Merci à tous pour vos reviews et tout cet encouragement me fait chaud au cœur ! Vous avez tous ressenti ce que je voulais faire passer, et c'est très rassurant comme sensation .. ! Quoi qu'il en soit, pour vous remercier, je vous offre un pas en avant dans la relation de Dean et Castiel … En espérant que vous apprécierez parce que je dois dire que je suis assez déçue.. !

Un grand merci à mes fidèles, du fond du cœur ! !

Castiel se tient à l'entrée de sa chambre. Il guette, et il sait qu'on le surveille. C'est devenu un jeu et il maîtrise les règles à la perfection. L'accueil de son service se trouve à quelques pas seulement de la porte de la chambre et il sent les yeux rieurs de l'infirmière en chef jauger la distance qui le sépare du couloir. « Tu n'as pas le droit de sortir » lui avait-elle expressément rappelé la semaine passée alors Castiel ne sort plus. Ses orteils sont pile à la limite et il attend. Ellen le surveille avec ses grands yeux noirs qu'elle essaie de rendre sévère mais en toute honnêteté, Castiel n'a jamais vu un regard aussi chaleureux et concerné. Elle guette le moindre faux pas de sa part, dans le sens littéral, mais Castiel n'en fait jamais. C'est lui qui mène la partie et il va faire en sorte de continuer sur sa lancée. Quelque chose attire son regard sur le côté et ses muscles se tendent. C'est le moment le plus délicat maintenant, Ellen peut récupérer l'avantage d'un instant à l'autre. D'ailleurs, la voilà qui se redresse et qui se dirige droit vers lui. Castiel sent son rythme cardiaque s'emballer. Il tend la main sur le côté, Dean l'attrape et Castiel le tire violemment à l'intérieur de sa chambre avant de claquer la porte au nez d'Ellen. Elle a perdu. Ce sont les règles. Elle va retourner donner des ordres aux autres infirmières en faisait comme si elle n'avait pas vu Dean entrer dans la chambre de Castiel. Après tout, tant qu'il ne parle pas aux psy, il n'a pas le droit au visites, à part une, celle de sa famille, le week-end. Alors il joue avec Elle pour gagner le droit de cacher Dean dans sa chambre le temps d'une après-midi. Ils sont presque imbattables. Une fois seulement, elle est arrivée à sa porte avant Dean qu'elle a renvoyé dans sa chambre, l'air presque aussi déçu que Castiel.

Pour le moment, Dean est là, ce qui fait une victoire de plus. Ils la fêtent comme toujours, dans les bras de l'autre. Depuis une semaine déjà que ça dure, Castiel trouve Dean changé. Il est un peu plus robuste, il n'a plus d'intraveineuse et ses yeux ne sont plus cernés. Et il faut se rendre à l'évidence, chaque jour, Castiel se retrouve un peu plus fasciné par le visage qu'il connaît pourtant par cœur désormais, jusque dans la disposition des multiples mais discrètes tâches de rousseurs. Il leur arrive de passer de longs à moment à juste se dévisager et ce sont des instants qu'il attend toujours avec impatience. Il n'a pas pu échapper aux questions qui ont commencé à pointer le bout de leur nez dans sa tête et avec elles les premières peurs. Plus le temps passe, plus Castiel se sent effrayé. Il a peur des visites de contrôle des médecins de Dean, peur de se réveiller un beau matin et d'apprendre que son ami a quitté l'hôpital pour rentrer chez lui. Peur d'attendre sur le seuil de sa chambre un Dean qui ne viendrait plus. Peur qu'il ne l'oublie et par-dessus tout, peur de rêver, d'imaginer tout ce qu'il se passe. Il n'a jamais été doué pour les changements, Castiel, et Dean en est un de taille. Il modifie la moindre fibre de son être et détourne jusqu'à la trajectoire de ses pensées. Castiel a aussi peur de ça. Il a déjà tant de mal à être lui et ne pas en mourir, comment pourrait-il survivre si toutes les règles se mettaient brusquement à changer ?

