Je sais que je suis de plus en plus longue à poster et j'espère que vous me le pardonnerez, je fais ce que je peux ! :-) Ceci dit, si vous êtes inquiets, rassurez-vous, il est absolument hors de question que je laisse l'histoire en suspend ! Vous aurez votre fin ! PROMIS
Je crois pouvoir affirmer que le point de vue de Sam a été apprécié la dernière fois .. .Voyons voir si ça, ça passe :)
Merci encore pour vos retours, toutes vos reviews me touchent énormément :3
« Sors ! SORS ! »
Sam relève la tête vers la porte d'où vient le cri et son cœur manque un battement. Presque aussitôt, il voit Castiel sortir de la chambre, à deux doigts de se mettre à courir, les yeux écarquillés, l'air épouvanté. Il passe près de lui sans lui accorder un regard et se met finalement à accélérer pour finir par courir. Il disparaît dans la cage d'escaliers comme s'il avait le Diable à ses trousses. Sam sait ce qu'il fuit. Bon Dieu, il aimerait pouvoir le fuir, lui aussi.
Il prend une profonde inspiration et rentre dans la chambre de son grand frère. Les visites sont terminées et il vient de ramener Adam et sa mère à la voiture, mais Bobby lui a proposé de rester la nuit, alors il restera la nuit. La canule est déjà de retour dans le nez de Dean et Sam ne trouve pas ça juste. Ce n'est pas juste qu'il faille des semaines pour se remettre d'une greffe de la moelle et qu'en seulement quelques heures, le cancer peut reprendre ses droits comme s'il n'était jamais parti. Ce n'est pas non plus juste qu'il puisse se balader dans le corps de son frère, en ce moment même, laissant derrière lui métastases et organes défectueux, mais de toute évidence, il ne peut rien faire. Dean a décidé qu'il n'y avait plus rien à faire et Sam a la très nette idée que si Bobby lui a presque ordonné de passer la nuit dans le lit voisin de celui de son frère, c'est pour parler, justement de sa décision.
Mais ça viendra plus tard. Parce que pour le moment, Dean est en pleine crise. Furieux, il se débat contre les draps emmêlés autour de son corps et il a beau y mettre toute sa rage, il est trop faible pour pouvoir correctement les repousser. Sam voit sa frustration finir par exploser et ruisseler sur son visage alors qu'il serre les dents, dans une rage presque destructrice.
« Pourquoi tu as crié sur Cas ? »
« PARCE QUE ! »
Dean gémit et finit par arrêter de lacérer les draps du bout des doigts pour essayer d'arracher la canule qui aide sa respiration. Sam rentre dans la chambre et ferme doucement la porte derrière lui. Il y reste appuyé, les bras croisés, ses yeux rivés sur son frère. Ce dernier réussit enfin à se défaire des tubes d'oxygène qu'il jette par terre dans un grand geste de fureur.
« Mais encore ? »
« Je voulais qu'il s'en aille, okay ? Je veux qu'il parte ! Qu'il quitte cet hôpital ! »
La voix habituellement si forte et autoritaire de Dean finit par se briser et il arrête brusquement de gesticuler dans son lit. Sam sent son cœur se briser alors qu'il croise les yeux émeraudes de son frère, rendus brillants par les larmes qui y ont élu domicile. Comment réussit-il à rester si calme, lui ? Ne devrait-il pas hurler et pester contre le monde entier, également ? Il va juste attendre que la crise de Dean passe, et il envisagera peut-être de faire la sienne. Chacun son tour. Des fois, il faut apprendre à se sacrifier pour le bien de l'équipe.
« C'est pas juste, Sam … C'est pas juste. »
Cette image, Sam voudrait ne jamais l'oublier. Le corps de Dean, les muscles qu'il avait repris, ses cheveux et son début de barbe, ses jambes repliées sous les draps et la canule abandonnée par terre, les mains tremblantes et les yeux désespérés. Il ne veut pas oublier cette vision de son grand frère. Et il sait que songer à ce genre de choses, c'est comme si … comme s'il admettait déjà qu'il lui fallait collecter les souvenirs avant qu'il ne soit trop tard. Mais soyons honnêtes …
Il faut collecter les souvenirs avant qu'il ne soit trop tard.
