Alors tout d'abord des excuses. J'avais promis du Gibbs, McGee, Ziva dans ce chapitre, ce qui ne sera pas le cas. Aujourd'hui c'est du 100% Tony/Gibbs. En quelque sorte.

Et si vous croyez avoir vu Tony torturé et déprimé, attendez d'avoir lu ce chapitre.

Une fois encore merci pour les reviews. Je les adore. Vous êtes mes muses.

Bonne lecture à tous.


Et Gibbs était arrivé. Et tout avait changé. En mieux pour commencer. Mais ça aussi ça avait changé.

Oh comme il espérait à présent que rien de tout ceci ne se fut passé.

Comme il aurait voulu ne pas avoir été de garde et sans partenaire quand son capitaine de l'époque avait appelé.

Ne pas avoir été sur ce lieu de crime où pour la première fois il avait fait la connaissance de cet ancien marine et de son légiste à l'accent écossais.

Ne pas avoir refusé quand celui-ci avait demandé –exigé- sous prétexte que la victime était un GI la totale mainmise sur l'enquête à venir.

Ne pas avoir réussi à le convaincre du bienfait d'une enquête conjointe. Maudite fierté !

Ne pas s'être laissé séduire par la façon de travailler de cet homme dont il détestait le caractère et l'air de supériorité, propre aux agents fédéraux de tout le pays. Sans parler de sa conduite.

Ne pas avoir dit oui la cinquième fois où celui-ci l'avait appelé pour lui reproposer une place, dans son équipe.

Et ne pas avoir commencé ainsi ce cercle infernal où, comme à chaque fois qu'il s'était dans son passé autorisé à s'attacher à quelqu'un, à un endroit il finissait inexorablement blessé, mutilé.

Et dire qu'au commencement il n'aimait même pas cet homme. Ensuite il y avait eu du mieux, du bien mieux. Du formidablement mieux. Et pour finir il était assis là dans son canapé, dans son petit appartement froid et inanimé plongé dans le noir, un verre de whiskey à la main, à l'aimer encore moins. Ça en aurait été comique, s'il y avait eu matière à rire. Il avait touché quelque chose d'agréable, de doux et de merveilleux, sans s'apercevoir que tout cela n'était en réalité qu'un château de sable dont les grains lui glaçaient entre les doigts pour ne laisser au final qu'un douloureux vide dans la paume de la main. Il se faisait l'idée d'être l'un de ces gamins des rues à qui on offre un festin et fait miroiter l'opportunité d'une vie meilleure pour mieux le renvoyer plus tard de là d'où il provient. Des rêves inachevés et cruellement refoulés du pied.

En ce qui concernait Gibbs bien sûr il avait respecté l'homme, pour ne pas dire admiré on ne pouvait pas faire autrement. Son professionnalisme, son intégrité, sa droiture en faisait le meilleur, sans oublié sa perspicacité et son opiniâtreté. Redoutable combinaison.

Et il y avait sa façon direct et sans ambiguïté d'aborder les choses, les faits. Avec lui impossible de mésinterprété les gestes ou les propos. Son côté protecteur envers ses agents et ceux qu'il considérait être de sa famille. Semper fi. Sa façon de ne rien lâcher, tel un chien après son os, et qui en faisait la personne la plus bornée qu'il eut jamais rencontré. Sa capacité à faire parler les criminels les plus endurcis, de les intimider, de les effrayer, sans jamais baisser les bras, avec la plus totale confiance en ses capacités.

Il appréciait moins son côté autoritaire, son besoin de le claquer toutes les cinq minutes, non pas qu'il ne le méritait pas, mais ça restait douloureux. Et terriblement humiliant. Son besoin de tout contrôler, même quand c'était de l'ordre du privé quand lui paradoxalement ne partageait rien avec personne, pas avec lui du moins. Son caractère particulier qui n'en faisait pas l'homme le plus facile à vivre, grand euphémisme. Son obnubilation pour les règles quand lui n'en suivait aucune, les officiels du moins. Et les protocoles encore moins.

Et il y avait toutes ces petites choses à côté qui rendait l'homme des plus fascinants. Son hobby pour la construction de bateau alors que l'homme n'aimait même pas la navigation. Sa consommation de café qui dépassait de beaucoup la quantité considérée comme néfaste par ces magazines de santé médicales qui envahissaient le marché (il fallait bien s'occuper dans les salles d'attente archibondées des urgences de la ville, peut-être que s'il prenait une carte de fidélité …). Et que dire de son engouement pour les femmes à la chevelure rousse. Son ardoise qui restait totalement vide, pas la moindre petite contravention à son actif – qu'il neige au Sahara était tout aussi invraisemblable mais pourtant c'était bien le cas.