C'est en s'écartant de leur longue étreinte que Castiel décide de parler de tout ça. Il sait d'ores et déjà que la discussion ne sera pas aisée. Dean est quelqu'un d'impulsif et de spontané, contrairement à lui. C'est comme s'ils étaient deux pièces d'un puzzle, opposés mais faites pour s'assembler. Dean pourrait être le feu, vivace, chaud et rassurant, Castiel serait l'air, doux, coulant et invisible. Deux forces que tout oppose, pourtant le feu a besoin de l'air pour brûler.

« On est dimanche aujourd'hui ! »

Castiel dévisage le visage rieur de Dean, perplexe. Ils passent d'un extrême à l'autre si vite qu'il en aurait le tournis. Un moment, il le comprend si bien, mieux que n'importe qui d'autre et l'instant d'après, il a l'impression de se retrouver devant un casse-tête chinois.

« Je … je ne comprends pas, Dean. »

« Evidemment, que tu ne comprends pas ! »

Dean se marre, ça se voit. Qu'y a-t-il de drôle ? Il a beau chercher dans les pupilles émeraudes de son ami un signe, un indice, il ne capte rien qui pourrait lui donner ne serait-ce qu'un début de compréhension de ce qu'il se passe maintenant. C'est un tour que Dean lui fait souvent, plaisanter, rire et blaguer, continuer sur sa lancée tout en sachant parfaitement bien que Castiel est largué, loin derrière lui. Ensuite, le jeune homme prend un air faussement supérieur alors qu'il explique son brillant (selon lui) jeu de mots. De toute façon, finit-il toujours par conclure, personne ne saisit l'ampleur de son talent quand il s'agit de faire des blagues. Pour les autres, Castiel ne sait pas vraiment, mais personnellement, lui, il a en effet du mal.

« Je traîne dans le coin depuis assez longtemps pour savoir que le dimanche est toujours un jour de pointe à l'hôpital. C'est le jour des repas en famille, des rassemblements, le jour des accidents. Mais bizarrement, c'est toujours les choses le plus causasses, aussi. Du genre, le père de famille qui s'est assis sur le barbecue, tu vois le tableau ? »

« C'est le genre de choses qui te font rire ? »

Dean lève les yeux au ciel et s'empare de la main de Castiel.

« C'est le genre de choses qui font rire tout le monde, Cas ! »

Un frisson parcourt le bras de Castiel pour se répandre comme une décharge d'électricité dans sa nuque et le long de sa colonne vertébrale. Le surnom aussi bien que le contact physique y sont pour quelque chose. Il ne comprend toujours pas mais sincèrement, tant que Dean continuera de le regarder de cette manière, avec des grands yeux pétillants, il s'en moque. Elle est loin, la discussion à cœur ouvert qu'il voulait avoir. D'ailleurs, les doutes, les questions et les interrogations angoissantes également. Il n'a qu'une seule certitude : quand il est avec Dean, tout va mieux. Quand ce dernier se retrouvera obligé de retourner dans sa chambre, à ce moment là, oui, il s'en voudra d'avoir fui le cœur du « problème. » C'est un comble pour quelqu'un comme lui. Le cœur du problème, de tous ses problèmes jusque-là, il y a toujours vécu oubliant tout le reste, jusqu'à l'existence de ses sources de bonheur, et le voilà, maintenant, roi de la procrastination.

« Viens, je vais te montrer. »

Dean le tire vers la sortie, ses doigts toujours étroitement serrés dans sa main. Il ouvre la porte et le cocon de Castiel se brise. Le bruit ambiant l'étourdit presque, même la lumière. C'est vrai qu'il y a du monde dans ces couloirs et puis ça parle, ça bipe. C'est tout sauf paisible comme quand il est avec Dean. Il sent les sensations familières revenir et celles qu'il avait appris à aimer s'en aller. Ses épaules se font lourdes sous le poids des masques qu'il se retrouve à porter de nouveau. Aucun regard ne se tourne vers lui mais il les sent tous peser sur lui tout en regrettant d'être si invisible. Il se rappelle pourquoi il est là et ressent presque la douleur dans ses bras, comme s'il était de nouveau en train de tout faire pour voir son sang couler. A cet instant précis, il déteste Dean d'avoir ouvert cette porte. Il le déteste plus que tout.

