Chapitre 3 :

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« L'amour arrache les masques sans lesquels nous craignons de ne pas pouvoir vivre et derrière lesquelles nous savons que nous sommes incapable de le faire. »
– James Arthur Baldwin

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L'aurore donnait une teinte rosée au brouillard levé sur Baker Street, lorsque John décida finalement de rentrer au 221B. Il dut s'appuyer fortement sur la rampe d'escaliers pour soutenir son poids, car sa jambe menaçait de se dérober sous lui. Ça n'était pas la peine d'essayer de se convaincre du psychosomatisme de son boitillement – son corps était peu disposé à prendre en compte la logique. Il était clair que le stress causé par la révélation d'hier soir, combiné à sa nuit passée à marcher avaient été trop de pression.

John ouvrit la porte doucement, souhaitant, même si il y avait peu de chances, que Sherlock soit en train de dormir, ou dehors avec Lestrade, ou simplement plongé dans une de ses transes de silence, ainsi il pourrait se glisser jusqu'à sa chambre sans avoir à l'affronter. Si Sherlock pouvait si facilement lire ses pensées à propos de choses sans importance, qu'est-ce que ce serait face à l'agitation intérieure clairement inscrite sur son visage ?

Pitié, faites qu'il dorme.

« Revenu de chez Sarah, John ? »

Merde, Sherlock était carrément planté dans son fauteuil, comme si il attendait l'arrivée de John.

« Je ne t'avais jamais considéré comme un 're-visiteur de relations échouées'. As-tu encore une fois passé la nuit sur son sofa ? »

Le ton acerbe de Sherlock fit l'effet de jus de citron posé sur une blessure.

Les yeux fatigués de John rencontrèrent ceux froids, et argentés de son colocataire. Il ne pouvait pas invoquer une quelconque incohérente explication concernant son absence de cette nuit, et il n'était certainement pas prêt à discuter des nouveaux sentiments qui s'agitaient violemment dans sa poitrine. Mais un regard si intense, envoyé par ces orbes, faisait tourner et retourner son estomac. Comment avait-il put garder ces sentiments au fond de lui pendent si longtemps ?

Comme John luttait à trouver des mots pour combler le silence, mots qui auraient dissuadés le détective d'utiliser ses compétences de déductions, Sherlock s'était doucement levé, approché de John comme un tigre approche un jeune faon, rodant autour de lui afin couper court à sa fuite. Les narines de Sherlock s'évasèrent alors qu'il examinait minutieusement John.

« Mes excuses, j'ai parlé trop vite. Ce n'était définitivement pas le sofa. Tu as passé la nuit dehors, à marcher dans le parc à en juger ton apparence et ton odeur. Que s'est-il passé John ? Quelque chose t'a grandement bouleversé. Tes pupilles sont dilatées, tu trembles, même la couleur de ton visage me hurle que tu te sens extrêmement anxieux. »

Enlevant sa veste dans l'espoir de conduire le regard de Sherlock loin de son visage, John décida d'être partiellement honnête.

« J'ai eu une journée difficile hier. Un cas bouleversant en fin de journée, une jeune adolescente qui a des troubles alimentaires. Sarah et moi sommes sortis prendre quelques verres, puis j'ai marché dans le parc. J'avais besoin de faire le vide dans mon esprit. Maintenant, si tu veux bien m'excuser Sherlock, je suis vraiment crevé, et je vais essayer de dormir un peu. »

Sherlock resta à regarder John pendent un long moment, son regard fixe balayant son visage, retenant les moindres détails. Puis il recula, hocha froidement la tête vers John, et répondit seulement « Dors bien. ».

Bien.

oOoOo

John, allongé dans son lit les yeux grands ouverts, contemplait le plafond, pas sûr de ce que serait la prochaine étape. Oui, il en était venu à accepter d'avoir des sentiments pour son colocataire. Merde, si il devait être totalement honnête avec lui-même, il était amoureux du brillant détective.

Et maintenant ?

Avoir découvert ses sentiments à l'égard de Sherlock ne signifiait pas que Sherlock ressentait autre chose que de l'amitié pour lui. Il se souvint de bribes de conversations qui ne firent rien pour le rassurer.

« Vous n'avez pas de copine ?

- De copine ? Non... Ce n'est pas ma tasse de thé.

- Je vois... Alors un copain peut-être ? Ce qui ne serait pas un souci.

- Je sais que ce n'est pas un souci. »

Génial, John était à peu près certain que les tendances de Sherlock allaient vers la gente masculine. Cependant...

« Vous avez un copain alors.

- Non.

- Ok, d'accord. Vous êtes sans attaches. Comme moi. Bien.

- ... John... Je crois qu'il faut que vous sachiez que je me considère comme marié à mon boulot, et même si je me sens très flatté par votre intérêt, je ne suis pas en train de–

- Non ! Hmm, non ! Je ne vous... demande rien. Non... Je dis seulement que... que tout me va.

- ... Oh. Merci. »

Avec le recul, John réalisa qu'il s'était pratiquement jeté sur le jeune homme, et en revivant cette conversation dans son esprit, il s'aperçu s'être assez bien ramassé.

Bien sûr, John n'était pas persuadé du fait que Sherlock se soit déjà laissé avoir une relation émotionnelle. Il pensait avoir vu quelque chose entre Sherlock et Irène Adler, pourtant Sherlock l'avait battue et éloignée de sa route, sans un regard en arrière.

« J'ai toujours été capable... de conserver mes distantes... de faire abstraction de mes sentiments. Mais là tu vois ? Mon corps me trahit... Intéressant hein ? Les émotions. La mouche dans la soupe, la faille dans la machine... »

Sherlock ne faisait pas dans le sentiment.

Si seulement il n'avait qu'à se préoccuper de son attirance, longtemps ignorée, envers les hommes, mais non, il était amoureux de son meilleur ami émotionnellement inaccessible.

Jamais il ne serait possible que cet homme exceptionnel et magnifique, voit un médecin-militaire débraillé et boiteux autrement qu'un ami et collègue. John savait que Sherlock était trop bien pour lui.

Il gémit et se couvrit la tête avec un oreiller. Lentement, le sommeil finit par avoir raison de lui.

À suivre...