Disclaimer: ch chapitre 1
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Bêta: Mistycal bien entendu !
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Réponses aux commentaires anonymes: -Marina - Douceurfamille - - Mireille -
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Retour Vers La Vie 1/2
Mercredi 25 décembre 1996
Acte 1 : Le Temps Des Questions
Severus
Dire que nous sommes soulagés, est loin, très loin en dessous de la réalité, bien que, dans les circonstances actuelles, il ne puisse être question d'être au comble de la joie. Hermione est sauvée, certes nous en sommes tous profondément heureux, mais personne ne peut oublier celles et ceux qui sont définitivement tombés lundi et il persiste une sourde douleur dans nombre de cœurs…
Les Granger nous remercient avec chaleur, serrant particulièrement Fred dans leurs bras. Ils ont bien compris qu'il a été blessé au combat et que l'un de ses frères est mort, pour permettre que l'on ramène Hermione au QG en toute sécurité. Et nul doute qu'ils sont frappés par le courage et la générosité de la famille Weasley, dont tous les membres sont aux petits soins pour leur fille unique malgré leur chagrin.
« Allons, laissez tous Hermione se reposer, maintenant. » ordonne Richard, d'un ton professionnel et ferme…
« Mais non ! Nous voulons être là, à son réveil ! Elle sera contente de nous voir et de savoir combien nous tenons tous à elle ! » proteste Ginny, sous les hochements approbateurs de nombreuses têtes
« Elle ne se réveillera pas avant quelques heures. Elle est très fatiguée, après son dur combat contre le venin. Et vous êtes tous épuisés vous aussi. Hermione sera plutôt horrifiée en voyant vos têtes ! Elle se pensera perdue et non sauvée ! Alors allez vous coucher ! C'est un ordre ! » réplique Richard qui ne se laisse pas attendrir par l'air suppliant adopté par Ronald, Harry et quelques autres…
Pas plus que Pompom, qui pousse déjà Marian et Terry vers la porte de la chambre, en marmonnant qu'il est plus que temps pour eux d'aller se reposer…
Elle ne réussit pas cependant, à refouler immédiatement Gil Travers qui vient d'être relevé de son tour de garde auprès des écrans et tient absolument à voir Hermione avant d'aller lui-même se coucher.
« Monsieur et Madame Granger, vous avez également besoin de repos. Je vous ai fait un lit et je vous réveillerai si Hermione ouvre l'œil avant vous. Ginny ira dormir avec Luna, Phillipa et Miho ou Megan, Annabelle et Elinor… Enfin, là où il y a de la place…» déclare Molly, en amenant doucement les parents d'Hermione vers le fond de la chambre, où elle a transformé le lit de sa fille en lit double…
Au grand dam de Ginny, qui espérait pouvoir rester ici puisqu'elle a toujours partagé la chambre d'Hermione et bougonne quelque peu, tandis que Théo l'entraîne gentiment vers la sortie…
Nous partons, les uns après les autres, non sans avoir embrassé Hermione auparavant, chacun gagnant ensuite rapidement l'une ou l'autre des chambres, tandis que je m'apprête à descendre l'escalier
« Où est Marraine ? » me demande Harry, le dernier avec Ronald, à sortir de la chambre de son amie …
« Elle était trop épuisée pour nous suivre et elle est restée dans le labo où je vais la rejoindre. Je vais me faire tout petit pour passer dans la cuisine. Je n'ai pas envie d'être accosté une fois de plus par ton oncle Vernon… » réponds-je, sur un soupir…
« Pourquoi t'accosterait-il ? » s'enquiert Harry, en réprimant un bâillement.
