Bonjour à tous.

Comme j'en avais émis la possibilité voici la suite. Un grand merci à ceux qui m'y ont encouragée.

Alors non je ne me suis pas trompée pour ceux qui en douteraient ou se questionneraient, ce chapitre est bien en lien avec celui du cimetière. Comment ? Je vous laisse le découvrir, même si ce n'est pas pour toute suite.

Tout d'abord un AVERTISSEMENT : ce chapitre contient un sujet pouvant être très difficile à la lecture puisqu'il y est fait mention de pédophilie rien de graphique ni de détaillé, mais cela pourrait choquer ou blesser certain ce qui n'est absolument pas dans mon intention. Si j'en fais mention c'est que cela donne une explication détaillé à l'état d'esprit de Tony . Ce chapitre cependant peut ne pas être lu et vous pouvez passer directement au chapitre trois. J'y ferai un rapide résumé en omettant toute mention du sujet délicat qui est traité ici afin que vous ne ratiez rien de tangible ou d'important. Pour les autres bonne lecture.


Cela faisait maintenant trois semaines qu'il n'avait pas réellement dormi. Enfin par "dormi" il faisait allusion à ces quelques heures grappillées ici et là, sur une chaise ou assis à son bureau, dans une cave une fois, dans une voiture d'autre fois. Oubliés matelas, oreiller, et même ce foutu réveil que bien souvent on maudit d'exister mais qui lui aurait paru à ce moment-là le summum d'un luxe retrouvé. Que n'aurait-il donné pour dormir du sommeil du juste, obtenir le repos compensateur tant désiré au lieu de cette pseudo-mascarade où il se réveillait chaque fois plus fatigué que quelques heures avant.

L'affaire sur laquelle il enquêtait - rectification: avait travaillé – avait été très éprouvante, tant physiquement que psychologiquement ou émotionnellement, même si toutes à leur façon avait leur part de drame et de tristesse. Mais celles qui touchaient les enfants l'étaient tout particulièrement.

Celle-ci était de celles que l'on oublie jamais vraiment, de celles dont il est fréquent de rêver - de cauchemarder - de celles pour lesquelles on remet sans cesse en doute ses propres compétences tant on tient à la résoudre et où chaque minute qui passe constitue une minute de trop.

De celles aussi où on accepte de s'investir à 200%, s'y perdant totalement corps et âme, oubliant de manger, de se reposer, d'évacuer le stress, de respirer.

De celles où on signe immédiatement, sans regret ni arrière-pensée, quand il est question d'entrer sous couverture dans un de ces trop nombreux réseaux pédophiles qui se développent dans le pays.

Heureusement ce cauchemar éveillé était enfin terminé : le leader et deux de ses acolytes étaient derrière les barreaux, pour de longues années enfin s'ils ne se faisaient pas butter par les autres prisonniers même parmi les criminels il y avait un code d'honneur commun, à savoir pas touche aux enfants. Et encore moins de cette manière. Oui il ne donnait pas chère de leur peau, et ce n'est pas lui qui irait les pleurer.

Pareil pour celui qu'il avait abattu. A vrai dire il s'en félicitait presque. Bien sûr l'enquête qui ne manquerait pas d'être ouverte par les affaires internes pour savoir si oui ou non son tir était justifié l'embêtait un peu mais uniquement parce qu'il allait devoir parler, évoquer à voix haute ce qu'il avait vu là-bas, dans cette succursale de l'enfer, ce qu'il y avait fait aussi, les circonstances ayant provoqué la mort du sergent Burke. Comme si le rédiger dans un rapport en trois exemplaires ne suffisaient pas !

Il voulait laisser tout ça derrière lui, calfeutrer cette enquête quelque part dans les limbes de son cerveau et en perdre la clé. Faire un trait sur ces monstruosités, ces photos d'enfants aux yeux vides, âgés, ces « discussions » inhumaines et repoussantes, monstrueuses.

Et tant d'autres détails du même genre. Ne plus se rappeler le sourire malsain et pervers et les yeux empli de désir du leader, le lieutenant Matthews, qui faisait savoir au reste du groupe que ce soir serait un de ces « soirs » pour un petit innocent dont le seul crime était d'avoir attiré l'attention de ces hommes.

Et lui s'était tenu là, immobile, impassible, imperturbable, vu de l'extérieur il s'était tenu là et n'avait pas bougé le petit doigt, le bon moment pour intervenir n'était pas encore arrivé, il avait encore besoin de temps pour réunir le maximum de preuves, pour faire tomber un maximum de pourris, et à long terme sauver un le plus grand nombre d'enfants.

Mais même en sachant tout cela il ne pouvait apaiser sa conscience, cela ne lui faisait pas oublier que dans une pièce à l'écart un enfant apprenait à ses dépens que les monstres existaient, et pas uniquement dans un placard ou sous un lit. Et c'est pourquoi il ne parvenait à se défaire de cette culpabilité et du dégout qu'il ressentait à chaque instant.