Il avale la distance qui le sépare de son frère de quelques grandes enjambées et cédant à l'impulsion, il entoure Dean de ses bras. Il n'y aura pas de moqueries, il le sait. Dean se laisse aller contre lui et agrippe son tee-shirt dans son dos. Il l'agrippe fort et serre le tissu avec rage dans ses poings.
On dit souvent que les enfants, les malades en général, les cancéreux, on dit toujours d'eux qu'ils sont courageux. Qu'ils se battent et qu'ils affrontent une mort qui a trop peu de chance d'être évitée avec un courage sans faille, et Sam aurait probablement tenu le même discours il y a encore quelques années. Maintenant, il a appris la vérité, de la façon la plus dure qui soit. Ce sont des conneries. Un gamin de vingt ans, qui se bat deux ans contre la leucémie, finit par être greffé, guérit pour apprendre un mois après que les métastases ont brillé de mille feux sur son simple scan de contrôle, ça ne se bat pas avec courage. Ca ne fait pas face avec courage. Ca n'a juste pas le choix.
Dean n'a pas le choix.
« J'avais plus rien, Sam … »
Sam hoche doucement la tête et resserre son étreinte. Il a l'impression d'avoir des dizaines de choses à dire. Du genre « Hey, Dean, tu te rappelles quand on était petits et que papa a retrouvé le vase préféré de maman cassé ? Il t'a engueulé toi … ben c'était moi. » « Tu te souviens quand je faisais mon sac en disant que je fuguerais, que je me trouverais un chien et que je ne vivrais que de pizzas ? Je devais avoir huit ans, peut-être. Ben, c'est toi qui m'a fait changer d'avis. Je voulais pas que tu récupères la plus grande chambre. » « Nan, conneries, je voulais juste pas te décevoir. »
Il finit par s'écarter de son grand frère, l'homme robuste et invincible qui n'a maintenant plus le choix, et se baisse pour ramasser la canule. Il la remet en place sous le regard de son frère.
« Bobby dit qu'il faut commencer la chimio le plus rapidement possible. »
Dean secoue la tête avec force.
« J'ai dit non. »
Sam dévisage son frère et soupire longuement, comme s'ils étaient juste en train de se disputer sur le fait que conduire l'Impala avec un phare défectueux n'est pas très prudent. 'Mais on s'en fout, Sam. Tu comprends pas ? On s'en fout. Ce sera peut-être même mieux. Mieux.' Voilà ce que Dean lui dirait et voilà ce qu'il a l'impression de l'entendre dire maintenant.
« Pourquoi ? »
« Parce que j'en ai marre. Mes cheveux sont de retour, et je ne ressemble pas à un cadavre. Je peux me nourrir tout seul et garder tous mes repas, Sam. Bordel, je peux manger de la tarte et la digérer. Est-ce que t'as déjà réalisé à quel point c'était génial, la digestion ? »
Les larmes ne sont plus là dans les yeux de son grand frère, il n'y a plus de détresse non plus. Tout du moins, pas en surface, parce que Sam n'est pas dupe. C'est le même regard, le même sourire assuré, le même déguisement.
« Pourquoi tu as fait partir Cas de ta chambre ? »
Il ne lâchera pas, parce qu'il a l'étrange pressentiment que ce n'est pas que le cancer que son frère essaie de déguiser, ce n'est pas que la mort. C'est l'absence de Castiel.
Le visage de Dean s'assombrit et il s'enfonce dans les oreillers d'un blanc immaculé. Ses yeux voyagent un peu partout dans la pièce mais il doit finir par se rendre compte qu'il n'y a aucune issue alors il fait face à Sam. Parce qu'il n'a pas le choix.
« Parce que je ne veux pas être une bombe à retardement. »
Il baisse les yeux vers ses mains et pour la première fois depuis toutes ces années, il paraît vraiment fatigué.
