« Je vais me faire déchirer. Vraiment, je vais me faire déchirer. Ce n'est pas possible. On avait vraiment pas besoin de ça. Pas maintenant. Oh là là. »
Je levai les paupières doucement. Peeta faisait les cents pas dans la cuisine dévastée. Son visage était marqué par une inquiétude profonde. Je cherchai des yeux Peter, mais il semblait avoir disparu. Tout était calme, il était certainement rentré chez lui.
Les Imperméables n'était plus là, et la seule preuve de leur existence était le désordre incommensurable qui régnait dans les deux pièces.
Ainsi que….
Non.
Non non non.
Pourquoi avais-je une lance plantée dans le ventre ?
Aussitôt, je tentai de me dégager, ce qui me fit lâcher un gémissement pitoyable.
Peeta se retourna; il avait la tête de celui qui vient de voir un fantôme.
« C'est pas vrai…murmura-t-il. Tu es encore vivante ? »
Je le regardai avec des yeux suppliants. Il sembla comprendre le message.
« Je…je vais t'aider, bien-sûr. Une équipe est en route, ils viennent tenter de réparer les dégâts. »
Il marmonnait et j'avais du mal à comprendre ses paroles; ou peut-être était-ce du à un problème d'audition causé par le fait que j'avais une lance planté dans le ventre. Ce qui ne semblait pas troubler outre mesure le garçon…la chèvre….le truc en face de moi.
Peeta s'approcha prudemment, et, soudain, comme heurté par un mur invisible, recula.
« Ca alors ! S'exclama-t-il. Tu sens de plus en plus fort !
- Si tu as l'intention de me laisser mourir, ne te gène pas, je crois que la lance qui me traverse de part en part fait très bien son boulot. »
J'ignorai pourquoi j'étais aussi calme. Epuisée, je laissai aller ma tête contre ma poitrine.
Ah oui.
Une flaque de sang d'un diamètre impressionnant stagnait à mes pieds. Une boule d'angoisse naquit dans ma gorge. Il s'agissait de mon sang. Pourquoi n'étais-je donc pas morte ?
« Maman ! Dis-je faiblement.
- Ta mère ? Répéta Peeta en se secouant brusquement. Oh, elle dort encore. Rien l'a dérangé. Les sédatifs, tout ça…ça vous assomme un Homme. Ne t'inquiète pas, je ne lui ai rien donné. C'est l'infirmière qui est venu tout à l'heure. Cette Marina aime bien s'assurer que les gens dorment à poings fermés, apparemment.
- Peeta… » gémis-je.
Il secoua la tête et s'avança vers moi en continuant de penser à haute-voix.
« Ce n'est pas normal. Pas du tout, pas du tout normal. Et je ne comprends vraiment pas pourquoi tu es toujours vivante. Tu devrais déjà être passée de l'autre côté.
- Merci, tu préfèrerais que je sois morte, c'est ça ?
- Ne le prends pas mal. Je suis content que tu sois en vie, mais…Ecoute petite, les évènements de ce soir, le fait que tu ne sois pas un monstre, l'enlèvement de Peter…Tout cela n'augure rien de bon, acheva-t-il sombrement.
- L'enlèvement de Peter ?
- Laisse béton, ma grande. Laisse béton. Allez, je vais tirer un grand coup. Il faut toujours tirer un grand coup.
- Je ne suis pas sûre de… »
Et je sombrais à nouveau dans l'inconscience.
oOoOoOo
Lorsque je me réveillais, tout semblait calme autour de moi. Je restais prostrée, paupières closes, encore à demi-endormie. Tout cela n'avait été qu'un mauvais faire. Un horrible mauvais rêve très réaliste.
Enfin, si tant est que des goules et des satyres soient réalistes.
J'étais complètement folle. Il fallait que j'arrête de livre toutes ces légendes antiques, cela me polluait le cerveau.
« Elle semble aller mieux » , dit soudain une voix grave.
Etais-ce celle de Marc ? Je ne la reconnaissais pas. A moins que ce ne soit celle du père de Peter ? Non, c'était une idée stupide. Que pouvait bien faire le père de Peter chez moi ?