Il n'y avait pas à dire, travailler sous ses ordres était un honneur et une joie, même dans les pires moments.

Jusqu'à cette explosion.

Jusqu'à son coma.

Jusqu'à son départ pour Mexico.

Il comprenait ce qui avait motivé l'homme. Se réveiller en ayant perdu quinze années de sa vie dans un monde où rien n'est plus pareil. Où l'ennemi était partout, prêt à jeter des avions contre des buildings. Où son rôle de père et de mari lui était retiré une nouvelle fois – même s'il ne se rappelait pas de la première. Bien sûr que l'homme avait besoin de prendre du recul, de retrouver un semblant de vie sans être influencer par le fantôme d'un homme qu'il ne connaissait pas, pas encore refaire une fois encore le difficile travail de deuil.

Alors oui il comprenait que l'homme soit parti.

Il comprenait aussi qu'il soit revenu.

Il comprenait que l'homme n'ait pas non plus retrouvé la totalité de ses souvenirs.

Mais ce qu'il ne comprenait pas c'était comment il avait pu changer à ce point. Plus le temps passait et plus il le voyait s'éloigner de l'agent qu'il avait été.

Là où il faisait montre de patience voir de paternalisme envers un agent, envers lui, il n'était plus qu'intransigeance et sarcasme.

Là où il valorisait le travail en équipe et la cohésion du groupe, il en était à mener ses combats en individuel, comme avec Maddie ou l'agent Lee.

Là où pour rien au monde il n'aurait permis qu'il arrive quoi que ce soit à ses agents, le prenant personnellement comme avec Kate ou l'y-pesti, il en venait à mettre ces mêmes agents dans des situations périlleuses, toujours l'agent Lee pour ne citer qu'elle et la belle commotion dont il avait souffert après coup, ou Mike Frank et une nouvelle commotion. Et Gibbs n'avait même pas bronché. Pire, d'une certaine façon il l'avait cautionné.

Et il y avait ces remarques désobligeantes et irrespectueuses à son encontre, comme s'il était un incompétent, un bleu qu'on ne pouvait prendre au sérieux, comme si il ne pouvait lire convenablement un rapport ou nettoyer son arme de service sans supervision. Et si seulement ces remarques blessantes se faisaient à l'écart, juste eux deux, dans un ascenseur, mais non. Dernièrement elles se faisaient devant témoin, que ce soit au bureau ou sur une scène de crime à portée d'oreilles du premier venu. Gibbs ne le respectait plus ni ne lui faisait plus confiance, clairement. Pour quelque raison que ce soit et dont il ignorait la cause.

Mais c'était pas grave car, et c'était ça le plus douloureux, lui non plus ne lui faisait plus tout à fait confiance. Avec tout ce qui s'était passé ces derniers mois il ne savait pas si ses arrières étaient toujours assurés, s'il avait connaissance de tous les éléments de l'enquête ou s'il n'était pas un appât pour une quelconque vengeance ou opération clandestine de son cher patron.

A présent il redoutait de se trouver en présence de son boss. Il ne pouvait plus prévoir ni anticiper ses humeurs ou ses attentes, les choix qu'il ferait et ceux qu'il ne ferait pas. Il ne pouvait que voir venir la prochaine pique douloureuse ou remarque désobligeante dont il ferait immanquablement l'objet pour la plus grande hilarité de McGee et de l'agent David. Il savait aussi que si quelque chose, même anodine, venait agacer ou contrarier le chef d'équipe il en serait tenu responsable, même si cela se produisait alors qu'il ne se trouvait pas là. Et il en paierait le prix. Formulaires à rédiger en trois exemplaires, recherches de débutant à accomplir, café à aller chercher, veuve éplorée à aller interroger dans la minute qui suit alors qu'il n'avait rien dans le ventre depuis vingt-quatre heures. Et il en passait et des meilleures.

Il avait l'impression de devoir refaire ses preuves encore et toujours, et que rien ne satisfaisait le grand manitou. Peut-être – surement – était-il parano mais il avait l'impression que ce dernier n'attendait qu'une chose : qu'il se plante royalement de manière à pouvoir l'exclure de l'équipe.

Il donnait pourtant le maximum, revenant au milieu de la nuit, ou plus souvent encore ne rentrant pas du tout chez lui, préférant rester à l'agence à faire le point sur les informations et les preuves obtenues pendant la journées, les analysant individuellement, collectivement, retraçant dans sa tête tous les scénarios possibles et plausibles et cherchant des pistes encore inexplorées jusque-là. Il travaillait jusqu'à ce que ses yeux se ferment contre sa volonté, jusqu'à ce que son énième café ne fasse plus d'effet, et il continuait encore. Dans quel but ? Une gratitude qui ne viendrait jamais ? Une reconnaissance et des félicitations qui pour une fois dépasseraient en nombre les reproches et la désapprobation dont il faisait presque constamment l'objet ? Il ne demandait pas grand chose, juste un minimum de légitimité et d'acceptation. Et une touche d'attention. Pas de quoi décrocher la lune.