« Je veux pas lui exploser un jour à la figure. »
Que peut-il répondre à ça ? Sam prend place sur son lit et regarde son grand frère s'allonger correctement dans le sien avant d'éteindre la lumière. Que pourrait-il répondre à ça … ?
Castiel est assis dans son lit, les mains serrées sur la couverture qu'il tient pressée contre son torse. Gabriel est en tailleur à ses pieds, sur le matelas, les yeux rivés dans ceux de son frère.
« Il t'as rien dit ? »
Castiel bouge à peine.
« Seulement qu'il ne voulait plus me voir. »
Quelque chose cloche, ça ne tourne pas rond, mais la peur et l'effroi qu'il voit dans les immenses yeux bleus de son jumeau le paralysent trop pour qu'il arrive à réfléchir correctement. Il essaie de se rappeler, persuadé que la réponse est juste là, devant lui. Castiel ne bouge pas d'un pouce et lui non plus. Il va rester là, de toute façon, pour s'assurer que quand Cas se remettra en mouvement, ce ne sera pas pour s'assurer justement qu'il reste immobile à jamais. Et puis, s'il esquisse le moindre geste, il va perdre le fil de ses pensées. Or, il le sent, la réponse est là, juste là.
A la fenêtre, le ciel s'assombrit de plus en plus et il semble bientôt aspirer la lumière des lampadaires en plus de ne laisser aucune chance aux étoiles de scintiller. Le temps passe, il s'alourdit, s'étend, se relâche et Gabriel court toujours après sa réponse. Castiel fixe le vide avec cette expression d'horreur collée à ses iris. Il ne faut pas que Gabriel se concentre dessus, sinon, il va définitivement perdre ce qu'il cherche. S'il regarde ces yeux là, il va se mettre en colère et détester Dean plutôt que d'essayer de le comprendre. Il ne veut pas louper quelque chose. Il aime avoir une vision d'ensemble, tout comprendre. Tout savoir. Tout décrypter.
« Je ne comprends pas … ?»
C'est finalement la voix de Castiel qui brise le silence, avec sa petite interrogation sur son dernière mot et le regard suppliant qui va avec. Gabriel aurait donné cher pour que ce soit sa voix à lui. Il dévisage son frère et sent son cœur se briser une fois, deux fois, en boucle. Combien de temps a-t-il attendu que Cas lui pose enfin cette question ? A l'époque, il avait les réponses. « Y a pas beaucoup de gens qui le peuvent, Cas. Il faut juste que tu trouves une réponse qui te convienne à toi. Mais viens, je peux déjà essayer de t'expliquer la mienne. » Et là, seulement, il aurait payé sa dette, parce que Castiel lui avait déjà donné bien plus que de foutues réponses réthoriques sur le fonctionnement de l'humanité. Il attend cette question depuis des années et la voilà. Elle a couté à Castiel, il le voit dans ses yeux. Il est plus dur de parler pour lui que de se taire alors il a fait l'effort. Un jour, Gabriel lui a promis qu'il serait toujours là, alors il s'est dit qu'il allait essayer, et poser sa question. Parce que Gabriel a dit qu'il sera toujours là, alors il aura la réponse. Et puis parce que Dean vaut le coup de souffrir. Il pose sa question et lui n'a plus de réponse. Mais il refuse de dire « moi non plus ». Si Castiel pense que ça vaut la peine de souffrir pour Dean, alors il va lui faire confiance et continuer de chercher.
C'est alors que ça lui vient brusquement.