La curiosité me dévorait, pourtant mon instinct me somma de continuer à jouer la Belle aux Bois-Dormants.
On repassera pour la Belle.
Pour les Bois aussi, d'ailleurs.
« Je ne comprends pas, Chiron, intervint une voix de fille. Elle devrait être morte. Thanatos a repris sa place, il est impossible qu'il l'ait laissée s'échapper.
- Nous recueillerons son témoignage lorsqu'elle sera réveillée.
- Et que faites-vous de ce qu'a dit Peeta ? Commença une autre personne, un adolescent cette fois. Il a passé genre…15 ans à la surveiller pour protéger ce garçon et…
- Je n'en sais pas plus que toi, Percy, dit Chiron. Il est étrange qu'elle ne soit pas faite attaquer plutôt, surtout avec une aura comme la sienne.
- Penses-tu qu'elle puisse avoir eu une protection ? Demanda la fille.
- C'est-ce qu'ont dit les goules imperméables » , intervins-je.
J'ouvris brusquement les yeux. Je me trouvais dans une grande salle, allongée sur une banquette. Un peu plus loin se trouvait les trois personnes dont j'avais suivie la conversation : le garçon surement prénommé Percy, la fille blonde, et…
Un type avec un derrière de cheval.
Ce type avait un derrière de cheval.
Alors que je le dévisageais avec étonnement, il s'avança, l'air soucieux.
« Tu es réveillée depuis combien de temps ?
- Je…Je viens de me réveiller. J'ai entendu deux trois phrases, pas plus. Pourquoi vous êtes un cheval ? »
Ma question ne sembla pas le vexer plus que cela.
« Je ne suis pas un cheval. Je suis un centaure. »
Noooooon !
« Centaure….Genre centaure centaure ? Et Chiron….Comme le Chiron ? L'enseignant d'Achille, d'Asclepios et tout ce gratin là ? Comme le fils de Cronos ? »
J'avais déballé toutes ces informations histoire de leur montrer à qui ils avaient affaire; il était hors de question qu'ils me prennent pour une pie sans cervelle.
Ma manœuvre avait apparemment réussi. Percy s'est penché vers la fille et lui a murmuré assez fort pour que tout le monde le comprenne :
« Tu crois que son parent divin pourrait être ta mère ?
- Chut, Cervelle d'Algues. »
La fille l'a foudroyé du regard avant de reporter son attention sur moi.
Non mais quelle mégère.
« Oui, dit Chiron. Je suis en effet, le Chiron. Celui de la légende. »
Je tentais de ne pas éclater de rire, avant de me rendre compte qu'en effet, tout était possible. Après tout, ce mec avait un derrière d'équidé.
« Je ne vous crois pas. Chiron a existé -s'il a existé- il y a des milliers d'années. Et puis il est censé s'être fait tuer par cet abruti d'Héraclès, non ?
- Qui es-tu pour juger les héros ? Intervint soudain la fille.
- Personne, répondis-je en haussant els épaules. Mais dans le dessin animé, il a l'air crétin.
- Perso, tout le monde m'a toujours dit qu'il l'était. Rappelle-toi, Annabeth, l'histoire de la naïade…
- Héraclès a déployé toute son astuce pour effectuer ses travaux. Il était juste légèrement mégalo sur les bords. Et je pensais que tu l'admirais !
- Je n'ai jamais dit que ce n'était pas le cas ! Protesta Percy. Seulement depuis l'histoire de…de Zoé… »
J'ai senti qu'un malaise planait soudain dans la conversation, sans pour autant comprendre de quoi ils parlaient.
« Christie, reprit Chiron, j'ignore si tu en es ou non déjà persuadée, mais tu as du te rendre compte que le monde dans lequel tu vis n'est pas celui que les gens ont l'habitude de côtoyer. Tu es un sang-mêlé, comme Annabeth et Percy ici présent. C'est-à-dire qu'un de tes parents a une ascendance divine. Annabeth, par exemple, est la fille d'Athéna. Percy, quant à lui, est le fils de Poséidon. »
Minute. Cheveux blonds. Yeux gris. Air hautain. Propension a étaler son savoir et à vouloir imposer son opinion à tout le monde.
