Ce texte a été écrit dans le cadre de « La nuit du FoF » du 02/06/2012 : il fallait le rédiger sur le thème "Téléphone" en une heure.

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Fandom : Devil May Cry

Résumé : Nero découvre avec émotion que la technologie permet de faire bien des choses.


« -Elle te manque, pas vrai ? »

Rosa me surprit, c'était le moins que l'on puisse dire. Enfin, ça n'avait pas du être trop dur de savoir que quelque chose n'allait pas avec moi. Moi, Nero, l'insolent jeune homme qui cherchait toujours à se battre avec l'un ou l'autre des jumeaux de Sparda, assis là, au cours d'une falaise surplombant la mer, le menton sur les genoux, les bras autour de mes jambes repliées, le regard vide et triste perdu dans l'immensité bleue. A vrai dire, le fait qu'être un peu démoralisé se voyait tout de suite chez moi n'était pas pour me plaire mais il y avait des fois, comme aujourd'hui, où j'étais tout de même bien content qu'il y ait quelqu'un pour y faire attention.

Rosa était une personne pour laquelle j'avais eu beaucoup de sentiments étranges depuis notre rencontre. Une forme un peu innocente de machisme, de mépris, parce qu'elle était une femme et que ce n'était pas aux femmes de se battre puis une certaine admiration après l'avoir vue se battre et tenir tête pacifiquement à des créatures qui faisait bien deux fois sa taille. De la colère aussi, lors d'un malentendu au cours duquel j'ai sincèrement cru qu'elle pouvait être ma mère, et qu'elle nous l'avait caché, à Vergil et moi. Une fois le malentendu dissipé, j'ai développé une affection pour son caractère humain, patient avec le jeune homme un peu troublé que je suis encore. Au fur et à mesure, cette affection s'est approfondie encore un peu et la différence d'âge aidant un peu, mon affection pour elle changea de celui que l'on porte à une grande sœur à celui que l'on porte à une figure maternelle. Elle avait aussi cette capacité un peu étrange de lire les gens, de voir leurs émotions, attentes, déceptions... Si ça n'avait rien d'un haut fait d'armes sur moi, elle avait au moins le mérite de savoir le faire sur Dante, ce qui était déjà beaucoup plus dur, et dans une moindre mesure chez Vergil, ce qui me semblait relever de l'impossible.

Elle s'assit à côté de moi, le seul bruit du vent et des herbes qui pliait sous elle se faisant entendre. Elle ne se pressa pas de me faire parler. Elle savait que ce n'était pas utile, voire même contreproductif, et que je lui en parlerais que si je le voulais vraiment. Il me fallait un peu de temps pour rassembler mes pensées, mais je comptais bien lui dire que je me sentais coupable de quelque chose.

« -Je suis parti sans la prévenir, tu sais, avoua Nero. »

Elle me regarda et dans son regard, je lisais qu'elle ne savait pas de qui je parlais précisément mais qu'elle avait tout de même une idée des sentiments que je ressentaient pour cette personne. Il y avait de la réprobation aussi. Sur son point, elle avait bien raison de me faire un reproche : on ne laisse pas une femme, qui plus est, celle qu'on aime, sans lui dire où l'on va, pour combien de temps, avec qui et sans lui donner de nouvelles. Je ne regrettais bien sûr pas cette escapade loin de Fortuna, c'était un voyage fantastique par bien des aspects mais j'espérais avoir toujours quelqu'un pour m'accueillir à la maison quand ce serait fini.

Je vis ma camarade se tortiller un peu au sol pour attraper quelque chose dans une poche de son pantalon. Elle sortit finalement une objet rectangulaire avec un sourire et me le tendit. J'examinais l'engin, pourvu d'une charnière sur une de largeur et remarquai deux parties distinctes. J'ouvris donc l'objet, pour dévoiler sur l'un des côtés un écran et de l'autre un clavier de douze touches constitué de lettres et de chiffres sur une même case, ou de symboles pour d'autres. Je jetai un regard à Rosa, un peu interloqué par l'objet. Que voulait-elle que je fasse avec ?

« -Compose le numéro de chez elle. Appelle-la. Parle-lui. Tu te feras moins de soucis et elle sera contente de t'entendre. Je pense que tu ne pourras pas lui parler plus d'une heure, par contre. Quand tu auras fini, ramène-le moi, je serais à l'intérieur, enjoins Rosa en se levant. »

Je fis comme elle m'avait dit, avec un peu de circonspection. Il y eut une première série d'une douzaine de sons, puis des bips à intervalle régulier pendant une dizaine de secondes, et enfin un bruit un peu plus étrange. Et juste après ça...

« -Kyrie à l'appareil, je peux vous aider ? »

Depuis mon départ, cet instant fut à la fois le plus heureux et le plus triste à la fois. J'étais bien sur heureux d'entendre sa voix, de savoir qu'elle allait bien, mais j'étais aussi abattu de ne pas pouvoir la voir en face de moi pour lui présenter des excuses décentes. J'avais un nœud dans la gorge et des larmes dans le fond des yeux, je n'arrivais plus à rien articuler. J'étais presque terrifié à l'idée qu'elle raccroche et pourtant, ma voix refusait de fonctionner.

« -Allô ? Demanda la jeune femme.

-Kyrie...

-Nero ? C'est bien toi ?

-Je suis désolé d'être parti sans te prévenir, balbutia à toute vitesse le jeune homme. Me pardonneras-tu ?

-Ne raconte pas de sottises, tu sais bien que... que... jamais je ne t'en voudrais autant, la réconforta Kyrie malgré l'émotion dans sa voix. Je suis tellement heureuse que tu aies pu m'envoyer des nouvelles !

-Tu me manques, Kyrie. Il y a tellement de choses merveilleuses que tu aurais du voir ici !

-Tu me raconteras tout ça à ton retour, allons. J'ai hâte d'entendre tes aventures. Tu me manques terriblement, Nero.

-Je reviendrais aussi vite que je peux. Ne m'en veux pas, je dois te laisser, on m'attends, annonça le jeune homme en voyant les deux fils de Sparda entrer dans la maison.

-Reviens moi vite ! Je t'aime.

-Je t'aime aussi. Au revoir.

-Au revoir, que Sparda veille sur toi ! »

Je restai là encore un instant, l'appareil plaqué contre mon oreille, après avoir entendu le son se couper. Je le décollai finalement pour le regarder de ma paume ouverte. Nous avions des téléphones à Fortuna, bien sûr, mais pas de si petits. Ces objets étaient une véritable bénédiction. Je pris grand soin de refermer le téléphone et de ne pas le laisser tomber sur mon chemin vers la maison. Nous n'allions probablement pas tarder à manger, sans quoi les jumeaux ne seraient pas rentrés. Une fois le seuil passé, je posai le téléphone sur la table à manger et partit m'isoler encore un peu, les mots de Kyrie résonnant encore doucement dans ma tête.