Je m'excuse pour le temps de publication de ce chapitre ! Noël, la famille… Je pense que vous êtes à peu près tous dans le même cas ! ) J'espère d'ailleurs que vous avez passé de bonnes Fêtes et que le Nouvel An s'annonce festif également !

Bon, je vous en ai assez fait bavé et j'ai peur que certains (certaines :P) d'entre vous ne s'étouffent dans leur curiosité alors voici mon cadeau :) J'espère qu'il vous plaira !

Je remercie encore les habitués (déjà !) qui me laissent toujours leur avis, leurs réactions, leurs suppositions, ça me touche énormément ! Alors continuez ! )

Castiel regarde la porte de sa chambre se refermer sur son frère jumeau. Il a passé ces derniers mois à craindre que leur lien ne s'abîme, à craindre de perdre toute trace de Gabriel en lui, et le voilà maintenant dans son lit d'hôpital à avoir souhaiter si fort que son frère s'en aille que ce dernier l'avait parfaitement compris. Le pire, se rend compte le jeune homme, c'est peut-être de ne pas regretter une seule seconde sa réaction. Il n'a de place pour rien en plus, désormais, même pas l'empreinte de Gabriel, tout est pris. Il a passé tellement de temps à se sentir vide alors qu'il avait tant de raison d'être entier qu'il ne reconnait pas tout de suite la sensation de plénitude qui l'emplit. Le voilà maintenant, assis dans son lit, les yeux rivés dans les émeraudes de Dean, plus complet que jamais. Et pourtant rien n'a vraiment changé. Il sent toujours les picotements sur son bras, là où les plaies ont laissé place aux croutes. Ca le démange toujours. Il déteste toujours autant cette chambre et l'odeur de désinfectant qui va avec. Il a toujours besoin de comprendre comment on fait pour vivre. Mais, pourtant, il n'éprouve plus le besoin de mourir. Sa raison le lui dit, il l'entend presque murmurer, là, au creux de son oreille.

C'est ce frêle jeune homme qui se tient au pied de ton lit. C'est lui. C'est comme une ancre. Maintenant, tu ne peux plus t'envoler, il te rattache au sol.

Il devrait en avoir peur. Comment peut-on se sentir si proche d'un étranger ? Mais il a surtout l'impression que tout retourne à sa place. La destinée est une idée puissante qu'il a toujours considérée avec envie. Il n'était pas assez important pour en avoir une, trop insignifiant pour que Dieu se soit penché sur son avenir, et pourtant, maintenant, l'idée tentante que son destin ait toujours été de finir ici trotte dans sa tête.

Mais ce n'est pas la seule chose qui lui triture les méninges. Comment Dean l'a retrouvé ? Comment a-t-il réussi à sortir de sa chambre ? Comment ? Pourquoi ? Et puis, tout d'abord, que fait-il ici, dans cet hôpital morbide et démoniaque ? Partout où il regarde, il ne voit que des preuves que Dean devrait être dehors, à croquer la vie à pleine dents.

« J'avais peur que tu ne sois plus là. »

Castiel en oublie instantanément ses interrogations, aussi tordues et importantes soient-elles, pour regarder Dean avec surprise. C'est la première fois qu'il l'entend parler et il n'est pas déçu. La voix de Dean est telle qu'il l'avait imaginé et ça le réjouit. Elle est chaude, grave, trop forte pour qu'on puisse douter d'elle. Elle est parfaitement réelle, comme Dean tout entier. L'image d'une ancre se fait plus forte dans la tête de Castiel. Les intonations de la voix de son nouvel ami se sont glissées partout en lui, elles s'y sont déjà fait une place et Castiel sait d'hors et déjà qu'il ferait n'importe quoi pour les entendre, encore et encore.

Les yeux de Dean se plissent doucement en le regardant. Il semble tendu, nerveux. Il attend quelque chose ? Evidemment, qu'il réponde ! Quel idiot.

