Je suis vraiment désolée pour le temps de publication de ce chapitre ! J'espère que vous me pardonnerez ! Les cours me prennent pas mal de temps, je sais, ce n'est pas une très bonne excuse, mais c'est la seule que j'ai à vous offrir ( :
J'espère de tout mon cœur que le chapitre vous plaira assez pour que vous ayez envie de me suivre jusqu'à la fin de mon histoire ! Je sais que j'ai peut-être fait un pari assez risqué avec ce chapitre du quel Dean et Castiel sont absents, ou presque … N'hésitez pas à me le dire :)
« Ces plaisirs violents ont des fins violentes dans leurs excès, ils meurent tels la poudre et le feu que leurs baisers consument. »
Il va passer une mauvaise journée. Peut-être même une mauvaise semaine. Un mauvais mois. Une mauvaise année. Une mauvaise vie.
C'est cette fichue phrase qui tourne en boucle dans sa tête sans qu'il ne se rappelle d'où elle vient. Il déteste ça et plus que tout, le sentiment qui vient avec, que la violence et la destruction vont bel et bien arriver. C'est un pressentiment comme ceux qu'il a déjà eu mais celui là est trop sombre, trop prometteur de tragédies pour ne pas le craindre comme la peste.
Quand ils étaient petits, ils jouaient avec Dean, ils jouaient aux super-héros et lui, il était toujours le médium. Dean, c'était la super-force. Lui, c'était l'avenir. Dean était le muscle, lui, le cerveau.
Hier soir, il a séché son dernier cours pour aller voir son grand frère. Le samedi est toujours trop long à arriver et le vendredi après-midi est devenu une véritable torture alors parfois, Sam décide la semaine finie avant l'heure. En arrivant dans la chambre de son frère, ce n'est non pas un visage qui s'est tourné vers lui, mais deux. L'un qu'il connait par cœur, l'autre dont il a juste entendu énormément parlé. Alors il a passé son vrai premier moment avec Castiel, le petit ami de Dean. Oui, car il faut bien que quelqu'un le dise. Peu importe la hargne que Dean met dans sa voix quand il affirme que Cas n'est pas sa propriété, bla bla bla, la vérité n'en change pas moins. Quoi qu'il en soit, sur le chemin du retour, la bonne humeur n'était plus au rendez-vous. Il s'est endormi agité et s'est réveillé le ventre noué et cette satanée phrase le narguant.
La deuxième moment le plus horrible de la semaine, c'est le samedi matin. Et avec tout ça, il s'avère encore plus dur. Si le vendredi après-midi est affreux, le samedi matin bat tous les records. Même le Sam et le Dean super-héros n'arriveraient pas à s'en sortir, il le sait. Le samedi matin n'offre aucune échappatoire. Mary travaille jusqu'à 11h30 et il faut garder Adam. Le moment où ils entrent enfin dans l'hôpital paraît toujours lointain et plus les secondes passent, plus Sam s'agite et s'agace. C'est toujours le samedi matin qu'il partage les pires disputes de la semaine avec Adam et ce n'est pas rare qu'ils soient tous les deux enfermés dans leurs chambres à bouder quand Mary rentre.
Mais aujourd'hui, Sam n'est pas d'humeur à batailler ou à jouer avec Adam. Il a assis ce dernier devant un DVD Disney quelconque et le surveille distraitement, assis sur le fauteuil du salon. Avant, c'était le fauteuil de leur père. Puis c'était devenu celui de Dean. C'est toujours celui de Dean, mais des fois, ce simple fauteuil vide devient trop douloureux et Sam essaie d'étouffer le silence en s'affalant dessus. Comme quand il va faire tourner le moteur de l'Impala juste pour prouver que Dean a toujours sa place dans le monde des vivants. Il est en âge de conduire maintenant mais c'est Dean qui doit le lui apprendre alors il attend que son frère lui revienne. Et au fond de lui, il a toujours cru que réchauffer son fauteuil et empêcher l'Impala de s'enrouiller suffisaient comme preuve du retour de son frère. Il se voit déjà narguer son frère en se pavanant et affirmant que c'est seulement grâce à lui que Dean a retrouvé sa place dans la maison familiale. Il ne voit pas d'autres issues. Il ne peut pas avoir d'autres issues. N'est-ce pas ?
