouver si tu veux ! » Proposa t-il.
Luke acquiesça, et les deux amis partirent à sa recherche, fouillant chaque recoin de la résidence pendant deux heures, en vain.
- « Mais c'est pas possible ! Il ne s'est tout de même pas volatilisé, si ? » Demanda Luke, retrouvant son habituelle nonchalance.
- « Il faut dire que tu n'as pas été spécialement agréable avec lui ces derniers temps... Depuis quand ne l'as-tu pas vu ? » Continua Guy.
Luke se stoppa et réfléchit un instant. Il n'avait pas fait attention à l'animal ces derniers jours, il se pouvait donc que cela fasse un moment que la créature ait disparu. Guy soupira puis émit une hypothèse :
- « Il a été pas mal affecté par ce qui t'es arrivé... Surtout que si je ne m'abuse, tu ne t'es pas gêné pour t'en prendre copieusement à lui, qui a juste eu le malheur d'être au mauvais endroit au mauvais moment. Il a dû croire que tu ne voulais plus de lui comme ami, et il a dû retourner au bois des Cheagle. »
- « ...Ben il n'a qu'à y rester si je suis si méchant ! » S'exclama Luke, outré.
- « C'est tout ce que ça te fait ? » Guy sortit de son mutisme après quelques secondes.
- « … Oui... Oh ! Non mais attends ! Il a l'anneau du sorcier, et il s'est barré avec ! Il va m'entendre quand je vais le retrouver ! Guy ! On part sur le champ le ramener à la maison ! » Cria t-il en s'en allant d'un pas décidé. Son ami rigola intérieurement. Selon lui, Luke ne voulait juste pas s'avouer qu'il tenait à « la Chose », et il lui fallait donc un bon prétexte pour aller le récupérer sans paraître préoccupé de son sort.
C'est ainsi qu'ils prirent le chemin de Malkuth.
Ils embarquèrent le ferry depuis le port de Baticul jusqu'à Kaitzur pour ensuite se diriger à pied vers Engeve, qui était situé à deux pas du bois des Cheagles. Cependant, ils n'avaient même pas commencé à marcher que Luke en avait déjà marre, mais il eut une brillante idée en voyant passer une charrette qui transportait du foin...
- « Guy ! Regarde ! C'est forcé qu'il se rende à Engeve avec ça ! On va se cacher dans la motte et descendre sans qu'il nous voit ! » Proposa t-il sans laisser de temps de réponse à son ami tant il était pressé de se jeter dans la paille. Sans plus réfléchir, Guy le suivit. Il le suivrait n'importe où.
Bien que plus commode en matière de moyen de locomotion, le voyage en charrette n'en était pas pour autant très confortable, et les deux amis eurent l'impression que le trajet durât des heures. Quand le convoi s'arrêta, ils s'empressèrent de filer à l'anglaise. Ils firent une pause quand ils furent sûrs d'être hors du champ de vision du pauvre fermier, qui ne se doutait certainement pas qu'il avait transporté des passagers clandestins. Guy rigola en regardant Luke.
- « Ahah ! Tu as du foin plein les cheveux ! » Le rouquin fit une moue terrible et s'ébouriffa la chevelure, faisant tomber un bon nombre de brindilles. Son serviteur acheva le travail en retirant délicatement la dernière branche.
- « Ouais, merci... Bon, c'est pas tout, mais on a encore du chemin à faire à pieds ! » Grommela Luke, qui reprit la route de sa démarche nonchalante, sous l'œil attentif de son ami qui ne tarda pas à lui emboîter le pas.
Il ne leur restait pas beaucoup de distance à parcourir avant d'atteindre le nid des bêtes sacrées de Lorelei. Une fois sur place, ils n'avaient plus qu'à se glisser à travers quelques branchages pour pénétrer dans leur tanière.
- « Mieu ? » La voix du rouquin résonna en un écho, provoquant un tumulte de petits jappements de Cheagles apeurés. Un plus barbu s'avança vers les deux êtres humains. C'était le doyen de la tribu, mais cette fois-ci, il était dans l'impossibilité de communiquer avec eux, étant donné que l'anneau du sorcier n'était plus en sa possession. Guy et Luke furent forcés de constater qu'il n'y avait aucune trace de leur ami parmi l'assemblée et durent repartir, bredouilles. Cela n'améliora en rien l'humeur du Replica qui était déjà exécrable, et qui médit deux fois plus sur le compte de Mieu que d'habitude.
- « Il ne nous reste plus qu'à rentrer à Baticul sans lui alors ! » Gronda t-il.
- « Comment est-ce que tu peux dire ça aussi méchamment ? Imagine s'il s'est perdu, le pauvre ! » S'indigna Guy.
Bien qu'il ne dît rien, son maître était sensible à ses mots et reconsidéra ses dernières paroles :
- « … C'est vrai qu'il a quand même ce fichu anneau du sorcier ! On va devoir mettre des avis de recherche je sens ! » S'exclama t-il, encore plus renfrogné qu'avant.
Le blondinet sourit, il savait que Luke n'était pas méchant.
Et ainsi ils prirent le chemin du retour.
A la sortie de la bourgade d'Engeve, ils croisèrent un autre convoi agricole, en partance pour Kaitzur.
