Désolée du délai, je n'ai aucune excuse, je ne suis pas tombée malade, mon ordi ne m'a pas lâché, je n'ai pas été absorbée par un trop plein de devoirs ou de cours à réviser puisque cette période de ma vie est déjà loin, mes heures de boulot restent normales, je n'ai pas de soucis particulier dans ma vie. Bref aucune excuse. Juste mon esprit aventureux et assoiffé qui est parti vaquer vers d'autres destinations que celle de ncis. Mais me voici de retour, pour un long moment je l'espère même si je préfère vous l'annoncer dès maintenant je prévoie d'espacer les dates de parution entre chaque chapitre d'une semaine à dix jours au lieu des 3-4 jours comme il m'arrivait de le faire.
J'espère que ce chapitre vous plaira.
Les deux hommes étaient accoudés contre la vieille balustrade en bois qui les séparait du quai où des marins-pêcheurs s'acharnaient à vider avec moult gestes précis et économes les paniers de poissons qu'ils avaient remontés durant leur sortie, ou occupés à chasser les oiseaux de mer qui venaient tourner un peu trop près de leurs prises.
Ce matin le temps clair et dégagé leur permettait de voir l'océan s'étendre sur plusieurs miles. L'air marin et les embruns salés venaient chatouiller leurs narines tandis qu'une légère brise leur caressait le visage.
N'importe quel joggeur ou promeneur du dimanche aurait vu là un père et son fils partageant un moment de complicité, à parler de tout de rien, de choses sans réelles importances ni grandes significations. Juste le plaisir de se retrouver, ensemble.
Et il se serait trompé. Pour la discussion anodine du moins.
Car ici se jouait l'avenir de l'un d'eux, pour les huit années à venir. Ici prenait place le dramatique tournant de ce qui allait devenir l'enfer d'une vie.
Et aucun des deux protagonistes n'en avait conscience, nul n'en avait connaissance, si ce n'est la destinée.
Tout avait débuté sur de bonnes intentions, réellement, même si l'un y croyait plus que l'autre, même si quelques désaccords restaient à être aplanis, quelques convictions à être approfondies.
- Je ne pense pas en être capable patron, affirma le plus jeune avec cette note de dévalorisation et d'absence de confiance en soi qui chaque fois donnait envie au plus vieux de coller au mur la ou les personnes responsables de ces sentiments et de leur coller son poing sous le nez.
- Crois-moi-tu l'es tu es le meilleur que je connaisse quand il s'agit d'interpréter un rôle Tony, le rassura l'homme aux cheveux gris.
Peut-être un jour l'autre homme finirait-il par y croire, par accepter la valeur que tous voyait en lui, tous sauf lui.
L'autre leva les yeux vers le ciel, le fixant quelques instants d'un air absent, avant de poursuivre en soupirant, peu convaincu :
- Rappelles-moi pourquoi c'est si important ?
- Ils sont jeunes. Ils sont inexpérimentés, du moins dans le domaine qui nous intéresse. Ils leur restent beaucoup à apprendre, tant sur le terrain qu'avec les suspects ou devant une cour. Ils ont besoin d'un mentor, d'un exemple sur qui se calquer.
- Et ce mentor tu veux que ce soit moi c'est ça ?
Un petit sourire lui répondit.
Sourire qui loin d'apaiser ni de convenir à l'autre homme provoqua en lui de l'agacement et une pointe d'animosité.
- Bon sang Gibbs te rends-tu compte de ce que tu me demandes ? s'exclama-t'il sèchement.
Pour toute réponse deux yeux bleus soutinrent son regard sans sourciller, le sourire cependant s'était dissipé.
- Tu veux que je leur mente, que je les manipules et pourquoi ? Que se passera-t'il s'ils venaient à le découvrir ? On pourrait perdre deux recrues des plus prometteuses. On va les duper tu comprends?, continua l'italien en insistant sur la dernière phrase, avec cette froideur glaciale que prenait sa voix chaque fois que Gibbs émettait une idée ou un argument qu'il jugeait insensé ou d'une incommensurable stupidité. Chaque fois qu'il tentait de lui remettre les idées en place et les pieds sur terre.
C'était pour ça que leur duo fonctionnait si bien. Sur bien des points ils étaient similaires, sur d'autre complémentaires et parfois ils étaient en complet désaccord. Et lorsque c'était le cas le plus jeune ne se gênait pas pour le contrer, pour le lui signifier sans détour, avec cette froide détermination et cette intonation claire et inflexible, aux propos pénétrants et maitrisés qui le caractérisaient.
