[Pour quelques gouttes de pluie]
Chapitre II
On s'envole...
Enfin ! J'étais finalement assise dans l'avion. Je n'avais pas dormi de la nuit et j'étais partie de la maison vers 5h30 avec Laureen. Après avoir enregistré mes bagages, nous avions pris un café accompagné de quelques viennoiseries. Avant d'embarquer, Laureen et moi nous étions embrassées, tendrement enlacées et j'étais partie les yeux mouillés.
L'avion était prêt à décoller et malgré-moi la tension montait peu à peu. Après avoir consciencieusement attaché ma ceinture, je m'enfonçais dans mon siège. Le décollage passé et mon estomac revenu à sa place initiale, je me suis rapidement écroulée pour ne me réveiller qu'au son d'une voix douce qui m'invitait à attacher de nouveau ma ceinture ! Ma tête et moi-même n'étions pas vraiment au point. Je n'ai même pas eu la présence d'esprit de soulever le store occultant le hublot avant d'avoir atterri. A peine sortie de l'avion, la chaleur m'écrase. Il fait presque quarante degrés et le soleil est implacable. Ma peau de blonde risque d'en prendre un sacré coup ! Mes vêtements froissés me collent à la peau et la lumière crue m'aveugle. Le bruit dans l'aéroport est assourdissant comparé à l'ambiance feutrée de l'avion. Je me dirige vers les tapis roulants pour récupérer mes bagages, un peu désorientée. Une fois le problème de la valise réglée, je scrute la foule à la recherche de la personne sensée venir me récupérer. Un homme plutôt grand à la peau couleur chocolat brandit un panneau à mon nom… Ou presque. Ils ont écrit Scarlett… A l'américaine. C'est en souriant que je me dirige vers mon futur guide. Il parle français ce qui me surprend. Après les présentations d'usages, il m'entraîne moi et ma valise vers le parking. Il s'appelle Faik et sa voiture est un tout-terrain très légitiment climatisé ! La chaleur est encore plus étouffante que sur le tarmac. Ici avec les gaz d'échappement et l'humidité qui sature l'atmosphère, l'air est quasi irrespirable. Je m'empresse de grimper dans son engin haut comme un building. Avec mon, à peine, un mètre soixante, cet exercice s'apparente à l'ascension du mont Everest. Ma chemise en lin sable est toute chiffonnée et humide de transpiration. Il va vraiment falloir que je me fasse à ce changement de climat.
Faik m'apprend que nous avons environ sept heures de route avant d'atteindre le village et qu'il a prévu de quoi me faire manger en cours de route. Avant même que je lui demande, il me tend une bouteille d'eau glacée que je m'empresse de porter à ma bouche. J'ai l'impression de boire le nectar des anges. Jamais un peu d'eau ne m'a paru si désaltérante. Durant notre progression, Faik m'indique quelques endroits intéressants, et les paysages continus à défiler. Vers 20h00, mes jambes engourdies commencent à crier au secours et même si le panorama sous le soleil couchant me coupe le souffle. Je n'ai qu'une envie, être enfin arrivée ! Le ciel s'est désormais teinté de nuances ocrées, rougeâtres et pourpres. Nous avons quitté toutes traces de civilisation si ce n'est celle sur laquelle nous roulons. En effet, la route et les troupeaux de chèvres qui paissent dans des champs de fortunes sont les seuls signes visibles d'occupation humaine. Je rêvasse les yeux perdus dans l'immensité maintenant assombrie lorsque Faik m'interpelle. Nous sommes tout proches du village. Enfin ! Les routes se font de plus en plus cahoteuses, si tant est que l'on puisse encore les qualifier de routes !
Il est 22h30 et nous sommes finalement arrivés à destination ! Avant même de descendre de la voiture, j'entends, plus que je ne vois, arriver un groupe de personnes. Ils sont deux. Deux hommes, dont Lowrens qui se moque gentiment de mon allure défraîchie.
« - Alors, Scarlette. Tu as survécu au voyage, c'est déjà ça !