Peut-être que ce dernier le sent, peut-être qu'il le comprend, peut-être même qu'il avait prévu sa réaction, en tout cas, le voilà qui se retourne vers lui. Ses grands yeux sont toujours aussi pétillants mais ses lèvres ne sont plus si rieuses que ça. « Il est en train de te jauger » pense Castiel avec amertume. « Il est comme tous les autres. Il attend de toi que tu sois comme lui. Aussi courageux que lui. » Le temps s'est figé et Dean est toujours en train de le regarder seulement Castiel a arrêté d'essayer de comprendre ce qu'il se cache dans son regard, persuadé qu'il n'aimera pas ce qu'il y découvrira. Le jeune homme, la main de Cas toujours précieusement glissée dans la sienne, se rapproche de lui, comme au ralentit.

« Laisse moi te montrer, tu veux ? Tu ne sais pas où regarder toi, quelqu'un doit bien t'apprendre. »

Et sans un mot de plus, sans un signe, Dean le tire brusquement à sa suite avant de s'élancer dans les couloirs. Castiel a l'impression que son cœur a un train de retard sur lui et alors qu'il jette un regard en arrière, vers la porte de la chambre 807, il croit le voir, toujours sur le seuil, pas tout à faire sûr de la direction à prendre. Il aperçoit même Ellen le suivre des yeux, essayer d'être mécontente de le voir s'enfuir tout en ayant l'air sincèrement heureuse. Ellen est un paradoxe qu'il aime bien observer. Elle est constante, au moins. Il la comprend.

C'est une autre histoire, quand on en vient à Dean Winchester, toujours en train de le tirer dans les couloirs de l'hôpital. Certes, il a repris du poil de la bête et du muscle mais Castiel ne le voyait pas encore gambader à gauche et à droite avant un petit moment. Ca l'inquiète du coup et il fait exprès de freiner la course effrénée de son compagnon mais rien ne semble ralentir ce dernier. Il se faufile entre les médecins, les infirmières et les patients avec une agilité qu'il ne lui avait jamais soupçonnée. Il circule dans les couloirs avec une telle aisance qui donne à Castiel plus envie de pleurer que de se réjouir. Ce bâtiment qu'il voit toujours aussi imposant, dur et glacial, c'est presque comme une maison pour son ami. Lui qui mérite tellement mieux. S'il était assez fort, pour sûr, il remuerait ciel et terre pour que Dean ait ce qui lui revient de droit. Ici, ce n'est pas sa place.

Il ne sait pas comment son ami a fait pour l'amener si loin sans qu'aucun médecin ne les attrape et ne le renvoie dans sa chambre, mais le fait est qu'ils sont bien au service des urgences. Dean s'arrête enfin, ouvre une porte et pousse doucement Castiel dedans. Il y entre à son tour, referme derrière lui et se retourne vers lui.

C'est un placard à balai. Juste assez grand pour le chariot de nettoyage, Castiel et Dean.

« Approche. »

La voix de Dean est douce et alors qu'il obéit, Castiel se rend compte à quel point le placard lui paraît silencieux par rapport au brouhaha qui règne de l'autre côté de la porte. Pourtant, rien n'est insonorisé ici, mais il a beau froncer les sourcils et pencher la tête dans tous les sens, le bruit n'atteint pas ses oreilles. Peut-être que c'est un effet secondaire de la présence de Dean mais il n'y croit pas trop. Non, il préfère se dire que c'est un endroit particulier, un endroit spécial que personne n'a encore découvert parce qu'à première vue, c'est juste un placard à balais. Mais Dean, lui, il est tombé dessus et il s'en est tout de suite rendu compte, c'est une apparence, le chariot de nettoyage.

Cette histoire lui paraît familière. Evidemment.