Ils eurent envie de procéder de la même façon qu'à l'arrivée ici. Ce jeu clandestin auquel Luke se livrait sans réticence, amusait aussi beaucoup son serviteur. Au bout d'une heure, le chariot s'arrêta, le conducteur poussant un grand « Tout doux ! » Pour calmer sa bête. A l'arrière, les deux amis entendirent un son qui leur semblait familier.
Ils se regardèrent en silence, et Guy fit un signe de la tête vers l'extérieur de la remorque, pour expliquer qu'il allait jeter un coup d'œil. Très discrètement, il s'extirpa de sa cachette et aperçut un certain animal vert d'eau étalé au sol. Très vite, le serviteur se hissa de nouveau dans le convoi, chuchota la nouvelle à Luke, et tous deux s'éclipsèrent en direction de la forêt, pour mieux revenir innocemment.
Le Replica était le premier à faire comme s'il venait de quitter le sous-bois, s'approchant de l'homme à la charrette.
- « Quelque chose ne va pas ? » Demanda t-il.
Gêné, l'homme se retourna vers lui en se massant la nuque.
- « C'est que je l'avais pas vu, et on a percuté ce petit bonhomme qui ne faisait pas vraiment attention à la route... »
Guy fit son apparition :
- « Ah mince... Mais c'est un Cheagle ! Monsieur, vous devriez vite partir avant d'avoir des ennuis, nous allons nous occuper de la bête et la ramener à son groupe ! Ne vous inquiétez pas, on a l'habitude de ce genre d'affaire ! Par contre, le garde chasse pourrait ne pas être si indulgent. »
Le paysan regarda Luke et Guy tour à tour, mais se laissa persuader assez facilement. Le blondinet ramassa le Mieu en état de choc, et fit mine de se rendre au village, suivi de Luke. Une fois le convoi hors de vue, ils secouèrent le Cheagle pour le ranimer.
- « Ça va ? » Demanda Luke, une fois que la bête rouvrit les yeux.
Quelques secondes s'écoulèrent avant qu'il ne réponde.
- « MAITRE ! » Hurla t-il de joie, ayant repris son envol pour venir frotter sa joue contre ce dernier, qui ronchonna mais ne le repoussa pas. « Vous êtes venu me chercher ! Mieu est si content ! J'ai cru que vous ne m'aimiez plus ! » Le Replica se renfrogna un peu plus mais continua à garder le silence un moment.
- « Ouais... Et maintenant on rentre ! Y en a marre de battre la campagne, tout ça pour retrouver... » Il se fit interrompre par Guy :
- « Pour retrouver Mieu vu qu'on s'inquiétait pour lui. Bon, assez parlé, il nous reste pas mal de route avant Kaitzur. Et vu que la nuit va vite tomber, on ne va pas tarder à faire une halte. Je pense qu'on a tous bien mérité une petite pause. »
Les deux autres acquiescèrent, et le groupe se dirigea vers une clairière.
- « J'espère seulement qu'il n'y aura pas de monstres cette nuit... Je vais devoir garder le camp... Mais d'abord, je vais aller chercher du bois pour le feu, je reviens tout de suite. » Débita le blondinet, et avant que Luke n'ait le temps d'ajouter quoi que ce soit, il tourna les talons en direction du sous-bois.
- « Guy... » Murmura le rouquin.
- « Maître ? » Interpella le Cheagle qui le dévorait des yeux.
- « Quoi ? » Vociféra Luke, qui se rappela de ce que Guy lui avait dit à propos de son comportement envers l'animal. Il se radoucit : « Qu'est-ce que tu veux ? »
- « Je voulais vous dire merci ! » Répondit-il simplement.
Ils ne se parlèrent plus avant le retour de Guy, qui s'étonna du calme qui régnait. « Ils doivent être exténués. » Pensa t-il, oubliant sa propre fatigue. Il posa le fagot et ils attendirent que le jour soit couché avant d'y mettre le feu.
- « FIRE ! » Cria le Cheagle, crachant une énorme flamme qui embrasa le tas de bois.
- « C'est chalumeau qu'on devrait t'appeler... » Déclara Luke.
- « Mieu ? Mais je sais faire plein d'autres choses ! » Contesta l'animal.
- « Comme quoi ? » Questionna son maître.
Un blanc s'installa dans la conversation, et son ventre grogna, ce qui fit dire à Mieu :
- « Comme trouver de la nourriture comestible ! Je vais aller vous en chercher ! »
Et il s'envola vers le bois.
- « Mieu ! Ça peut être dangereux... Trop tard, il est parti... » Annonça Guy.
- « Bah, t'inquiète pas pour lui, il peut cramer les monstres... » Ajouta le rouquin, qui s'allongea, ses bras repliés sous sa tête.
- « Il peut aussi cramer la forêt par la même occasion... Je ne sais pas si tu te rappelles que c'est la raison précise pour laquelle il nous accompagne... » Corrigea le blondinet.
- « … Raaaah, je m'en fiche, tant qu'il me rapporte à manger ! Et puis au moins, il n'est pas dans nos pattes à couiner toutes les 30 secondes ! » S'emporta son maître.
Guy soupira mais n'ajouta rien.
La nuit était fraîche, et un léger vent du nord s'était levé pour caresser la cime des arbres, et la peau de Luke. Cela lui donna la chair de poule. Il fallait admettre qu'il n'était pas très couvert … Il regretta d'avoir ses abdominaux exposés à l'air libre, ainsi que ses avant-bras, aussi il se rapprocha du brasier.
