Je vais commencer par remercier les reviews que j'ai (déjà) récoltées, ça me touche, ça me touuuuuuuuche ! :D
En ce qui concerne le rythme de publication, je ferais de mon mieux, promis juré ! Je pense pas que ce devrait trainer des mois, j'ai bon espoir pour la finir d'ici la fin de l'année :) Quant à la fin, et bien, il faudra lire pour voir ! )
Merci pour vos commentaires 3
Voici donc le deuxième chapitre, tout droit sorti de ma petite tête blonde pour vous ! :D Je ne suis vraiment pas du tout satisfaite alors j'espère que vous me pardonnerez cette médiocrité qui empeste !
Depuis combien de temps Castiel est-il planté dans ce couloir, les mains collées contre la vitre ? Il n'en sait trop rien et ça importe peu au final. On ne le cherche certainement pas de toute façon, personne ne l'attend alors qu'ici … Et bien, quelque chose lui dit qu'il a parfaitement sa place. Alors il ne bouge pas d'un pouce, d'ailleurs il a même l'impression d'avoir réchauffé la vitre avec sa chaleur corporelle. De l'autre côté de cette dernière, il y a quelques instants, le jeune homme a remué les lèvres mais de toute évidence, le son n'a pas traversé le verre. Etrangement déçu, Castiel s'était de nouveau pressé contre la fenêtre dans l'espoir d'entendre le moindre petit son et amusé par le manège de son visiteur, le malade de l'autre côté s'était remis à parler, mais rien. Alors ils se contentent de se regarder dans le blanc des yeux. A quoi peut bien ressembler la voix du jeune homme ?, se demande Castiel. Il penche la tête sur le côté en essayant de deviner, comme ça du premier coup d'œil. Malgré la silhouette amincie par un traitement invasif , Castiel, lui, voit son nouveau compagnon plutôt comme quelqu'un de naturellement robuste. Ça se voit dans sa façon de se tenir, tente t-il de se convaincre. Il scrute un peu plus ce qu'il parvient à distinguer et se trouve frustré de ne pas voir de quelle couleur sont les cheveux du jeune homme. Ils sont cachés par une vieille casquette de baseball qui a visiblement fait son temps mais il les visualise parfaitement. Pas vraiment blonds, pas vraiment bruns, ce serait un peu comme un mystère. Comme quand il essaye de deviner ce que pense le jeune malade rien qu'en sondant ses yeux du regard. Sans s'en rendre compte, il voit l'adolescent de l'autre côté tel qu'il serait s'il n'était pas enfermé dans cette pièce aux prises avec une maladie sûrement gravissime …
De l'autre côté, le jeune homme bouge enfin. Ca surprend Castiel qui redresse la tête en s'efforçant de reprendre une expression plus neutre. Il en avait oublié qu'il fixait quelqu'un de vivant, quelqu'un qui pourrait s'agacer de se sentir ainsi observé comme un animal en cage. Mais c'est sans se départir de son sourire rieur que le jeune homme pose les pieds à terre, repoussant les draps sur le côté. Il ne semble pas vexé, encore moins furieux. Il sourit juste. C'est un geste banal mais il ravive la jalousie de Castiel. Lui n'est pas capable d'une telle chose, tout du moins pas aussi sincèrement que le fait l'autre en face de lui. Parce que ça se voit, le sourire qu'il observe sans aucune honte est vrai et étincelant. Il s'émerveille intérieurement de voir comment le visage entier de son « ami » s'illumine avec ce sourire, de ses yeux qui s'étirent en amandes jusqu'aux multiples petites rides d'expression qui plissent les commissures de ses lèvres. Et plus ce dernier se rapproche de la vitre, plus son cœur s'accélère. De près, les deux iris paraissent encore plus vertes, les lèvres encore plus voluptueuses, tout paraît encore plus grand. Comment quelqu'un comme ça a-t-il pu se retrouver enfermer dans cette espèce de cage morbide ? L'amertume se déferle de nouveau en Castiel. Les gens ne comprennent décidemment rien, c'est bien plus qu'évident, désormais …
Le jeune homme souffle doucement sur la vitre qui se recouvre aussitôt de buée. Il approche son doigt et se met à dessiner sur la buée, vite avant qu'elle ne s'efface totalement. Un D. Un E. Castiel se rend compte que l'autre fait bien attention à écrire à l'envers pour que ce soit plus facile à déchiffrer pour lui. Rien que cette pensée lui fait plus chaud au cœur que la moindre chose qui a pu lui arriver depuis des semaines. Un A. Un N. Dean.