Et c'est pourquoi il savait que ce n'est pas ce soir qu'il dormirait non plus. Malgré une douche brulante il se sentait toujours aussi sale. Le regard que lui avait jeté les policiers en faction devant la maison, celui de Ziva malgré sa tentative pour le dissimuler, l'incapacité de McGee à croiser ses yeux, à lui adresser la parole, tout cela ne faisait que confirmer ce qu'il savait déjà : il s'était avili en présence de ces monstres, il avait su tenir jusqu'au bout ce qui n'était pas normal pour un agent intègre ayant un sens de la morale développé. Il n'avait pas craqué ce qui à leurs yeux, et aux siens, constituait une faute, et une source d'interrogation quant à son éthique, sa déontologie.

Il fallait que lui-même ait une part d'ombre, quelque chose d'anormal pour avoir su mener à bien tout cela, pour avoir supporté les cris qui résonnaient dans toute la maison sans qu'il n'intervienne, sans qu'il porte secours à cet enfant apeuré qui appelait à l'aide.

C'est ça qu'il voyait dans leur regard, ce qu'il voyait lui-même en regardant dans le miroir.

C'est ces appels de détresses et d'effroi, de douleur, de désespoir enfin qu'il entendait dans le silence de son appartement. Il avait beau se boucher les oreilles, mettre la télévision et la chaîne hifi à plein volume, ils étaient toujours là, ces cris.

Il se sentait si seul aussi, portant cette misère sur les épaules, le poids d'une culpabilité qui allait finir par le terrasser. Personne, aucun de ses soi-disant collègues, ne lui avait demandé comment lui allait. Non ils l'avaient regardé une seconde et tout aussi vite ils l'avaient jugé et condamner. Ils lui avaient tourné le dos, comme si tout était de sa faute.

Et d'une certaine façon ils ne se trompaient pas. Un mort, trois prisonniers, et quatre enfants sauvés. Et une innocente victime. Une petite fille de huit ans aux yeux cristallins et aux longues boucles blondes. Une fillette au corps recouvert de bleus, de contusions et de d'autres stigmates qu'il ne pouvait décemment nommer sans aggraver les nausées qui refusaient de le quitter.

Une victime qu'il aurait pu sauver s'il était intervenu plus tôt, s'il avait écouté son instinct et non pas attendu les ordres venus d'un bureaucrate endimanché bien calé dans son fauteuil et qui ne savait pas ce qu'être sur le terrain signifiait, qui certes aurait une petite pensée pour cette enfant ce soir en rentrant chez lui et en embrassant les siens, mais qui en dehors de ça n'aurait pas de problèmes pour trouver le sommeil, le sentiment du devoir accompli le satisfaisant pleinement.

Une fillette, et quelque part des parents qui hurleraient, pleureraient, souffriraient. Qui exigeraient des réponses à leur pourquoi mais n'obtiendraient aucunes réponses satisfaisantes, aucunes qui ne leur ramèneraient leur petit trésor. Aucun réconfort, et encore moins de lui.

Elle était morte dans ses bras, une plaie à l'arme blanche au niveau de son petit cou blanc et rien de ce qu'il avait tenté n'avait pu la sauver.

Elle était morte dans ses bras, les yeux suppliants, effrayés, luttant contre cette obscurité qu'elle avait toujours détestée et lui, malgré toutes ses tentatives, n'avaient pas su l'apaiser. Comment explique-t'on à une enfant si jeune que c'est la Mort qui vient la chercher alors qu'elle a tout juste commencé à Vivre ? Qu'il ne faut pas avoir peur, que de l'autre côté tout est beau et lumineux, sans peur ni souffrance, quand la seule chose que cette fillette désire vraiment est de revoir son papa et sa maman, grand-pa et tante Vivi, et son grand frère Toby même si parfois il se moque d'elle, et Shepp son petit chat gris et blanc qui a peur des souris, elle veut revoir ses amies sauf Kathy qui a tiré sur ses tresses, et Mme Pine sa maîtresse d'école aussi, mais elle ne veut pas le voir lui, pas cet étranger qui la tient dans ses bras et qu'elle a déjà vu, et qui lui fait peur, presque autant que l'obscurité, parce qu'elle l'a vu avant, avec les vilains messieurs qui lui ont fait si mal.

Il savait que c'était malsain de s'imaginer la vie et l'entourage d'une victime, de donner un nom aux êtres et aux personnes, de lui créer une famille pour le moins fabriquée, mais quelque part il lui donnait une identité. Il ne connaissait même pas son nom, ni même son prénom. Il ne voulait pas qu'elle devienne un matricule, une Jane Doe de plus, même l'espace de quelques heures. Il lui devait ça.