- « Brrr... En plus de ça, il fait froid ! Et sur quoi on va dormir ? Dans l'herbe ? » S'inquiéta le rouquin.
- « A moins que tu n'aies une meilleure option » Rétorqua le blondinet.
Le Cheagle revint, les mains pleines de petites baies.
- « OH ! Vas-y, envoie ! » Lança Luke.
Fier, Mieu lui donna son butin, qui fut englouti en quelques instants...
- « Ouah, c'était super bon ! Euh... Mince, désolé Guy ! J'avais trop faim, j'ai pas pensé à toi ! » S'exclama le Replica, un peu honteux.
- « … C'est pas grave... Il n'y en avait pas assez pour deux de toute façon... Tant pis, je me passerai de dîner. » Affirma t-il, un peu déçu de l'attitude égoïste de son ami.
- « Mieu ira en chercher demain matin ! » Réconforta le Cheagle.
- « Merci... Bon, ben vous n'avez plus qu'à dormir, je vais veiller... » Déclara t-il, encore plus éreinté à l'idée de ne pas pouvoir se reposer.
- « Mais Guy... Tu as plus besoin de dormir que nous ! Tu en fais trop, en plus, tu es en congés ! Je refuse que tu montes la garde ! » Rétorqua Luke.
- « Je n'ai pas à prendre ton ordre en compte, vu que je suis en vacances. Ta sécurité passe avant tout. » Répondit-il.
- « N'importe quoi ! Je ne te disais pas ça en tant que maître, mais en tant qu'ami ! Guy, tu devrais te reposer. » Contredit le rouquin.
Un silence embarrassant s'imposa. Les mots de Luke mirent du baume au cœur de son ami, qui avait bien besoin d'un remontant afin d'être apte à assurer la surveillance cette nuit. Il s'étonna de sentir la chaleur monter à ses joues.
- « Luke... C'est aussi en tant qu'ami que je tiens à te protéger, tu sais ! » S'exclama t-il.
- « Vu ton état, tu vas pas me protéger bien longtemps. Tu vas pas tenir la journée de demain si tu ne prends pas du repos maintenant. J'ai dit ce que j'avais à dire, tu en fais ce que tu veux. » Et le Replica se renfonça dans l'herbe, en position fœtale, pour se protéger un maximum de la fraîcheur nocturne.
- « Mieu va surveiller à la place de Guy ! » Piailla joyeusement l'animal, qui se munit d'un bâton, en arborant un air déterminé.
Cela amusa le blondinet qui décida de faire confiance à ses deux amis, et qui s'allongea à son tour.
Un peu plus tard, il entendit Luke se plaindre :
- « … C'est pas confortable ! » Il se tournait dans tous les sens pour trouver une position convenable, en vain.
Guy retira sa veste et la lui lança sur le visage.
- « Sers t-en d'oreiller, ça ira mieux... » Conseilla t-il.
- « Mais Guy ! Tu vas avoir froid ! » Déclara le rouquin.
- « Moins que toi... Quelle idée de se promener le ventre à l'air ! » Le blondinet esquissa un sourire à cette évocation.
- « Mouais... » Luke rougit et lui tourna le dos. Il sursauta quand il sentit deux bras s'enrouler autour de sa taille. « Gu... Guy ! » Articula t-il, assez confus, ses joues s'embrasant un peu plus.
- « Tu avais froid non ? Maintenant, c'est réglé. A moins que tu préfères que je te laisse tranquille ? » Demanda son ami.
Le Replica mit du temps à répondre, ne sachant pas quoi penser de cette proposition.
- « Non... C'est bon... » Finit-il par avouer, préférant la chaleur humaine au froid nocturne, même si la situation lui paraissait un peu bizarre.
- « D'accord. Essaies quand même de passer une bonne nuit ! » Dit Guy, dont la proximité fit frissonner Luke, qui n'avait pas l'habitude de le sentir si proche.
- « Oui, merci... Toi aussi... » Répondit-il avant de fermer les yeux.
Sur ce, ils ne tardèrent pas à s'endormir (note de l'auteure : et moi aussi, il est 00:40).
Ils se réveillèrent, le soleil les éclairant tel un phare. Ils étaient humides de rosée matinale, et Mieu qui avait fini par tomber de sommeil, se leva en sursaut au son du long bâillement de son maître.
- « Ahhhhhhhh... On est trempés à cause de cette fichue rosée ! » Fit-il en s'étirant.
- « Oui, ce n'est pas très agréable... Et si nous reprenions la route pour nous sécher ? » Proposa le blond.
- « Mieu ! Je vais chercher des pommes sauvages ! » Clama la bête qui décolla comme une fusée.
- « ...Bon, on arrivera juste un peu plus tard à Baticul. » Se résigna Luke.
Et en effet, ils n'arrivèrent que vers 18h à la capitale de Kimlasca.
Ils étaient tous soulagés d'avoir mis pied à bon port, mais pas autant que Suzanne, qui se faisait un sang d'encre pour son fils, parti sans rien dire...
- « Luke ! J'ai eu si peur qu'il te soit arrivé quelque chose ! Pourquoi n'as-tu pas averti quelqu'un ? » La duchesse avait l'air décomposée mais reprenait des couleurs au fur et à mesure qu'elle parlait au rouquin.
- « Ben, vous auriez pu vous douter que j'étais parti avec Guy ! » Se défendit-il.
