Me revoici

Je vous prie de m'excuser pour ce petit délai entre les deux chapitres. J'avais promis à certains de le publier ce mercredi et nous sommes à présent samedi. Pardon.

De même j'avais parlé de l'équipe sauf un pour ce chapitre mais ce n'est pas encore ici qu'ils vont apparaitre, et au final ce n'est pas pour tout de suite, du moins en chair et en os.

Encore une fois un grand merci pour ces quelques reviews qui vraiment me poussent à continuer. Un auteur tout comme les voitures a besoin de carburant. Voilà ce qu'elles sont pour moi.

Alors merci !


Il se tenait assis là, la respiration rapide et saccadée, les épaules et la tête penchées en avant, les coudes posés sur les genoux, une main dans les cheveux tandis que l'autre pressait le verre contre son front.

Il essayait désespérément de reprendre une respiration normale en ne se focalisant que sur la sensation de froid provoqué par ledit verre sur sa peau.

Ne penser qu'à ça, et à rien d'autre. Rien n'existe plus en dehors de ça.

Concentres-toi DiNozzo, fais un effort bon sang, se répétait-il inlassablement.

Reprends tes esprits. Que diraient les autres s'ils te voyaient ainsi ! Quelle piètre image d'un agent fédéral tu donnes-là. Pas étonnant qu'ils ne te respectent plus, qu'ils ne te prennent pas au sérieux et méprisent. Non mis regardes-toi ! Une vraie loque. Même la vieille dame du rez-de-chaussée ne te confierait pas son horrible teckel pour le sortir une fois la nuit tombée.

Tu es pitoyable. Sénior avait raison, tu ne peux que finir dans le caniveau.

Respires DiNozzo, ne penses à rien d'autre.

Et surtout pas à cette boule d'acide qui se forme dans ton ventre, qui te ronge les entrailles et semble vouloir t'engloutir tout entier.

Ni à ce besoin impérieux qui te pousse à hurler à tue-tête jusqu'à ne plus avoir de voix, et de poursuivre malgré tout. De fracasser le peu de mobilier qu'il y a chez toi contre les murs. De prendre une barre de fer et de briser l'écran télé plasma qui te nargue chaque jour quand tu rentres chez toi, ou quand tu t'apprêtes à partir, quand tu fais à manger ou quand tu es simplement assis là dans ton canapé.

Cet écran qui symbolise à lui seul tous ces mensonges, cette mascarade et ces faux-semblants qui l'on conduit là où il en est. Cet écran qu'il n'allumait que lorsqu'Abby venait squatter chez lui après un cauchemar ou quand elle était à la recherche d'un peu de compagnie et que les nonnes n'étaient pas disponibles. Ou quand un match de hockey ou un de ces sports de balle passaient sur une des chaines du câbles que McGee ne possédaient pas. Quand il s'empressait de regarder un film que Kate venait de voir pour pouvoir en discuter avec elle, pour pouvoir contester l'idée qu'elle se faisait de l'œuvre et ainsi pouvoir se chamailler.

Cet écran qui maintenant prenait la poussière, lui rappelant combien il était seul, et tout ce qu'il avait perdu en chemin.

Il voulait pouvoir se laisser aller, crier aux diables les conséquences je suis majeur et vacciné. Il voulait enfin évacuer toute cette colère, laisser s'exprimer cette souffrance qu'il accumulais depuis trop longtemps et qui le détruisait à petit feu.

Mais même ça il ne se l'autorisait pas. Pourquoi ? Bonne question ? Il n'en avait pas la moindre idée. Son côté masochiste peut-être. Son côté pathétique et misérable gus, surement.

Et puis il manquerait plus que le facho du dessus se mette à appeler les flics parce que le rital du dessous se rebellait contre la société. Il imaginait la tête de Gibbs s'il apprenait qu'il s'était fait embarquer au poste pour tapage nocturne. Ou plus vraisemblablement à Bethesda service psychiatrie.