Dean.
C'est un nom parfait pour lui. Castiel n'aurait pas trouvé mieux.
En voyant les deux grands yeux verts se poser sur lui, il comprend que c'est à son tour et soudain, il a peur que Dean trouve son prénom ridicule. On s'est déjà moqué tellement de fois de lui. Il ne veut pas que sa nouvelle rencontre fasse comme tout le monde. Il ne veut pas qu'il soit comme tout le monde alors que jusque là, il a l'air tellement différent. Il n'a pas honte de son prénom, jamais, il aime sa sonorité, sa consonance, ce qu'il veut dire, d'où il vient, il en est fier. Mais il n'aime pas les gens qui n'essaient pas de chercher plus loin et qui s'arrête sur cette différence. Les gens sont comme ça, de toute façon, on finit par s'y faire.
Mais pas Dean, s'il vous plaît. Que Dean ne soit pas comme les gens … !
Castiel prend son souffle et se dit que de toute façon, ça ne pourrait rien lui faire de plus. Ce mec, c'est personne. Evidemment, son cœur qui pulse nerveusement dans sa poitrine lui dit tout le contraire mais il préfère l'ignorer. A force il a de l'exercice et il se débrouille plutôt pas mal généralement, mais là, avec les deux grandes sphères vertes rivées sur lui, il a l'impression de perdre ses moyens. Il n'a pas d'autre choix que de souffler sur la vitre à son tour et de s'appliquer pour bien inscrire son prénom. Il sent le regard de Dean suivre les mouvements de son doigt mais il n'ose pas relever les yeux. Ca chauffe sur sa peau, c'est agréable et désagréable à la fois. Il avait tellement pris l'habitude d'être invisible.
Voilà, c'est fini, il l'a marqué. Castiel. Il aperçoit le E que Dean a inscrit de l'autre côté et qui ne s'est pas encore effacé. Il a écrit le E de Castiel exactement dessus. Surpris, il relève les yeux vers le jeune homme de l'autre côté. Ce dernier pointe un doigt vers le E avec de grands yeux et éclate de rire. Castiel étouffe un gémissement de frustration : lui, il ne l'entend pas ce rire. Encore une fois, Dean semble se rendre compte de ce qu'il se passe dans sa tête et il arrête aussitôt de rire pour se remettre à sourire simplement. Il désigne l'inscription du prénom de Castiel avec un petit sourire et lève son pouce vers lui.
Il ne se moque pas. Au contraire.
Tiens, voilà une sensation que Castiel avait oublié depuis tout ce temps. Il se met à sourire lui aussi. Doucement, timidement, parce qu'on ne sait jamais. Mais il sourit et ça lui rappelle toutes les fois où ça lui ait arrivé. Les gens ont tendance à oublier ce que ça fait de sourire quand ils le font régulièrement. Les autres les envient. Des mois qu'on l'incite à revenir dans le moule même si c'est pour faire semblant, tant qu'il reste dans les règles, des mois qu'on le supplie. Et il se retrouve dans ce couloir qui sent le désinfectant à plein nez à sourire. Les muscles de sa mâchoire ont perdu l'habitude, en tout cas c'est l'impression que ça lui fait. Il pourrait rester des heures planté comme un idiot à analyser les différentes sensations qui lui reviennent mais on en a décidé autrement. De toute façon, les autres décident toujours pour lui, alors pourquoi sursaute t-il quand il entend son prénom résonner dans le couloir ?
« Castiel ?! »
Il tourne la tête sur le côté, surpris. Du coin de l'œil, il voit les sourcils de Dean se plisser. Evidemment, il n'entend pas donc il ne comprend pas. Il ne peut pas voir non plus le médecin qui s'avance à grand pas vers Castiel. Ce dernier commence à paniquer. Ils vont le ramener dans sa chambre et il va encore se remettre à dépérir alors qu'ici … ici il avait presque recommencé à vivre, et ce en quelques secondes.
Le médecin s'arrête devant lui et jette un regard à Dean, l'air un peu perplexe. Il se retourne vers Castiel qu'il fusille du regard dans les règles de l'art.