- « Comment aurions nous pu ? Il est en congé, il aurait très bien pu quitter le manoir sans toi ! » Réprimanda sa mère.
- « Madame, à ce propos, je suis désolé. J'aurais dû faire remonter l'information moi même, que je sois en congé ou pas. J'ai manqué à mon devoir, aussi, si je pouvais reprendre mon service le plus vite possible, je vous en serez reconnaissant... » Guy baissa la tête en signe d'excuse.
Suzanne n'y comprenait plus rien, elle regarda Luke :
- « Ne m'avais-tu pas demandé de lui accorder quelques jours de repos ? Il n'en a pas l'air très ravi. » Lança t-elle.
- « Ben... Je sais pas, normalement ça fait plaisir aux gens d'être en vacances, mais lui il s'en plaint ! C'est pas ma faute s'il est bizarre ! Mais bon, pour une fois qu'il s'active vraiment et qu'il ne papillonne pas, on devrait peut-être le laisser reprendre son boulot. » Réfuta son fils.
Guy rigola intérieurement. « Imbécile, tu n'as rien compris... Ce n'est pas pour faire les corvées que je suis là, mais pour toi... » Pensa t-il.
- « Soit, soit... Après tout, si c'est ce que Guy désire... Je vais régler ça avec mademoiselle Von Krona. Elle viendra t'informer un peu plus tard. » Conclut Suzanne, qui repartit vers ses appartements.
Luke soupira, mais Guy sourit. Sans s'en rendre compte, le rouquin avait oublié tous ses problèmes et allait beaucoup mieux. Cela suffisait au bonheur de son serviteur, qui n'allait pas tarder à se faire apostropher par la gouvernante tyrannique.
- « Guy ! Madame vient de m'informer ta décision de reprendre ton service. Je tenais quand même à te dire que tu mets en l'air tout le planning que j'avais durement élaboré. File en cuisine tout de suite, tu es d'astreinte pour préparer le dîner ce soir. » Annonça t-elle, l'air contrarié d'une chouette effarouchée.
- « D'accord... » Articula le serviteur, qui craignait qu'elle ne s'énerve davantage.
Quand elle fut partie, Luke s'exclama :
- « Vieille harpie ! »
- « Luke ! C'est normal qu'elle ne soit pas très contente... Bon, je vais te laisser, je pars aux fourneaux ! A plus tard ! » Lança t-il, lui faisant un clin d'œil avant de tourner les talons.
Le pauvre blondinet n'aurait pas pu imaginer ce qui l'attendait...
Il pénétra dans la cuisine, déjà bondée de personnel. A peine eut-il dépassé le seuil, qu'un silence plana dans toute l'assemblée. Les regards ne tardèrent pas à se focaliser sur le nouveau venu, assez déstabilisé de cette interruption soudaine. Il ne lui fallut pas longtemps avant de comprendre qu'il n'était pas le bienvenu parmi le groupe de servantes...
- « Euh... Bonsoir ! Je... On m'a chargé de préparer le dîner... » Bredouilla t-il, sentant son assurance s'envoler au vu du nombre de femmes, dont les yeux noirs n'avaient pas quitté leur cible.
Il n'obtint pas de réponse, et préféra s'atteler à la tâche directement, leur tournant le dos, plutôt que de devoir s'expliquer avec elles et d'avoir à les regarder en face. Il se rendit à l'évidence : il ne pourrait pas supporter longtemps tant de pression psychologique. Leur proximité suffisait à le faire trembler légèrement, et le malaise fut accentué par quelques gouttes de sueur froide dues à sa paranoïa. « Elles sont dans mon dos... Si elles s'approchent... Non, je ne veux même pas y penser... » songea t-il, parcouru d'un frisson qui lui glaça le sang et faillit lui faire se couper un doigt pendant qu'il épluchait les légumes. Il sursauta d'autant plus quand il sentit quelque chose lui atterrir dessus.
- « AAH ! » Cria t-il. Surpris, il se retourna pour voir ce qui se passait. Une domestique lui avait jeté son tablier sur le dos.
- « Puisque monsieur se croit tout permis et a tant de droits dans le manoir, il a gagné l'autorisation de finir mon service... » S'expliqua l'auteure du lancer. Elle ne tarda pas à être suivie de ses camarades, toutes aussi jalouses les unes que les autres. Le cœur de Guy se mit à battre la chamade, tant leur air menaçant l'effrayait. En quelques secondes, son emploi du temps avait triplé de volume, chacune lui rajoutant un devoir supplémentaire : la première lui imposa la vaisselle, la deuxième le repassage, la troisième l'inventaire et la dernière la serpillière... Toutes quatre se hâtèrent de quitter la pièce en toute discrétion, afin que la gouvernante ne les voit point.