C'est le matin même, lorsqu'il a vu Dean et Castiel dans le couloir après le scan de contrôle de Dean. La règle de l'hôpital veut que le patient soit déplacé en fauteuil roulant, alors Castiel marchait à côté d'un Dean à deux roues poussé par un médecin barbu. Il paraissait fatigué et pour la toute première fois, peut-être que c'était Castiel qui semblait le plus vivant des deux. Malgré tout ça, les yeux de Dean ne cessaient de mettre en garde tout ceux qu'ils croisaient, patients ou pas. Ses grands yeux verts lançaient des éclairs à ceux qui regardaient Castiel un peu trop longtemps, ses mâchoires se crispaient si on le bousculait et ses poings semblaient prêt à abattre quiconque blesserait Cas. Si la Mort elle-même s'était présentée devant eux pour emporter Castiel, fatigué ou pas, frêle ou pas, Dean l'aurait détruite à mains nues. Quand il est tombé sur ça, Gabriel a compris qu'il ne devait plus avoir aussi peur à chaque fois qu'il pousse la porte de la salle de bains, que quoi qu'il y ait pu avoir derrière, Dean s'en est occupé.
C'est ça, c'est sa réponse.
Dean s'est juste chargé d'éliminer ce qui menaçait Castiel.
Il a compris. Et il ne veut pas que Castiel comprenne, alors …
« Moi non plus. »
Dean suffoque. Il ne se sent pas bien, vraiment pas bien. Pire que jamais, en fait. La pièce lui semble trop petite, comme si les murs se refermaient sur lui. La respiration de Sam près de lui ne l'apaise pas du tout, loin de là, parce que la seule chose à laquelle il arrive à penser, c'est comment, un jour, cette respiration continuera de rythmer doucement la nuit et que plus personne ne sera là pour la surveiller et veiller à ce que tout se passe bien. Peu importe l'endroit où ses yeux se posent, c'est comme si chaque petite chose devait lui rappeler que quand il ne sera plus là, elles, elles continueront d'exister. Mais le pire, peut-être, c'est de sentir que quelque part, dans cet hôpital, dans un couloir très précis, une chambre bien spécifique, il y a un jeune homme spécial qui continuera également de respirer quand lui aura arrêté.
C'est une chose que personne ne soit là pour veiller sur Sam, peut-être qu'il est temps de lui faire assez confiance –aussi dur que ça semble être !- et le laisser devenir l'homme de la maison. A dire vrai, Dean ne pense pas qu'il aura énormément de difficultés avec cette partie du … programme. Mais Castiel ? Castiel n'est pas Sam. Castiel ne sait pas, il ne saura pas, il ne peut pas …
La respiration de Dean s'accélère et il abandonne la position allongée pour se redresser. Sam dort toujours paisiblement, ou alors, il fait semblant. Ce serait tout à fait son genre, ça, faire semblant de dormir pour le laisser réaliser des tas de choses philosophiques sur la vie ! Dean grince des dents et tourne la tête vers son petit frère dont il ne voit pas le visage dans l'obscurité.
« Ca marche pas, Sammy. Je n'ai aucune révélation philosophique et je refuse toujours les chimios ! »
Comme seule réponse, il n'obtient que la respiration de Sam. Il grommelle en détournant le regard du lit voisin.
En fait, mourir … On s'y fait. A l'idée. Peut-être qu'il s'y fera pas du tout quand ce sera le moment, et que ça fera trop mal, trop peur, ou trop .. inconnu. Mais à l'idée, on s'y fait. Depuis le temps, il a pu imaginer des tas de scénarios, certains vraiment horribles, sur ce qu'il se passerait une fois qu'il serait mort. Il a eu le temps de préparer sa famille à ce genre de scénario comme ça, s'il devait partir, il aurait l'esprit tranquille parce que Sam saurait, par exemple, qu'on éteint toujours le gaz après s'être servi de la gazinière. Le scénario ou Sam faisait accidentellement exploser leur maison en cuisinant était l'un des plus horribles. Mais grâce à lui, ça ne restera qu'un scénario.