Mais que pourrait-il dire ? Il n'a rien à dire. Ou alors il a trop de choses à dire. C'est comme s'il avait perdu la capacité de parler sans passer pour un attardé mental. Si seulement Dean pouvait arrêter de le regarder aussi intensément, il pourrait peut-être réfléchir correctement. Les yeux verts de son ami le déconcentrent de trop. Il y voit tout. Sans pouvoir expliquer pourquoi, il sait pertinemment que prendre la parole en premier, et surtout dire ce qu'il a dit lui a énormément coûté. Il faut qu'il réponde. Vite.

« Je n'ai pas pu revenir te voir … Ils m'empêchent de sortir de ma chambre. »

Il s'en sent tellement désolé. Ces dernières semaines, avec tout l'ouragan de sentiments paradoxaux que Dean a provoqué en lui, la culpabilité avait sa part. Il ne voulait pas se dire que le jeune homme pouvait penser qu'il ne revenait pas le voir parce qu'il s'en fichait. Cette idée était sûrement la pire de toute.

La tension s'efface tellement rapidement du visage que Dean que Castiel pourrait penser l'avoir rêvée si … et bien, s'il n'était pas Castiel. Il note cet aspect de Dean dans un coin de son esprit. Il a tellement maugréé contre le monde entier ces derniers mois, pour l'avoir forcé à se cacher, à porter de nombreux masques qu'il reconnait sans mal quand quelqu'un faisait semblant. Dean porte un masque lui aussi et ça lui brise le cœur.

« Je le savais. Bobby, le Docteur qui t'a ramené dans ta chambre, me l'a dit. C'est lui aussi qui m'a dit où te trouver. J'ai mis un peu de temps, mais comme tu le vois … Me voilà. »

Castiel hoche doucement la tête. Dean fait un pas en avant vers son lit et son rythme cardiaque s'emballe. Pas par peur, pas par nervosité. Non par impatience. Maintenant qu'il a découvert la voix du jeune homme, il veut découvrir tout le reste. En réponse à cette tension qui le maltraite, il se redresse sur son lit, droit comme un « i. » Dean le regarde mais il n'a pas l'air de vouloir se moquer. Castiel pense même qu'il … il comprend. D'ailleurs, il finit même par s'approcher du bord du lit qu'il désigne d'un petit geste.

« Je peux ? »

Castiel hoche une nouvelle fois la tête et Dean sourit en réponse. Encore une fois, c'est le genre de sourire que Castiel envie. Comment peut-on sourire de cette façon ? Etre enfermé dans un hôpital, malade, isolé par un masque qu'on hisse devant ses vrais sentiments et sourire comme ça ? Avec tout le visage ? Parce que quand Dean sourit, ses yeux s'étirent également, le vert s'illumine, son visage entier se fait rieur. Quand Castiel sourit, c'est juste… bizarre. Comme anormal.

Dean se hisse doucement sur le lit et s'assoit, en face de Castiel. Leurs regards se croisent une nouvelle fois et restent accrochés l'un à l'autre de longues minutes. Castiel commence à avoir un peu chaud, il repousse légèrement la couverture. Il sent les yeux de Dean brûler sa peau partout où ils se posent et la brûlure s'enfonce si profondément dans son être que ça lui fait mal. Mais il sait gérer la douleur, il a même appris à la savourer. Celle-là est facile, facile à aimer.

« Je suis content de voir que tu es sorti de ta chambre … »

Dean sourit une nouvelle fois et acquiesce. Il s'entoure d'une aura de fierté. Castiel est fasciné. Dean ne ressemble à aucun autre être humain qu'il a pu rencontrer. Tout lui semble plus intense avec lui, plus fort. Il visualise presque cette lumière qui l'entoure et voit tellement clairement en lui que c'est comme si aucune barrière de chair et de peau ne l'empêchait de plonger directement les yeux dans le cœur de l'âme du jeune homme en face de lui.

« Bobby m'a dit que tu ne parlais pas … Tu es plutôt bavard pour un muet. »

« Je ne parle pas à ceux qui ne veulent pas écouter. »

Dean le dévisage longuement, son sourire envolé. Il cherche à comprendre, Castiel peut le voir. C'est ce qu'il a cherché à voir dans le regard de tous ceux qui se sont penchés sur son « cas » et maintenant qu'il le voit dans les yeux de quelqu'un, ça l'effraie. Il veut que Dean le voit comme une espèce de guerrier mystérieux qui se tait parce qu'il a une mission secrète à accomplir. Il ne veut pas être si faible dans les yeux du jeune homme. Finalement, il préfèrerait qu'il ne cherche pas à le comprendre. Alors il rompt le contact et détourne les yeux. Même s'il ne le regarde plus, il sent parfaitement bien la déception qui contracte le corps frêle de Dean désormais.