La colère froide de l'italien contre celle volcanique de l'ancien marine. Quand cela se produisait, ce qui était somme toute vraiment très rare, alléluia, les rares témoins de la scène qui n'avaient pas fui sous un bureau ou dans un quelconque état voisin, faisait référence à un climat apocalyptique où chacun des adversaires restaient sur ses positions, insensible à la fureur de l'autre ou choisissant consciemment de l'ignorer, pouvant rester l'un en face de l'autre durant des heures sans qu'un mot ne soit échangé, se défiant du regard, adoptant la posture du prédateur prêt à bondir. Et puis soudain, un signal connu d'eux seul retentissait ou apparaissait, enfin se manifestait d'une quelconque façon à eux, et ils se mettaient brusquement en mouvement, et là les choses prenaient un caractère des plus étranges, des plus fous. C'est comme si le monde recommençait à tourner autour d'eux, excepté qu'il s'agissait de deux univers différents où l'autre n'avait pas sa place. Quand l'un prenait l'ascenseur les escaliers devenaient attractifs pour l'autre, si l'un sortait déjeuner avec Abby ou Ducky l'autre se contentait d'un « repas » composé des cochonneries que délivraient « gratuitement » les distributeurs de l'agence. Ils ne s'adressaient la parole que contraint et forcé, évitaient de croiser leur regard encore chargé d'une fureur contenue, ne s'approchaient pas de l' « ennemi » à moins de deux-trois mètres, juste au cas où, …
Cette situation pouvait durer des jours sans qu'aucun ne cède d'un millimètre. N'était pas née la personne qui parviendrait à convaincre l'un d'eux d'agir pour le mieux, en dépit de ses convictions ou de sa volonté. Même le médecin légiste et la laborantine s'étaient heurtés à un mur quand ils avaient essayé de souligner le côté puéril et non-professionnel de la chose, seul ou par tentatives combinées. L'entêtement était gibbsien là où l'obstination restait italienne.
Et puis un matin, sans que nul ne sache le comment du pourquoi, ils arrivaient le sourire aux lèvres, ce qui au vue de leur personnalité à tous les deux étaient vraiment, vraiment perturbant et effrayant pour le reste de l'office, et tout revenait à la normale, enfin si l'on pouvait décrire ainsi la relation que ces deux-là entretenait.
Mais c'était pour ça que leur duo avait cette touche de magie irréelle qui l'habitait. Tony était le seul qui osait tester le self-control du redoutable chef d'équipe en s'y confrontant directement et en restant de marbre ensuite face à la mauvaise humeur ainsi déclenchée, celui qui lui tenait tête sans sourciller, sans manifester la moindre trace de nervosité, parfois même il lui arrivait de l'engueuler ouvertement ou de le sermonner à la vue et au su de tous, et le bougre s'en sortait sans la moindre égratignure ou menaces d'une mort lente et douloureuse. Raison pour laquelle il était identifié par certain à un allien, par d'autres à un superhéros, et par tous à un être en sursis.
A l'inverse Gibbs était le seul qui ne se laissait pas gelé sur place par le caractère polaire que pouvait arborer le jeune homme lorsqu'il se levait du mauvais pied (infiniment rare mais tout de même suffisamment traumatisant pour le souligner), le seul qui ne rebroussait pas chemin devant la mine austère et les paroles cinglantes et acerbes de son agent lorsque telle ou telle situation ou enquête lui déplaisait fortement (plus fréquent), l'ancien marine en Gibbs ressortait alors et faisait front, laissait glisser sur lui la frustration de l'autre, l'attirait même à lui afin d'en protéger les autres.
A l'image de l'italien lorsque les rôles étaient inversés ( ce qui était très très fréquent).
Mais aujourd'hui rien de tout cela n'était dans les plans du plus âgé. Aujourd'hui il devait convaincre son acolyte du bien fondé de tout ceci, sans le braquer, sans le contraindre à quoi que ce soit. Faire appel au sens logique et au discernement qu'il savait habiter l'homme.
- Je sais. Tu as raison. Mais si on ne fait rien on les perdra à coup sûr. Ne nous focalisons pas sur les si mais sur les comment.