Mais Castiel …
Il n'a pas eu le temps de se préparer à Castiel. Bon sang, à dire vrai même s'il avait 150 ans, il ne serait toujours pas prêt. Castiel est différent, il n'est pas comme Sam, comme Adam ou même comme sa mère. Castiel est … faible ? fort ? grand ? petit ? moyen ? Bordel, il n'en sait rien. Tout ce qu'il sait, c'est que l'air a besoin d'être purifié pour Castiel. Il a besoin de savoir où regarder avant de penser que le monde veut qu'il disparaisse. Il a besoin de réaliser qu'être hors du temps comme il l'est, c'est tout, sauf un défaut. Bien au contraire. Et Dean sait qu'il faudra lui répéter tous les jours, tout le temps. Jour après jour.
Seulement, il s'avère que son 'jour après jour' à lui est plus court que celui de Castiel. Et à cette pensée, les murs s'écroulent autour de lui. Il n'en peut plus. C'est juste… trop. Il arrache la canule de son nez, attrape le sweat de son frère et s'empresse de quitter sa chambre. Ses poumons chauffent alors qu'il accélère le pas, mais il court, il continue d'accélérer, de fuir. Peut-être que s'il dépasse une certaine vitesse, il sèmera le Destin, ce connard qu'il a toujours détesté.
Alors que le bruit de ses pieds résonne dans les couloirs et qu'il évite miraculeusement les douanes d'infirmières, une image le frappe instantanément.
Castiel qui surgit devant la fenêtre de sa chambre stérile à toute vitesse, en courant comme si sa vie en dépendait. Il le revoit foncer droit sur le mur et y rester coller un instant avant de se laisser glisser sur le sol. Sur le moment, il n'avait pas compris, maintenant, il saisit. Castiel avait vraiment la mort aux trousses ce jour là. Juste ce jour-là et depuis… plus de courses.
Les médecins diraient que s'il arrive mieux à respirer maintenant, c'est parce qu'il a arrêté de courir comme un dératé dans les couloirs, mais Dean, lui, utilisera son 'jour après jour' pour affirmer que c'est la fierté d'avoir empêché Castiel de courir qui l'a aidé. Ca ne fait aucun doute, vraiment. Les Lois de la Nature, c'est comme ce putain de Destin, c'est des conneries.
Il ouvre la porte du placard à balais près des urgences et s'y glisse avec délectation, comme s'il retrouvait un endroit sacré. Le chariot de nettoyage a été re-rempli et il pense même qu'il y a quelques balais en plus. Il se glisse sur le sol, au fond, et, le dos appuyé contre le mur, il fixe la petite fenêtre de la porte. Il est à l'étroit, enfermé et dans le noir, pourtant, ici, les murs restent à leur place. Il n'y a rien qui continuera d'avancer et d'évoluer dans ce placard quand il sera parti, parce que le plus important, ici, c'est la fenêtre. Et il peut y avoir tout ce qu'il veut derrière la fenêtre. Vraiment tout ce qu'il veut. Alors s'il veut que de l'autre côté, ce soit un monde qui arrête d'exister ou qui devienne hors de contrôle ou dangereux pour ceux qu'il aime quand il ne sera plus là pour y veiller, très bien, ce sera ce genre de monde alors. Ca peut même être un concert de Led Zeppelin, de l'autre côté. D'ailleurs, s'il tend l'oreille, il peut entendre Ramble on. A moins que ce soit le moteur de l'Impala ? Le grincement du cuir du vieux fauteuil du salon … Les sifflements de Mary qui fait la vaisselle, les cris d'Adam qui joue avec ses voitures. Ca peut aussi être …
Castiel.
Dean lève les yeux, surpris. Castiel se tient devant lui, la main sur la poignée, la tête baissée vers lui. Il n'a même pas l'air surpris.
« Tu m'as dit qu'il suffisait de savoir où regarder. Pour que le monde soit un endroit où il fait bon vivre. »
La voix de Castiel est teintée d'amertume et de reproche et aussitôt, la culpabilité bloque les poumons de Dean. Non, ce n'est pas le cancer, c'est la culpabilité.
« Tu m'as dit que tu m'apprendrais. »
Dean hoche une nouvelle fois la tête, imperceptiblement. Castiel est resté dans l'entrée du placard mais dans les urgences, personne ne semble le voir. Le monde s'arrête au placard.