« J'ai promis d'aller récupérer des effets et les cadeaux de ton cousin chez ton oncle et ta tante mais… » commence-je à répondre, quand Harry m'interrompt
« Te fatigue pas. On sait. La maison a été incendiée par Lucius et il n'y a plus de vêtements ni de cadeaux. Dobby leur a dit… » révèle-t-il, en faisant une grimace
« Oh… Voilà une nouvelle qui n'a pas dû être accueillie avec joie. Je comprends d'autant mieux qu'ils aient eu l'air aussi sinistres tout à l'heure. Mais pourquoi Dobby s'est-il chargé de l'annoncer ? » m'enquiers-je, assez curieux je l'avoue
Après un rapide coup d'œil par-dessus la rampe de l'escalier, en direction de la cuisine, Harry m'entraîne dans sa chambre, m'offrant de prendre place dans un confortable fauteuil et me raconte rapidement les circonstances qui ont amené Dobby à révéler qu'un incendie a emporté les biens des Dursley.
Et, dans la foulée, Ronald et Harry narrent également les évènements qui se sont produits ensuite, à Little Whinging…
Et combien je regrette d'avoir raté l'occasion d'arrêter ce salopard de Lucius !
« Et après, il a attaqué chez King. » achève Harry, sans pouvoir réprimer son bâillement cette fois…
« Chez King ? Mais pourquoi chez King ? » m'enquiers-je, très étonné que Lucius attaque le Chef des Aurors, alors que le jour allait se lever et qu'il devait savoir la maison bardée de Protections
« Je n'en sais rien. Toujours est-il que la famille de King est ici aussi maintenant, ainsi que Madame Figg et les Strikawe. Les voisins de mon oncle et ma tante… Je ne sais pas comment nous allons répartir les chambres… Mais je verrais ça plus tard. » répond Harry, en fourrageant dans ses cheveux avec lassitude
Tandis qu'un frisson me remonte une fois de plus l'échine…
Les voisins de l'oncle et la tante de Harry étaient chez King… Et ce sont les Strikawe…
Strikawe… La famille d'accueil de Miho…
La petite fille que Lucius voulait tuer tout à l'heure ressemble à Miho…
Le dossier de Miho a disparu du Ministère…
Lucius voudrait-il s'en prendre à elle ? Pourquoi ? Parce qu'elle m'est attachée ? Est-ce que cette information lui est parvenue et que c'est pour cela ? Ou a-t-il d'autres raisons de s'en prendre à elle ? Mais dans ce cas lesquelles ? Miho n'est qu'une petite fille. Un brin particulière bien sûr et douée pour la Médiumnité. Ce n'est pas une raison cependant. Et ce secret est pour l'heure caché…
A moins que l'Espion de Poudlard le sache…
Bon sang ! Qui est cet Espion ? Arriverons-nous à mettre la main sur lui ?
J'espère qu'il ne voudra pas s'en prendre à Miho ! J'espère que Lucius ne lui donnera pas l'ordre de le faire étant donné qu'elle lui est inaccessible !
Si cela est, il faudra redoubler de vigilance à Poudlard et protéger Miho à tout instant… Il faudra de toute façon le faire, ainsi que pour les Strikawe et l'autre petite Eurasienne qu'il pense peut-être être Miho…
Cela ne peut être que cela. Mais pourquoi, Merlin ? Pourquoi ?
Où en est l'enquête que j'ai demandée concernant le passé de Miho et sa famille naturelle ? Je vais contacter le commissaire Finch-Fletchley au plus vite. Et demander à Gil ce qu'il s'est passé au Manoir au petit matin. Si Lucius a donné une explication quelconque à ses Mangemorts avant de se rendre chez King…
« Parrain ? Quelque chose ne va pas ? Tu es pâle comme un mort. Tu devrais aller te reposer, toi aussi. Vous aviez beau être dans le Temps Ralenti, je parie que vous n'avez pas beaucoup dormi non plus… » me fait remarquer Harry, l'air inquiet…
Il a raison. Maintenant que les tensions sont retombées, je suis claqué et je n'arrive pas vraiment à coordonner toutes les pensées et les interrogations qui me traversent l'esprit. Aussi laisse-je Ronald et Harry se coucher et prends-je le chemin du labo pour rejoindre Nally.