Il n'en imagine pas, certes, mais ça ne veut pas dire qu'il n'y en aura pas. C'est vrai, il n'avait pas imaginé que son frère, le pilier de sa vie, littéralement, pouvait tomber malade et pourtant, c'était arrivé. Ce jour là, quand Dean le lui a annoncé, il s'en souvient. Parfaitement. Il se souvient avoir entendu la longue plainte que Sam, le super-héros avait poussé dans son estomac en mourant avec le reste de son enfance.
« Sam ? »
Il cligne des yeux , tiré de ses pensées par la petite voix d'Adam.
« Quoi ? »
« Il est quelle heure ? »
Coup d'œil à la montre.
« 10h45. »
« Ca veut dire qu'il reste combien avant 11h30 ? »
Sam dévisage son petit frère et ce dernier attend patiemment sans le lâcher de ses grands yeux bleux. Il pense que Sam a besoin de réfléchir pour calculer alors il attend. Pour Adam, les super-héros sont toujours là et Sam a besoin de temps pour lire l'heure. C'est dans l'ordre des choses. C'est normal. Son grand frère est un super-héros parce qu'il sait sûrement lire l'heure plus rapidement que les autres. Son autre grand frère, il est en camp d'entraînement parce que sa super force le fatigue et il faut qu'il s'entraine, qu'on lui apprenne à la gérer. Adam voit le monde comme ça et Sam se demande si Sam le super-héros le voyait pareil. Lui, la phrase qui lui tourne dans la tête est empoisonnée, terrible. Celle qui gigote dans la petite tête d'Adam est sûrement bien différente. Une connerie du genre « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » Adam refuse de s'asseoir dans le fauteuil de Dean, parce qu'il est à Dean. Il ouvre toujours de grands yeux horrifiés quand Sam démarre l'Impala. Il ne se rappelle probablement pas du jour où on lui a dit que son grand frère était malade.
Sam dévisage longuement le petit visage encore rondouillet d'Adam. Ce n'est plus un bébé mais pas encore un vrai petit garçon. C'est le seul, des trois frères, à avoir les yeux parfaitement bleus, sans une autre nuance. Il a toujours les épaules un peu rentrées, comme s'il cherchait à se cacher du monde et il est timide, effacé. Mais Sam est sûr, persuadé même, qu'Adam le Super-héros a déjà sauvé le monde des dizaines de fois.
« Pas longtemps. Viens, on devrait te préparer. »
Peut-être que quelque chose ne va pas. Peut-être que c'est pour ça qu'il se sent si pensif et agacé. Tout l'énerve et le rend nerveux. Le retard, pourtant de seulement 5 minutes, de sa mère, les chansons qui passent à la radio, les éternels embouteillages en centre-ville. Cette phrase, toujours cette phrase.
« Sammy ? Tu vas bien, mon cœur ? »
Il lâche le paysage urbain du regard pour tourner la tête vers sa mère. Il la dévisage un petit instant. Il se souvient avoir trouvé des photos d'elle, plus jeune, en jouant dans le grenier avec Dean. Ils s'étaient émerveillés devant le visage encadré de boucles blondes qu'ils avaient à peine reconnus. Mary était une magnifique jeune femme. Tout ce qu'elle avait peut-être perdu à cause de l'âge, elle l'avait largement gagné en tendresse et en douceur. Sam se rend compte qu'elle l'air exténué. Là, sur son front, il y a une ride qu'il n'a encore jamais vue. Ce n'est pas l'âge, c'est la vie. Celle de Dean. Celle de son mari qu'elle a vu s'éteindre.
