Depuis l'accident de Julia, les choses avaient bien changé dans la famille DiNozzo-Scott. Les soirées en salle de réanimation et le quotidien prenaient le dessus sur les séances cinéma, soirées jeux de société ou parties de Wii. La rigolade et la bonne humeur semblait bel et bien enfouie au fond d'eux et quasiment enterrées. Chloé n'était plus la même également. Bien que chipie de nature, elle semblait absente et son entourage s'en trouvait déconcerté. La fillette avait toujours d'excellents résultats scolaires mais se trouvait beaucoup active, spontanée, concentrée et passait les trois-quart de son temps plongée dans ses pensées.
Deux mois à se replonger dans ses souvenirs, tous plus douloureux les uns que les autres, avec ses deux mamans. Douloureux car elles lui manquaient atrocement et se rappeler chaque scène, chaque parole heureuse ou triste en devenait terrible. Sa véritable maman lui manquait terriblement et cet accident lui avait rouvert des blessures mal cicatrisées. L'accident de bus, qu'elle vécue il y a quelques semaines n'a pas arrangé la situation, bien au contraire et n'a fait que rajouter des arguments à son mal-être. Tout s'est bien terminé mais il n'en reste pas moins qu'elle conserve des séquelles physiques et en particulier morales de cet accident. La vie est injuste et on a parfois l'impression que le Destin s'acharne contre certaines personnes. Chloé venait à se demander si elle parviendra à être heureuse un jour. Elle ne supporterait pas de perdre son « papa » pour rien au monde. Un sentiment de méfiance, de prudence s'est programmé en elle sans qu'elle ne s'en rendre compte.
La journée se passa comme toute les autres. Rien de spéciale à ajouter. Si. Comme à chaque fois que la petite fille allait rendre visite à Julia, l'angoisse montait crescendo tout au long de la journée. L'angoisse devenait de plus en plus forte. Plus le temps passait et plus l'espoir s'amenuisait. Ses professeurs étaient au courant et ne la sollicitaient pas, période de trêve durant ce moment délicat. Ils étaient à son écoute mais la blondinette n'arrivait pas à en parler. Rien ne sortait. Ses émotions, sa colère restaient bien au fond d'elle. Et pourtant, elle aimerait crier, hurler son désarroi, sa colère, son incompréhension mais seulement des larmes en sortaient. Des larmes chaudes, humides et des souvenirs très douloureux à se rappeler. Elle imagine le pire. Tous les enfants imaginent le pire lorsque les parents ne disent rien. Elle a peur. Peur de perdre toutes les personnes à qui elle tient énormément. C'est pourquoi, elle s'accroche encore plus à son papa. Paradoxal, on pourrait s'attendre à ce qu'elle s'en éloigne afin de ne pas avoir à souffrir à nouveau, à se détacher mais ce n'est pas le cas.
Bref, la journée se transforma vite en crise de larme, sans qu'elle puisse les maîtrisées, les stoppées et même coulaient pour rien. A peine on lui adressait la parole et elle se mettait à pleurer. La sonnerie de fin de journée arriva enfin. Elle rangea ses affaires aussi rapidement qu'elle le pu, enfila son manteau, attrapa son sac et se rua dans les bras de son papa. Tony les rejoignit et ensemble, ils foncèrent en direction de l'hôpital. La blondinette mit un temps interminable à sortir de la voiture mais guider par son papa, elle prit son courage à deux mains et le suivit. Réticente malgré tout. Elle avait peur du diagnostic final, peur du verdict des médecins. La fatalité lui faisait peur.
Chloé regarda la scène qui se passait devant ses yeux sans pourvoir réagir. Sous le choc, la petite fille se demandait ce qu'il allait se passer par la suite. Les souvenirs de l'accident de sa maman resurgirent et les larmes coulaient à flot. Chloé a mit du temps à refaire confiance, à accepter Julia comme une seconde mère et voilà que le destin lui enlève cette joie. Elle se trouvait impuissante. Elle ne savait pas quoi faire. Elle ne voulait pas que Julia meurt. La perdre, c'est perdre une deuxième fois sa maman. Son regard se trouvait suppliant, envers les médecins, Julia et son papa. Elle ne supporte pas de voir Julia affublée de tous ses tuyaux. Chloé ne se sentait pas bien. La machine reliée au cœur s'emballait et la fillette ne le supporta pas. Les choix électrique s'était trop pour elle. Trop d'émotion. La blondinette s'évanouit.
Quand elle reprit connaissance, elle se trouvait sur une cuisse de son papa et ne comprit pas tout de suite ce qui lui arrivait. Elle écouta très attentivement les paroles de son papa et laissa ses larmes rouler sur ses joues. Chloé ne savait pas quoi dire. Elle savait qu'elle ne retrouverait pas Julia, qu'elle ne pourrait plus la serrer dans ses bras ni lui parler. Elle avait déjà vécue une situation similaire en plus brutale et violent mais le chagrin est le même. Elle n'arrivait pas à regarder son petit frère. Baissant le regard, elle finit par articuler entre deux sanglots:
Tu crois papa, qu'elle ne souffre plus ? Tu crois qu'elle peut nous entendre ? Elle va me manquer. Pourquoi on perd toujours les gens qu'on aime ? C'est pas juste!
Elle n'attendait pas spécialement de réponse à ses questions. Elle bouillonnait de colère mais contre qui ? Elle ne peut accabler personne si ce n'est la fatalité. Elle se sentait impuissante. Elle enlaça son papa si fort comme si elle ne voulait pas le lâcher et lui faire comprendre qu'il ne devait pas lui arriver quoi que ce soit. Elle détacha un bras et ramena son petit frère contre elle.