« Tu n'es pas censé sortir de ta chambre comme ça, tu le sais, n'est-ce-pas ? On te l'a déjà dit. Et que fais-tu ici, d'abord ? »
Castiel ne répondra pas. Il ne répond plus aux questions depuis bien longtemps maintenant et puisqu'on ne veut pas le laisser rester là, il ne répondra plus à rien. En signe de protestation, il détourne le regard du médecin et de son horrible blouse blanche pour regarder Dean. C'est bien mieux comme ça. Ce dernier le regarde, les sourcils froncés. Ses lèvres remuent, il essaie de parler. Au même moment, le médecin empoigne Castiel par le poignet. Pas brutalement, pas violemment, juste sûrement. Ca surprend le jeune homme. Jusque-là, tout le monde l'a traité comme un mourrant, sans oser trop le toucher, surtout pas aux bras, tout le monde l'évite. Mais ce médecin est de toute évidence différent. En d'autres circonstances, il aurait sûrement cherché à en savoir plus, mais là, on va le priver de Dean et bien qu'il ne connaisse rien de ce dernier, ça l'énerve. Et ça l'agace de se rendre compte à quel point ça l'énerve. Il n'aime pas ne pas comprendre, ne pas être en totale maitrise de ce qu'il se passe dans sa tête et ça fait bien trop longtemps que ce n'est plus le cas. La rencontre avec Dean, c'est la goutte qui fait déborder le vase.
« Allez, je te ramène. Et tu ne vas plus te faire la malle, crois-moi ! »
Et c'est ainsi que le médecin le traine dans le couloir avec force. Castiel sent ses plaies frotter douloureusement contre ses bandages mais il ne dit rien, il est bien trop occupé à tourner la tête dans tous les sens pour essayer de voir Dean. Ce dernier est pressé contre la fenêtre, les deux mains plaquées contre cette dernière. Il parle, peut-être même supplie t-il ? C'est plaisant à imaginer. Mais quoi que son nouvel ami dise, Castiel a l'impression qu'il ne le saura jamais parce qu'on le tire inexorablement vers l'ascenseur. Vers sa prison. Loin de Dean. Il voudrait pouvoir se rebeller, se débattre, ne pas rendre la tâche si facile à ce docteur mais il n'arrive à rien. C'est comme si le moindre pas qui l'éloigne de cette fenêtre le vide un peu plus de son énergie. Arrivé à l'étage de sa chambre, il traîne la patte, il n'a presque plus la force de marcher. Il se sent mourir, encore plus violemment que lorsque c'était lui qui décidait qu'il était temps. Et cette fois la douleur n'est pas là pour lui rappeler qu'il a été vivant, il n'y a plus rien, juste le vide et le néant. C'est terrifiant.
Il lève ses yeux bleus vers le médecin qui continue de le trainer dans le couloir. Il regarde ce dernier ouvrir la porte de sa chambre et l'aider à se mettre au lit sans rien dire. Il n'a pas vraiment l'air d'un médecin. Il est pas un peu trop vieux pour un médecin ? On dirait plutôt un nounours. Son air renfrogné ne trompe pas Castiel, ce dernier a toujours été capable de voir plus loin que l'apparence des gens et de tous les médecins qui sont passés dans sa chambre, avec leurs mines préoccupées et intéressées, il peut affirmer sans aucune crainte que c'est ce médecin là, qui fait semblant de s'en ficher et d'être furieux, qui se soucie le plus de lui. Il jette un coup d'œil à la plage sur la longue blouse blanche. Dr. Singer. Il décide qu'il n'aime pas. Après tout, ce bonhomme lui a retiré son souffle de liberté.
« Tu sais qu'il va falloir que tu expliques ce qu'il se passe un jour, Castiel ? Si tu veux pouvoir gambader comme ça et revoir Dean … Les gens devront te faire plus confiance et pour le moment, ce n'est pas le cas. »
Castiel n'entend que des mots indistincts, sauf un. Dean. Alors comme ça, ce vieux médecin bourru connaît Dean. Peut-être qu'il pourrait lui en dire plus .. ? Comme la raison pour laquelle le jeune homme se retrouve enfermé dans une chambre stérilisée au lieu de jouer au foot avec les autres ados de son âge ? Mais pour ça, il faudrait qu'il cède et qu'il parle et ça, c'est hors de question. Alors il se contente de croiser les bras sur son torse tout en ignorant les douleurs lancinantes que la poigne du médecin a ravivé dans ses avant-bras, et de détourner le regard.
C'est étrange, ça, il aurait juré avoir vu le Dr. Singer sourire avant de sortir de sa chambre.