Terrifié, Guy ne put qu'accepter ce lynchage... Il n'avait pas son mot à dire... C'était vrai qu'il avait été favorisé par rapport à ses collègues... Mais surtout, il ne pouvait rien leur dire, sa phobie l'en dissuadant grandement. Déjà fatigué, son regard vide était plongé dans le plat qu'il mijotait, comme s'il désirait s'y noyer plutôt que d'affronter toutes les corvées qui lui étaient réservées. Muet, il s'exécutait tel un automate programmé pour cuisiner. Une heure et demi plus tard, le dîner pouvait être servi. Cela lui laissait donc le temps de prendre un en-cas pour lui même, dans le cellier réservé aux domestiques. Il fut déçu de constater qu'il n'y restait pas grand chose et il dut se contenter d'une pomme et d'un morceau de pain. Ce n'était pas très nutritif, étant donné toute l'énergie qu'il avait dépensé ces derniers jours, et celle dont il aurait besoin cette nuit... « J'en ai pour des heures... » pensa t-il, se dirigeant vers la buanderie où l'attendaient des piles entières de linge à repasser. Pour sûr, il n'aurait pas terminé avant un bon moment... C'est alors que surgit une petite bête vert d'eau, certainement en quête de quelqu'un pour lui donner son repas. Il avait aperçu Guy et l'avait suivit dans la lingerie afin de lui demander.
- « Mia ! Guy, il n'y a personne dans la cuisine, tu pourrais me donner une pomme s'il te plaît ? » L'animal fixait le blond de ses grands yeux violets implorants. La créature gourmande semblait affamée. Le serviteur blondinet soupira, mais ne put qu'accéder à la requête du Cheagle, qui avait été si gentiment demandée. C'était d'ailleurs bien le seul qui avait été poli avec lui ce soir...
- « Bien sûr, viens... » Dit-il, délaissant le drap qu'il s'apprêtait à plier, pour la cuisine où s'entassaient déjà maintes assiettes sales et couverts usagés. Il donna un fruit à Mieu et retourna à son occupation. Contre toute attente, l'animal le suivit en grignotant sa belle pomme rouge. Il l'interrogea :
- « Qu'est-ce que tu fais ? »
Guy le trouva touchant et esquissa un sourire.
- « Je repasse. J'ai encore plein de choses à faire ce soir... Donc je dois me dépêcher si je veux pouvoir dormir... » Répondit-il.
Le Cheagle observa la masse de linge à repasser et le questionna :
- « Tu vas arriver à faire tout ça tout seul ? »
L'innocence de son inquisition l'amusait.
- « Et bien, disons que oui, mais je vais finir très tard... D'autant plus qu'il me reste à faire la vaisselle, à établir la liste de courses pour demain, et à nettoyer les sols d'un des couloirs du manoir. .. En fait, je vais même plutôt finir tôt le matin... » Au fur et à mesure qu'il parlait, Guy prit conscience de l'impossibilité de la tâche. Avec tout ça, il terminerait vers quatre heures, et devrait se lever à six heures, en vue de se rendre au marché à sept heures, étant donné qu'il était d'astreinte pour les repas. Quand il rentrerait, il devrait dès lors préparer les petits déjeuners avant de commencer à cuisiner le plat de midi. Il soupira lourdement devant tant de labeur et manqua de peu de brûler le drap qu'il était en train de repasser. Il devait se ressaisir, sinon, il ne tiendrait pas le coup...
Une fois le dernier linge plié, il bailla et se massa la nuque, pas sûr de savoir s'il terminerait à l'heure prévue... Il se dirigea vers la cuisine où l'attendaient un amoncellement de couverts sales.
- « Pffffff... » Soupira t-il, suivit de Mieu qui écarquilla ses deux grands yeux globuleux.
- « Mia, mais tu n'arriveras pas à tout faire tout seul ! Peut-être que Mieu pourrait t'aider ? » Demanda la bestiole altruiste.
Le blondinet n'en croyait pas ses oreilles... Il ne savait pas s'il devait accepter l'offre de son ami, mais cela lui retirerait une belle épine du pied si par chance, l'animal pouvait effectuer un travail à sa place. Il réfléchit deux minutes avant de suggérer :
- « Et bien, tu te sentirais capable de lessiver les sols du couloir du premier étage ? »
- « Mia ! Bien sûr ! Laisse-moi faire ! » Lança le Cheagle fortement enjoué.
Sans beaucoup plus attendre, Guy prépara le sceau avec l'eau javellisée, ainsi que le balai et la serpillière. Tous deux montèrent à l'étage et le serviteur fit une démonstration à l'animal qui acquiesça et saisit le balai.
Peut-être avait-il surestimé Mieu...
En effet, après avoir récuré la vaisselle et inspecté les fonds de placards, le blondinet constata l'inondation occasionnée par le Cheagle pourtant fier de son travail. Sans un mot, il épongea le trop plein d'eau, et ils allèrent se coucher... il était 3 heures du matin.
6 heures.
« Déjà »... Marmonna Guy tout en désactivant son réveil à l'aveuglette. Il n'avait pas une seconde à perdre, il attrapa ses vêtements et se hâta vers la salle d'eau, laissant Mieu finir sa nuit tranquillement. Il avait bien besoin de se réveiller et de se délasser. L'eau tiède lui faisait un bien fou, mais une fois de plus, il n'avait pas le temps de s'attarder. Une fois propre, il fila rejoindre les autres domestiques en réunion de travail dans la cuisine, comme tous les matins. C'était à ce moment là que la gouvernante répartissait les corvées... Quiconque avait eut le malheur de lui déplaire la veille, se voyait attribuer les tâches les plus pénibles. Muet, Guy vint se glisser dans les rangs de ses collègues, dont quatre le regardèrent hostilement. Écoutant les sermons de la responsable du personnel qui faisait son discours quotidien sur l'assiduité d'un bon serviteur, le blondinet ne put s'empêcher de bailler discrètement, ce qu'elle ne manqua pas de remarquer.