« Et c'est quoi tes critères ? Pour déterminer ceux qui veulent t'écouter ? »

Il ne peut décemment pas rester aussi longtemps sans regarder Dean dans les yeux. Surtout s'il lui parle. Et puis à chaque fois qu'il replonge son regard dans celui de Dean, il découvre quelque chose de nouveau. Alors il préfère se dire que c'est de la curiosité, pas vraiment un besoin. Il a toujours été curieux.

« Il faut qu'ils veuillent vraiment m'écouter, c'est tout. Pas parce que c'est leur job, encore moins parce qu'ils veulent juste que je sois plus agréable à vivre. »

« En fait, tu veux qu'ils n'aient que tes intérêts en tête ? »

Castiel plisse les yeux.

« C'est incroyablement égoïste quand tu le dis comme ça. »

« Peut-être que ça l'est. »

Castiel s'agace. Il pensait que Dean mieux que personne pourrait comprendre ce qu'il ressentait. Alors pourquoi joue t-il sur les mots, maintenant ? Il croise les bras, regarde autour de lui en évitant soigneusement de regarder Dean. Il ne dira plus rien tant que le jeune homme ne se sera pas excusé. Mais quelque chose lui dit que ce n'est pas dans le genre de Dean. ce dernier semble d'ailleurs plutôt s'amuser de la situation actuelle. Il se penche sur le côté pour se hisser dans le champ de vision de Castiel et lui lance un grand sourire taquin. Castiel se retrouve totalement désarmé. Que peut-il faire en réponse ? Tirer la langue comme un gamin ?

« Et toi, pourquoi tu n'arrêtes pas de parler ? » attaque t-il à son tour, bien décidé à ce que Dean se sente aussi mal à l'aise que lui.

« Parce que plus je parle, moins les gens me posent de questions. »

Castiel en oublie sa prétendue colère. Il s'était attendu à beaucoup de réponses mais pas à celle-là. Au haussement d'épaules de son compagnon, il peut affirmer avec certitude qu'elle est sincère mais il ne comprend pas. Il penche doucement la tête sur le côté, les sourcils froncés. Il cherche à saisir mais rien ne vient. Pourtant il voit clair en Dean comme dans de l'eau de roche. Mais ça ne l'aide pas. Ca ne l'aide pas à le comprendre. C'est une nouvelle forme de colère qui monte doucement en lui, une colère contre lui-même.

Dean sourit une nouvelle fois, mais moins intensément, juste légèrement. C'est un sourire blessé et abimé mais un sourire sincère tout de même. Il picote les yeux de Castiel.

« Je n'aurais pas à répondre à leurs questions, comme ça. Plus je parle, et ce peu importe ce que je dis, plus ils oublient ce qu'ils voulaient me demander. Je meuble les silences avant qu'ils aient le temps de se rappeler. Ah mais oui, tiens, qu'est ce qu'il a, ce bon vieux Dean Winchester ? »

« Et qu'est-ce que tu as ? »

« Une leucémie. »

Castiel ne se souvient pas d'avoir été témoin d'une telle violence, aussi loin que remontent ses souvenirs. Pourtant, il était le genre de petit garçon solitaire, cible préférée des gros bras de la cour de récré. Mais jamais un coup ne lui a fait plus mal que les derniers mots de Dean. Il les a prononcés avec un tel détachement, tellement … comme si c'était évident. Non, pire. Comme si ce n'était rien. Rien, c'est rien, c'est juste une leucémie. C'est ça le message qu'il veut faire passer ?