Tant de sentiments lui sautent au visage et lui serrent la gorge qu'il n'ose plus bouger, ni même parler, de peur de se mettre à pleurer ou même carrément de s'évanouir. Est-ce que Dean se rend seulement compte de tout ce qui lui traverse l'esprit à cet instant précis ? Il réalise à quel point son ami a à lui offrir à cet instant et combien il doit vraiment essayer de comprendre ce qu'il cherche à lui faire saisir, aussi ardue la tâche lui apparaisse. Ca mérite bien un merci, au moins un merci, oui. Mais alors qu'il ouvre la bouche, Dean le saisit par le bras et le force à s'avancer encore plus, de sorte de pouvoir regarder par le hublot de la porte.

« Tu vois la femme là-bas ? Avec la main dans le torchon ? Elle s'est coupée la paume, elle vient de montrer sa blessure à un médecin. Comment tu crois qu'elle a fait ça ? »

Castiel fronce les sourcils. A entendre la voix de Dean, il devine que c'est un jeu. Mais sans les règles du jeu, comment est-il censé pouvoir jouer ? Encore un mystère que lui offre le jeune Winchester.

« Je … Elle s'est coupée en tombant. »

Il a perdu, ça se voit dans les yeux de Dean. Ca, il le comprend.

« Non … moi je crois qu'elle essayait d'impressionner un mec en coupant les légumes super vite, tu sais, genre émission de cuisine mélangé à un film de ninja. »

« Quoi ?! »

Ca n'a pas de sens ! Tout ça n'a pas de sens !

Dean, en réponse à son silence, se retourne vers lui et rive directement son regard dans celui de Castiel. Ce dernier se sent aussitôt happé, bloqué, il ne peut plus fuir.

« Essaie, Cas. Okay ? Juste… Essaie. »

Il ne peut pas dire non. Pourquoi il dirait non, de toute façon ? Dean attend quelque chose de lui et il n'a pas d'autres choix qu'obéir, mais ça lui va parfaitement comme destinée. D'ailleurs, il colle son visage au hublot et cherche un patient à son tour. Il va essayer, et peut-être même qu'il va réussir et il sait d'avance que ça le rendra heureux. Déjà parce que ça fera sûrement sourire Dean et ensuite, parce qu'il aura fait ce que ce dernier lui aura demandé.

« Là-bas, au fond. L'homme a l'arcade en sang. Il s'est pris un poteau parce qu'il marchait en regardant les nuages. »

Cette idée l'amuse plus en plus alors qu'il regarde les yeux un peu rêveurs du patient. Ils trainent partout, attrapent tous les détails et il imagine parfaitement bien les rouages du cerveau de l'homme inventer une histoire à chaque situation qu'il surprend. C'est un rêveur, un lunatique, une de ces personnes capables de refaire l'histoire du monde en moins d'une seconde et de recommencer l'instant d'après. Il visualise trop bien la scène, si bien que ça le fait sourire. C'était sûrement ça le but du jeu, il ne voit pas ce que ça aurait pu être d'autre mais il finit par se rendre compte que cette fois-ci, c'est Dean qui est plongé dans le silence. Il tourne la tête vers lui et perd pied une nouvelle fois. Dean le regarde fixement mais sans sourire, cette fois, juste… pensif.

« Tu ne peux pas t'en empêcher, n'est ce pas ? »

« De quoi parles-tu ? »

« Pourquoi l'histoire du poteau ? »

« Et bien … parce que ça me semblait logique. Je le vois parfaitement faire ce genre d'erreurs… Regarde le, il a l'air déjà tellement dans les nuages. »

Dean continue de le sonder du regard, de le dévisager, de l'examiner et de l'analyser. Un brin mal à l'aise mais encore loin de ne serait-ce qu'envisager de se détourner du regard émeraude de son ami, Castiel comprend que Dean savait parfaitement ce qu'il répondrait à sa question.

« Mais pourquoi tu as cherché quelque chose de logique ? Tu crois que la femme à la main coupée à l'air d'une écervelée prête à faire n'importe quoi avec un couteau pour s'envoyer en l'air avec le mec qu'elle convoite ? »

Il n'a rien à répondre. Pourquoi il a fait ça ? Alors qu'il y réfléchit, parce que maintenant, du coup, ça l'intrigue, il finit par se demander ce que ça peut faire à Dean. Est-ce qu'il a fait quelque chose de mal ?