« Et comment tu pourrais m'apprendre, alors que tu sembles pas savoir le faire, toi non plus ? »
Dean fronce les sourcils et pour une fois, il semblerait que les rôles soient inversés. Avant, c'était lui qui s'esclaffait et enchaînait référence sur référence en savourant malgré lui le regard perdu dans les yeux de Castiel. Désormais, c'est Cas qui semble détenir la réponse à la question et lui qui s'agite dans tous les sens, désespéré à l'idée de ne jamais comprendre ce qui semble être aussi important pour Castiel.
« Comment tu veux m'apprendre à savoir où regarder ? Tu sais pas le faire. Tu sais pas regarder au bon endroit. En fait, tu sais que fixer ta maladie. Tu fais que ça, tu … tu regardes pas où il faut. »
Le visage de Dean s'assombrit.
« Comment tu sais … ? »
« La ferme. »
Castiel finit par rentrer totalement dans le placard et alors que la porte se referme d'elle-même derrière lui, il s'agenouille dans l'espace restreint qu'il reste en face de lui. Il pose ses deux mains sur les genoux de Dean et le regarde droit dans les yeux, l'air toujours aussi … épique. Oui, c'est vraiment l'adjectif qui lui va le mieux. Castiel est épique. Hors du temps et épique.
« Tu ne regardes pas où il faut. » répète-t–il.
Dean agrippe les mains de Castiel et son corps lui rappelle brusquement ce qu'il se passe en lui : que peut-être il peut contrôler ce qu'il se trouve de l'autre côté de la vitre, mais pour ce qui est de l'intérieur, il n'a aucune emprise sur le Destin.
« Arrête, Cas. Va t-en. »
« Dean … »
« Non ! »
« D.. »
« TAIS-TOI ! »
« REGARDE-MOI ! »
La surprise d'entendre la voix d'habitude si basse de Castiel résonner dans tout le placard fige Dean sur place. Les yeux écarquillés, il est partagé entre l'envie de se cacher le visage dans les mains et de ne jamais le ressortir et celle de se mettre à pleurer comme un idiot. Les yeux de Castiel viennent chercher les siens et c'est plus fort que lui, les nuances de bleus l'enveloppent, l'entraînent et le font voyager tout en le laissant bien à l'abri dans son placard. Il regarde Cas. Comme si sa vie en dépendait. En fait, sa vie en dépend vraiment. Alors il regarde Cas. Les minutes passent, peut-être. Peut-être des jours. Peut-être que de l'autre côté, Sam court dans tout l'hôpital en hurlant sur les infirmières incompétentes qui ont laissé disparaître son grand frère. Puis ça se tassera, et il finira par s'imaginer que Dean a juste trouvé mieux ailleurs, et qu'il n'est pas vraiment mort. Ce serait meilleur comme fin. Vraiment meilleur.
Il continue de regarder. Il sonde, inspecte et se délecte. Il s'y noie, y revient à la vie et retourne s'enfoncer dans les abysses bleutés qui s'étendent sur des kilomètres devant lui. Ici, son 'jour après jour' ressemble presque à une éternité. Il est peut-être plus, plus grand que l'éternité. C'est peut-être l'éternité dans laquelle l'autre éternité, celle que tout le monde connaît et convoite, se trouve. Il est le sac à dos dans lequel on trouve la trousse. Ou alors la maison dans laquelle est rangé le sac à dos. Ou alors la ville. Le pays.
Il regarde, bon Dieu, il ne peut faire que ça, regarder. Ca lui apparaît comme une évidence.
Il agrippe la nuque de Castiel de sa main droite et l'attire contre lui. Il l'embrasse comme jamais il ne l'a embrassé, comme jamais il a embrassé n'importe qui, d'ailleurs. Castiel a raison, il a été un sale con.