Aucun risque de faire des jaloux. Il n'était pas en odeur de sainteté.

Aucun risque d'un quelconque favoritisme. C'était même tout le contraire. Il était étonné que l'homme ne lui ait pas encore révoqué son droit au tutoiement.

Il était en permanence sur ses gardes et sur la défensive, évoluant dans cette hostilité ambiante dont la principale attraction des agents, et pas seulement ceux de son équipe, était de parier sur l'heure et le contenu du prochain coup de gueule de Gibbs à son encontre. A défaut de lui-même au moins cela rendait heureux quelques-uns. Il savait aussi que certains misaient sur quand il finirait par craquer et enverrai son poing ou son badge à la figure du plus âgé.

Ce qui était le plus douloureux pourtant était les souvenirs que lui avaient gardé en mémoire, ceux de deux hommes qui au début de leur collaboration, quand leur équipe ne se composaient que d'eux deux, pouvaient communiquer sans mots, travailler sans une seule parole échangée, ce qui avait engendré chez lui un sentiment d'incroyable fierté. Maintenant cette absence de mot provoquait en lui de l'anxiété et parfois aussi de la colère car il était délibéré, parfois même insultant car l'homme s'en servait comme d'une arme pour lui montrer toute son indifférence, son désintérêt envers sa personne, ce même silence qu'il rompait immédiatement si un autre agent entrait dans leur périmètre.

Il se rappelait ces soirées qu'il passait dans la cave de l'homme, à boire du bourbon tandis qu'il donnait un coup de main autour du bateau il restait là plusieurs heures à parler certes des enquêtes mais pas seulement. C'était un peu comme s'il avait retrouvé Sean, mais en différent. Et il aimait ces moments de simplicité, de camaraderie, de partage et de complicité.

A présent c'est tout juste s'il le saluait, ne le regardant dans les yeux que pour l'invectiver ou lui aboyer des ordres.

Oui il n'aimait pas Gibbs. Celui d'aujourd'hui, celui de l'après Mexico. Le Gibbs aux deux B bien sentis. Et il savait que c'était idiot, irréfléchi et déraisonnable, il savait que l'autre homme n'avait pas choisi de sombrer dans le coma et de se réveiller avec cette personnalité-ci, il ne se souvenait pas après tout. Mais une part de lui lui en voulait néanmoins. Il voulait le prendre par les épaules et le secouer il voulait lui hurler au visage de lui rendre son mentor, celui qu'auparavant il aimait appeler ami. Et qui lui manquait chaque jour un peu plus. Et que chaque jour il retrouvait un peu moins dans ce nouveau Leroy Jethro Gibbs. Avec deux B.

Après Kate c'était là une deuxième tragédie, un deuxième deuil qu'il avait eu à effectuer, à la seule différence que chaque jour il avait la preuve vivante de ce qu'il avait perdu devant les yeux. Et il ne pouvait en faire abstraction, se dire qu'il se faisait des idées ou fermer les yeux et imaginer que rien de tout ça n'était réel, que rien n'avait changé.

Parfois il voyait dans les yeux de Ducky cette même lueur de tristesse et de manque, et alors il se sentait moins seul, il se savait compris. Jusqu'à ce qu'il voit Gibbs dire quelque chose au médecin légiste et que celui-ci se mette à rire, les yeux cette fois empli de joie et de camaraderie. Et il se sentait plus seul que jamais. Tellement incompris.

Il ne lui restait alors qu'une chose : ces souvenirs doux/amers à chérir et ses yeux pour pleurer. Sa gorge pour crier et ses mains pour taper. Contre un punching-ball, contre les murs, contre la vitre d'une fenêtre qu'il avait appris à ne pas trop approcher. Comme la rambarde du pont qu'il prenait lors de son jogging matinal. Sait-on jamais.

Et ce sentiment de profonde injustice. Que n'aurait-il donné aussi pour pouvoir lui-même tout oublier. Pour qu'une de ses nombreuses commotions qu'il semblait collectionner provoquent en lui des séquelles d'ordre mnésique irréparables.

Ces derniers mois il avait été le réceptacle d'une foule de sentiments contradictoires : sollicitude, compréhension, tristesse, souffrance, abnégation, colère, trahison, confusion, agonie, solitude, perdition, déception, désillusion. Chacune à tour de rôle avait laissé son bagage, se retirant pour mieux revenir en force. Si divergentes et pourtant engendrées par une source similaire : Gibbs. Tout, ou presque, était tourné vers lui ou émanait de lui.