« Est-ce que c'est ton idée d'une partie de rigolade ? Analyser les autres ? »

Maintenant, Castiel se sent attaqué. Il redresse les épaules, prêt à rétorquer et à faire avaler à Dean la leçon de moralité qu'il sent venir quand il se rend compte que… il n'a strictement aucune idée de ce qu'il ferait instinctivement pour s'amuser. C'est comme un coup de poing dans l'estomac, ça lui coupe la respiration et ça lui fait monter les larmes aux yeux. Il se sent vacillant, fragile et perdu. Analyser. Le mot tourne en boucle dans sa tête. Comment peut-il passer son temps à détailler chaque action de ceux qui l'entourent et se planter en beauté malgré tout ? Comment se fait-il que malgré tout, il ne comprenne rien ? Qu'il ne sache pas comment agir, comment être normal ? Depuis le début, il s'est imaginé que Dean avait un but, quelque chose à lui faire apprendre de leur sortie improvisée mais il s'est encore royalement trompé. Dean voulait juste s'amuser. Il était juste spontané et d'humeur malicieuse. Et lui … il a trop cherché à comprendre là où il n'y avait rien à comprendre. Il était en plein dans le cœur d'un problème qui n'existait pas.

Les yeux de Dean continuent de lui brûler les iris, de s'enfoncer dans le plus profond de son être. Ils lui font mal, partout où ils vont. Il voudrait se détourner, au moins fermer les yeux, mais il n'y arrive pas. Il n'ose pas, ne serait-ce que cligner des paupières. Dans ces yeux, dans ces teintes de vert, de jaune et de marron, il entrevoit tout ce qu'il pourrait avoir, tout ce qu'il rêve d'avoir, mais qu'il n'aura jamais. Des promesses, des éclats de rire, du partage, de la sincérité. Tout ce qu'il perd en analysant.

C'est une autre vérité qui lui explose en pleine face tellement violemment qu'il est surpris de ne pas sentir de sang couler de son nez ou de sa bouche. Il a envie de hurler à l'agonie sans qu'aucune mortelle n'ait été portée.

« J'ai peur. »

Le regard de Dean s'adoucit. Il ne sourit pas, pourtant Castiel devine le sourire dans sa façon de le regarder désormais. Il n'est pas encore là, mais il sent déjà sa chaleur.

« J'ai peur que … que si je ne comprends pas les autres autour de moi, j'agisse bizarrement. J'ai peur de faire un faux pas devant eux, je ne suis pas à l'aise … je veux dire, tous ces gens, c'est effrayant ! »

La panique le saisit mais c'est un nouveau genre de panique, un genre qu'il ne connaissait pas. Il a bafouillé, essayé de s'expliquer, mais une fois de plus, ça n'a pas marché. Il n'arrive jamais à se faire comprendre et il a arrêté depuis longtemps, désormais. Il a repoussé Gabriel et tous ceux qui s'intéressaient à lui. Il n'a pas arrêté de se plaindre en disant qu'on attendait trop de choses de lui, qu'on attendait qu'il soit comme les autres, et désormais, il se rend compte que c'était lui. Depuis le début, c'était lui. C'était lui qui attendait de lui-même qu'il soit comme les autres. C'était lui, la pression les masques. C'était lui. C'est à cause de lui qu'il a voulu mourir. Il est son meurtrier et sa victime en même temps.

La main de Dean se pose doucement sur son épaule et ce simple contact le ramène dans ce placard à balais silencieux, point d'observation d'un monde différent, agité et toujours en mouvement. Si seulement il pouvait faire que toute sa vie ne se résume toujours qu'à ce geste, cet unique geste. Il voudrait le vivre en boucle. Rien que ça, cette sensation des doigts de Dean qui épousent la courbe de son épaule comme s'ils l'avaient toujours fait et comme s'ils le feraient toujours.