Il ne se rappelait pas après ça combien de temps s'écoula avant que finalement l'ordre soit donné. Il ne se souvint que de ce moment d'infinie détresse puis cette rage aveugle qui l'envahit, ce besoin de faire mal, de détruire, de ne rien laisser derrière lui.

Une porte qui explose, de la fumée partout, des membres du swat qui se fondent dans la pièce tels des ombres, des oiseaux de proie, et enfin ses équipiers.

Et Gibbs qui lui crie quelque chose parce qu'il ne bouge pas, il est là, assis dans le noir à même le sol, droit, statique, et ne bouge pas. Mais ce que Gibbs ne sait pas, parce qu'il ne le voit pas avec toute cette fumée, c'est qu'il ne peut pas bouger. Il ne peut pas L'abandonner une nouvelle fois. Elle qu'il tient contre sa poitrine, son front posé contre ses boucles blondes, lui murmurant doucement « je suis désolé, pardonnes-moi, je suis tellement désolé », encore et encore.

Et il entend de nouveau la voix de Gibbs, plus près lui semble-t'il, toujours aussi impatiente, puis un « merde » et un « j'ai besoin d'une équipe médicale ici». Et lui, la seule chose qui lui vient en tête c'est : pourquoi ? Pour quoi faire ?

Il voit Gibbs se pencher sur lui, ses lèvres bouger, des sons être articulés mais il ne parvient à en saisir le sens. Il n'entend pas vraiment non plus, juste ce bruit sourd à ses oreilles, son sang, et son cœur qui semble vouloir s'extirper de sa cage thoracique en jouant un rythme effréné. Son cœur. Qui bat. La vie. Sa mort.

Et soudain il fut pris d'une fureur sans nom, de celle qui ne laisse place à aucune autre pensée, de celle dont on se laisse submergé, et guidé.

Et c'est ainsi qu'il se mit en mouvement, avançant avec détermination, l'arme au poing, un revolver qu'il avait arraché des propres mains de son patron sans en faire la demande ni attendre une quelconque autorisation. Juste comme ça. Une arme qui était maintenant sienne tant dans la possession que dans son utilisation.

Et c'est avec une amère satisfaction qu'il vit une silhouette surgir devant lui, un homme de petite taille aux épaules musclées mais au dos vouté, à la jambe gauche trainante – résultat d'un éclat d'obus lors de la première guerre du golfe – et au regard perfide et cruel bien qu'il ne puisse clairement le voir du fait de la fumée mais qu'il pouvait amplement deviner, la force de l'habitude après l'avoir si longtemps côtoyé. Le sergent instructeur Charlie Banes. Banes qui n'était pas un poltron, c'était bien là son unique qualité, et qui avait préféré la mort à la privation de liberté qui l'attendait s'il se faisait pincer. Requête que lui avait satisfaite avec joie quand il avait vu l'homme s'avancer vers lui un cran d'arrêt à la main. Une arme qu'on lève, un doigt qui presse une détente et en une seconde quarante ans d'existence réduit à rien. Et pas l'ombre d'un regret. Légitime défense n'est-ce pas ?

Et sans attendre il s'élança vers la pièce adjacente où il y trouva Matthews, mais il avait été devancé et l'homme, qui lui était un lâche patenté, se tenait contre le mur, les bras écartés et les jambes flageolantes, le canon d'un fusil s'enfonçant dans sa poitrine tandis qu'un membre du swat le fouillait et qu'un autre lui lisait ses droits. Une sensation de regret le saisit le lieutenant s'en tirait à trop bon compte à son goût. Tant pis !

Il entendait son patron vociférer son prénom mais une fois encore il l'ignora et poursuivit sa route, un couloir, des escaliers, de nouveau un couloir, dépassant des hommes en uniformes ou cagoulés, pénétrant dans des pièces qu'il savait n'avoir pas encore été sécurisées mais c'était là le cadet de ses soucis. Il n'avait ni gilet pare-balle ni autre moyen de protection mais de ça aussi il s'en foutait. Il avait un flingue, ses réflexes et un couteau de poche à la ceinture pour lui. Et n'oublions pas cette rage à laquelle se mêlait des d'décharges d'adrénaline et d'endorphine. Qu'avait-il à craindre ? Et puis même si le pire devait arriver c'était là les risques du métier, il savait la probabilité d'une mort précoce lorsqu'il avait signé. Et lui n'avait pas de famille pour le pleurer, pas comme Elle.

Il courut, et courut comme s'il était à la poursuite du Diable en personne; mais il n'en croisa aucun. C'est ce que Gibbs lui hurla quand il lui saisit l'épaule d'une poigne de fer après qu'il eut trébuché sur une marche, le secouant jusqu'à provoquer en lui une impression de mal de mer.