- « Un peu de tenue. La journée vient à peine de commencer. Vous irez donc bel et bien vous dégourdir les jambes au marché, comme l'avait prévu mon planning. Le menu du jour : filets d'espadons sur lit de fenouil. J'espère que l'inventaire a été fait hier soir, vous en profiterez pour acheter ce qu'il manque aux réserves. D'après mon programme, c'était vous Martine qui était en charge de cette liste. » Annonça Mlle Von Krona. Un blanc s'installa parmi les domestiques, la dite Martine rougit et bégaya. « Et bien, j'attends, où est cette liste ? Vous ne l'avez pas faite ? » Rajouta la gouvernante.
En lui même, Guy se dit qu'il pouvait la laisser dans l'embarras, et que cela pourrait être sa vengeance personnelle, mais il eut peur des représailles.
- « C'est moi qui l'ai madame. Je l'avais récupérée en vue d'aller au marché. » Mentit-il puisqu'évidemment, la confection de la liste lui avait été déléguée.
- « Et bien vous n'êtes pas très réactif alors. Filez en ville chercher tout ça. » Ordonna t-elle sèchement.
Il s'exécuta en silence, attrapant au passage une des viennoiseries qui servaient de petits déjeuners aux serviteurs du manoir. La responsable du personnel ne le quitta pas des yeux jusqu'à ce qu'il ait franchi le seul de la cuisine, ce qui lui fit froid dans le dos.
Arrivé au marché, il sortit la liste de sa poche. Pour préparer le déjeuner, il devrait passer par l'étal poissonnerie, ce qui l'écœurait un peu à cette heure si matinale. Il fit le tour complet des stands et avait récupéré tous les ingrédients, sauf un : Le fenouil. La réponse des commerçants était toujours la même : « ce n'est pas un produit très demandé ». Oui mais, il en avait besoin, parce que produit demandé ou pas, les ordres étaient les ordres, et on lui en tiendrait rigueur s'il n'en ramenait pas. Songeur, il retourna à la demeure des Fabre, ses bras chargés de sacs de provisions. Il alla s'enfermer en cuisine, cherchant désespérément un plan de secours qui ne tarda pas à pointer le bout de son nez... Mieu virevolta dans la pièce et alla atterrir sur l'épaule du serviteur blondinet.
- « Mieu ! Qu'est ce que tu fais Guy ? » Questionna joyeusement l'animal.
- « Je suis bien embêté... Je dois préparer le repas de midi, mais il me manque un des ingrédients principaux... Et je ne peux pas me permettre de le remplacer, parce que le fenouil, c'est vraiment particulier... Je ne connais pas d'aliment dont le goût se rapprocherait de cette herbe... » Répondit-il avec déception.
- « Mais moi je sais ! » Piailla Mieu d'un air fier.
Une lueur d'espoir s'alluma dans les yeux du serviteur. Si seulement c'était vrai... pensa t-il... Il eut l'envie soudaine de s'en remettre aux paroles du Cheagle.
- « Tu es sérieux ? » Demanda t-il.
- « Oui ! Je peux aller chercher cette plante si tu veux ! Il doit y en avoir en cette saison ! » S'exclama la bête.
Au point où il en était, Guy n'avait rien à perdre en essayant un ingrédient de substitution.
- « C'est d'accord, je compte sur toi Mieu. Mais s'il-te-plaît dépêche-toi, je n'ai pas beaucoup de temps, c'est un plat qui nécessite beaucoup de préparation... » Déclara le blond, à court d'idées.
- « J'y vais ! » Lança l'animal sacré de Lorelei avant de s'envoler par la fenêtre.
Il ne lui fallut pas longtemps avant de revenir avec une botte de plantes aromatiques méconnues de Guy. Il remercia le Cheagle d'une caresse sur la tête et observa le condiment. En en goûtant un brin, il ne put qu'être d'accord avec Mieu. La saveur était étonnamment proche de l'ingrédient originellement prévu. Il nettoya le « fenouil » et le coupa en lamelles très fines, de sorte à ce qu'il soit impossible de reconnaître que ce n'était pas l'ingrédient demandé.
Et en effet, une fois le plat servi, la supercherie marcha à merveille.
Soulagé, le serviteur se retira dans sa chambre pour prendre du repos bien mérité. Cependant, à peine s'allongea t-il sur son lit, que l'on frappa à la porte. Quoi encore ? Songea t-il.
- « Guy ! C'est Luke. Je te dérange pas ? Je voulais juste te dire que je vais voir Tear à Yulia City, je serai donc absent pendant un jour ou deux. » Annonça le rouquin.
Guy était hébété. Décidément, on aurait dit que Luke cherchait à le fuir par n'importe quel moyen. Résigné, il ouvrit la porte et sourit à son ami.
- « Je vois... Bon, et bien vas-y, ça ne se fait pas de faire attendre une dame. » Le taquina t-il.
Luke rougit.
- « Mouais, allez, je m'en vais. A plus tard alors. Oh, et ne t'inquiètes pas, j'ai prévenu mère. »
Guy acquiesça et regarda son maître s'en aller au loin. Il n'allait pas tarder à regretter de l'avoir laissé partir... Les jours qui suivirent furent un véritable enfer pour le serviteur esseulé... Profitant de l'absence de Luke, les domestiques jalouses montèrent une véritable conspiration pour se venger de Guy.