Alors il se rappelle, et il a honte.
« Ca fait 7 ans, aujourd'hui. »
Mary se voile l'espace d'un instant avant d'hocher la tête. Elle repose les mains sur le volant du véhicule pourtant encore à l'arrêt dans les embouteillages. Sam déteste la crise cardiaque de son père d'avoir creusé cette ride dans le front de sa mère, et il déteste encore plus la leucémie de son frère de l'avoir fixé définitivement sur la peau si douce de Mary. Il espère que quand Dean guérira (aucune autre issue) la douceur et la tendresse reprendront leur place sur le beau visage de sa mère et qu'alors, ils pourront prendre de nouvelles photos. Et celles-là, Adam les découvrira.
« C'est un jour difficile pour ton grand frère aussi. Faisons en sorte de l'aider à traverser tout ça, d'accord ? »
Les relations entre Dean et John Winchester n'étaient pas de tout repos et Sam ne prétendra jamais les avoir comprises. John semblait attendre quelque chose de Dean qui ne venait jamais et ce dernier donnait tout ce qu'il pouvait pourtant persuadé de n'avoir rien à offrir. Le soir qui a précédé la nuit fatale à leur père, Dean et lui s'étaient méchamment disputés. Enfin, John criait et Dean baissait la tête. Depuis, le coupable était tout trouvé. Enfin, dans la tête de Dean.
Sam finit par hocher la tête avant de détourner le regard vers la fenêtre pour sonder une nouvelle fois le bâtiment gris au-dessus de leurs têtes. Ils n'ont pas avancés d'un pouce dans l'embouteillage. Comme tous les samedis. Une véritable torture.
Son regard se perd dans le vide et bientôt les voix de Mary et Adam, qui échangent sur l'énorme moto qui vient de passer près de la voiture, s'effacent. Il repense à son père. Il lui en veut encore, parfois, parce qu'il a l'impression qu'il a marqué Dean au fer rouge. John n'a jamais levé la main sur ses enfants et jamais il ne l'aurait jamais fait, pour sûr, pourtant. Pourtant ses mots sont restés gravés dans le regard de Dean et ce dernier a fini par réussir à se persuader qu'il ne vaut rien, qu'il n'a jamais rien réussi. Pour Dean, ce n'est pas le nombre de fois où il a réussi à « sauver » Sam d'une bande de brutes au collège qui compte, c'est le nombre de fois où il n'a pas réussi. De la moindre chute à la vraie bagarre, il a toujours pris la responsabilité de tout ce qui lui arrivait. C'est probablement son plus grand défaut mais, ironiquement, sûrement sa plus grande qualité aussi.
Et que se passera-t-il, pense-t-il. Si Dean ne suffit pas ? Si Castiel décide que vivre reste trop douloureux et qu'il finit par rebrousser chemin et s'en aller lui aussi ? Qui prendra le blâme ? Dean. Il ne s'en remettra pas. C'est ça qui lui fait peur, c'est pour ça. Ce qu'il a vu dans l'hôpital hier soir, ça lui a foutu les chocottes. Dean et Castiel serrés l'un contre l'autre, les yeux toujours à s'accrocher, à rechercher le contact, leur complicité.
Sam pousse un long soupir et appuie son front contre la vitre froide de la voiture. Il sent venir une migraine. Et pour rien arranger, il l'entend toujours. Cette phrase.
Sam fait la queue à la cafétéria de l'hôpital, la main d'Adam dans la sienne. Il ne se rappelle plus trop le gosse qu'il était quand il était en CE1 mais il est presque sûr que si son frère, sa mère ou son père lui avait pris la main, il aurait piqué une crise. « JE SUIS PLUS UN BEBE ! » Mais Adam n'est pas comme ça. Adam est vraiment … vraiment exceptionnel.