- J'ai peut-être l'air d'une petite nature… Mais ce n'est qu'un air !
- Ah… Moi qui étais prêt à te proposer de quoi manger et te reposer…
- C'est vrai… Tu as raison, je ne suis qu'une faible femme… Mais je ne me suis pas présentée. »
- Je manque à mes devoirs, Scarlette, je te présente Igor, notre pédiatre. Il nous vient de Hongrie. Il parle anglais.
- Oh, nice to meet you, Igor. I hope we do a good job together.
- Certainly ! »
Après une courte conversation, Lawrens me guide à travers le camp et me désigne une petite construction en parpaings bruts. Le tour du propriétaire a tourné court. Il n'y a qu'une pièce et un petit renfoncement avec une table surmontée d'une cuvette pour tout sanitaire. Les WC se résument à un seau couvert d'un cache-pot. Rudimentaire. Trop peut-être ? Heureusement les ouvertures sont pourvues de moustiquaires assez résistantes pour bloquer le passage à un rhinocéros !
Heureusement, notre « base » dispose d'un groupe électrogène, j'ai donc l'électricité. Une fois débarbouillée, je laisse à nouveau dériver mon regard sur l'aménagement, disons spartiate, de mon nouveau logis. J'ai un vrai lit ce qui est déjà un sacré bonus. Aménagé dans la profondeur du mur se trouve mon nouveau dressing… De quoi y ranger mes boots de soirée ! Une table disposée sous une fenêtre trône face à l'entrée. Je viens de trouver mon bureau ! Au final, je suis plutôt bien installée. Les lieux sont sains, propres et fonctionnels. Lawrens m'avait parlé d'une douche naturelle derrière la maisonnette. Mais malgré mon envie incommensurable de me débarrasser de toute la crasse accumulée pendant le voyage, j'hésite à m'aventurer dehors en pleine nuit et seule. Me rappelant à l'instant présent, mes muscles douloureux se mettent à protester de concert avec mon estomac affamé. Comme appelée pas mes cris de détresse, de légers coups résonnent à la porte.
« - Entrez !
- Je t'apporte le dîner !
- Merci Lawrens ! Je suis morte de faim.
- Habituellement, nous mangeons tous ensemble dans ce qui nous sert de cafétéria. Mais ce soir, toi et Igor êtes les seuls déjà arrivés. Les autres arrivent demain à l'aube. Vers dix heures, tout le monde se réunira et je vous indiquerai la marche à suivre.
- Qui sont les autres ? Je me demande…
- Demain. Ce soir, dors ! Tu es fatiguée. Mange et repose-toi !
- Oui, Chef !
- Bonne fille ! Allez, à demain. Ferme bien les portes et les moustiquaires… »
Bonne élève que je suis, j'engouffre ce qui se trouve dans mon assiette, une espèce de soupe ou de ragoût de viande aux légumes. Du moins, je suppose… Après avoir branché mon ordinateur portable et grâce à la connexion satellite du camp j'ai pu envoyer un message à Laureen pour la rassurer. Pelotonnée sur le matelas frais, je tente de m'imaginer l'environnement alentours, trop sombre à mon arrivée pour que j'en déduise quoi que ce soit. Dix minutes plus tard, les bras douillets de Morphée me berçaient.
Un rayon de soleil joue sur mes paupières. J'oscille quelques secondes entre rêve et éveil, avant de me rappeler où je suis et pourquoi. D'un bond, je me redresse et regarde ma montre. Il est 11h00 ?! Je me jette hors du lit avant de me gifler mentalement. Ma montre est à l'heure de Paris… Il doit être aux alentours de 9h00. Je dois malgré tout me dépêcher, la réunion est dans une heure et je veux absolument prendre une douche !