Les jours passent. Longs, douloureux. Silencieux. Castiel s'est muré dans son silence et dans son service, les infirmières ne parlent que de lui. La plupart sont touchées et inquiètes, évidemment, pour le personnel médical, voir un jeune souffrir à ce point, ce n'est jamais facile. Mais de son côté, Castiel apprécie qu'on lui fiche un peu la paix. Il sent que les gens sont en train de laisser tomber, ils vont passer à un autre drame comme ils font toujours et oublier le sien. Enfin, ils arrêteront de penser pour lui. S'il avait su, dès le début, qu'il suffisait de faire ce qu'il a fait, il n'aurait pas attendu si longtemps.
Le seul hic dans sa toute nouvelle tranquillité quotidienne, c'est qu'il reste constamment surveillé. Depuis son escapade, il n'a pas pu quitter sa chambre seul à plus de quelques pas. On lui a même diminué les fréquences de visite de sa famille. Ses frères lui manquent, mine de rien. Assis dans le silence de cette horrible pièce, il n'a rien d'autre à faire que de se demander s'il a fait les bons choix jusque là, et si c'est le cas, pourquoi se retrouve t-il dans cet endroit qui l'horripile ? Malgré ce que les gens perçoivent de lui, Castiel a toujours été du genre à se poser les questions après avoir agi. Il ne creuse pas assez profondément, pas assez rapidement, et après il regrette, il doute, il se questionne. Ce qui lui manque, c'est une bonne dose de courage, il le sait bien. Se détacher de ce qui l'entraîne au plus profond pour s'en éloigner le plus loin possible, voilà qui serait judicieux.
Il a beau réfléchir, blotti sous ses couvertures, il ne se rappelle pas s'être senti pleinement vivant, et pourtant, il a l'impression d'avoir vécu des milliers d'années. Il se sent déjà vieux, fatigué et bon pour le cimetière alors qu'il n'a que 20 ans. Le pire, c'est qu'il n'arrive même pas à s'en attrister. Jusqu'au moment où tout son être le contredit violemment. « Si, tu t'es senti vivant, y a pas si longtemps que ça … » C'est une pensée saugrenue qu'il rejette tout d'abord, mais il se rend rapidement compte que ça prend bien plus d'énergie que de la laisser s'emparer de son esprit alors il baisse les bras et la douce reddition qui s'ensuit lui redonne presque l'envie de sourire.
Que fait Dean ? Est-ce qu'il pense à lui ? Est-ce qu'il se sent aussi ridicule que lui à cet instant pour penser à un garçon qu'il a vu (sans même lui parler) à peine quelques minutes ? Est-ce que lui aussi a l'impression de le connaître depuis toujours ? Qu'est ce qu'il a pensé de lui ? Ca se trouve, il était ridicule, figé de son côté de la vitre !
L'estomac de Castiel se serre douloureusement à la mention de cette fameuse fenêtre … Qu'est-ce qui a poussé Dean dans une de ces chambres … ?
En bref, pendant ses longues journées passées seul avec lui-même, Castiel ne se rend même plus compte du silence pesant qui l'entoure, parce que lui, il entend tellement de choses. Il jubile, rêvasse, spécule. Comment était Dean avant ? Ce qu'il pouvait faire comme études. Quel genre de musique il écoute. Toutes les questions y passent et puisque ça l'occupe, Castiel prend la décision de ne pas trop se préoccuper de ce besoin soudain de penser à quelqu'un. Ces derniers temps, il n'a pensé qu'à lui et ça ne l'a jamais aidé, alors …
Voilà désormais deux semaines qu'il a l'impression d'être devenu un fantôme. Au début, à chaque fois que la porte de sa chambre s'ouvrait, il avait le fol espoir de voir entrer Dean. Puis sa raison reprenait le dessus, en lui rappelant qu'il était en chambre stérile pour une raison, sûrement. Et puis aussi qu'il l'avait à peine aperçu. Ca se trouve, il ne se rappelle même pas de lui. Il se rappelle avec douleur de la sensation de vie qu'il a réellement ressenti devant cette fenêtre et même s'il ne comprend rien de ce qu'il s'est passé en lui, il sait tout de même une chose : il ne reverra probablement jamais Dean. Ce qu'il a pu entrevoir ce jour là, il ne le verra certainement jamais plus. Plus que tout autre chose, cette pensée lui fait mal. Les plaies sur ses avant-bras ont cicatrisé et il ne reste que quelques méchantes croutes. Il gardera probablement les cicatrices, mais il s'en fout. Ce qu'il veut, c'est avoir mal. Il gratte chaque croute, refusant de les laisser s'installer et de faire partir ses blessures. Chaque jour, il sombre un peu plus, toujours plus rapidement.
