Me voici de retour pour la suite. Désolée pour l'attente.

Tout d'abord merci pour les reviews qui m'ont fait très plaisir et me poussent à poursuivre l'aventure.

Comme beaucoup me l'ont fait remarquer le chapitre précédent était particulièrement dur avec un Tony très sombre mais c'était à mon avis un passage obligé pour l'amener sur le terrain que je voulais le voir emprunter et qui commence dès ce chapitre-ci.

J'en ai normalement fini avec les sujets pouvant être très éprouvants, même s'il ne faut pas s'attendre à ce que je fasse dans le soft par la suite. J'ai Tony et je ne suis pas prête de le lâcher.

Comme promis je vais vous faire un résumé du chapitre précédent pour ceux qui ont suivi mon avertissement et préféré ne pas le lire.

Tony est entré sous couverture dans une cellule pédophile ce qui a été très éprouvant psychologiquement, en particulier quand une des jeunes victimes est morte dans ses bras. D'abord perdu et confus il est soudain pris d'un accès de rage à l'état brut et lorsque l'assaut est donné fonce dans le tas faisant peu de cas de sa sécurité, ne pensant qu'à la vengeance. Cela se manifeste par une course effrénée dans la maison, Gibbs sur les talons qui tente de le stopper. Lorsqu'il y parvient Tony se montre réfractaire à toute forme d'autorité ou de recadrage, allant jusqu'à repousser physiquement son patron puis à l'accuser devant toute l'équipe d'être responsable du sort de la gamine car il a refusé d'agir plus tôt. Autant dire que Gibbs n'a pas trop apprécié et lui flanque son poing dans la figure. Vance, qui s'était déplacé, demande à Tony de rentrer se calmer chez lui. Commence alors une auto incrimination et l'état d'esprit de Tony continue à se dégrader, prêt à craquer.

Bonne lecture à tous !


Il savait que bientôt il atteindrait son point de rupture. Si ce n'était déjà fait. Il savait qu'il n'y aurait pas de solution de retour. Il serait hors d'atteinte, personne ne pourrait plus l'aider.

Non, personne.

Mais y aurait-il quelqu'un à le vouloir de toute façon ? Pour être honnête il en doutait.


Il était tellement confus, tellement désoeuvré et désemparé que ses pensées filaient à toute vitesse dans sa tête sans qu'il ne puisse les contrôler ni même les arrêter. Il avait la désagréable sensation de n'être qu'un pantin aux mains de ses états d'âme qui s'imposaient violemment à lui, ne lui laissant aucune porte de sortie, aucune alternative autre que celle de les ressentir et de les revivre encore et toujours. Il avait l'impression d'être une gigantesque boule de nerf, chaque sensation tentant de prendre l'ascendant sur l'autre. Pour l'instant la colère avait cédé le pas à la douleur, le dégoût et l'amertume. Mais il voyait la nostalgie et l'infinie tristesse qui immanquablement l'accompagnait arriver au grand galop.

L'horloge du salon sonna onze heures. Et il se tenait là dans le noir, assis dans son canapé, une couverture sur les épaules qu'il serrait entre ses mains, une bouteille de whisky posée sur la table basse, plus objet de figuration que de réelle utilisation pour l'homme recroquevillé sur lui-même.

Cela faisait plusieurs heures déjà que la nuit était tombée. Sur le mur le mouvement des ombres que produisaient les lumières orangées de la ville le fascinaient et l'hypnotisaient. Ils ne pouvaient en détacher le regard de peur de les voir disparaître. Elles lui donnaient l'illusion d'une présence, avec elles il n'étaient plus cet être seul et isolé. Elles lui tenaient compagnies quand tous les autres l'avaient fui. Elles lui racontaient à travers leurs danses leur éphémères mais merveilleuses petites vies quand il pouvait à peine distinguer ce que la sienne était devenue.

Ce travail le minait et le détruisait petit à petit. Il en avait parfaitement conscience. Chaque cas, chaque enquête lui enlevait une petite parcelle de lumière. Maintenant quand il se retournait la route parcourue se faisait de plus en plus sombre. Il se sentait sombrer inexorablement vers le fatalisme et le pessimisme. Comme ces flics qui submergés par la dure réalité de la vie finissaient dans l'alcool ou leur arme de service à la tempe.

McGee avait son livre pour exorciser ses démons et ses soucis, Ziva ses trucs de ninja, Gibbs avait son bateau et Ducky ses histoires. Tous avaient trouvé un dérivatif, quelque chose à faire pour se libérer l'esprit.