« Alors, tu veux manger quoi, champion ? »
C'est le même rituel tous les samedis. Sam utilise son argent de poche pour acheter quelques trucs à la cafét qu'il monte après dans la chambre de Dean et ils mangent tous ensemble. Pendant ce temps-là, Mary peut s'entretenir avec Bobby, le médecin de Dean. La cafétéria est bruyante, remplie, des gens rient et parlent fort, et ça lui emplit l'esprit. Il a la sensation que sa vie se joue à l'étage des cancéreux à chaque fois et il préfère être occupé, se sentir occupé, plutôt que d'y penser.
Adam se hisse sur la pointe des pieds pour voir ce que la cafétéria à à proposer, et ce peu importe si c'est la même chose tous les samedis midis. C'est Adam le Super-héros qui regarde et son super pouvoir, c'est le super espoir. Il est plutôt bon à ce jeu-là. Amusé, Sam relève la tête et ses yeux accrochent automatiquement la chevelure rousse de la jeune fille devant lui. Furieuse, elle fait face à deux autres garçons. Un blond aux yeux bleus à l'allure assuré et peut-être même dédaigneuse et un châtain, plus petit, aux yeux verts pétillants, comme s'il souriait toujours.
« Quoi, tu es homophobe maintenant ?! »
La voix de la jeune fille est sifflante, tranchante. Et ce qu'elle dit interpelle Sam aussitôt.
« Anna … »
Elle fait signe au châtain de se taire en rivant ses grands yeux bleus dans ceux du blond. Ce dernier pousse un long soupir, visiblement surjoué.
« C'est pas ce que j'ai dit. Ce que je dis, c'est que cette relation, tout ce truc … moi ça me paraît malsain. Castiel n'a pas besoin de ça. Pas maintenant. »
Le sang de Sam ne fait qu'un tour dans ses veines. Il hésite encore. Devrait-il participer ? Se taire et écouter ?
Anna hausse les épaules et croise les bras, une expression têtue collée au visage.
« Tu n'en sais rien, Balthazar. C'est peut-être exactement ce qui lui faut. »
Balthazar ? Quels genres de parents appellent leurs enfants Balthazar ?
Petite réflexion.
Sûrement les mêmes qui les appellent aussi Castiel.
Anna et Balthazar finissent par se tourner vers le dernier garçon.
« Gabriel ? Tu en penses quoi ? »
Dean a mentionné un frère jumeau à Castiel. Un faux jumeau. Sam reconsidère le dénommé Gabriel d'un regard intéressé. Il est prêt à parier que c'est lui. Sûr, Gabriel et Castiel ne se ressemblent pas du tout, mais pourtant, pourtant il y a quelque chose. Leur complémentarité, peut-être. Gabriel est petit, Castiel est plutôt grand. Gabriel a les yeux verts, Castiel les a bleus. L'un a l'air d'avoir un sourire toujours caché dans la commissure de ses lèvres, l'autre une larme dissimulée dans le coin de ses yeux. Si malgré tout ce qui arrive à son jumeau, Gabriel continue de pétiller malgré lui, qu'arrivera-t-il à Castiel s'il s'en sort quand même … ? Sam resserre la main d'Adam dans la sienne. Il aimerait que Sam le Super-héros soit là. Il était vachement plus doué pour ne pas se soucier de l'avenir.