Je traverse la cuisine, notant au passage l'œil noir que m'adressent les Dursley. Nul doute qu'ils m'en veulent de ne pas avoir accédé illico à leur demande d'aller récupérer leurs effets à Privet Drive. Comme si j'étais à leurs ordres et que je n'avais pas eu plus urgent à faire !
Un de ces quatre, ils entendront ma façon de penser me promets-je…
Il y a d'autres personnes dans la cuisine, que je n'ai pas vues tout à l'heure. Il est vrai que je n'avais qu'une hâte, monter à l'étage pour apporter la Potion à Hermione. Je laisse maintenant mon regard glisser et s'attarder un bref instant sur chacune de ces personnes.
Trois fillettes, dont la petite Eurasienne que Lucius cherchait à tuer sont attablées, jouant à la bataille explosive dans de grands éclats de rire. C'est bien. Cela met de la vie dans cette maison qui a connu ces deux derniers jours des heures d'attente anxieuses et fébriles, tendues de douleur et de chagrin…
Dobby est aux petits soins d'Arabella et de ses voisins, sous l'œil un peu morne et méfiant d'un adolescent que je reconnais comme le fils des Strikawe, tandis qu'une femme avenante et aux formes généreuses, la femme de King probablement, se charge de tout leur révéler de la guerre contre Voldemort…
Il me faudra apprendre bientôt aux Strikawe qu'ils ne pourront retourner dans le monde Moldu avant longtemps. Mais je verrais cela plus tard. Quand je me serais reposé…
J'ouvre la porte qui descend vers le sous-sol, dégringolant l'escalier sombre sans aucune hésitation et bientôt je rejoins mon épouse dans le labo. Elle s'est endormie dans un vieux fauteuil à demi défoncé. Je souris, en la voyant ainsi, la tête lovée dans le creux de son bras gauche, sa longue tresse reposant sur ses genoux repliés tout contre l'accoudoir.
Et j'appelle Dobby, pour qu'il nous apporte un lit qui sera bien plus confortable que ce vieux fauteuil…
Quelques minutes plus tard, je m'allonge auprès de Nally, l'entourant tendrement de mon bras et je ferme les yeux avec bonheur, chassant toutes questions et pensées de mon esprit pour accueillir le sommeil…
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Bill
Viktor et moi revenons du Terrier où nous nous sommes reposés un peu avant de prendre notre tour de garde dans la Base d'Espionnage. Mon compagnon d'arme grimpe l'escalier quatre à quatre et tourne dans le couloir de gauche. Il s'arrête devant la porte de la chambre d'Hermione, hésite brièvement puis ouvre doucement et je reste derrière lui, désireux moi aussi de savoir si Hermione a repris connaissance.
Maman qui est pensive dans son fauteuil, le visage douloureux, lève son regard vers nous et hoche négativement la tête. Viktor soupire et referme lentement la porte, restant un bref instant immobile avant de se diriger vers la Base.
« Ah ! Vous v'là déjà ! J'vous attendais pas si tôt ! » s'exclame Mondingus, qui nous accueille avec un sourire, tandis que Dedalus Diggle enfile déjà sa cape car il est attendu pour le déjeuner chez sa fille.
Il nous salue rapidement et promet de venir tôt demain matin pour prendre la relève de Charly et Nadya qui seront de garde la nuit prochaine, avant d'empoigner un sac contenant des paquets emballés dans des papiers colorés et de partir. Ses petits enfants vont être gâtés et auront un joyeux Noël, à n'en pas douter…
« Alors mon Billy ! Z'avez eu chaud aux miches ç'matin, de ç'qu'Hestia nous a dit ! » déclare Mondingus, tandis que je prends la place de Dedalus.