« Ce n'est pas une fatalité de ne pas se sentir à sa place au milieu des autres. Tu ne te sens bien qu'à l'abri du regard de ceux qui t'entourent, mais qui t'a dit que c'était une raison de mourir ? Tu serais surpris du nombre de personnes qui mènent leur vie comme sur une scène de théâtre en perfectionnant chaque jour un peu plus leur jeu d'acteur. Mais c'est normal. Personne n'ouvre son cœur à un inconnu, personne ne se montre tel qu'il est réellement. Même si je te mettais devant un miroir maintenant, tu ne te verrais pas vraiment. C'est ce qui rend les contacts avec les autres si intéressants, tu comprends ? Chercher, creuser, comprendre. Se demander .. « Mais qu'est ce qu'il pense vraiment ? » ou « Pourquoi il voit les choses de cette façon ? ». Tu ne retires tes masques, et tu n'effaces les faux-semblants qu'avec ceux auxquels tu tiens, ceux à qui tu fais confiance, ceux que tu aimes le plus au monde… et rien que pour ça, tu devrais aimer être caché. Pour ce moment où quelqu'un te trouve. »

Ca fait une semaine que Dean est arrivé dans sa chambre, le surprenant en plein milieu d'une conversation avec Gabriel. Une semaine qu'ils jouent avec Ellen comme des gamins qu'ils ne sont plus. Une semaine et Castiel a déjà partagé avec son compagnon peut-être une dizaine d'étreintes pourtant jamais il ne s'était senti à ce point proche de Dean. Même maintenant, assis par terre dans le placard alors qu'il n'arrive plus qu'à voir le plafond immaculé de la salle des urgences à travers le hublot, le regard rivé dans le vague et Dean presque totalement hors de son champ de vision, il le sent plus que jamais près de lui. Non, plus que ça. En lui. Même le temps qui s'écoule a moins d'impact sur lui désormais. Il en fait ce qu'il veut, il revit en boucle le monologue de Dean et à chaque fois, c'est toujours aussi réaliste, comme s'il remontait vraiment le temps. Il revoit le regard de Dean l'envelopper totalement, il se voit incapable de répondre quoi que ce soit. Il se sent se perdre encore et toujours dans les deux orbes émeraudes du jeune homme en face de lui qui finit, au bout de longs instants d'échanges silencieux, par le prendre par le bras et le faire s'asseoir au fond du placard. Il le sent plus qu'il ne le voit prendre place à côté de lui. Et maintenant, ils sont assis tous les deux, côte à côte, comme deux imbéciles, cachés du monde dans un placard à balais. Dean a raison, il ne se sent en sécurité qu'à l'abri des autres, il ne se sent libre d'être lui que lorsqu'il est seul au monde. Quoi que non, il se trompe encore. Il n'a jamais été vraiment lui, même seul. C'est dans ce placard à balai qu'il se sent enfin normal, enfin entier. C'est aux côtés de Dean. Il le visualise presque, il prend de l'ampleur, il grandit. Il se sent pousser des ailes.

Il n'a pas besoin de regarder Dean pour deviner que ce dernier sourit, pourtant il le fait quand même, parce que c'est viscéral, c'est un besoin, un contact qu'il a besoin d'avoir. Et il devine le besoin de Dean également, car ce dernier tourne la tête vers lui à son tour. Encore une fois, les voilà qui dominent tout : le temps, le bruit, le monde qui tourne, les urgences, l'hôpital, la maladie, la dépression, les angoisses, les questions, les crises existentielles, les visites interdites, les chambres stériles, les fenêtres trop épaisses, les bandages et les intraveineuses, les cheveux trop longs à repousser, les cicatrices qui continuent de picoter, la vie, la mort …

La liste est longue et Castiel se promet un jour qu'il la fera jusqu'au bout, rien que pour se rappeler à quel point Dean lui est vital. Ce n'est pas malsain, bien qu'addictif, c'est pétillant, vivifiant, et c'est en lui, comme le regard de Dean. Il la fera cette liste, un soir où on aura ramené Dean dans sa propre chambre, rien que pour le plaisir de ressentir cette bouffée de liberté en lui à chaque fois qu'il rajoutera quelque chose dessus.

Mais pour le moment, il a envie de toute autre chose. Les yeux de Dean se plissent légèrement alors qu'il sourit doucement. Il se sent sourire également avant que leurs lèvres ne gravent sur la bouche de l'un et de l'autre tout ce que de toute façon, ils n'auraient jamais réussi à se dire.