Oh oui comme il détestait cet homme. Pourquoi ne l'avait-il pas laissé dans ce sinistre commissariat huit ans plus tôt ? Pourquoi lui Anthony DiNozzo avait-il mis fin à ses pérégrinations et posé les amarres ? Jamais il ne s'étant senti aussi à la dérive, sans aucun point de repère. C'était là la pire décision de sa vie, même si au début cela avait été la meilleure. Mais rien dans la vie n'était immuable, rien n'était garantie et certifié.

Pendant quelque temps il avait désespérément voulu avoir une explication, pourquoi les choses avaient-elles changées autant. Mais il avait eu peur de demander à l'homme, peur surtout de la réponse qu'il obtiendrait. Et il avait attendu de voir vers où tout cela les – le- menaient, repoussant au lendemain les questions/réponses qui le tarabusquaient, qui le dévoraient; il avait même demandé un signe à Kate, il avait attendu ce signe, qui n'était jamais venu. Et il était resté là seul, à souffrir en silence, en ne s'alimentant que de comment et de pourquoi.

Jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui où il n'en avait plus la force, où il ne voyait pas de réponse miracle ni de révélation salutaire qui le remettrait sur le droit chemin loin de cette abysse qui se dessinait sous ses pieds, prêt à le happer.

Il n'y voyait plus d'intérêt, tout était bien trop tard, la date d'expiration était passée et quelque part en route il s'en était désintéressé.

La douleur était là et rien ne pouvait plus l'enlever. La douleur était sienne, et lui appartenait, et comme une tumeur maligne elle continuait à grossir jusqu'à tout emporter.

Jusqu'à ce qu'il prenne une décision, ultime, difficile, définitive. Et qui pour une fois serait pleinement sienne.

Et il n'en était pas loin, vraiment pas. Une goutte de trop et ... c'était ce qu'il s'était dit avant d'entamer cette mission d'infiltration voilà trois semaines.

Une goutte.

Et c'était l'océan qu'il avait eu.

Soudain un rire empli d'amertume envahit le salon d'un appartement aux lumières éteintes, aux volets non tirés, aux fenêtres ouvertes malgré la fraicheur de la nuit.

Et bientôt le rire laissa place à un son guttural des plus étranges, des plus effrayants car il n'en ressortait plus rien d'humain. Ou était-ce l'inverse ? Un trop plein ?

A mi-chemin de la plainte et du sanglot, de la folie, de la dévastation, le cri d'un cœur le déchirement d'une âme,

mais avant tout une agonie, de celle de la douleur, de celle du désespoir.

Et l'espace d'un instant, dans cette nuit sans lune, les chats gris qui sillonnaient la rue en oublièrent leurs batifolages et levèrent leur museau vers cette fenêtre sans lumière.

L'espace d'un instant un chien errant au loin joignit de son hurlement lugubre cette complainte étrange.

L'espace d'un instant. Quelques secondes d'une vie. Vraiment, un ou deux claquements de doigt.

Jusqu'à ce bruit bizarre qui vint troubler la nuit. Des corbeaux surpris prirent alors leur envol. Certains pourraient voir là quelque mauvais présage. Passé ou à venir.

Un bruit sourd et cassant qui résonna, qui détonna, lui aussi quelques instants

Et qui bientôt céda sa place,

Au silence. Au terrible silence.

Il n'y a plus rien là-haut. Plus un bruit, plus un son.

Juste une fenêtre sombre, des battants entre-ouverts.

Des lumières qui s'allument

Mais à un autre étage.

Juste le silence. Pesant. Oppressant. Glaçant.


Que s'est-il passé dans cet appartement ? Quel est ce bruit ? Qu'est-ce que ça implique pour Tony ?

Deathfic ?

Opération sauvetage en cours?

Qu'est-ce que c'est ?

Une idée ? Quelqu'un va-t'il trouver?

Avertissement : je suis capable de tout, happy end, tragédie, sortez les mouchoirs, ou riez un bon coup, rien ne me fait peur comme fin. Soyez préparé. Néanmoins je peux parfois être influencé ^^

Mea culpa : J'attends aussi quelques messages de reproches. Oui j'ai diabolisé Gibbs. Non Gibbs ne se serait jamais comporté comme cela. Maintenant Tony est déprimé – désespéré - et voit les choses avec moins de netteté et plus de noir que ne l'est la réalité.

Sa vision sera-t'elle un peu égayée et rectifiée par la suite? Y aura-t'il seulement une suite pour lui ? A moi de le savoir à vous de le devinez. Ou pas. Votre choix.

Indice : Prochain chapitre = l'équipe, sauf un.

A très bientôt.