« Je pense que Castiel est heureux avec Dean. Pour moi, on devrait pas chercher plus loin. »
Balthazar a un geste agacé et il se détourne vers la caisse de la cafétéria. Dans son dos, Sam voit les yeux d'Anna et ceux de Gabriel se sonder mutuellement un long moment. La jeune femme semble plus jeune et bien que petite et pas très épaisse, il ne doute pas de son caractère visiblement bien trempé. Si elle est l'unique fille dans une famille de 4 enfants, cependant, ça ne l'étonne pas plus que ça. Elle a l'air prête à démarrer une guerre rien que pour s'assurer que Castiel aura tout ce dont il a besoin et en même temps … Elle a l'air fatigué, exténué. Les yeux de Sam remontent sur son front et il la distingue ici aussi. La ride. Il a une brève pensée pour les enfants que cette jeune femme pourra avoir un jour, qui trouveront une photo de leur mère dans le grenier et qui verront aussi cette ride. Il espère juste que ce seront aussi des super-héros et qu'ils trouveront une explication bien plus agréable à cette ride. Comme le fait que leur mère pourrait être un vampire en réalité âgé de 150 ans.
150 ans, c'est une bonne explication pour une ride.
Un grand frère, ça l'est beaucoup moins.
« Même malgré tout ce qu'il vient de se passer ? »
Balthazar se retourne vers son frère et sa sœur et Sam en profite pour mieux le regarder. Il est définitivement plus âgé que le reste de la fratrie, c'est probablement lui l'ainé. Ses yeux sont moins grands et ronds que ceux d'Anna, peut-être plus petits, comme ceux de Gabriel, mais ils ont la même capacité, de rire avant même que les lèvres ne s'étirent. Cependant à cet instant, ils ne rient pas, ses yeux. L'esprit de Sam rejette l'information qu'a laissé échapper Anna et évite de la traiter. Il va continuer à les espionner et les observer comme s'ils étaient des créatures étranges pas du tout naturelles. Ca l'occupera. Ca l'évitera de s'imaginer « ce qu'il vient de se passer. » Castiel est peut-être tombé dans les escaliers alors qu'il batifolait avec Dean.
Gabriel hoche la tête et jette un regard à son grand frère. Il pétille toujours, mais ça ne diminue l'impression de gravité qu'il dégage brusquement. Peut-être même que ça la rend encore plus … grave.
« Même malgré ça. »
« Et ensuite ? Tu te sens encore prêt à rentrer un beau jour et le retrouver allongé dans son sang ? Et que se passera-t-il si tu arrives trop tard cette fois ? »
Gabriel se tourne pour faire face à son grand frère.
« Ca n'arrivera pas. Parce que ce que Dean lui offre, il ne pourra pas le lui reprendre. Parce qu'une fois qu'on commence vraiment à vivre, on peut plus choisir de s'arrêter comme ça. »
Il faut qu'ils parlent d'autre chose. La file avance, mais Sam est figé sur place, la main d'Adam toujours serrée dans la sienne. Pourquoi ils ne parlent pas d'autre chose que de la chute de Castiel dans les escaliers à cause des baisers fougueux de son grand frère ? Plus ils en parlent, moins on dirait une chute. Ca ressemble brusquement à quelque chose de plus grave. Peut-être que Castiel a dégringolé deux niveaux. C'est toujours plus grave qu'un escalier. Peut-être qu'ils parlent de ça. Ils parlent sûrement de ça.
Pas d'autres issues, n'est-ce pas ?
Adam tire sur sa main et tend le bras.
« Regarde, Sam ! Des mousses au chocolat ! Y en a jamais d'habitude ! »
Parce que Adam est un super-héros, ça l'émerveille. Parce que Sam n'en est plus un, il se dit que les mousses au chocolat, c'est presque dégueulasse, finalement.
Coupés court dans leur conversation par l'exclamation d'Adam, Gabriel, Anna et Balthazar se retournent vers lui. Balthazar et Anna se remettent rapidement droit, parce qu'Adam a juste vu des mousses au chocolat et que ce n'est pas extraordinaire à moins d'être un super-héros. Mais Gabriel continue de le regarder. Sam voit dans ses yeux que Gabriel a deviné qui il était, il sait. Et même s'il continue de pétiller, son regard ne donne pas envie de rire. Sam relève les yeux, légèrement, un tout petit peu, peut-être parce qu'il tient la main de son frère et que ce dernier est fort dans l'espérance. Peut-être que ça lui a donné envie d'essayer.