Castiel repousse le sweat de Sam qu'il avait sur lui comme une couverture et vient se blottir contre lui avec besoin sans que leurs lèvres ne se détachent une seule seconde. C'est le seul oxygène qui ne brûle pas ses poumons, celui qui vient de Castiel. Le placard se referme sur eux, mais cette fois-ci, c'est bien, parce que ça l'oblige à resserrer son emprise sur le corps chaud pressé contre lui. Il se moque d'avoir du mal à respirer, d'avoir les poumons qui brûlent, pour rien au monde il n'arrêterait d'embrasser Castiel. L'ouragan de sensations qui le saisit est indescriptible. Transporté, il n'arrive pas à bouger. La seule chose qu'il puisse faire, c'est embrasser Cas, alors non, il n'arrêtera pas, même pas pour une petite seconde.
Il sent les mains de Castiel se glisser dans son dos et le forcer à se redresser, doucement, au moment même où leurs lèvres s'écartent. Plutôt que le froid glacial auquel il s'attendait après ça, c'est une douce chaleur électrique qui se répand sur sa peau à partir de l'endroit, dans le creux de son cou, où désormais se glissent les lèvres douces de Cas. Les mains remontent le long de sa colonne et viennent tracer le contour des muscles de son dos. Puis brusquement plus passionnées que tendres, elles agrippent son tee-shirt et le lui retirent. Il se sent exploser de l'intérieur et un étrange fourmillement se répand dans son ventre. A bout de souffle, il écarte le visage de Castiel et le dévisage, encore une fois. Il est beau. C'est juste ça. Il est presque trop beau pour être vrai.
Avec un petit sourire, il fait à son tour passer le tee-shirt de Castiel au-dessus de sa tête avant de laisser courir le bout de ses doigts sur les traits de ce visage qu'il connait par cœur, à force de l'avoir fixé, dévisagé et contemplé. Il remonte le long de la ligne de sa mâchoire et glisse sa main dans les cheveux foncés et tout décoiffés. Sa deuxième main, elle, entreprend de partir à la découverte du torse de Castiel qui, docile, se laisse faire.
Dean sourit en sentant les doigts de Castiel commencer à tracer quelque chose de familier sur son épaule. Le contact lui donne l'impression que sa peau s'enflamme sous le toucher léger et aérien de Castiel. Castiel. Voilà ce qu'il écrit sur son épaule et ce contact le touche tellement profondément qu'il sait pertinemment que ce prénom sera toujours à jamais gravé sur son épaule. Il repense à la fenêtre de sa chambre stérile et à l'hésitation qui assombrissait le visage de Castiel. Il repense à son cœur qui battait à trois cent à l'heure et à la simplicité avec laquelle il avait écrit son prénom sur le verre. Alors il le grave à son tour sur la peau de Castiel. Partout. Partout où il peut l'écrire, il l'écrit.
« J'ai promis. », murmure doucement Castiel, blotti contre lui.
Dean a froid et il sent Castiel grelotter contre sa peau. Aucun d'eux deux ne bougera cependant. Ils sont parfaitement bien, là, dans ce placard, dans les bras l'un de l'autre, allongé sur un semblant de matelas fait avec leurs vêtements.
« Je te libère de ta promesse. »
« D'accord. »
Mais Castiel ne bouge pas d'un millimètre. Sa main est toujours agrippée à son épaule comme s'il essayait de le tirer d'un abîme sans fond, comme s'il l'empêchait de tomber, encore et encore.
« Je t'aime. »
« Je vais t'amener faire un tour dans l'Impala. »
Castiel relève les yeux avec surprise vers le visage de Dean et le dévisage. S'il était quelqu'un d'autre, s'il n'était pas Castiel, il se serait vexé de ne pas entendre de retour mais il est Castiel, et mieux encore, c'est Dean. Il le connait vraiment bien, quoi qu'en dise les gens. Peu importe que ça ne fasse pas dix ans qu'ils se connaissent. Au plus profond de lui, il a l'impression que ça fait des siècles. Alors quand Dean lui affirme qu'un jour, il s'assiéra à côté de lui dans son Impala, il entend en réalité la plus belle déclaration qui soit.