- « Ton protecteur n'es pas là aujourd'hui... Tu n'as pas d'échappatoire, Guy... » Murmura l'une d'entre elle avec une proximité insupportable. Le blondinet poussa un cri d'effroi et se jeta sur le côté pour garder une distance de sécurité.
- « Qu... Que... Qu'est ce que vous voulez dire par là ? » Questionna t-il, tremblant de tous ses membres.
Un large sourire se dessina sur les lèvres de la servante, qui n'était désormais plus seule. Ses collègues la rejoignirent et encerclèrent le pauvre Guy, pétrifié de peur. Leurs regards machiavéliques étaient tous fixés sur lui... Elles l'attrapèrent et l'emmenèrent là où on ne l'entendrait pas hurler...
C'est Pere qui avait fini par le libérer... Elles l'avaient enfermé dans l'abri de jardin, pieds et poings liés. Quel spectacle pitoyable... pensa le jeune homme. Il s'excusa auprès de son aîné qui l'informa que la gouvernante le cherchait depuis plus de deux heures. Il n'était pas utile de lui rappeler qu'il avait passé tout ce temps à croupir dans le cabanon, impuissant. Il se remit de ses émotions et se rendit le plus vite possible dans le bureau de la responsable du personnel, qui semblait l'attendre de pieds fermes.
- « Te voilà enfin? Non mais tu te rends compte du temps précieux que tu as perdu ? Ce n'est pas digne d'un serviteur des Fabre que de fainéanter de la sorte ! Je te promets que tu ne l'oublieras pas... » Menaça t-elle, une lueur de méchanceté brillant dans ses pupilles.
C'est pas bon du tout ça... Pensa Guy, encore plus effrayé par cette femme que par toutes les autres. Elle l'avait toujours plus inquiété que ses autres collègues... Il savait pourquoi : Elle avait le pouvoir... Ce que les autres n'auraient pas pu lui faire subir, elle, en avait le droit... En un clin d'œil, une cravache lui frappa la joue. Il détourna la tête mais ne broncha pas... Il l'avait mérité pour avoir manqué à son devoir, mais ce n'était pas vraiment sa faute... Un sentiment d'injustice le gagna et il se laissa emporter par son désir de tout avouer.
- « Je n'accepterais ma punition que si elle est collective. Ce n'est pas moi qu'il faut blâmer pour ma disparition de cet après-midi ! » Vociféra t-il, refusant toujours d'affronter le regard de sa supérieure.
- « Comment ? TOI qui ose répondre ? Cela m'étonne ! Alors je t'écoute, si tu as pris votre courage à deux main pour me contredire, c'est que tu dois avoir une bonne raison. » Déclara t-elle, à la grande surprise du blond qui n'hésita pas à tout cafter.
Oh oui, sur le moment, il en avait été satisfait. Ça l'avait soulagé de voir ses dites collègues se faire incendier par la gouvernante. Mais c'était avant qu'il réfléchisse aux conséquences de la délation... Plus personne ne lui parlerait... Elles profiteraient toutes de l'absence de la responsable du personnel pour lui faire regretter... Et il allait se faire assommer de travail pour rattraper les heures qu'il avait perdu à cause de quelques filles.
Luke, au secours ! Murmura Guy qui était à bout de nerfs, et n'espérait plus que le retour du rouquin. S'il devait endurer tout ça, il ne pouvait pas le faire sans son ami. Le voir rien qu'une fois aurait suffit à lui donner la force de supporter cette épreuve pendant deux jours... Mais c'était bien évidemment impossible en raison de son absence. Mieu qui était resté à Baticul sur ordre de son maître, essayait de le réconforter, mais il n'y arrivait pas. Il l'aidait dès que cela était possible et évitait de le laisser seul avec les autres domestiques. Ces deux jours de lynchage passés à travailler d'arrache-pied épuisèrent Guy comme jamais auparavant... Il avait très peu dormi et perdait l'appétit... Il en devenait de ce fait moins productif, ce qui déplaisait à sa supérieure.
Il avait dû lessiver les plafonds de tous les couloirs en équilibre sur une échelle, récurer la façade du manoir, nettoyer tous les carreaux des fenêtres, sans oublier l'entretien des tapis et de l'argenterie. Oh, et bien sûr, il était toujours d'astreinte pour les repas et pour la gestion du linge sale. C'était à se demander s'il n'était pas le seul serviteur du manoir à travailler. Éreinté, il s'affala sur son lit à deux heures du matin et fut incapable de se lever quand le réveil sonna à six heures...
On frappa à sa porte, il sursauta, tiré de son sommeil. Il jeta un vif coup d'œil pour regarder l'heure et se maudit d'avoir dormi si longtemps. On venait certainement le sermonner. Il se dépêcha de se lever pour aller ouvrir.
- « Je suis désolé, je me suis rendormi ! » S'excusa t-il tout en déverrouillant, pensant avoir affaire à une de ses collègues. Mais il s'était trompé, et la personne qui se tenait derrière la porte avait l'air tout aussi incrédule que lui.
- « Euh Guy ? On est dimanche aujourd'hui, ton jour de repos ! T'as pas l'air bien ! » Lança Luke, inquiet de l'apparence fatiguée de son ami.
Ce dernier resta figé un instant. Cette apparition était comme une délivrance. Il n'avait jamais été aussi heureux de revoir Luke. Il eut envie de l'enlacer et de lui dire ô combien il lui était reconnaissant d'être là, mais il s'abstint, sachant qu'une telle attitude serait embarrassante. Ses deux jours d'absence qui lui avaient paru durer des années, lui avaient toutefois ouvert les yeux sur sa situation.