« Ouais. Lucius n'a pas fait les choses à moitié. Nous avons la chance de nous en sortir sans casse, ce qui n'est pas le cas des Moldus. Voldemort est au courant ? » réponds-je, curieux de savoir si Lucius s'est pris une raclée ou non…
Non, pas curieux. Espérant qu'il se la soit prise…
« Nan. Pas encore… Mais sa future belle-mère et la p'tite s'sont effondrées quand elles ont su qu'le Russe a été capturé. Lucius leur a raconté un conte à pleurer dans les chaumières, jurant ses Grands Mages qu'Papa Syssoï est un héros glorieux, qu'il rest'rait pas longtemps en cabane et tout l'bataclan ! Madame a été r'quinquée par ses discours, mais la p'tite pleure toute seule dans son salon privé depuis… » nous apprend Mondingus qui, comme d'habitude, n'est pas pressé de partir et se fait un devoir de tout nous raconter par le menu…
Il nous montre même le passage concerné, où l'on voit un Lucius qui porte les stigmates de ses combats faire son numéro. Sa mise est débraillée, sale et déchirée. Ses cheveux sont en bataille et il a des traces de suie sur son visage…
Il a même été blessé à l'épaule gauche et arbore une plaie assez profonde souillée de sang coagulé. Je me souviens m'être demandé quand nous étions dans la rue en face de chez King, si c'était à Papa ou Maman qu'il devait cette blessure…
Malgré sa piètre allure, ce salopard de Lucius captive son auditoire et il embobine Madame et sa fille avec brio, je dois le reconnaître, même si cela m'écœure profondément…
« Bon allez, faut qu'j'y aille. Rita m'attend. Elle voulait pas déj'ner toute seule un jour d'Noël… C'est pas qu'ça m'emballe plus qu'ça d'passer l'après-midi avec elle, mais c'est l'jour des bonnes actions, pas vrai ! » déclare Mondingus, qui s'étire avant de se lever de son fauteuil.
« Remercie-la au nom de la famille Weasley, tu veux bien ? Pour son article à propos de Percy… » dis-je, la voix un peu étranglée…
Mondingus me presse l'épaule et acquiesce d'un hochement de tête, tandis que je songe aux articles de Rita dans la Gazette parue hier.
C'est la première fois, depuis que je le lis, que j'ai apprécié son travail. Car elle a été sobre et ses écrits étaient douloureusement magnifiques, rendant un hommage sincère à celles et ceux qui ont donné leur vie ou ont été blessés en combattant les Mangemorts… Il y avait également une photographie, suivie d'une courte mais brillante biographie, qui mettait en valeur les qualités, le courage et la générosité de chaque défunt…
Je sais que Maman a précieusement gardé ce journal, bien plié, dans le tiroir où elle conserve les souvenirs de la famille… De ses enfants…
« Ouais… Elle change, Rita. On dirait qu'la peur et l'enfermement, ça la fait réfléchir et qu'elle d'vient un peu plus humaine. Même avec moi elle est moins casse-couille. » glisse Mondingus dans un murmure, avant de soupirer et d'ajouter : « Après qu'Albus lui ai raconté tout ç'qu'il s'est passé, c'est la première fois que j'l'ai vu écrire ses articles à la main… Et elle chialait comme une gosse en écrivant… »
Puis il secoue la tête et il sort discrètement du silence épais qui s'est installé dans la Base…
Viktor et moi restons silencieux, fixant les écrans sur lesquels il ne se passe rien de spécial, chacun profondément enfoncé dans ses pensées…
Et je ne puis m'empêcher de me demander ce que peut bien faire Edmond Parkinson, l'assassin de mon frère, en ce jour de Noël… Où se cache-t-il, depuis lundi? Est-il en train de se goinfrer d'un bon repas, en buvant du bon vin et en riant de bon cœur avec sa famille et sa fiancée ? Est-il en train de se réjouir du malheur qu'il a fait s'abattre sur notre famille ? Ou est-il en train de fomenter un quelconque mauvais coup ?
