Bonjour à tous ! Je suis ravie de vous retrouver pour ce nouveau chapitre ! :-) Je me suis levée avec le titre qui tournait en boucle dans ma tête, alors je vais essayer de lui faire honneur. J'espère de tout mon cœur qu'il vous plaira !
Je voudrais remercier les quelques reviews que j'ai encore récoltées, les gens qui mettent mon histoire en alerte ou en favorite, ça me touche beaucoup ! J'espère ne pas vous décevoir !
Les fenêtres sont grandes ouvertes mais Dean les oublie peu à peu. Il ne voit que le carré de ciel qui se découpe devant leurs yeux. Il semblait limité, quand ils ont ouverts les fenêtres, désormais, il lui paraît étendu, étendu jusqu'au bout du monde. D'ailleurs, il avait l'impression d'avoir vingt ans quand il était rentré dans cette chambre, maintenant, il a plus l'impression d'avoir… quelques siècles et en même temps, à peine quelques secondes. C'est Castiel, il le sait. Il dégage une espèce d'aura, il rend tout intemporel. Du coup, ça provoque un sacré bordel. Il a froid, chaud, il est fatigué, pleinement réveillé, surexcité, amorphe, souffrant, malade .. Il est tellement de choses à la fois que quand il y pense, sa tête lui tourne un peu.
Ils forment un étrange spectacle, là, tous les deux, mais si une infirmière rentrait à ce moment, Dean savait qu'elle ne serait pas surprise. Dean et Castiel sont devenus les bizarreries de l'hôpital, plus rien ne s'étonne de ce qu'ils préparent. A dire vrai, même lui, plus rien ne l'étonne. Il était bien différent avant Castiel, mais ça lui semble remonter à des années, des siècles, des millénaires, ou carrément relever de la réalité alternative. Jamais il aurait pu faire un truc de ce genre lorsqu'il était Dean Winchester tout court. Son nom a largement grandi depuis. Il est désormais Dean Leucémie Castiel Winchester. Il a un peu de tout ça en lui.
Le fait est qu'ils sont là, allongés par terre, leurs têtes redressés par une pile de coussins récupérés à gauche à droite grâce à un raid d'une grande efficacité. Côte à côte, leurs deux corps disparaissent sous une montagne de couvertures et Dean, un peu plus grand que Castiel, touche du bout des pieds le mur sous les fenêtres. Celles-ci sont grandes ouvertes devant eux et de là où ils sont, le paysage urbain a disparu de la vue. Il n'y a que le ciel gris, agité, sombre, et la pluie qu'ils regardent comme si c'était la plus belle chose qui soit. Mais Dean se l'est déjà dit maintes fois, depuis qu'il est enfoui dans leur cocon. C'est sûrement la plus belle chose qui soit.
« Pourquoi ils mettent toujours de la pluie pour les scènes tragiques dans les films ? »
Castiel tourne la tête vers lui et leurs regards s'accrochent. Le cœur de Dean loupe un battement en réponse.
« Ils en mettent aussi pour les scènes finales des comédies romantiques. Tu sais, quand les deux personnages se retrouvent. »
A peine Castiel a fini sa phrase que les images surgissent dans l'esprit de Dean. C'est un don qu'à le jeune homme, dès qu'il parle, Dean, lui, visualise. Si bien qu'il est à la fois ici, près de Castiel, et aussi là-bas, dans une comédie romantique à l'eau de rose. Il sourit.
« C'est trop con. »
Castiel hausse les épaules, contaminé par le petit sourire de Dean.
« Dans certains cas, on peut voir dans la pluie l'image des larmes qu'on pleure à un enterrement, par exemple. D'autres fois… J'sais pas, j'imagine qu'il y a une dimension salvatrice. Genre, ça nettoie de toutes les erreurs et les pêchés, et hop, on peut tout reprendre à zéro. »
Les lèvres de Dean s'étirent encore plus malgré elles. Il va dire une connerie, c'est toujours comme ça. Quand il est fier de ses blagues, il ne peut pas s'empêcher de sourire comme un idiot avant. Ca casse un peu l'effet, mais il s'en fiche, ça le fait toujours marrer au final.
« Et ça te paraît moins con, à toi ? »
Castiel sourit simplement en reportant son regard dans l'immensité torturée au-dessus d'eux.