« Et mes cheveux vont continuer de repousser. Tu verras à quel point je suis réellement sexy quand ils ont la bonne longueur. »
Parce qu'il ne peut pas s'en empêcher, il continue de lire entre les lignes et il réalise que l'air affolé de Gabriel, quand il a quitté sa chambre un peu plus tôt, n'est pas juste dû au retour du cancer. C'est ridicule, comment est-ce que quelqu'un qui se prétend aussi stupide et simplet que Gabriel peut comprendre autant de chose juste en regardant les gens ? Ils se ressemblent peut-être plus que ce qu'ils pensent. Une chose est sûre, Gabriel est plus intelligent qu'il ne le pense, et il se promet de le lui faire réaliser. Mais plus tard. Bien plus tard.
Dean lui jette un regard interrogateur et Castiel répond doucement d'un petit hochement de tête. Oui, il comprend. Il ne peut pas le blâmer pour son choix. Ce ne serait pas juste d'avoir eu envie de pleurer autant de fois parce que Dean connaît l'hôpital mieux que certaines infirmières et de lui demander après ça, d'y rester encore plus longtemps et d'y abandonner ses dernières forces. Il comprend, et il enfouit son visage contre le torse de Dean qui le resserre dans ses bras.
« On n'était sûrement pas fait pour rester ensemble, de toutes façons. C'était logique, que ça se passe comme ça.
« Je ne comprends pas … »
« Et bien, toi … tu as quelque chose qui ne vieillit pas, Castiel. Malgré tout ce qui t'est arrivé, tu ne vieillis pas. Moi, je prends dix ans à chaque faux pas. Techniquement, je suis le plus vieux de nous deux. J'ai 94 ans, et toi tu n'es pas encore né. Alors c'est dans l'ordre des choses. »
Castiel esquisse un sourire et détourne le regard.
« C'est joliment dit. »
Dean sourit à son tour avant de fermer les yeux, fatigué. Il sent les doigts de Castiel continuer de dessiner sur son épaule et s'amuser à visualiser chaque forme qu'il y inscrit danser devant ses paupières closes. D'abord, il y a ce qui ressemble à une voiture. Une ford mustang, peut-être. Ensuite, c'est un guitariste qui saute sur scène, et là, juste là, c'est une aile d'oiseau qui bat au rythme du vent.
Non … c'est une aile d'ange.
Dean ferme doucement la porte de sa chambre derrière lui et se retourne vers la pénombre. Sam semble toujours endormi dans son lit alors il s'agit d'aller se coucher sans le réveiller. Il traverse la pièce à pas feutrés avant de grimper dans son lit. Il est réellement fatigué, plus fatigué qu'il ne l'a jamais été après avoir passé la nuit avec quelqu'un. Encore une fois, pour lui, ce n'est pas le cancer. C'était différent avec Castiel, alors c'est normal que la fatigue le soit aussi. En remontant les couvertures sur lui, il ne peut s'empêcher de repasser le film en boucle dans son esprit et l'étrange fourmillement se répand une nouvelle fois partout dans son corps. C'était très différent. Maladroit par moment, un peu hésitant, mais c'était surtout mieux.
La fatigue l'assommant un peu, il se tourne sur le côté et ferme les yeux en posant sa main sur son épaule gauche. Il les sent, sous ses doigts, ceux de Castiel. Il a laissé pour lui sa main sur sa peau, comme ça, il ne sera plus jamais seul et quoi qu'en dise les médecins, ce sera jamais le cancer. Jamais.
Au moment où il ferme les yeux, la voix de Sam brise le silence.
« Tu sais, ce que je t'ai dit, quand tu m'as parlé de Castiel la première fois ? » Dean reste silencieux avec un petit sourire. « C'était lui la bombe à retardement, au début. C'était lui. »
Dean sourit et pousse un long soupir. L'aube perce les nuages, déjà.
« C'était ça, la révélation philosophique que tu devais avoir. Pas les chimios. »
Il entend le petit sourire de Sammy dans sa voix et il ne peut pas s'empêcher d'éclater de rire en se retournant vers lui.