Mais Castiel se trompe. Dean a juste appris à dire les choses telles qu'elles sont. On ne maquille pas la vérité. Ca ne sert à rien. Parfois, ça laisse même un peu de place à l'espoir alors qu'il n'y en a pas. Quand son père a eu sa crise cardiaque, il a toujours dit « Mon père est mort. », pas « Mon père n'est plus là. » parce qu'aucun retour n'était possible. Il ne cherche jamais midi à quatorze heures. Il voit le monde simplement. Noir et blanc. Alors pourquoi il chercherait à compliquer les choses ?

Il défie du regard Castiel. Il attend le genre de réactions qu'il a vu tout le monde prendre, même ses amis les plus proches. Il attend les yeux qui s'écarquillent, le regard horrifié et enfin la pitié. Mais chez Castiel, ça ne donne pas la même chose. Il se fige et se crispe. Mais c'est tout. Il ne dit rien de plus, ne se donne pas en spectacle avec de grands sanglots incontrôlables. A dire vrai, c'est Dean qui prend pitié. Il ne peut pas laisser Castiel en proie à une telle douleur.

« Mais les médecins pensent que c'est fini. J'ai subi une greffe de moelle épinière et elle a pris. A priori, j'ai juste à reprendre du poids et à retrouver mes cheveux. »

Il se sent épuisé rien qu'à dire ça. Les médecins n'arrêtent pas de dire à sa mère qu'il est plein de force et qu'il s'accroche à la vie mais en réalité, il est exténué. Il ne se sent plus assez fort et il a beau savoir que le plus dur est derrière lui et qu'il ne lui reste plus qu'à reprendre des forces, ça lui paraît presque insurmontable. Mais il en a assez d'être fatigué à peine marche t-il, d'être nauséeux après chaque repas et de ne plus être assez fort pour jouer à la balle avec Adam. Sa maison lui manque, Sam lui manque. Et ça plus que tout le reste, ça le tue.

Castiel le dévisage toujours avec cette étrange expression qu'il a déjà remarquée sur lui plusieurs fois. La tête légèrement basculée sur le côté, les yeux plissés mais le regard non moins intense, il le sonde du regard, comme s'il cherchait quelque chose sur son visage. Dean trouve ça amusant, c'est… Attendrissant.

« Tu n'as pas l'air plus ravi que ça … »

Dean hausse les épaules.

« Je ne veux pas me réjouir pour qu'on m'apprenne dans trois jours que c'est une fausse alerte. Je ne crois pas aux miracles. Je m'en suis sorti tout seul alors je vais pas arrêter de me battre pour juste me réjouir. »

« Tu ne crois pas aux miracles ? »

« Pourquoi, toi, oui ? »

Castiel hoche la tête. Voilà qui est intriguant, pour Dean. Comment peut-on croire que quelqu'un d'autre tire les ficelles pour vous ? Que quoi que vous choisissiez, vous faites ce choix parce que quelqu'un a décidé que vous le ferez. Dean croit au libre arbitre, à la liberté en elle-même. Il ne crache pas aux visages de ceux qui croient en Dieu mais il ne perd pas de temps à discuter avec eux non plus.

« Et l'idée te plaît ? De te dire que quelqu'un décide pour toi ? »

« C'est rassurant comme image. »

« Non, c'est effrayant. »

Ils se dévisagent longuement. Il n'y a aucune animosité dans leurs regards, juste de l'incompréhension. Ni l'un ni l'autre ne saisit ce que l'autre veut dire. Ils ne se connaissent pas depuis des années, mais pourtant, c'est comme si, dans leurs esprits. Jusque là tout avait été clair et limpide entre eux et maintenant … ils ne se comprennent plus. Castiel trouve ça agaçant, de ne pas être capable de deviner ce que pense Dean. Lui trouve amusant cet « obstacle » entre eux. Il décide de creuser le sujet. Il veut en savoir plus, de toute façon, il veut comprendre ce que font les bandages sur les bras de Castiel, ce qu'il fait dans ce lit, pourquoi il ne sourit pas, ne parle pas aux autres et il ne lâchera pas le morceau. Il rive ses yeux dans ceux de Castiel et lance sa bombe avec un détachement naturel.