Dean l'imite après avoir longuement détaillé du regard son profil. Quand il regarde le ciel, surtout après avoir oublié jusqu'à son nom en se plongeant dans la contemplation de Castiel, il se sent ramené à la réalité. Enfin, pas tout à fait. C'est comme une ancre. Sans ça, il ne sait pas où il irait mais il sait qu'il perdrait toute notion de réalité. Castiel est un formidable moyen de s'évader mais il n'offre aucune possibilité de retour et même si les voyages qu'il fait dans les iris bleues qu'il ne se gêne jamais pour fixer sont fabuleux, Dean reste un peu effrayé par la sensation du monde qui se dérobe sous ses pieds. S'il se jette corps et âme dans le gouffre, il a peur de ce qu'il pourrait oublier de sa « vraie » vie. Ses frères.
« Et toi, elle te fait penser à quoi ? »
Castiel hausse une épaule.
« A plein de choses. »
« Mais encore ? »
Le regard de Castiel, toujours accroché par les gouttes de pluie se fait hésitant. Il ne cherche pas ses mots, il hésite juste à les dire. Il a peur de paraître ridicule, Dean le comprend. Si seulement il pouvait tourner la tête vers lui, il verrait dans ses yeux à quel point c'est inutile, comme sentiment.
« Elle m'aide à réfléchir. »
« A quoi ? »
« Ca dépend. »
Dean ne sait pas vraiment ce qui lui prend mais le fait est que ces mots traversent tout de même sa bouche.
« A moi ? »
Castiel sourit franchement, d'un de ces larges sourires amusés et sincères qu'il n'a que trop rarement, avant de tourner la tête vers lui.
« J'ai pas besoin de réfléchir en ce qui nous concerne. »
Que t'arrive t-il, Dean ? Te voilà presque rougissant face à une telle déclaration. « Nous ». Tu fais femmelette, bon Dieu, sauve les apparences ! C'est ça, tourne la tête vers la fenêtre et regarde la pluie toi aussi. Idiot. C'est effrayant, non, l'emprise qu'il peut avoir sur toi. Il en est même au point de décider ce que tu ressens ou pas. Est-ce qu'il s'en rend compte ? Sûrement pas. Mais toi, oui.
Le sourire de Dean se fane légèrement alors que son regard essaie de se frayer un chemin entre les gouttes, pour éviter d'être mouillé. Castiel est en lui, jusqu'aux bases les plus profondes de son être. Il contrôle tout. C'est un pouvoir effarant. Exactement le genre de choses contre lesquelles Dean se bat corps et âmes. Personne ne devrait choisir pour lui. Il l'a compris un peu trop tard mais il a fini par saisir la leçon et il ne la laissera plus se retourner contre lui.
Cruel dilemme.
« Et toi ? Elle te fait penser à quoi, la pluie ? »
« Ca dépend si je suis dessous ou pas. »
« Et maintenant ? »
Qu'est-il censé répondre à ça ? « Cas, elle me fait penser à rien, parce que j'arrive pas à me concentrer dessus. Je pense juste à toi. » Il hausse simplement les épaules évitant de regarder Castiel. Il récupère un minimum de contrôle sur son pouls.
« Qu'est-ce que tu crois qu'il se passera, quand il ne pleuvra plus ? Quand on n'aura plus cette chambre pour se retrouver ? Quand le cocon n'existera plus ? »
Les accents graves de la voix de Castiel, d'accoutumée toujours sur la même tonalité, sont teintés d'une certaine angoisse, désormais. Alors qu'il tourne la tête vers son compagnon, un peu surpris, et qu'il surprend l'ombre de cette angoisse dans le regard profond du jeune homme, Dean ressent un vil plaisir à s'apercevoir qu'il n'est pas le seul à perdre pieds. Quel genre de personne se permet de ressentir ce genre de choses ? Se montrera-t-il toujours aussi cruel à l'avenir … ?