Faut dire qu'il en tenait une couche aussi! La folie était définitivement la prochaine étape de son parcours. Ou peut-être la grande faucheuse elle-même. Allez savoir ! Ce n'est pas comme si on pouvait lui échapper de toute façon. Il l'avait même rencontrée aujourd'hui, seulement ce n'était pas lui qu'elle avait choisi. Non elle lui avait préféré une jeune et innocente victime aux belles boucles blondes qui avait tout juste goûté à la vie. Tandis que lui …

Un bruit sourd le fit soudain sursauter. Le bruit de quelque chose qui heurte une surface dure et se brise. Et soudain son gros orteil se contracta. Quelque chose de froid et d'humide venait d'entrer en contact avec lui.

La pénombre l'empêcha de voir clairement de quoi il s'agissait et il se pencha tout en avançant sa main droite vers le sol.

Et soudain il s'arrêta net, surpris.

Où donc était passé le verre ? Ne le tenait-il pas en main il y a quelques instants ? A moins qu'il ne l'ait reposé sur la table ? Il ne se rappelait pas. Ou peut-être ne l'avait-il jamais tenu ? Perdait-il la tête? Au point où il en était cela ne changerai plus grand chose. A moins que … Si on lui diagnostiquait quelque chose de grave, d'handicapant, si on le déclarait mentalement inapte peut-être qu'on le laisserait finalement tranquille peut-être – surement- pourrait-il rester dans son coin, dans le noir, à ne parler à personne, et personne pour lui parler. Personne ne pourrait ainsi le blesser, le torturer. Il serait seul. Il serait bien.

Peut-être était-ce la solution. Il faudrait qu'il appelle Brad pour lui demander. Lui devait savoir. Forcément. C'était lui le médecin.

Il se sentait bizarre, dans un état second. Pas désagréable, juste … bizarre. Peut-être était-ce les somnifères qu'il avait pris voilà une demi-heure. Mélangés ces quatre – ou était-ce six ?- pilules avec de l'alcool alors qu'il avait plusieurs semaines de sommeil en retard à rattraper et n'avait rien manger de consistant depuis hier soir était peut-être une mauvaise idée. Sans doute.

Il pouvait déjà entendre Ducky et sa diatribe sur les risques de l'automédication. Sur l'absence de bon sens qui habitait le jeune homme lorsqu'il était question de sa santé. Du Ducky quoi ! Mais bon ce n'est pas comme s'il allait courir le raconter au médecin légiste lundi à la première heure.

Et puis si cela lui permettait de ne pas rêver ce qui allait s'en plaindre. Au pire que risquait-il s'il en avait trop pris. Dormir quelques heures de plus que ce dont il avait l'habitude ? Il n'était attendu nul part et aucune obligation ne l'attendait non plus si ce n'est rédigé ce foutu rapport. Non, il n'avait rien à perdre. Et puis six comprimés avalaient simultanément ne faisait pas de lui un junky. Non, juste quelqu'un de suffisamment désespéré, en quête de quelques heures de délivrances.

Et puis ce n'était pas réellement des somnifères qu'il avait absorbés de toute façon. Il n'en avait pas sous la main. Juste l'oxycodone que le médecin de Bethesda lui avait prescrit quand il s'était fracturé trois côtes voilà deux ans. Y avait-il une date de péremption en ce qui concerne les médicaments ? Malgré ces innombrables blessures il n'était pas un expert quand ça touchait au traitement qui s'y associait. Ce n'est pas comme s'il les prenait. Habituellement.

Mais ce soir était différent. Ce soir il espérait un semblant de paix. Il voulait s'échapper. Pour changer.

Alors l'oxycodone ferait l'affaire. Ça l'avait fait par la passé, quand Ducky avait drogué son verre à son insu. A l'époque où il comptait encore un tant soit peu et où le voir souffrir n'était pas au goût des autres.

Et ironiquement il en était venu à en prendre aujourd'hui pour oublier la souffrance générée par Ducky et ces mêmes autres.

Bon s'il voulait être honnête avec lui-même ils n'en étaient pas les uniques responsables; mais ils en constituaient la majeure partie, la plus douloureuse.

