Ce texte a été écrit dans le cadre de « La nuit du FoF » du 07/04/2012 : il fallait le rédiger sur le thème "Miroir" en une heure.
Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Rejoignez-nous !
Fandom : Assassin's Creed
Résumé : Le Bleeding Effect gagne plus de terrain chaque jour et Desmond se demande s'il parviendra encore à voir son propre reflet un jour.
« -Aller Desmond, ça suffit, on arrête pour aujourd'hui. On reprendra demain. Repose-toi bien, recommanda Lucy avant que l'homme n'est le temps de se relever de l'Animus. »
Il était rare que Lucy m'abandonne directement à la sortie de l'Animus. Cependant, on voyant le visage fatigué de Rebecca et l'allure voutée de Shaun qui revenait de la salle de bain, je me suis douté que nous devions tous être fatigués plus que de raison. Alors pour la première fois depuis un bon moment, tout le monde éteignit le matériel et partit se coucher là où il pût. Nous n'avions pas énormément d'endroits où nous reposer alors d'habitude, on tournait. Dès que l'un de nous se réveillait, un autre pouvait aller occuper le lit, et ainsi de suite. Alors forcément, dans une situation similaire à celle de cette nuit, le dernier arrivé était le plus mal loti. Et il se trouve que cette nuit, ce fut moi.
Je pris quelques couvertures épaisses et me fit un matelas de fortune au sol, sur une portion de plancher bien dégagé. J'en pris une autre pour me faire un semblant d'oreiller et la dernière pour me couvrir. Il ne faisait pas spécialement froid mais le bâtiment n'était pas chauffé. Et je ne pouvais pas m'endormir si je n'avais pas quelque chose pour me recouvrir, alors...
Il m'apparut au bout d'une heure ou deux que même avec quelque chose pour me couvrir, m'endormir demeurait impossible. Je me levai donc et me dirigeai vers la salle de bain, pour me rafraichir un peu le visage. J'avais étrangement chaud, et de la lumière tremblotait au coin de mes yeux. J'observai mes alentours, cherchant la source de la lumière avec inquiétude. Ne pouvant en identifier la provenance, je continuai son court trajet sur la salle de bain. Je pris la clenche en main et la lumière revint, dessinant cette fois une silhouette d'homme en arme à gauche de la porte. J'eus un mouvement de recul sous la surprise et semblai percuter quelque chose de solide. Je me retournai mais ne vit rien, sinon la lueur environnante se dissiper dans un sursaut avant que je ne puisse voir ce que j'avais percuté. Sans céder à la panique, j'entrai dans la salle d'eau, ouvrai la lumière de la pièce et m'adossai à la porte. Je pris une profonde respiration et me dirigeai vers le lavabo, au-dessus duquel était suspendu une armoire à pharmacie dont les portes étaient réfléchissantes.
J'ouvris le robinet d'eau froide en grand, pris un peu d'eau dans mes mains et me la jetai un peu précipitamment au visage. Je recommençai l'opération deux ou trois fois, cherchant à me calmer. Étonnamment, cela eut presque l'effet inverse. La lumière avait beau être allumée, je me sentais comme épié. Je jetai un coup d'œil anxieux par-dessus mon épaule, mais ne trouvai rien. Je fermai le robinet, pris la serviette la plus proche pour m'essuyer le visage puis ouvrai une des portes de l'armoire à pharmacie, dans laquelle mon visage se reflétait. Je cherchai des yeux le flacon d'aspirine au milieu des anti-grippaux et autres médicaments de première nécessité, mais ne le trouvai pas. De dépit, je fermai la porte un peu brutalement et quand j'entendis un bruit de verre brisé, j'examinai plus attentivement le miroir pour voir si je ne l'avais pas brisé. Le miroir en lui-même n'avait rien, mais j'avais tout de même une drôle d'impression en le regardant. Et c'est en me redressant que je sus. Le miroir ne reflétait plus mon visage.
Il y avait bien sûr ma cicatrice à la lèvre mais l'homme qui se réfléchissait avait une peau beaucoup plus mate que moi. La forme de visage était globalement la même, mais il avait une barbe naissante, bien plus longue que les quelques poils que j'avais au menton qui ne se trouvaient là que parce que je ne m'étais pas rasé depuis longtemps. Ce visage me semblait familier, sans que je ne puisse vraiment mettre le doigt sur son nom. Je fermai les yeux un instant, pour mieux me concentrer, mais quand je les rouvris, le visage avait changé. Nous avions la même cicatrice à la lèvre, il avait l'air légèrement plus bronzé que l'homme précédent et était imberbe. Et lui, je le connaissais. Son nom, sa période, sa vie. C'était Altaïr, un de mes ancêtres qui avait vécu au temps des Croisades. Je réalisais soudain que le Bleeding Effect m'avait tellement atteint que je commençais à ne même plus pouvoir me voir en tant qu'être individuel... y compris dans quelque chose d'aussi simple qu'un miroir. Et cet autre homme, c'était probablement Ezio, un autre de mes ancêtres.
Je ne sus trop que faire, sur le coup, pris entre panique et fatigue. Il fallait que j'en parle à Lucy, au plus vite. Mais je n'allais pas la réveiller. Elle aussi était épuisée. Peut-être que tout se calmerait après une bonne nuit de sommeil. J'espérai que tout se calmerait après une bonne nuit de sommeil. La seule idée de ne plus jamais pouvoir voir mon propre reflet dans un miroir me terrifait.