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
« Quand tu auras fini de reprendre des forces et que tout sera de nouveau normal pour toi. (Parce que Castiel n'envisage aucune autre solution.) Quand moi j'aurais parlé à mes thérapeutes et qu'on en sera venu à la conclusion que je suis différent, certes, mais que c'est une bonne chose. Quand on partira tous les deux. Que se passera-t-il ? »
« Et bien, je suppose que tu retrouveras ton lit superposé, ton jumeau hyperactif, ta famille et tous leurs bâtons dans le cul, et moi, mes petits frères, ma voiture, ma mère. »
Il vit dans les yeux de Castiel l'angoisse disparaître un bref instant pour laisser placer à une autre nuance. Il l'a blessé et aussi coupable qu'il se sent, il a réussi à faire comme s'il était en pleine possession de son corps et de ses pensées. C'est dérisoire et surtout illusoire, mais lui, ça le rassure. Il se rapproche de Castiel sous les couvertures en suppliant mentalement de lui pardonner ses faiblesses trop nombreuses pour être comptées sur les doigts de la main. Leurs hanches se frôlent.
« Que crois-tu qu'il se passera Cas ? »
Ce dernier hausse les épaules.
« J'en sais rien. Mais je sais ce que je ne veux pas qu'il se passe. »
« Il ne se passera rien. Il ne pourra rien se passer. Ca restera juste pareil. On trouvera un autre cocon et s'il ne pleut pas, et bien, ce sera le soleil qu'on regardera. Ou la neige. Ou les éclairs. A dire vrai, je m'en contrefous. »
Ca ne sonne pas vraiment comme des excuses mais c'est celles qu'il offre à son ami. C'est amplement suffisant, faut-il croire, puisque le nouveau regard que lui lance Castiel est dénué de nuances ou d'angoisse, il est juste bleu, désespérément et profondément bleu. Il a un certain pouvoir lui aussi, il a un peu de lui en Castiel également. C'est réconfortant … et angoissant.
« Tu le promets ? »
Dean hoche simplement la tête et à son grand ravissement un sourire vient rejoindre l'éclat bleuté du regard de Castiel.
« Merci. »
Ne me remercie pas encore, pense Dean. Attends. Parce qu'un jour viendra, je te trahirais. Je te ferais si mal que tu seras de nouveau là à regretter que ton frère t'ait retrouvé ce jour-là, avant d'être totalement vidé de ton sang. C'est ma marque de fabrique, c'est moi, je suis mauvais. Je laisse tomber les gens que j'aime. Et bon Dieu …
« Ce que je t'aime … »
Tout se fige et tout explose en même temps. C'est comme si la pluie se mettait à tomber vers les nuages ou comme si le ciel était en réalité leur sol, et le sol, leur plafond. Les lois de la physique, de la logique sont toutes chamboulées, mais juste… pourquoi pas ? Il n'aurait pas pu dire meilleure chose, mais pas plus terrible non plus. Il rend les armes et se met à genoux devant son bourreau, le laissant libre de choisir s'il doit être abattu ou pas. Il offre ceci dit le plus grand des cadeaux que Castiel aurait pu recevoir et d'ailleurs, ce dernier n'aurait jamais osé en rêver. Pourtant, Dieu seul sait combien la pluie le fait rêver.
Il attrape le bras de Dean et le serre avec une force dont il ne soupçonnait aucunement la présence. Ce n'est pas vraiment sa force à lui, finit-il par comprendre. C'est comme s'ils avaient vécu des milliers de vies ensemble à l'abri du regard des autres et qu'ils venaient à peine de s'en rendre compte. Que pourrait-il répondre à ça que Dean ne saurait pas déjà ? Pas grand-chose. Il se tourne et oublie la pluie, la fenêtre, le ciel et ce que la raison attend de lui. Comme son reflet dans un miroir, Dean l'imite et pivote en même temps. Désormais face à face, il lui offre une nouvelle prise, et sa main remonte sur l'épaule du jeune homme. Il continue de serrer et imprime la marque de ses doigts dans la peau de Dean à travers son tee-shirt. Il n'y plus de barrière entre eux. Et quand il y repense, ce jour-là, chacun d'un côté de l'épaisse fenêtre, il n'y en avait pas vraiment non plus.
Sa main toujours imprimée sur l'épaule de Dean, il attire ce dernier vers lui et l'embrasse. Tendrement, mais comme s'il avait attendu ça toute sa vie. Ce qui est probablement vrai. Il met un peu de son désespoir dans ce baiser et beaucoup de ses attentes et rêveries. Il sent l'esprit de Dean lui offrir tout ce qu'il a à lui offrir également. C'est tout ce dont il a besoin. Respirer devient quelque chose de facultatif, d'inutile. Ils sont au sommet du monde. Ou plutôt le monde a disparu. Il ne reste rien d'autre que les facéties du temps désormais. Il accélère et ralentit chaque chose si bien que Castiel se retrouve impossible de dire s'ils s'embrassent depuis quelques secondes. Ou depuis plusieurs jours.