Après avoir réuni mes affaires, je me dirige donc derrière la maisonnette. La douche est constituée de parois en bois et l'eau provient d'un bidon qui récupère les eaux de pluies. L'eau me fait un bien fou, elle est froide mais agréable. Fin propre, je m'habille rapidement et jette un coup d'œil à ce qui m'entoure. Sur une surface illimitée se dressent ici et là des dizaines de petites constructions de tailles et formes différentes. A perte de vue, une terre aride parsemée de touffes vertes s'étend sur des kilomètres. Au loin, je distingue des montagnes que le soleil, déjà haut dans le ciel, semble caresser. C'est magnifique. Les odeurs sont elles aussi déroutantes. Elles sont riches, je discerne des effluves d'épices, de fleurs mais celle qui prédomine, c'est celle de cette terre volatile qui semble tout recouvrir.
Deux petites mains agrippent la couture de mon T-shirt me sortant de ma contemplation stoïque. Un petit garçon d'une dizaine d'années tout au plus me sourit. Me remémorant les quelques cours d'initiation à l'oromo, langue la plus couramment parlée dans la région d'Oromia, je m'adresse à l'enfant.
« - Bonjour toi ! Comment tu t'appelles ?
- Falmeta ! Et toi ?
- Scarlette.
- ScaRlette ? T'es là pour nous aider ? Moi, je veux devenir médecin plus tard ! Toi aussi t'es docteur ?
- Oula, doucement ! Non, je ne suis pas docteur. Je construis des choses. Je suis là pour que vous puissiez avoir de l'eau.
- C'est bien aussi. Mais docteur c'est mieux !
- Tu as raison ! Je dois te laisser, je dois retrouver Lawrens.
- Viens je t'emmène. Je sais où est Monsieur Lawrens !
- D'accord… »
Ni une, ni deux, mon nouveau petit compagnon m'entraîne vers une grande bâtisse de plain-pied peinte à la chaux. Elle brille comme un phare, le soleil se réfléchissant sur ses murs immaculés.
« - Voilà ! Monsieur Lawrens est ici ! Moi, je dois partir. La maîtresse va me disputer si je reste trop longtemps !
- File ! Et merci… ! »
Je ne sais pas s'il m'a entendu. Parti comme une fusée, il était déjà loin. Un sourire aux lèvres, je pénètre dans la salle d'où proviennent les sons d'une discussion animée. Une dizaine de personnes y est réunie, et tous s'interrompent à mon arrivée. Arrivée des plus discrètes…
« - Bonjour… »
Au moment même où j'ouvre la bouche, mon regard tombe sur une magnifique asiatique au regard farouche. Elle toise Lawrens qui lui rend bien. Il a l'air furieux. Ravie de ne plus être le point de mire de l'assemblée, j'écoute les négociations reprendre. La sublime brune est apparemment la fameuse journaliste et la source du problème de Lawrens ! Elle veut à priori filmer durant une semaine en non-stop. Je ne comprends pas trop pourquoi elle le souhaite, ni pourquoi ceci met tant en rogne notre cher Lawrens. J'ai dû rater un épisode. Alors que j'allais enfin poser les questions qui me taraudaient, un jeune homme entre tout aussi discrètement que moi. Tous les regards se braquent sur lui mais cette fois, il a l'air beaucoup plus à l'aise que moi. J'avoue qu'il doit être habitué aux regards appréciateurs. Mais si son physique ne me laisse pas indifférente, c'est d'un regard glacial que Lawrens accueille le nouveau venu. Je profite de ce moment d'inattention pour interroger Igor.
Il m'explique alors que Lee Jun Ho, le fameux apollon, n'est autre qu'une célébrité sud-coréenne venue faire sa B.A et que la tigresse l'accompagne pour filmer sa générosité désintéressée… La fureur de Lawrens me semble nettement plus justifiée à présent. Ce que je ne saisis toujours pas c'est pourquoi, il ne les a pas encore sortis du village manu-militari. Igor éclaire ma lanterne sans même que j'ai besoin de lui poser la question. A priori, les mécènes de Lawrens sont plus que favorables à la venue de ce Jun Ho. Question de médiatisation du programme paraitrait-il… Je comprends dès lors que la résistance de Lawrens n'est que pure principe et que nous allons devoir nous coltiner l'adonis et ses simagrées…