- « Oh Luke ! Je suis désolé... C'est juste que je me suis surmené ces derniers temps, et pour tout te dire, je n'en peux plus... » Guy serra les poings. Repenser au malin plaisir qu'avait eu ses collègues à le torturer le mettait hors de lui... Et tout ça par jalousie, étant donné qu'il était plus considéré par Luke qu'elles.
Son ami le regarda d'un air grave. C'était la première fois qu'il voyait Guy comme ça. Il ne souriait pas, ses paupières semblaient lourdes, et des cernes très prononcés ornaient son visage. Même ses cheveux semblaient manquer de vigueur.
- « Ça va aller ? Tu devrais aller te reposer ! » Conseilla t-il.
Guy hocha la tête en signe d'approbation, apaisé par le retour de son ami. Il s'apprêtait à retourner au lit mais il se fit interpellé par le rouquin :
- « Euh, je suis désolé de t'avoir réveillé au fait... T'as vraiment l'air de manquer de repos, cette fois, tu ne m'en voudras pas d'aller demander à ma mère si tu peux prendre des congés ! » S'exclama t-il, soucieux du bien être de Guy qui contre toute attente, se retourna en ajoutant :
- « Ce que j'aimerais, c'est démissionner. »
Luke mit du temps avant de prononcer un mot :
- « Guy ! Tu es sûr ? Enfin, on t'avait déjà dit que t'étais pas obligé de nous servir maintenant, mais tu avais l'air d'insister pour rester alors bon... Tu sais que si tu démissionnes, tu ne pourras plus être rengagé ! » Avertit-il.
- « Écoute, j'ai bien réfléchi... J'ai été idiot... Je me suis rendu compte d'une chose trop tard : Je n'avais pas besoin de revenir en tant que serviteur... Mais juste en tant qu'ami. Ça a été ma plus grande bêtise de croire que pour être avec toi, il me fallait absolument cette place au manoir. En plus, depuis que je suis revenu, mes « collègues » me font savoir que je ne suis pas le bienvenu... C'est un peu logique, j'ai quand même eu un traitement de faveur de ta part, et ces congés forcés n'ont pas très bien été perçus. Et pourtant, c'est ce même périple avec toi Luke qui m'a montré que je pouvais très bien être à tes côtés sans être à ton service. Maintenant, je n'ai plus ma place ici... » Déclara t-il d'un ton solennel.
- « Il va quand même falloir que tu me raconte ce qui s'est passé pendant que j'étais pas là... Et oui tu es idiot... Si j'avais su que tu venais faire des corvées uniquement pour me voir, je t'aurais botté les fesses ! Je me disais bien que t'étais pas fait pour ça... Non mais franchement, je savais que tu faisais semblant de travailler ! » Luke explosa de rire devant Guy qui le contemplait sans rien comprendre.
- « Quoi ? Qu'entends-tu par « semblant de travailler ? » Ce n'était pas la première fois que Luke lui faisait cette remarque, et Guy fronça les sourcils, un peu vexé.
- « Ahah, désolé, mais ta fatigue montre bien que tu n'es pas habitué à travailler dur en tant que serviteur ! Et puis, du plus loin que je me souvienne, je te vois papillonner dans les couloirs sans but précis ! Je m'étais d'ailleurs un peu demandé quel était ton rôle dans le manoir, à part celui de me tenir compagnie. Je t'ai toujours plus perçu comme un ami que comme un membre du personnel de toute façon, et que tu travailles encore ici ou que tu démissionnes, le résultat sera le même : tu as ta place à la maison des Fabre. Je suis certain que ma mère ne verrait aucun inconvénient à ce que tu restes avec nous en tant que « Gailardia », si c'est juste pour traîner avec moi. » Répondit-il.
Guy se sentit stupide. Comment avait-il pu croire qu'il n'avait plus sa place ici s'il n'était plus un serviteur ? Il avait grandi avec les Fabre, et c'était ce lien fort qui l'avait d'ailleurs empêcher de tuer le duc pour se venger.
- « … Merci, Luke... » Déclara t-il.
- « De quoi ? De te traiter de paresseux ? De rien alors ! Non, sans rire, je peux aller présenter ta démission si tu veux. » Reprit le rouquin d'un air plus sérieux.
- « C'est ça, dis-moi tout ce que tu veux, tu changerais vite d'avis si tu avais vécu deux jours comme je viens de le faire ! Et oui, je te laisse l'honneur d'annoncer la démission du serviteur le plus fervent de ce manoir ! » Lança t-il.
Luke pouffa de rire avant de se diriger vers la chambre de sa mère.
Guy referma la porte de sa chambre, et se laissa glisser contre elle, avec le sourire aux lèvres.
« Ce que j'aimerais, c'est avoir enfin le courage de te dire je t'aime. »
FIN
OUF c'est fini ! Encore désolée pour la longueur du chapitre et l'attente endurée, je suis consciente que j'ai écrit à la vitesse d'une limace. J'espère sincèrement que ce chapitre vous aura plu et que la fin ne fait pas trop « cheveu sur la soupe ». Comme toujours, tous les commentaires sont les bienvenus et je ne pense pas écrire de nouveau chapitre pour cette fanfiction. Merci de m'avoir lue !