Dean roule sur le côté et se retrouve sur lui. Il sent les muscles du jeune homme se tendre contre les siens et chaque partie de son corps se retrouve avec une jumelle. Bientôt, il n'a pas seulement deux hanches, mais quatre, et elles ne cessent de se glisser les unes contre les autres. Il n'a pas un abdomen, mais deux, et ils se pressent si fort qu'il n'arrive plus à les distinguer. Elle est loin, leur tendresse, c'est de la passion maintenant, c'en est presque violent, fébrile et excessif. Une de ses mains est agrippée à la nuque de Dean qu'il serre si fort que des crampes ne tardent pas à engourdir ses doigts, mais peu lui importe. Peu leur importe.
« Ne me laisse pas, ne me laisse jamais… »
La voix de Castiel n'est plus qu'un chuchotement entrecoupé par son souffle saccadé et par leurs baisers pressants. Mais c'est une supplique qu'il avait besoin de dire, et il sait qu'il la répétera des dizaines de fois, pour Dean ou seulement pour lui. Il est bien trop raisonnable et réfléchi pour ne pas se rendre compte que cette histoire donne parfois l'impression d'être écrite avec les limites de leurs raisons : ils n'ont aucun contrôle, aucune emprise sur ce qui se déchaîne entre eux. Mais il est bien trop esclave, également, pour tenter de fuir. Quand on a passé les vingt années de sa vie à chercher à se sentir vivant, peu importe que le souffle de la vie s'introduise finalement en vous sous forme d'une passion à l'arrière-goût destructeur, ce qui compte c'est qu'il vous ait enfin trouvé.
Dean relève la tête et dévisage Castiel, l'air un peu perdu. La réalité finit par les rattraper et ce qui leur semblait parfaitement normal il y a quelques secondes leur paraît désormais… Trop intense. Ce n'est qu'en s'écartant de Cas que Dean se rend compte qu'il était à califourchon sur lui. Ils s'asseyent tous les deux d'un même mouvement en essayant de récupérer leurs souffles. La pluie finit par couvrir leur respiration et leurs cœurs récupèrent un rythme normal. Et bientôt, tout ce qu'il reste comme preuves de leurs étreintes, c'est leurs coiffures désordonnées et leurs tenues toutes chiffonnées. Au bout d'un long moment, ils finissent par se jeter un regard et c'est immédiat. Les lèvres de Dean s'étirent en un sourire taquin qui peine à retenir un éclat de rire. Pour empêcher le sien de résonner dans la chambre, Castiel se mordille la lèvre inférieure. De toute évidence, ça ne fonctionne pas très bien puisque bientôt la chambre 807 se remplit d'éclats de rire.
« T'as l'air d'un imbécile heureux. »
« J'ai jamais été très intelligent … et je suis heureux, alors je suppose que tu dis vrai. »
« T'as jamais été heureux ici. Pas comme ça en tout cas. »
Pour un néophyte, le ton de Sam peut paraître accusateur, mais Dean connaît trop bien son petit frère pour s'y laisser prendre. Sammy est juste curieux à en crever à cet instant précis. Ca en rajoute un peu sur la couche de bonheur qui le recouvre et il ne perd même pas d'énergie à essayer de cacher sa jubilation.
« T'as l'air encore plus fier que quand t'as finalement réussi à choper Lisa Braeden. »
Dean a un éclat de rire.
« Elle m'avait fait courir dans tous les sens trois semaines, Sammy ! Mais personne ne résiste à Dean Winchester, pas même la reine du lycée. »
Son sourire se fait malicieux et il fait signe à son frère de se rapprocher de lui, comme s'il allait lui confier un secret de la plus haute importante.
« Et crois-moi, vu ce qu'elle a fait cette nuit-là, je serais prêt à parier l'Impala qu'elle n'est pas si prude que ça. »
La réaction de Sam ne se fait pas attendre et le regard désabusé qu'il lui lance le fait sourire comme un idiot.
« Merci Dean. Je mourrais d'envie d'avoir ces images en tête. »
Dean hausse les épaules en souriant et jette un regard par la fenêtre.