Ce qui était étrange c'est qu'il ressentait des sensations très différentes de la première fois. Un certain détachement l'envahissait petit à petit; et il se sentait de plus en plus anesthésié. Comme si toutes ses émotions, toutes ses pensées étaient filtrées, floutées, et dispersées aux quatre coins.

Il lui devenait aussi de plus en plus difficile de réfléchir avec cohérence, d'assembler ses idées dans le bon ordre, lesquelles se faisaient de plus en plus confuses, de plus en plus farfelues. Il avait ressenti la même chose il y a dix ans quand avec Sean ils s'étaient descendus une bouteille de scotch en une soirée. Mais là il avait tout juste bu deux-trois verres.

Et puis il avait tellement sommeil. Il voulait pouvoir fermer les yeux et que tout disparaisse. Il voulait disparaître.

Mais avant il devait faire honneur à son métier. Il était enquêteur, même si certains en doutaient. Il était de son devoir d'enquêter, même si c'était juste sur la disparition d'un verre. Et pas n'importe lequel, le sien. Celui qu'il avait tenu en main. Ou pas. Il ne s'en souvenait pas.

Il ferma et referma la main, rien. Pour plus d'inspection il l'approcha de ses yeux jusqu'à ce qu'elle les recouvre presque. Il la tourna et retourna dans tous les sens. Rien non plus. Etrange.

Et pourquoi ses doigts tremblaient-ils autant, comme s'ils étaient habités d'une vie propre ? Il les enserra de son autre main mais même ainsi rien n'y faisait. C'était inacceptable. Et si la personne responsable du kidnapping réapparaissait comment pourrait-il agir ? Ou avait-il mis son arme d'ailleurs ? Dans le tiroir de sa table de nuit ? Sur le buffet de la cuisine? Etait-elle toujours dans son étui ? Ou s'était-elle à son tour volatilisée ? Il se passait des trucs louches ce soir.

Et pourquoi avait-il tant de mal à se rappeler ?

Et sa tête qui ne voulait pas coopérer. Elle refusait de se mettre au diapason de ses besoins, de ses obligations. Il la sentait devenir de plus en plus cotonneuse, de plus en plus lourde aussi. Dedans rien n'allait comme il le voulait. Tout s'obscurcissait. Et il se sentait devenir léger, flotter.

Et il éprouvait de plus en plus de difficulté à rester éveiller. Ce qu'il ne pouvait se permettre.

Aussi décida-t'il de se lever.

Pour se rassoir presque aussitôt. Il était pris d'étourdissements. Pire, ses jambes s'affaissaient sous son poids. Et maintenant les nausées qui avaient diminuées au cours de la soirée réapparaissaient de plus belles. Et autour de lui la pièce dont il devinait les contours se mit à tourner, tourner. Comme dans un manège. Et comme dans un manège il se sentit tomber. Sans rien pour le retenir, rien à quoi s'accrocher.

Puis ses oreilles se mirent à bourdonner. Et une fine pellicule de sueur vint recouvrir son front. Peu après des frissons se mirent à l'envahir, faisant doucement tressauter ses muscles déjà endoloris et fatigués par la folle course et l'angoisse éprouvée durant la journée.

Sa respiration se fit sifflante et il avait la bouche sèche. Son cœur jouait à présent un rythme dont lui seul connaissait la partition mais dont les notes se faisaient de plus en plus rapides, de plus en plus frappées. D'ailleurs sa poitrine commençait à se serrer.

Mais le plus étrange était que malgré toutes ces manifestations corporelles anormales, inquiétantes, il ne ressentait aucune panique. Au contraire, plus son état physique s'aggravait plus une sensation de calme absolu l'envahissait. Comme si tout cela arrivait à un autre. Comme si quelque chose de merveilleux l'attendait au bout, effaçant tout le reste et annonçant la fin de tout.

Maintenant la chose froide et humide avait atteint sa plante de pied. Mais même ça ne l'étonnait pas plus. Tout comme le verre, et sa disparition, ne l'intéressait plus.