« Tu n'aurais pas une sœur, par hasard ? Demandai-je à Annabeth.
- J'ai des tas de sœurs » , répondit-elle en haussant les épaules.
Le silence plana à nouveau. Quelque chose me disait que je n'allais pas m'entendre avec elle.
« Ecoute, continua Chiron. Tous les gens que tu verras ici sous des enfants de Dieux Grecs. Enfin, sauf cinq. Ceux-là sont des enfants des Dieux de l'Olympe, comme tes camarades, mais des Dieux sous leur forme Romaine.
- Hein ?
- Nous avons -toi y compris- une famille compliquée, expliqua Chiron avec un sourire. Tu verras, tu t'y feras vite. Enfin, j'espère.
- Euh…J'ai une question. Pourquoi je ne suis pas morte ? »
Ils se dévisagèrent, l'ai profondément déconcertés.
Après un moment d'hésitation, Chiron reprit la parole :
« La vérité c'est que…nous n'en avons aucune idée.
- Chouette. Je peux savoir pourquoi mon ami cornu m'a traitée au moins quatorze fois de monstre avant que je me fasse empaler ?
- Nous ne savons pas non plus.
- Super. Surtout, ne cherchez pas à ouvrir un bureau des renseignements, je crois que ça ne fonctionnerait pas. »
Annabeth leva les yeux au ciel et Percy et Chiron s'autorisèrent un sourire.
D'ailleurs, ça me fit penser qu'il était plutôt mignon.
Pas Chiron hein, Percy. Avec ses yeux verts et ses cheveux bruns bouclés, il avait tout de la statue grecque.
De la statue grecque sans cervelle.
D'où le « Cervelle d'Algues » d'Annabeth.
Le surnom m'arracha un demi-sourire : c'était bien trouvé, finalement.
La porte de la salle s'ouvrit à la volée, et un autre adolescent fit irruption en trombe dans la pièce.
« Les gars ! S'écria-t-il. Il y a Rachel qui veut vous tout de suite. Elle est, genre, terrifiée. Chais pas ce qu'elle a, mais il me semble qu'elle a rejoué au spot lumineux avec ses yeux. Bref ça craint, faut que vous y alliez. »
En parfait ensemble, le trio se tourna vers le garçon qui s'avançait précipitamment vers eux. Ils semblaient tous avoir oublié ma présence.
Rôle de la tapisserie n°45623648, bonjour.
« Elle va bien ? S'enquirent Percy et Annabeth d'une même voix.
- Chais pas moi ! Elle est un peu, quoi…sonnée. Mais qui ne le serait pas après avoir joué à la lumière verte hein ? »
Je ne comprenais strictement rien à ce que disait le garçon. Je me tortillais pour l'apercevoir, mais Chiron et son énorme derrière me bouchait la vue.
« Elle est près du bungalow des alcoolos, Chiron. »
Percy et Annabeth n'attendirent rien de plus pour déguerpir à fond de train. Chiron soupira et tourna vers moi un visage inquiet.
« Je suis désolée Christie, mais tu arrives en des temps…perturbés. Je crois que… »
Il semblait en proie à un profond débat intérieur.
« Tu… »
Il se tourna vers le garçon qui attendait, sautillant sur place.
Oui oui, sautillant. Il était pire que Peter.
« Je sens que je vais le regretter, marmonna-t-il. Tu peux lui faire visiter le camp ? »
Le garçon prit son air probablement le plus sérieux :
« Chuis votre homme, Chiron !
- Bien…Christie…Je te laisse avec lui. Il va te faire visiter la colonie.
- La….quoi ? »
Pourtant, sans un mot de plus, Chiron était déjà parti au petit galop.
Le garçon s'avança vers moi, main tendue :
« Yo yo ! Bienvenue au Greec Tour, spécial visite de bungalows en semi-divinité. Ici pour vous servir un guide de classe internationale, j'me présente, Léo Valdez ! »