Et ils avaient tous quelqu'un à qui parler. Gibbs avait son père ou Ducky. McGee sa sœur, Ziva … il ne savait pas mais son éducation au Mossad lui avait surement permis de gérer tout ça. Ducky et Abby avaient le reste de l'équipe.

Mais lui qu'avait-il ? Qui avait-il à ses côtés ?

De façon claire il lui avait fait comprendre qu'il n'avait pas le droit ou la capacité de ressentir. Ni de s'appesantir.

McGee et l'agent David avec leur éternelle remarque sur son incapacité à prendre quoi que ce soit au sérieux son comportement de clown, d'éternel gamin uniquement là pour épater la galerie. Un coureur de jupon faisant fi des sentiments de ses conquêtes alors pourquoi s'inquiéter des siens ? Selon eux rien ne le touchait vraiment. S'ils savaient …

Pour Ducky il possédait le narcissisme des tueurs en série l'empathie en plus. Ce qui l'avait profondément blessé quand il avait entendu le docteur et son patron en débattre ou plutôt s'accorder sur le sujet. Ce qu'ils n'avaient pas vu en revanche c'est cette transition où l'empathie était devenue sympathie, où il parvenait de moins en moins à se différencier de la victime, à ne pas partager la douleur des familles. Il s'était laisser corrompre, mais par le bon côté. De neutre et de mise à distance il était devenu partisan et impliqué. Jusqu'à cet après-midi où l'espace de quelques minutes il s'était vu juge et exécutant, il avait perdu la notion essentielle de limites et avait franchi la ligne. La chance avait voulu que cela n'ait aucune conséquence, mais il avait perdu son discernement, il n'était plus parvenu à différencier professionnel et personnel. Seulement comment parler de tout ça à quelqu'un qui malgré tout le décrivait comme narcissique. Il y avait conflit d'interprétation sur sa personne.

Et Abby ? Abby malgré ce qu'elle voyait tous les jours, ce qu'on lui avait donné à analyser, Abby avait su rester pure, intouchée. Elle était ce papillon qui virevoltait, pleine de vie et d'enthousiasme. Celle que tous tentaient d'épargner et de protéger. Ce n'est définitivement pas à elle qu'il aurait été se confier. Et puis leur relation avait tellement changée depuis le départ et le retour de Gibbs, depuis Mexico.

Quand à Gibbs ? Il était à l'origine de la règle sur les faiblesses. Il y savait l'homme allergique. Presque autant que le déballage de sentiments. Et il était son second et dans ce contexte il devait se montrer fort. Fort pour les autres. Fort dans l'adversité. Fort tout court. C'était ce qui était attendu de lui.

Seulement voilà il craquait.

Et il ne lui restait rien ni personne.

Autrefois il y avait eu sa mère. Sa chère mère qui n'avait pas supporté de perdre son Angleterre natale pour un alcoolique patenté que seul l'image et le succès intéressait. Sa mère qui ne le reconnaissait que lorsqu'elle émergeait de cet état vaporeux et léthargique provoqué par tous les anxiolytiques et hypnotiques qu'elle consommait comme des petits pains dans le seul but d'ignorer sa "pathétique" existence, d'y tirer un trait. Ce qu'elle était parvenue à faire la veille de ses huit ans. Cocktail médicamenteux mal dosé. Ou surdosé. Peu importe. Mais qui a encore besoin d'une mère à un âge aussi avancé ?

Et Andy, son camarade de jeu. Son seul ami. Qui avait le même âge que lui. Le goût de l'aventure et la passion des insectes. Andy avec qui il pouvait discuter de tout, qui le comprenait quand il lui racontait que son père l'avait une nouvelle puni parce qu'il ne s'était pas comporté suffisamment bien devant ses associés. Qui le soutenait quand le père noël l'avait une fois encore oublié (il ne va que chez les enfants sages lui avait crié son père, ivre et furieux d'être interrompu par un « petit vaurien ingrat et effronté qui ne mesurait pas la chance qu'il avait et qui allait s'en prendre une s'il ne montrait un peu plus de respect et s'il ne lui fichait pas la paix ». Andy qui l'avait consolé quand ses parents n'avaient pas assisté comme tous les autres parents au spectacle de fin d'année de l'école. Andy enfin qui avait disparu quand son père, encore lui, l'avait pris par le collet et lui avait hurlé comme quoi il ne voulait pas d'un fils déficient et cinglé dans sa maison. Qu'il était anormal et absurde de parler à un être imaginaire quand on a six ans et qu'on est un DiNozzo. Et Andy avait fui et n'était jamais revenu, pas même dans ses rêves. Mais pourquoi partager la gloire quand on peut seul s'attribuer le mérite de connaître tous les recoins et les secrets de cette sinistre demeure isolée et esseulée.