Quoi qu'il en soit, il lève les yeux et il la voit, sur le front de Gabriel.
La ride.
Il aimerait vraiment se transformer. Il aimerait que la phrase qui tourne dans sa tête soit un truc ridicule et creux qui passe facilement pour LA phrase de l'année dans les blockbusters. Alors il décide de prendre les escaliers pour monter au troisième étage, parce que peut-être, ça laissera plus de temps à Sam le Super-héros pour le retrouver. Il va monter les marches tout doucement, une à une. Qui sait, il trouvera peut-être même une preuve de la chute grave de Castiel. Un genre de pancarte avec écrit dessus « Ici, Castiel a dégringolé deux étages. C'est grave, quand même. Mais pas trop. »
Quand il pousse la porte, il se retourne une dernière fois vers la cage d'escalier, presque persuadé de se voir monter les marches quatre à quatre, la cape au vent. Mais personne ne vient. Il n'y a pas un bruit. Adam l'a devancé. Il est monté en courant.
Il se dirige droit vers la chambre de Dean et en chemin, il ne peut pas s'empêcher de se demander ce qu'il a fait de mal. Peut-être qu'il aurait dû vivre sur le fauteuil et refuser de le quitter. Ou alors apprendre à conduire et faire rouler l'Impala autour du quartier sans jamais en sortir. Ou alors mettre le fauteuil dans l'Impala et rouler en rond. Il aurait sûrement pu faire plus. Il aurait vraiment fallu qu'il … qu'il devine.
La porte de la chambre de Dean est ouverte mais ce qui est à l'intérieur ne l'intéresse pas. C'est Mary et Bobby qui l'interpellent. Sa mère est de dos, alors il ne voit pas ce qu'elle fait, mais il est prêt à parier que sa ride est devenue un fossé. Bobby a beau avoir une main réconfortante sur son avant-bras, désormais, Sam sait que rien n'effacera cette marque sur le front de sa mère. Le Dr. Singer relève les yeux et l'aperçoit. Il n'a pas besoin d'en dire plus. Sam connaît Bobby maintenant et il le remercie de sa gentillesse envers sa mère d'un léger signe de tête.
Le voilà maintenant à l'entrée de la chambre de Dean. Il n'y a pas d'éclats de rire, pas de bruits de course, pas de protestations, pas de cris de joie, pas de supplications. Dean est couché, les yeux clos et intubé. Castiel est assis dans le fauteuil, les jambes remontées contre son torse et les bras passés autour. Il fixe Dean si intensément qu'il en a sûrement oublié de cligner des yeux, parce qu'il pleure. Ou alors il pleure pour autre chose.
Mais n'avait-il pas dit qu'il n'y aurait pas d'autre issue que la guérison ?
Sam vérifie, juste pour la forme, mais il sait que Castiel a la ride lui aussi. Il l'avait avant Dean.
Dean.
Dean qui est allongé, endormi, pâle, cerné. Malade. Sa main est tendue vers Castiel, comme si avant de sombrer dans le sommeil, il avait essayé une dernière fois de l'attraper.
Et ça lui revient, alors. Brusquement.
« Ces plaisirs violents ont des fins violentes dans leurs excès, ils meurent tels la poudre et le feu que leurs baisers consument. »
C'est Roméo & Juliette.
Roméo et Juliette.
Mais le pire, en fait, quand il y pense, le pire c'est peut-être Adam, assis sur le matelas, près de Dean, Adam et ses grands yeux bleus perdus rivés sur lui. Adam qui attend une réponse de sa part comme si, en simple mortel qu'il est, il pouvait lui en fournir une.
Adam et sa petite ride naissante, sur le front.
Et Sam jure, il pourrait le jurer, qu'il l'entend. Le cri d'agonie d'Adam, le Super-héros super doué en espoir.
