Ce texte a été écrit dans le cadre de « La nuit du FoF » du 07/04/2012 : il fallait le rédiger sur le thème "Lâche" en une heure.
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Fandom : Devil May Cry
Résumé : Dante regarde avec malice la relation naissante entre son frère Vergil et Mira.
Il était le pire pleutre que la Terre ait jamais portée. Et Dieu sait pourtant que cette Terre en avait porté un sacré paquet. Jamais je n'aurais pensé pourvoir dire ça de mon propre frère, mais le masque de glace et d'indifférence au travers duquel il ne laissait rien filtrer devenait soudainement une feuille de papier froissée quand il la voyait. Son expression, ses yeux n'avaient plus rien de lisse et parfait comme d'ordinaire, non, à la place de ça, chaque émotion et idée qui lui venait se lisait comme une lettre d'amour sur son visage. Il y avait de l'admiration calme, du respect sincère, du désir carnassier, peut-être même une passion si pure qu'elle était au-delà de toute compréhension humaine. Probablement parce que les deux personnes concernées étaient des démons.
Je peux amplement comprendre que Vergil ne voit pas tous les signes de Mira l'encourageant à faire le premier pas, à prendre la place de dominant dans leur relation, mais j'étais perturbé par tant de lâcheté de la part de mon aîné. Bien avant qu'ils ne scellent leur fidélité éternelle, il suffisait de les observer pour savoir qu'ils finiraient par se rapprocher, former une entité que plus rien ne pourrait à nouveau séparer. Ils se tournaient autour, se jaugeaient, s'effrayaient, se rapprochaient... pour ne faire que s'éloigner à nouveau. Et le cycle continuait, inlassablement, chacune des deux parties enfermée dans cette prudence outrancière, cette peur infinie d'avoir pris les sentiments de l'autre comme autre chose que ce qu'ils n'étaient.
Mira était un démon pur, elle n'avait aucune émotion. Mais Rosa m'avait longtemps dit qu'elle en avait acquis une compréhension beaucoup plus avancée qu'elle ne le laisserait à priori penser. Cependant, je la regardai avec amusement reproduire les moindres agissements de mon frère, imitant la moindre de ses craintes et reculades comme si elles étaient partie intégrante du rituel qui allait faire d'eux des partenaires tout le long de leur vie. Vergil, quant à lui, hé bien... lui qui était si brillant d'ordinaire ne comprit pour cette fois pas vraiment ce qui se passait. Jusqu'à ce qu'il soit dos au mur.
Nous n'étions qu'à quelques jours d'affronter un Seigneur démon, sur qui j'avais enquêté un certain temps. Nous nous étions arrêtés au manoir d'un prétendu vieil ami de Vergil pour nous reposer, mais cette nuit-là, personne ne dormit vraiment. Je ne le compris qu'après, mais c'est durant cette nuit que mon aîné pris conscience qu'il allait bientôt retourner dans un sommeil presque éternel et la simple pensée d'y retourner sans avoir accompli certaines choses sembla lui ôter toute envie de dormir. Alors il sortit. Et il rencontra Mira, assise au bord d'une falaise, les pieds dans le vide. Ce qui se passa ensuite reste bien sûr tout à la discrétion de mon frère, mais c'est au cours de ce court moment ensemble qu'il lui demanda de le marquer à tout jamais d'un signe qui montrerait à tous les autres démons qui quiconque oserait toucher un de ses cheveux devrait se préparer à subir une mort brutale et douloureuse. A cet instant, Mira sut ce qu'elle devait faire car seul un démon pouvait faire une telle chose. Il n'y avait plus rien d'humain dans sa demande, juste un engagement démoniaque beaucoup plus fort que notre simple mariage. Et bien sûr, Mira se passa également la bague au doigt, pour ne pas le laisser seul à porter une alliance.
Le sujet ne revint pas souvent après que mon frère ait été trouvé le sommeil qu'il cherchait alors inutile de dire que quand l'occasion se présentait, je le taquinais à ce sujet, lui disant que mon Tout-puissant frère s'était au moins une fois dans sa vie défilé devant quelque chose. Il ne disait jamais trop rien à chaque fois et changeai de sujet rapidement. Mais une simple fois, il me surprit :
« -Et toi Dante, n'as-tu jamais été effrayé par les sentiments d'une femme ?
-Moi, effrayé ? Tu m'as bien vu ? Plaisanta Dante.
-Alors comment expliques-tu que le démon en toi ait été beaucoup plus prompt à jurer fidélité à Rosa que tu ne l'as jamais été en tant qu'humain ? »
Il y eut un étrange moment de silence puis quelques éclats de rire s'élevèrent dans les airs. Il avait bien raison. Moi aussi j'étais lâche lorsqu'il s'agissait d'engagement.