Il y avait eu Natacha à l'université. Celle qu'il s'était vu épouser et aimer pour le restant de ses jours. Natacha qui l'avait plaqué le jour même où il apprenait qu'il pouvait oublier sa carrière de joueur pro. Elle n'avait rien à faire avec un raté lui avait-elle déclaré après lui avoir jeté sa bague de fiançailles au visage. Elle l'avait vite oublié avec le nouvel attaquant vedette. Une de perdue dix de retrouvée hein ? Et pourtant il n'était pas exigeant. Juste une lui suffisait. Et longtemps elle avait eu Natacha pour prénom. Premier amour, premier chagrin.

Et puis Hank, son premier partenaire à Peoria. Qui lui avait appris les ficelles du métier. Qui le premier l'avait félicité d'une grande claque dans le dos après leur première affaire «Finalement on va peut-être faire quelque chose de toi gamin ! » ce qui pour l'homme borné et de la vieille école qu'il était était là la meilleure des reconnaissances. Hank qui avait été poussé vers la retraite anticipée quand il avait refusé de se parjurer sous prétexte que le suspect était le fils unique d'un juge de paix. Intègre jusqu'au bout et voilà comment il avait été remercié. Pas étonnant qu'il est coupé tous les ponts par la suite. Il le comprenait.

Par la suite il avait eu d'autres partenaires, certains temporaires, d'autres plus longtemps. Mais tous à leur manière enrichissant dans leur façon d'être. En bien, et en moins bien. Mais aucun dont le départ ne l'avait marqué. Jusqu'à Sean à Baltimore. Sean qui avait fait son possible pour le raccrocher avec la vie. Pour le décoller du bureau où il passait le plus clair de son temps. Pour le décoincer lui qui ne parlait à quelqu'un que lorsque l'enquête sur laquelle il travaillait l'exigeait. Pour ne pas qu'il se fasse bouffer par ce qu'il voyait, par ces meurtriers et ces violeurs et ces trafiquants en tout genre qu'il pourchassait inlassablement avec une farouche détermination. Oubliant d'exister en se laissant happer, oubliant même parfois qui il était quand il s'enfonçait trop profondément dans la tête de ces criminels. Non pas qu'il y ait eu beaucoup à perdre en ce qui le concernait, du moins était-ce qu'il pensait à ce moment-là de sa vie (vision qu'il partageait ironiquement de nouveau en ce même instant). C'est pourquoi un soir son coéquipier, un solide gaillard aux origines irlandaises et au caractère qui allait avec, avec l'aide de deux autres inspecteurs, lui avait tendu un piège et l'avaient amené dans une salle obscure où il avait vu son premier film depuis des années. Et ainsi se mit en place un rituel. Beaucoup de leurs collègues préféraient assiéger le bar du coin pour se libérer l'esprit après une affaire particulièrement difficile ou quand le sommeil reflétait les mêmes horreurs vécues dans la journée. Mais pas eux. Eux s'échappaient dans ce paradis artificielle créé par le septième art. Ils y retrouvaient un peu d'espoir assis là à observer ces personnes normales aux conversations et existences plus ou moins normales, un univers pas entièrement corrompu défilant devant leurs yeux fatigués. Jusqu'à ce stupide accident. Une gouttière que l'on nettoie un jour de repos une échelle mal placée contre le mur. Et c'est le drame. Trente-deux ans. Qu'a-t'on le temps de faire, de construire en trente petites années de vie ? Il en avait quarante aujourd'hui et ne pouvait toujours pas répondre à cette question. Qu'avait-il fait lui de sa vie?

Et puis Gibbs était arrivé. Cette rencontre qui avait bouleversé toute son existence bien rangée et déprimante à souhait. Et si demain on lui proposait de pouvoir retourner en arrière referait-il les même choix ? Il en connaissait la réponse, sans la moindre hésitation. NON. Non ! Plutôt se tirer une balle dans le pied !

A suivre


Alors ?

Prochain chapitre : Gibbs et les autres feront une plus grande apparition, d'une certaine façon.