Mon frère Percy est mort et enterré. Et moi je suis là, à surveiller ces écrans de malheur, sans réussir encore à vraiment réaliser que jamais plus je ne verrais mon frangin, que jamais plus je n'entendrais le son de sa voix, ni son rire… Que je ne le verrais pas se rengorger avec fierté, quand son enfant viendra au monde…
Et la colère me vient. Profonde et glacée. Mêlés d'un puissant chagrin.
Je serre les poings, si fort que mes ongles rentrent dans la chair de mes paumes. Mon cœur me fait mal à hurler, mais mes cris ne peuvent passer ma gorge, trop nouée par cette colère et cette douleur qui m'étouffent…
Nous savions, tous, Papa, Maman, mes autres frères et moi-même, que la mort pouvait faucher l'un de nous au combat. Nous le savions et nous nous étions préparés à cette éventualité, nous en avions souvent parlé… Mais putain, ça fait mal !
Putain oui ! Ça fait mal !
D'autant sans doute que nous conservions, secrètement cachée au fond de notre cœur, une petite pointe d'espoir d'être tous épargnés par ça…
Ouais ça fait un putain de mal !
Et je n'ose imaginer ce que peut ressentir aujourd'hui Olivier Dubois, qui a perdu toute sa famille. Comment peut-il tenir le coup sans devenir fou ? Est-ce parce qu'il doit maintenant prendre soin de son neveu, le seul autre survivant de l'empoisonnement qui a emporté tous les êtres chers à son cœur ? Est-ce le désir de vengeance qui le tient aux tripes ?
Je l'ignore. Mais quoi qu'il en soit, je l'admire de rester debout dans cette tempête de douleur qui l'ébranle de toutes parts…
« Parrrkinson ne l'emporrrterrrra pas au Parrradis, Bill. Pas plus que Lucius, Voldemorrrrt et tous les autrrrres Mangemorrrrts. Nous allons y veiller… » déclare soudainement Viktor, en me pressant l'épaule.
« Ouais… Tu as raison Viktor. Nous allons y veiller. » acquiesce-je, avant d'inspirer profondément et de chasser de mon esprit toutes les pensées et interrogations qui l'encombrent.
Il n'est pas temps de me poser ces questions qui font mal et auxquelles je n'aurais pas réponse. Pas temps de penser à Parkinson pour l'heure…
Oui, il faut revenir au temps présent.
J'ai un travail à faire. Un Manoir à surveiller.
Il me faut être attentif et vigilant à tout ce qu'il se passe là-bas, car chaque détail compte et peut nous permettre de déjouer des plans machiavéliques et de sauver des vies…
A défaut de ressusciter les morts…
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Acte 2 : Le Temps Des Révélations
Draco
Je me réveille en sursaut, la poitrine oppressée par l'angoisse et trempé de sueur…
Putain de Merlin, comme dirait Ron ! Quel horrible cauchemar !