« C'est à cause de Castiel ? »
Il aurait donné cher pour avoir l'air indifférent et obliger son frère à continuer de chercher avec frustration, mais il sent les muscles de son visage s'étirer. Sam n'est pas idiot alors il enchaîne de plus bel.
« Vous êtes ensemble ? »
Dean tourne la tête vers lui, sceptique. « Vous êtes ensembles », c'est pourtant le genre de phrases qu'on dit dans des moments pareils mais elle lui paraît terriblement … fausse. C'est un vocabulaire approprié aux autres couples, pas au sien. Bordel, il sait même pas si on peut les définir comme étant un « couple. » Et bien vite décidé, il n'aime pas cette appellation. Il n'aime pas qu'on puisse dire qu'ils sont « ensemble », et pire, qu'ils « sortent ensemble » et il aime encore moins penser à Castiel comme étant son « petit ami. ».
« Arrête de faire la grimace, je pensais qu'avec lui, tu serais guéri de ta peur panique de tout engagement, c'est tout. »
« Peur panique ? Pour qui tu te prends, Freud ? »
Pour toute réponse, Sam lui lance un grand sourire provocateur.
« Tu es sûr de vouloir me provoquer maintenant, Dean-o ? T'es cancéreux, je te rappelle. Tu fais pas le poids ! Déjà que tu le faisais pas avant… »
« Ahah, trop marrant, Samantha. »
Sam sourit et étire ses longues jambes sur le lit (bordel ce gosse fait déjà deux têtes de plus que lui !). Ils ont décidé d'échanger leurs places et c'est Dean qui est confortablement installé dans le fauteuil à accoudoir habituellement réservé aux fesses sacrées de Sam. Il se sent encore plus puissant dans ce fauteuil mais bizarrement, la vue de son petit frère dans son lit d'hôpital l'angoisse légèrement. Il le regarde un instant sans le voir avant de cligner des yeux et d'apercevoir ceux de Sam fixés sur lui.
« C'est quoi ton premier souvenir, quand je te dis papa ? »
Si la question surprend Sam, il ne le montre pas. Il a jamais l'air surpris de rien avec lui, et parfois, Dean doit bien l'avouer, ça lui tape sur le système. Ca suffit pas que Sam soit largement plus grand que lui, il faut en plus qu'il est un cerveau surdéveloppé.
« Les disputes. On s'engueulait tout le temps. »
« Tu regrettes ? »
« De m'être autant emporté avec lui ? Non, pas vraiment. Je l'ai regretté, mais c'est plus le cas. C'était juste notre façon de communiquer, aussi bizarre que ça paraisse. On a jamais fonctionné autrement. »
Dean sourit et hoche la tête.
« C'était chiant. Vraiment chiant. »
« Et toi ? »
Dean ne se fait aucune illusion. Sur son efficacité à protéger ses frères. Il sait qu'il a failli nombre de fois à son devoir mais s'il devait citer une seule fierté, c'est celle d'être sûr et certain d'avoir évité à Sammy le bordel qui se trouve en lui. Malgré tout ce qu'il peut ressentir, des fois, il ne se repose jamais sur son petit frère, jamais. Il n'est pas idiot cependant et Sam est loin de l'être également. Il ne prétend pas avoir été assez doué au point de le persuader qu'il ne contient que rayon de soleil et oiseaux qui chantent mais tant qu'il ne dit rien, rien n'est prouvé et Sam… Et bien, Sam a juste des soupçons. C'est un accord tacite entre eux et Dean sait que parfois, il coûte à Sam de ne pas franchir cette limite. Mais il le fait rarement. Ca lui arrive, cependant, de demander… Comme maintenant.
« Son regard. »
Il fuit celui de Sam pour regarder par la fenêtre. C'est le signal. « Sam, tu as été trop loin. Recule. »
« Bon, et Castiel, alors ? Il s'est passé quelque chose entre vous ? Il viendra te voir quand il sortira ?
« Quoi ?! »
Il se rend compte (trop tard) qu'il a peut-être parlé un peu trop … Violemment. Sam le regarde un peu perdu, d'ailleurs.
« Ben … Euh … Vous allez rester en contact … ? »
« Pourquoi t'as demandé s'il viendrait me voir ? »
« Parce que … Euh … C'est logique de le demander, non ? »
Dean a un geste de tête agacé. Sam ne comprend pas un foutu mot de ce qu'il dit ! Mais alors qu'il détourne une nouvelle fois le regard pour faire comprendre à son petit frère à quel point il est stupide, une pensée le frappe brusquement.