L'homme s'arrêta un instant pour avaler une gorgée de café, tiède depuis le temps. Il grimaça puis reprit :
- Quant au pourquoi, en un mot : Si notre fonctionnement ne change pas, si l'exclusivité de la dynamique d'équipe ne repose que sur nos épaules à tous les deux, si nous continuons comme nous le faisons, aucun agent ne parviendra à s'intégrer, à trouver sa place. Nos caractères forts, indépendants, notre façon d'interagir rend tout ceci impossible. Je suis trop bourru et je les effraye, tu es trop impassible et distant et tu les intimides.
De nouveau l'homme s'arrêta, cette fois-ci pour fixer l'autre, un sourcil rehaussé, le mettant au défi de le contredire ou d'en débattre.
- Et ça ne peut pas continuer. J'ai Monroe sur le dos en permanence et une bonne dizaine de dossiers d'embauche d'avance sur mon bureau. Il veut une équipe de quatre personnes ou sinon il la dissout. Je – nous sommes coincés. Quelque chose doit changer.
- Et c'est moi qui doit réajuster mon comportement c'est ça ?, contre-attaqua le brun.
- Tu es le meilleur tu es le plus jeune aussi on apprend pas au vieux singe à faire la grimace. Et tu es mon second, beaucoup plus proche d'eux hiérarchiquement que je ne le serais jamais. Je sais que je te demande beaucoup et que tu n'as pas signé pour ça, mais je te le demande comme un service.
Un profond silence accompagna ces dernières paroles, seulement rompu par les cris des goélands au-dessus de leur tête.
- Tu crois en eux à ce point hein ?, soupira l'italien avec fatalisme.
- Pas toi ? lui répondit l'autre, un petit sourire aux lèvres.
- Très bien je le ferai. Mais ne t'en prend pas à moi si ça ne fonctionne pas ou si le pot aux roses est découvert. Je t'aurais prévenu !
- Merci
- Tu m'en devras une ! Et l'agent Todd et McGee aussi. Ils ne savent pas ce qui va leur tomber dessus !
- Tu vas t'amuser tu vas voir; voit ça comme un nouveau défi
- Oh je ne doute pas que ça va me changer. Ce que je crains c'est de me prendre au jeu. Que se passera-t'il si je m'y perds, si je m'implique trop dans ce personnage, comme cela m'est déjà arrivé ?
- Je serai là pour surveiller tes arrières et au besoin te le rappeler !
- Comment ?
Paf !
- Aïe ! Non mais ça va pas ? S'exclama le jeune homme en se frottant l'arrière du crâne, plus avec confusion et effarement que par réelle douleur; « qu'est-ce qui te prend ? »
Et l'autre homme qui venait de s'éloigner d'un pas tranquille se retourna et lui adressa un nouveau sourire confiant et plein de promesses :
- Je serai toujours là ! Semper fi !, le salua-t'il en levant son café, avant de le porter une nouvelle fois à ses lèvres pour finir par le jeter avec dégoût dans la plus proche poubelle, ne le trouvant décidément plus à son gout.
...
Il se réveilla en sursaut, le cœur battant la chamade, ses poings enserrant de toutes leurs forces drap et couverture qui le recouvrait, une fine pellicule de sueur sur le front, le souffle court et rapide.
Oui Gibbs l'avait été. Là, présent ! A ses côtés ! Les premières années. Lorsque tout se passait selon leur plan. Ces années où il avait appris lui à s'ouvrir aux autres à travers son masque, à retrouver le goût de l'amusement à travers ses mensonges. A découvrir le sens du terme camaraderie, connivence alors même qu'il trompait ces même personnes. A goûter à des émotions et des sentiments jusque-là à peine effleurés comme l'appartenance, l'insouciance, le relâchement, l'espoir, le contentement, …
Et puis par un jour de pluie ce beau petit monde, factice mais plus tellement au final, s'était effondré. Il avait suffi d'une explosion, d'une commotion, d'un aller sans retour vers l'Amérique Centrale. Puis d'un retour. Trois fois rien, juste un petit coup de main du destin, dans le mauvais sens.
Pour que tout ceci fut oublié. Comme si cela n'avait jamais existé. Cette entité qu'ils avaient été deux à créer. Cette discussion vieille de sept ans. Et quelques mois. Mais qui comptait hein ? Sinon lui.
Personne ne s'en souvenait plus, pas même Abby et Ducky qui avait vu dans son changement de comportement le signe qu'il leur faisait enfin suffisamment confiance pour s'ouvrir, pour abaisser ses remparts. Eux aussi avait perdu de vue l'homme du début, le véritable lui, celui qui savait rester neutre et imperturbable, celui que rien ne pouvait atteindre et qui ne s'impliquait jamais réellement préférant garder ses distances, l'homme au tempérament placide et tranquille, l'homme à la colère froide et implacable parfois, au sens du devoir inattaquable et au sérieux trop … sérieux.