J'ai rêvé que j'étais à genou, au milieu d'une rue dans laquelle s'écoulait une rivière de sang. Je serrais la tête arrachée de Harry contre ma poitrine en hurlant à me casser les cordes vocales, tandis que Lucius, perché sur une montagne de cadavres horriblement mutilés, me regardait en riant de son rire glacial et cruel. Tout explosait autour de nous. Des immeubles s'effondraient dans de hautes gerbes de flammes et des milliers de personnes se tortillaient en appelant au secours dans les langues de feu. Et parmi elle, je reconnaissais Percy, Carlotta, l'amie Dresseuse de Dragons de Charly, Heathcote Barbary, le chanteur des Bizarr' Sisters et Anton Dimitrov, le joueur de Quidditch Bulgare, décédés au combat lundi soir… Et même le père de Sophie Faucett et les autres morts que je n'ai jamais rencontrés, mais dont je connais au moins de vue leurs enfants qui vont à Poudlard… Je n'arrivais pas à esquisser le moindre geste pour les sauver et la rivière de sang se transformait peu à peu en un fleuve dans lequel je me noyais…
Mon cœur bat la chamade. Et le moins que je puisse dire, c'est que je n'ai pas envie de refermer les yeux… Je ne veux pas avoir à revivre de telles horreurs…
« Ça va Draco ? » me demande tout bas Blaise, qui dort dans la même chambre que moi, ainsi que Théo
Il a dû me voir faire un saut de carpe dans mon lit. A moins qu'il ne m'ait entendu m'agiter dans mon sommeil…
« Ouais… J'ai fait un cauchemar… » souffle-je en réponse, tandis que mon cœur retrouve peu à peu un rythme normal…
« Bienvenu au Club ! J'allais me lever, je ne pourrais pas refermer l'œil de toute façon. » déclare Blaise dans un murmure, en s'assoyant sur son lit, avant de rejeter ses draps et couvertures pour mettre son projet à exécution.
« Suis donc pas le seul à ne pas bien dormir. Je m'en doutais un peu à vous entendre gémir dans votre sommeil… » révèle alors Théo, en émergeant de son lit à son tour, pâle et visiblement aussi fatigué que lorsque nous nous sommes couchés…
Nous nous levons tous les trois et allons nous rafraîchir dans la salle de bain commune aménagée à notre étage, nous flanquant tous les trois sous le jet de la grande douche, sans fausse pudeur. Ça fait longtemps que nous partageons le même dortoir et la même salle de bain.
Et Blaise a souvent vu nos cicatrices à Théo et moi. Il ne s'arrête pas dessus…
Notre douche est rapide et nous retournons dans notre chambre, emmitouflés dans nos peignoirs et serviettes de bain. Nous nous habillons bien vite, car il fait un peu frisquet. Le feu est éteint dans la cheminée et nous avons la flemme de rallumer. Autrefois, j'aurais sans doute aucun fait punir les Elfes pour ça. Mais je suis loin d'être celui que j'étais alors et je sais combien Roi Dobby a de boulot ici. D'autant que Winky a pris définitivement quartier chez Fred et Georges depuis hier.
« Je vais demander à Dyna de venir donner un coup de main à Roi Dobby. Avec le peuple en plus qui est arrivé ici, jamais il ne s'en sortira le malheureux… » annonce Blaise, en enfilant ses bottes.
Il appelle aussitôt son Elfe, qui est toute heureuse de rendre service à son « Maître Blaise » et se précipite à la recherche de Roi Dobby, afin qu'ils puissent se répartir les tâches à effectuer dans cette grande baraque…
Quand nous sortons de notre chambre, Miho sort de celle qu'elle partage avec Luna et Phillipa. Elle se frotte les yeux, puis sourit et se précipite vers nous…
« Avec tout ça, tu n'as pas eu tes cadeaux de Noël, poussinette… » fait doucement remarquer Blaise, en lui plaçant une mèche de cheveux encore humide de sa douche derrière son oreille, pour dégager sa joue et l'embrasser…
« Plumki a entendu Tantine Augusta dire qu'on les aurait au Nouvel An ! Comme ça, Hermione pourra être avec nous ! Je trouve que c'est une trop bonne idée ! » répond Miho, avec un grand sourire, tandis que nous descendons l'escalier
Et Blaise la serre un peu plus contre lui, tandis qu'il me vient à l'esprit que Miho est vraiment une adorable gosse. Quand on pense au ramdam que ce gros veau de Dudley a fait, parce qu'il n'a pas eu les siens ce matin ! Il devrait prendre exemple sur elle !
Quand nous arrivons dans la cuisine, il y a des gens que je ne connais pas. King a l'air crevé et semble tout juste revenir de Little Whinging où il est retourné après l'attaque sur sa maison. Il nous présente sa femme et ses deux adorables gamines, Célia et Yasmine.