« Si c'est si rassurant que ça, pourquoi tu t'es fait saigner dans l'espoir d'y rester ? »

L'espace d'un instant, il regrette les mots qu'il vient de prononcer. Le visage de Castiel se fige et se recouvre d'un voile de tristesse qui crève tellement les yeux qu'il en pleurerait. Quel idiot, pense t-il. Vraiment, Winchester, tu n'es qu'un sale connard. Et puis la tristesse de Castiel se transforme en quelque chose de pire encore : en résignation. Le regret de Dean s'évapore aussitôt pour laisser place à la colère. Il est furieux. Il voudrait que toutes les personnes qui ont persuadé Castiel qu'il ne valait pas la peine de se battre soient là. Et il leur pèterait la gueule. Enfin, il ferait de son mieux, il n'est plus aussi efficace qu'avant. Ce regard-là, il le déteste, le regard résigné et abattu, sans aucune trace de vie, comme si tu étais déjà mort. C'est le regard qu'il a combattu ces dernières années, plus encore que la maladie elle-même. Il a banni cette façon de regarder le monde et la voir dans les yeux de Castiel le met hors de lui. Comment personne n'a pu se démener pour l'empêcher de ressentir une telle chose ? Voilà le véritable mystère à ses yeux. N'a-t-il pas un frère jumeau ? Comme ce dernier a pu laisser une tel néant prendre place en Castiel … ?

« Tu crois que tu ne mérites pas de vivre ? »

Il veut essayer de comprendre tout ce qu'il se cache derrière ce mal être. Sam lui a dit d'être prudent, que du mal être, il en avait à revendre, mais il prend le chemin inverse, comme d'habitude. Ca ne servirait à rien d'être prudent à son niveau, il le sait depuis que Castiel s'est pointé pour la première fois devant la fenêtre de son ancienne chambre, il est bien trop impliqué. Combien d'autres preuves lui faudrait-il pour le réaliser ? S'il veut vraiment aider Castiel, il va commencer par regarder les choses en face. Il est là parce qu'il est impliqué plus que jamais.

« Ce n'est pas la question » murmure doucement Castiel, les yeux baissés.

« Alors quoi ? »

« Je ne sais pas comment on fait pour vivre. »

Silence. Est-ce que Dean se retient de rire ? Le trouve t-il ridicule ? Est-il tellement en train de le juger qu'il le condamne aux oubliettes sans lui laisser une chance de se défendre ? De toute façon, Castiel sait que même si Dean prenait la décision de s'en aller sans se retourner, il ne pourrait rien dire ou faire. Il ne sait pas se battre, il ne sait pas prendre les choses en main. Le cœur du problème est là. Il le sent.

« Je voudrais arrêter de subir … subir la vie. Je voudrais la vivre. »

Différence de taille. Lui, il la sent, c'est cette différence qui s'est gravée sur ses avant-bras et c'est avec cette différence qu'il a taillé ses multiples masques. En quelques minutes, il s'est plus ouvert à Dean que jamais et jusque là, ça lui paraissait naturel, juste la marche à suivre. Mais maintenant, le silence lui pèse sur les épaules. Il s'est sûrement trompé quelque part, il a sûrement (une fois de plus) mal compris ce qu'on attendait de lui. Il est tellement difficile d'entretenir de bons rapports avec les gens, quand on ne les comprend pas. Il aurait voulu plus que tout au monde réussir avec Dean mais il avait peut-être battu un record en foutant tout en l'air si rapidement.

Mais la voix de Dean résonne une nouvelle fois dans la chambre, comme une douce chanson dans ses oreilles.

« Et bien, ça nous fait un point commun … Moi aussi, je voudrais la vivre. »

Castiel a horriblement honte quand il saisit la portée des mots de son ami. Evidemment, lui a tout fait pour mourir et il se retrouve à en parler avec une personne qui se bat depuis certainement un bon moment pour rester en vie. Cependant, la voix de Dean n'est pas dure, elle n'est pas accusatrice non plus, elle est … taquine. Castiel repense aux petites rides d'expression qui étirent les yeux du jeune homme quand il sourit et ne peut résister à la tentation. Il relève la tête pour dévisager de nouveau Dean. Il n'est pas déçu, ce dernier lui offre en retour un de ses sourires spéciaux qui donnent tellement envie à Castiel.

