Chapitre 2 : Les yeux de Ron Weasley

Il ne pensait pas découvrir quelque chose d'intéressant dans les yeux de Ron Weasley. Durant toutes ces années il n'avait eu que le regard ahuri et terrifié d'un garçon médiocre perdu au milieu d'évènements qui le dépassaient largement. Ce garçon qui ne promettait rien fit montre d'une loyauté exemplaire et d'un grand courage, toutes qualités qui comptaient peu pour un Serpentard.

Ce fut pourtant dans les yeux de Ron Weasley qu'il comprit pour la première fois à quel point leur relation avait évolué.

Ron était venu au manoir mais Harry n'était pas encore rentré. Il l'avait fait assoir dans le salon et fait servir du thé. Son ancien étudiant avait gardé une certaine retenue à son égard et ce n'était pas pour lui déplaire. Il regardait autour de lui, détaillant cet intérieur qu'il connaissait si peu. Il avait été étonné sans doute à l'annonce de l'installation d'Harry dans ses lieux, en sa compagnie. Son regard s'attarda sur le bouquet d'Isiria, si belles et si délicates.

Les flammes de la cheminée devinrent vertes et Harry arriva à son tour, son long manteau brun d'Auror un peu froissé, maculé de poudre de cheminette. Il se dirigea vers lui et se baissa pour embrasser ses cheveux, la main sur son épaule, comme chaque soir lorsqu'il rentrait chez lui. Sèverus referma sa main sur la sienne, savourant le furtif contact qui était si important pour lui.

Ron resta interdit. Harry naturellement serra la main de son camarade et ne remarqua rien.

Il se plaça prés de lui sur le canapé, en face du rouquin. Une discussion s'engagea sur les dernières nouvelles du ministère et le futur mariage de Ginny. Sèverus fut surpris par l'air détaché d'Harry, il pensait que ce dernier nourrissait des sentiments amoureux vis à vis de la dernière Weasley. Il serait certainement invité à la noce.

Ron regarda avec incertitude son ex professeur.

Vous serez invité également.

Il ne répondit pas sur sa venue éventuelle. Se contentant d'un sourire et d'un vague remerciement. De toutes les manifestations de la vie sociale, les mariages étaient certainement celles où il se sentait le moins à l'aise.

Au bout d'un moment il laissa les deux amis et retourna dans son laboratoire.

Harry proposa à Ron de diner avec eux. Ce dernier accepta volontiers d'autant qu'Hermione finirait tard ce soir. Il aurait aimé qu'elle se ménage davantage durant son sixième mois de grossesse mais elle se portait à merveille et n'éprouvait aucune fatigue liée à son état.

Le repas fut servis vers huit heure, Ron était resté un grand mangeur.

Harry se plaça à sa droite comme d'ordinaire et proposa à Ron de s'asseoir à ses côtés pour un diner qui ne se voulait pas formel. Ron regardait tout autour de lui les riches décorations de Prince Manor, si loin du Terrier ni de la maison de Godric Hollow qu'ils avaient acheté avec Hermione.
La conversation portait sur tout et sur rien.

Ron était stupéfait par la sérénité de Snape. Il parlait peu, sans ce ton sarcastique qui était autrefois sa marque de fabrique. Il souriant même aux traits d'humour d'Harry.

Il sentait ce lien entre eux, cette incroyable douceur dont peu de personnes pouvait imaginer l'existence chez deux ces deux êtres au destin à nul autre pareil, l'ancien mangemort espion qui était revenu de l'enfer, l'élu qui avait survécu au combat contre le seigneur des ténèbres. Ron savait plus que quiconque à quel point leurs vies avaient été fracassées par le destin, ils ne devaient même pas survivre à la bataille finale...Le bruit de Nagini le mordant, comment oublier ce bruit?

Plus que de l'amitié.

Harry couvait des yeux Snape, lui décochait des regards d'une infinie tendresse. Snape était totalement tourné vers lui, répondant à ses moindres sollicitations.

Excuse moi Ron j'ai oublié de t'apporter le livre sur les chimères dont je t'ai parlé. Je vais le chercher, il est dans ma chambre.

Harry, je l'ai redescendu dans le bureau puisque tu l'avais fini hier.

Merci Sèv, je vais vite le chercher.

Ron comprit qu'il partageait la même chambre. Il s'aperçu que Snape avait lu ses pensées et qu'il était trés troublé. Pourquoi avait-il l'air si perdu alors que c'est lui.

M. Weasley...Je, nous, enfin, ce n'est pas ce que vous croyez

Professeur, je veux dire Snape...enfin, bref, vous n'avez rien à justifier. Je ne vais rien répéter...

je vous assure

Sèverus fut interrompu par le retour d'Harry qui ne se rendit pas compte que l'atmosphère avait changé.

Après un dernier verre, Ron prit congé. Il leur serra la main. Devant lui se tenait un couple à n'en pas douter. Il avait adressé un sourire timide à son ancien professeur. Ce dernier avait été étonné, et même touché par cette acceptation simple, sans préjugé, sans jugement. Le cœur des Griffondors qu'il avait si méprisé ces dernières années.

Bon je vais prendre une douce et au lit ! Je suis crevé !

Je vais finir une potion et je viens.

Il prit sa douche à son tour et le rejoint. Il surprit le regard voilé d'harry glisser sur lui. . Il s'allongea sur le lit près de lui.

Tu devrais te trouver une sorcière Harry pour t'accompagner au mariage.

Je n'en ai pas d'habitude. Je serais toujours à temps d'inviter une demoiselle d'honneur.

Tu vas rester vieux garçon !

J'ai le temps

Mais à ton âge...

Justement, je n'ai pas envie. Et d'ailleurs il faudrait agrandir le lit

J'imagine sa tête si elle me retrouve dans ton lit durant la nuit de noces!

Ils rirent de bon coeur.

Tu as toujours ta chambre si tu veux inviter une amie.

Je sais

Tu n'as pas à te gêner, c'est naturel.

Je ne suis pas géné, je n'en ai pas envie. Et toi?

Moi j'ai passé l'âge !

Tu plaisantes, tu es très jeune pour un sorcier!

Mais je me sens vieux

Tu veux te faire dorloter Sev !

Harry !

Moue sarcastique qu'Harry adore. Il écarte les mèches noires, douces comme de la soie. Sev parait plus jeune ses derniers temps, conséquence d'une vie plus sereine et calme. Il se calla contre lui et l'entoura de ses bras. Ceux de Sèverus se nouèrent autour de lui.

Mais je ne peux pas dormir si tu n'es pas là, comment faire ? J'aime trop ton odeur, tu sens si bon.

j'aurais tout entendu !

je t'assure !

Harry sentait les baisers sur ses cheveux, près de son oreille, c'était si bon.

Il ne pouvait pas imaginer dormir ailleurs, sans lui, sans sa présence à ses côtés.