Mais comment leur en vouloir quand lui-même éprouvait les plus grandes difficultés à s'y rattacher. Comme il l'avait craint il s'était trop pris au « jeu » et il ne parvenait plus à s'y extirper.
Et puis il ne voyait pas comment s'y défaire sans se dévoiler. Sans faire tomber le château de cartes et lever le rideau sur cette mauvaise comédie.
Et sans du même coup préparer son testament. Car l'homme qui en avait été l'instigateur était devenu par la suite l'un des mystifiés. Et clairement Gibbs n'aller pas 'aimer" s'il venait à le découvrir. Et il le lui ferait payer. Très cher. Paix à son âme.
En gros il était piégé.
Mais bon pourquoi commencer à se prendre la tête de si bon matin ? Il avait toute la journée à venir pour y réfléchir. Et la suivante. Ce n'est pas comme s'il risquait d'être dérangé.
Et pour tout dire il n'était plus à un sujet d'inquiétude près. Sa vie était une gigantesque bulle de soucis, de tourments et de désagréments. Et il éprouvait toutes les difficultés du monde à les prioriser, tous lui paraissant inextricables, inarrangeables, inaltérables, c'était comme perdu d'avance.
Non, pour l'instant la seule chose jouable était celle d'émerger, de s'extirper de cet état léthargique dans lequel il était plongé là, maintenant.
Il se redressa à moitié et secoua rapidement la tête de gauche à droite, dans l'espoir de se remettre les idées au clair. Puis il fit une rapide introspection de ce qu'il ressentait.
Sa bouche était pâteuse et une sensation de soif intense le tenaillait. Il se sentait comme au lendemain d'une soirée trop alcoolisé, la gueule de bois en moins.
Il faisait noir, il devait encore faire nuit dehors. Alors pourquoi diable son réveil indiquait-il 3am* ? Combien de temps avait-il pu dormir ?
Quelque chose n'allait pas ! Même si les évènements d'hier restaient encore un peu confus dans sa tête il se souvenait s'être endormi – effondré – sur son canapé alors comment pouvait-il se réveiller dans son lit ? Vêtu uniquement d'un boxer ?
A tâtons, sans allumer sa lampe, il ouvrit le tiroir de sa table de nuit, là où il rangeait systématiquement son arme de service avant de se coucher mais sa main ne rencontra que le vide.
Merde ! fut le premier mot qui lui vint en tête. Réfléchis DiNozzo, s'admonesta-t'il. Si c'était un agresseur aurait-il pris la peine de t'allonger sur ton lit, de te déshabiller et de fermer les volets ?
Mais alors qui ? Seul son gardien avait un trousseau de ses nouvelles clés, et puis qui viendrait chez lui au milieu de la nuit s'assurer qu'il aille bien ? Il devait encore rêver il n'y avait que ça comme explication.
Aie, réagit-il lorsqu'il se pinça le bras.
Pas un rêve
Mais alors quoi ?
Au bout de quelques minutes il se décida à bouger. Ce n'était pas en restant étendu dans le noir qu'il obtiendrait une réponse.
Il étouffa un juron quand son orteil entra violemment en contact avec le pied du lit avant de poursuivre sa route à pas feutré. Qui que soit la personne qui se tenait dans l'autre pièce il ne voulait pas lui donner le plaisir de le voir confus ou surpris. Il voulait avoir l'ascendant en la prenant elle par surprise.
Et c'est avec assurance et fermeté qu'il ouvrit la porte devant lui.
Celle qui le séparait de son « visiteur ».
(à suivre)
*3am = 15h
A la base ce chapitre était bien plus long mais en le relisant j'ai craint que si je le publiais dans son intégralité la première partie, celle du rêve, allait perdre en intensité et en crédibilité, noyée sous le reste de l'histoire or il m'a semblé important d'insister sur cette complicité de tout instant entre les deux hommes. Ce Tony différent que l'on a entraperçu lorsqu'il se remémore ses années à Philie et à Baltimore, ou lors de sa première rencontre avec Gibbs. Une relation de partenariat et non de hiérarchie, et qui se manifestera d'une drôle de façon dans le prochain chapitre, drôle étant un gigantesque euphémisme.
A bientôt pour la suite …
Ou pas !
Je plaisante.