« Alors, c'était ton frère jumeau, tout à l'heure, donc ? Tu en as d'autres, des frères ? »

Bien que toujours grave, la voix de Dean change. Elle est moins posée, plus pétillante. Il a décidé de changer de sujet et au début, ça intrigue Castiel. L'a-t-il mis mal à l'aise ? Mais au fur et à mesure de la conversation, témoin de l'engouement du jeune homme, il ne peut que réaliser qu'au contraire, Dean est parfaitement à l'aise avec lui. C'est comme s'il avait juste décidé que c'en était assez pour le moment, des conversations sérieuses. En tout cas, c'est comme ça que Castiel le prend. Dean n'a pas clôturé le sujet, il l'a juste mis de côté pour parler d'autre chose. Pourquoi ? Parce qu'il a besoin de réfléchir ? Ou parce qu'il lui laisse du temps à lui pour réfléchir ? Ce n'est pas très clair et Castiel pourrait perdre des heures à essayer de rassembler les preuves favorisant l'une ou l'autre des deux hypothèses mais il a définitivement mieux à faire. Et en plus, se dire que Dean a décidé de changer de sujet pour lui est tellement plus plaisant que de se prendre la tête …

L'après-midi s'écoule doucement, ponctuée par les sourires de Dean et son étonnante vitalité. Ils parlent de tout et de rien. Castiel lui parle de sa famille, de ses quatre frères, de sa sœur et en réponse, Dean se lance dans un descriptif détaillé de ses deux frères, Adam et Sam. Rien qu'à sa façon d'en parler, Castiel devine sans grand mal à quel point il les aime. Il se demande ce que Dean a pensé en l'entendant parler des siens. Evidemment, il aime sa famille. Des fois, elle est juste … tellement compliquée à suivre. Chez Dean, tout semble plus facile. Il l'envie un peu plus mais se retrouve à chaque seconde un peu plus fasciné par la personnalité étonnante qu'il commence à peine à entrevoir.

Après le sujet de la famille totalement épuisé, ils en viennent à parler de leurs passions différentes. C'est au tour de Castiel de s'étaler et de s'emballer. Il parle de livres, de tableaux, de films. Dean l'écoute beaucoup, les coudes sur ses cuisses et le visage entre les mains. Il finit par parler de sa voiture, presque avec retenue. Il lui explique que c'est un cadeau de son père pour ses 18 ans, c'est une Impala 67 noire. Castiel hausse les épaules et avoue à son nouvel ami qu'il ne sait pas du tout à quoi ressemble une Impala ce qui fait rire Dean aux éclats.

Ils parlent de beaucoup de choses dont on ne parle pas avec des gens qu'on ne connait pas, ou depuis si peu. Mais pour eux, c'est naturel. Et plus le temps passe, plus les heures s'écoulent, plus ils se ratatinent dans le lit, plus ils se rapprochent, pour finir allongés, face à face, Castiel les pieds sur l'oreiller et Dean, au pied du lit.

Castiel arrête de parler, en plein milieu de sa phrase. Il était en train de décrire le jardin de la maison de son enfance mais aussi beaux soient ses souvenirs de ce jardin, il y a encore plus beau devant lui. Le visage de Dean n'est qu'à quelques centimètres du sien et depuis le début de leur conversation, il a pu l'observer tout son soûl. Il a déjà l'impression de le connaître par cœur, jusqu'aux expressions qui s'y peignent, mais celle qu'il voit là, elle est inédite. Les paupières de Dean se ferment doucement et ses traits se détendent. Ses lèvres s'entrouvrent, sa respiration se fait plus calme, régulière. Alors Castiel se tait et la fatigue vient le taquiner à son tour.

Enfoui dans un demi-sommeil, quelque part entre le sommeil et la réalité, là où plus aucune règle ne régit les pensées, quelque chose se glisse doucement dans son esprit et c'est tellement évident qu'il en sourit. Peut-être est-ce parce qu'il s'endort mais il est persuadé que s'il se voyait maintenant, il jalouserait son sourire … Il s'accroche à sa petite révélation et glisse à son tour dans le sommeil.

Castiel est entièrement et irrémédiablement dévoué à Dean Winchester.