A présent il était passé à autre chose, il évoluait désormais dans une autre dimension où plus rien n'avait réellement d'importance. Il se sentait enfin libéré d'un poids terrible, étouffant.

Cette sensation d'être détaché des choses lui plaisaient décidément beaucoup. Tout paraissait tellement plus simple, si merveilleusement limpide.

Plus aucune question ni interrogation.

Juste cette sérénité et cette plénitude alors qu'autour de lui le monde – ou du moins la pièce – continuait son mouvement de rotation, de plus en plus vite, de plus en plus anarchique.

Il se sentit partir et instinctivement il s'allongea en chien de fusil, la tête posée sur son bras, les jambes repliées contre sa poitrine. Bientôt un voile opaque s'abattit sur ses yeux.

Et tandis qu'il continuait à sombrer dans ce puits sans fond son cerveau releva un élément insolite. Des effluves amers et piquants lui parvenaient par vagues rapprochées, un arôme similaire à celui de la térébenthine et du pin, de la terre aussi flottait autour de lui. Et de l'orge. Surtout de l'orge, écrasée, macérée. Whiskey lui souffla doucement une petite part de son cerveau, celle qui restait encore sensible à quelque petit plaisir de la vie. Celle qui n'était pas encore totalement azimutée. Un Cragganmore, douze ans d'âge.

Pourquoi diantre respirait-il des vapeurs de whiskey ?

Et pourquoi ses doigts pouvaient-ils sentir des morceaux de verres sur son parquet? Comment diable étaient-ils arrivés-là ? Et cette petite flaque qui s'étalait jusque sous son canapé.

Il faudrait qu'il cherche la raison de tout cela. Mais demain, car là il se sentait trop fatigué.

Demain. Là il avait trois semaines de sommeil en retard à rattraper.

Un doute terrible le saisit, impérieux, angoissant : en avait-il pris assez ? De ces petites pilules blanches et bleues? Devait-il en reprendre ? Il ne se rappelait plus combien il en avait pris et ça le perturbait. Etait-ce quatre ? Cinq ?

Une de plus ne pouvait pas lui faire de mal si ? Il voulait tellement cette paix qui semblait le narguer, qu'il pouvait effleurer de ses doigts mais qui à chaque fois parvenait à s'échapper. Connaître enfin le sommeil du juste. Ne l'avait-il pas mérité ? Après toutes ses années ?

Une de plus, oui. Ou peut-être deux.

Mais il était tellement fatigué.

Il tendit la main vers le petit flacon orange posé devant lui là sur la petite table, lequel tomba à la renverse quand ses doigts l'effleurèrent. Et il ne se sentait pas le courage de se redresser même de quelques centimètres pour le récupérer. Ça lui demandait trop d'effort, de forces qu'ils sentaient décliner un peu plus à chaque seconde et qu'il ne pouvait plus mobiliser, même pour tendre un peu plus cette main qui par conséquent lui était devenu inutile. La gauche. Celle que l'on avait tant méprisée par le passé, celle que l'on cachait pour mieux l'oublier. Celle qui faisait honte. Celle que les maîtres punissaient.

Et même elle l'abandonnait, songea-t'il amèrement, avant de laisser ses paupières se refermer une nouvelle fois. Lourdes. Comme lestées de plomb.

Et il se laissa tomber, il s'abandonna tout entier.

Et comme il l'avait souhaité tout disparu.


Ouf, voilà qui est fait. J'avoue avoir eu beaucoup de mal avec celui-ci qui au commencement s'écrivait tout seul. Mais j'ai beau le remanier encore et toujours je ne suis pas satisfaite, je ne parviens pas à le conduire là où je veux qu'il aille ni à retranscrire ce que je souhaiterai. Et ça m'agace.

Puis-je vous demander ce que vous vous en avez retiré et retenu à sa lecture ? Ça m'aiderait énormément pour la suite. Je ne tiens pas à m'égarer ou à faire un hors sujet ! A l'aide please