Un beau matin, la porte de sa chambre s'ouvre sur un visiteur dont il n'attendait pas la visite. A dire vrai, depuis le temps, Castiel s'était même dit que son frère jumeau ne voudrait plus jamais le voir. Mais pourtant, le visage de Gabriel apparaît devant lui. Il ressent aussitôt la prise dans ses tripes, l'endroit où son lien avec Gabriel commence. Ce n'est pas vraiment son vrai jumeau, les deux jeunes ne se ressemblent pas tellement, ils ne sont que faux jumeaux, mais en ce qui concerne les liens entre eux, c'est tout aussi fusionnels. Alors quand il devine la douleur dans les yeux de Gabriel à le voir ici, assis sur ce lit d'hôpital, les larmes montent aussitôt dans ses yeux. Sa souffrance, il peut la maîtriser. Mais celle de son frère… Jamais.
Gabriel avale les quelques mètres qui le sépare de son frère en de grandes enjambés. Il se jette presque sur le lit et enlace Castiel pour le serrer avec lui contre force. Castiel lui rend son étreinte et leurs larmes se mêlent de longs moments avant qu'ils ne s'écartent. Gabriel garde une main protectrice sur le bras de Castiel. Il a toujours été comme ça, son frère, protecteur. C'est le seul être qui le rassure. Qui le rassurait.
« Je pensais que tu ne reviendrais jamais … »
« Tu me crois assez fort pour résister ? J'ai essayé de te faire la tête, hein. Vraiment. »
Castiel esquisse un petit sourire, sans joie et fade comme ceux que Gaby voit sur son visage depuis des mois. Les larmes menacent de remonter mais il cligne des yeux, courageux.
« Tu as presque réussi, on dirait. »
« Je suis venu parce que je pouvais pas juste… juste te faire la gueule et me demande toute la vie ce qu'il t'est passé par la tête. Si tu avais prévu que je te trouve. Si tu voulais au contraire que personne n'arrive. Ou quelqu'un d'autre. Et pourquoi. Tes raisons. Pourquoi tu n'es pas venu m'en parler … Je… j'ai l'impression de t'avoir trahi parce que je ne me suis pas rendu compte à quel point tu allais mal et … »
Trop tard, la voix de Gabriel se brise. Il se maudit, Castiel peut le dire rien qu'en regardant les yeux verts teintés d'éclats dorés, et ça lui fait mal. Il ne sait pas trop quoi répondre. Il n'a même pas toutes les réponses. Quand il repense à cette scène surréaliste, lui étendu sur le carrelage de la salle de bains dans son propre sang, et Gabriel qui se précipite à ses côtés, il ressent en grande partie de la honte. Alors il cache son visage dans le creux du cou de son frère. A une époque, la présence de ce dernier suffisait à faire partir tous les cauchemars, tous les doutes et les soucis. C'est sans surprise que Castiel se rend compte que ça ne marche plus très bien …
« Excusez-moi … Je … Euh … Castiel ? »
La voix grave surprend le jeune homme qui se redresse vivement. Quand ses yeux rencontrent les deux grandes iris émeraudes, il sent un autre point tirer dans son estomac. Pas loin à côté de celui qui indique le début de son lien avec Gabriel. Sans grande peine, il visualise parfaitement un deuxième filin démarrer de ses entrailles pour aller rejoindre la silhouette qui se tient à l'entrée de sa chambre. Gabriel se retourne, sceptique. Il interroge Castiel du regard. Qui est ce jeune homme ? Evidemment, il a senti tout ce qui s'est déclenché chez son frère quand l'intrus est entré dans la pièce … Il ressent sans comprendre.
A dire vrai, même Castiel ne comprends pas. Il sait juste que ces derniers jours, il a rêvé de ce moment, alors il en profite. Il détaille et dévisage. Et comme la première fois, il ne voit même pas le peignoir qui pend tristement sur les épaules amaigries, il ne voit pas la casquette, il ne voit pas le déambulateur et l'intraveineuse.
Mon Dieu, Dean lui a tellement manqué.