Evidemment, il s'est imaginé qu'ils resteraient ensemble, qu'ils sortiraient ensemble, qu'ils continueraient de se voir toutes les après-midi, mais en fait, c'était lui l'imbécile. Castiel est là pour tentative de suicide, et lui se bat avec une leucémie, certes en retrait mais toujours sur le champ de bataille. Même si pour le moment, Cas n'adresse pas un mot aux thérapeutes, ils ne pourront pas le garder indéfiniment. Il y a toujours des malades, des blessés, des souffrants et il y a toujours besoin de lits libres. Ils finiront par le faire partir avec comme ordonnance une visite hebdomadaire chez un psy.
« Dean ? »
La voix de Sam est lointaine et il perçoit à peine les accents sceptiques quoi qu'un peu inquiets qui la teintent. Il a vraiment été stupide sur ce coup-là, à croire qu'ils maîtrisaient tous les deux. La réalité vient de le rattraper et de lui foutre un formidable coup de pied dans le cul au passage. Hahaha, quel rêveur tu fais, Winchester. Pauvre type.
« Oh, Dean ?! »
Sam s'est redressé sur le lit et le secoue désormais, la main sur son épaule. Le toucher le brûle et il dégage vivement son bras. C'est sur cette épaule que Cas l'a touché. Il a peut-être perdu tous les moyens qu'il pensait avoir, et ce qu'il se réjouissait de garder, mais ça, il le contrôle encore. Ca restera l'épaule de Cas, à partir de maintenant.
« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
Sam ne comprend rien à l'angoisse sourde qui se déchaîne en lui et de toute façon, il n'a pas le temps de lui expliquer (à supposer qu'il l'ait voulu ..). Il se lève et se tourne vers la porte de sa chambre à grands pas. Avant de sortir, il se retourne vers son petit frère.
« Et descend de ce lit, merde ! » lui lance-t-il d'un ton sec et sans appel avant de sortir.
C'est la deuxième fois qu'il se retrouve à débouler dans les couloirs et à avaler les escaliers pour Castiel. Il a l'impression d'être à la recherche d'un peu d'air comme s'il suffoquait sans pouvoir cependant, réussir à mourir. Putain, elle est aussi loin que ça, cette chambre de merde ?! Les murs se resserrent autour de lui et le couloir s'agrandit alors que l'étau se referme toujours un peu plus sur son cœur. Il hyperventile. Il a terriblement chaud, mortellement froid. Il se mord les lèvres si fort pour s'empêcher de pleurer que le goût métallique du sang domine dans sa bouche. Quelle ironie que toute la violence et la force qu'il ressente en lui à cet instant, sinistre souvenir de ce qu'il a pu être avant d'être malade, ne soit même pas là pour lui.
Quand il aperçoit enfin la porte 807, il est bord de l'explosion, prêt à abattre murs et détruire bâtiments et villes entières tellement il se sent dévoré de l'intérieur. Il craint la retombée, le moment où tout s'écroulera et où l'adrénaline le fuira pour ne devenir qu'un amer souvenir. Mais à cet instant précis, il n'arrive pas à visualiser plus loin que la chambre 807. L'avenir paraît étrangement inconcevable.
La porte fait un fracas d'enfer et rebondit sur le mur pour se refermer en claquant derrière lui. Avec un sursaut, Castiel, son frère Gabriel et un autre jeune homme, blonds aux yeux bleus et au regard, malgré la surprise, teinté de malice, se tournent vers lui avec de grands yeux.
Il s'en fout, il s'en fout, et il s'en re-fout.
« C'est à toi de promettre, okay ?! Pas à moi. A toi. A toi de promettre que tu me laisseras pas. »
Gabriel et l'autre jeune homme, sûrement plus âgé de quelques années, se retournent d'un même mouvement vers Castiel qui continue de dévisager Dean avec surprise. Il y a certain air de famille dans les deux paires d'yeux rivées sur Cas, la façon dont les couleurs pétillent et semble se rire de tout.
« Dean … ? »
« PROMET LE, CAS ! »
« Okay, okay .. ! Je promets, bien sûr ! Tu es content ?! »
Est-ce qu'il est content ?
Après une légère réflexion, il décide que oui. Il est content.
Et tout retombe.
« Dean ? Pourquoi tu pleures … ? »
