Cela faisait deux mois que Julia avait eu son accident. Deux mois qu'elle était dans le coma et que Tony vivait au ralenti. Deux mois à travailler avec ses coéquipiers du NCIS sans être réellement avec eux sur le terrain, l'esprit occupé par autre chose. Deux mois qu'il donnait le change devant les enfants, qu'il les soutenait et les rassurait, qu'il les réconfortait lorsqu'ils pleuraient. Deux mois durant lesquels il n'avait presque pas dormi, ou alors parce que c'était le besoin physique de sommeil qui l'emportait. Pendant ces deux mois, il carburait à la caféine, lui qui détestait ça avant… Et deux mois, où chaque soir après l'école ou pendant les week-ends, où la famille recomposée passait tout son temps libre à l'hôpital.

Bien sûr, Tony avait prévenu son patron, Gibbs, mais personne d'autre au NCIS. A quoi cela aurait-il servi ? Ils ne pouvaient rien y changer et n'auraient pu le rassurer. Et puis, cela les aurait inquiété et ça se serait ressenti sur le terrain et dans les enquêtes. Il avait également prévenu les professeurs de Chloé et Tony, qu'ils comprennent pourquoi cela n'allait pas à l'école, que les devoirs n'étaient pas toujours faits. Bien entendu, ils avaient été cléments et Gibbs l'autorisait donc chaque après-midi à quitter le travail plus tôt que les autres pour aller chercher les enfants et aller à l'hôpital. Il était le seul à qui il racontait son désarroi, puisqu'il était le seul à pouvoir le comprendre, par rapport à sa propre expérience, et qui savait le rassurer comme personne, en ne disant rien le plus souvent, juste en partageant une bière et en écoutant Dinozzo…

Pendant deux mois, l'état de Julia avait été stable. Les médecins disaient que ce n'était pas un bon signe mais pas forcément un mauvais non plus. Il fallait juste garder espoir, des personnes s'étant réveillées après des mois et des mois de coma. Bien entendu, Tony ne pensait pas à l'euthanasie. Et puis quoi encore? Il aurait dû se rendre responsable de la mort de sa fiancée ? Non, il gardait toujours espoir, même si celui s'amenuisait avec le temps. Puis, son espoir flancha complètement ce jour où elle fit un arrêt cardiaque, alors que toute la famille était à son chevet. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les infirmiers étaient arrivés et avaient tenté de la ranimer, ce qui avait pris au moins une bonne minute… La plus longue minute de l'existence de Tony. Il s'était éloigné du lit, prenant les enfants contre lui, de telle façon qu'ils ne voient pas ce qu'il se passait. Le bip tant attendu revint enfin, le cœur de Julia battait à nouveau, ses poumons se remplissaient d'air, mais avec beaucoup de difficultés. Le docteur était venu voir Tony, laissant les enfants aller enlacer leur mère, pour lui dire qu'il avait récupéré Julia in extremis et que désormais le pronostic vital était engagé. Elle allait être placée sous assistance respiratoire et chaque jour qui passait, désormais, l'éloignerait un peu plus de sa famille.

Là, c'était la goutte d'eau qui avait fait déborder le vase. Il demanda à une infirmière de surveiller les enfants et il s'éloigna rapidement pour sortir prendre l'air. Là, il craqua. C'en était trop pour lui, tout ce qu'il endurait depuis deux mois et tout ce qu'il avait sur les épaules… Il avait l'impression qu'un poids de dix tonnes pesait sur son dos et sur son cœur. L'agent du NCIS savait que pour se sentir mieux, il devait parler. Et pas aux enfants, pas tout de suite. Il prit son téléphone et composa le numéro de Gibbs à qui il raconta tout ce qu'il venait de se passer et lui demanda conseil : devait-il en parler aux enfants ? Comment leur expliquer et est-ce-qu'ils comprendraient ? Pour Gibbs, les enfants étaient parfois plus intelligents que les adultes et comprenaient tout très vite et Tony devait leur en parler. Il le remercia, raccrocha et alla aux toilettes, se rafraîchir et se mouiller les yeux. Ils étaient rougis par les larmes versées et les cernes assombries en-dessous n'arrangeaient rien… Il retourna à la chambre 28, trouvant les enfants comme il les avait laissés et s'approcha d'eux. Il s'assit à l'autre bout du lit et enlaça ses deux enfants, un sur chaque genou et dans chaque bras.

- Je ne sais pas si vous avez compris ce qu'il s'est passé, mes chéris.

Il stoppa, chercha les mots adéquats et appropriés pour reprendre :

- Maman s'est battue pendant deux mois pour se réveiller. Deux mois de bataille, c'est très long ! Son corps était fatigué de se battre sans cesse et a donc arrêté, pour pouvoir se reposer. Heureusement, les docteurs ont réussi à le ranimer. Mais, depuis cet arrêt et ce repos, Maman a moins de forces pour se battre, beaucoup moins.

Tony vit dans les yeux des enfants qu'ils avaient compris où il voulait en venir, leurs yeux se remplissant de larmes. Il se devait néanmoins de continuer pour que tout soit clair pour eux :

- Il faut que l'on s'attende que Maman ait de moins en moins de forces et que, même si elle veut se battre de tout son cœur, elle ne le puisse plus. Son corps ne suivra pas…

Il fit un énorme câlin à ses enfants tout en regardant Julia, avec amour et une pointe de colère. Comment pouvait-elle le laisser seul avec les deux enfants ? Pourquoi avait-il fallu qu'elle ait cet accident ? Il la supplia, en son for intérieur et en espérant qu'elle entendrait, de faire tout son possible pour revenir parmi eux. Ils avaient besoin d'elle !