Il pouvait lire de la colère dans les yeux de son boss. Non plus que ça, celui-ci était livide de fureur. Il vit la main de Gibbs se lever brusquement et se diriger vers le sommet de son crâne pour à n'en pas douter lui asséner la claque du siècle. Enfin c'est ce qu'il présagea car la main n'arriva jamais à sa destination.

Lui aussi était fou de rage et il n'était absolument pas dans ses intentions de se laisser faire.

Il put lire de la surprise dans le regard de son supérieur quand il lui saisit le poignet et qu'il se dégagea violemment de la prise que l'autre exerçait toujours sur son épaule, épaule qui serait à n'en point douté meurtrie et douloureuse plus tard d'avoir été ainsi malmenée. Mais il n'en avait cure pour le moment. Pas plus qu'il ne porta le plus petit intérêt à Gibbs qu'il défia du regard, froidement, le mettant en garde contre l'idée d'intervenir ou de le menacer. Il n'était pas d'humeur, et si ça ne lui plaisait pas qu'il le vire. Il en avait fini avec la laisse et l'obéissance aveugle d'un saint-bernard.

Et il se remit en route sans même un regard en arrière, dans le silence le plus absolu.

C'était terminé lui avait dit Gibbs mais il voulait le voir de ses propres yeux, s'en assurer par lui-même et non pas parce que c'était ce qu'on lui avait dit. Même si c'était Gibbs.

A Gibbs aussi il lui arrivait de se tromper, de commettre des erreurs. Et pas plus tard que hier, ou avant-hier, ou le jour encore avant. Il aurait dû savoir lire entre les lignes les messages que lui faisait passer régulièrement son agent infiltré, il aurait dû forcer la main à leur hiérarchie, les harceler pour que l'assaut soit donné bien plus tôt. Mais il n'avait rien fait, et lui qui était du genre je m'en balance du protocole, lui qui agissait d'abord et demandait la permission ensuite, lui Leroy Jethro Gibbs avait attendu, et une petite fille en avait payé le prix, une fillette pas beaucoup plus âgée que Kelly quand … Non, il savait qu'il se montrait injuste et cruel.

Pas étonnant que Gibbs lui eut flanqué son poing dans la figure quand il le lui avait balancé – ou plutôt craché - au visage après que tout fut terminé !

Et que Vance, qui était venu voir le résultat de l'opération de ses propres yeux, lui eut dit de rentrer chez lui, de prendre du repos (et du recul), et de ne revenir que quand il serait calmé et disposé à travailler en équipe et non pas à la décimer.

Et il avait obtempéré.

C'était il y a cinq heures et même si sur le moment c'était sorti brutalement, méchamment, il regrettait à présent ces même propos qu'il savait bas, blessants, immérités. Non Gibbs n'avait rien à voir avec ce fiasco. Lui par contre…

C'est juste que le poids de cette culpabilité le brisait . Et sur le moment cela lui avait paru tellement étouffant, si douloureusement insupportable, qu'il la lui avait fallu partager. Et c'est Gibbs qui en avait fait les frais.

Il en était allé de sa survie psychologique, déjà bien entamée : Kate, Jenny, Paula, sa mère, Jeffrey White, Jeanne (la seule femme qu'il ait jamais aimée, encore une mission d'infiltration calamiteuse).

Et puis toutes ces horreurs vus et vécus, à Peoria, à Philly, à Baltimore.

Il savait que bientôt il atteindrait son point de rupture. Si ce n'était déjà fait. Il savait qu'il n'y aurait pas de solution de retour. Il serait hors d'atteinte, personne ne pourrait plus l'aider.

Non, personne.

Mais y aurait-il quelqu'un à le vouloir de toute façon ? Pour être honnête il en doutait.

A suivre.


Pauv Tony, si éprouvé, si désespéré, si empli de colère. Et malheureusement pour lui ce n'est que le commencement. Je peux être assez tordue dans mon genre et il n'a pas fini d'en baver. Et les autres aussi, dans une moindre mesure. Après tout ils sont une équipe, ils partagent tout ! Sinon où en serait l'amusement !

Certaines personnes sont impatientes de savoir qui est cette personne dans le cimetière, et surtout qui en veut à notre Tony au point de vouloir le tuer … ne vous inquiétez pas il est dans mes intentions d'y répondre. Mais pas forcément tout de suite :-P . Je suis curieuse de savoir si vous allez deviner. Un petit indice : il ne s'agit pas d'une seule et même personne (celle du cimetière et l'hypothétique meurtrier).

Sinon ça me ferait vraiment plaisir de savoir ce que vous en pensez, en bien ou en moins bien, je suis ouverte aux critiques, du moins celles constructives.

Merci en tout cas de votre fidélité et à bientôt.