Célia, la plus âgée, a dix ans. Bien que son visage soit beaucoup plus fin, elle ressemble énormément à King, dont elle a hérité le regard pétillant d'intelligence et la bouche charnue fendue sur un sourire bienveillant. Yasmine, qui a deux ans de moins, tient davantage de sa mère. Même s'il lui manque deux dents, son sourire est magnifique et son regard est doux, tout en dégageant une sorte de force tranquille…
Les deux gosses sont admirablement bien élevées et aussi généreuses que leurs parents, cela se voit déjà. Elles sympathisent de suite avec Miho et lui offrent de se joindre à elles et une autre petite Eurasienne, appelée Kyo, toute timide et mignonne…
Et qui ressemble quelque peu à Miho…
Miho accepte avec joie la proposition de Célia et Yasmine, mais leur dit d'attendre un instant. Elle se rend auprès de Madame Figg qu'elle embrasse sur les deux joues. Puis elle se dirige vers les personnes également arrivées ce matin, tandis que je vais m'asseoir avec Fred et Georges qui s'empiffrent de gâteau au chocolat, en compagnie de Gabe, Benjamin et Lee…
« Bonjour Madame Strikawe ! Bonjour Monsieur Strikawe ! Bonjour Tim ! » s'exclame Miho, tête un peu penchée vers son épaule…
L'homme lui ébouriffe les cheveux avec un sourire, tandis que le garçon qui doit avoir à peu près le même âge que moi, grogne à peine un bonjour entre ses dents, l'air un peu endormi…
« Bonjour Miho. Je… Je suis étonnée de te voir ici. Je ne m'y attendais pas du tout… » répond la femme, l'air assez mal à l'aise
Est-ce d'être ici ou de voir Miho ? Je ne saurais le dire, mais je note que Blaise la regarde en plissant légèrement les yeux…
« Bah je suis venue ici pour les vacances ! Parrain Grognon et Tatie Nally ne voulaient pas que je reste toute seule à Poudlard ! Alors je suis ici avec Blaise qui est comme mon grand frère maintenant et mes amis ! Il ne manque qu'Alioth et Astoria ! Et Dennis aussi ! Astoria est chez Tante Molly ! Alioth et Dennis sont rentrés chez eux ! » explique Miho avec un rien d'excitation joyeuse
« Parrain Grognon, Tatie Nally et Tante Molly… Mais… » commence la femme, tandis que j'accepte un thé et un sandwich servis par Dyna.
« Je suis Parrain Grognon et Tatie Nally est mon épouse… » l'interrompt Pa, qui vient d'entrer à son tour dans la cuisine.
Aussitôt Miho lui saute dans les bras, de l'un de ses bonds prodigieux qu'elle seule est capable de réaliser. Pa la réceptionne et lui rend le baiser sur la joue qu'elle lui donne, avant de venir s'asseoir à côté de moi.
« Oh ! Mais c'est vous qui étiez là, cette nuit ! Dans la rue, quand nous sommes sortis de la maison ! C'est vous qui avez fait exploser notre Cèdre Bleu ! Je vous reconnais ! » s'exclame Madame Strikawe, en fixant Pa d'un regard proprement scandalisé.
Pa se sert une tasse de thé, l'air tranquille.
« C'est exact. Et je suis navré d'avoir massacré un si bel arbre. Mais je n'avais pas d'autre choix… » répond-il en même temps, jetant un rapide coup d'œil vers les petites filles qui jouent à l'autre bout de la table.
De toute évidence, il n'a guère envie d'en dire davantage devant elles…
« Pas le choix ! Mais vous auriez pu nous tuer ! » s'exclame encore la femme, à demi-voix cette fois, mais l'air toujours aussi scandalisé
« Ah non alors ! Parrain Grognon n'aurait pas fait ça ! Au contraire, il est gentil ! Plumki dit qu'il a fait ça pour sauver Kyo ! » s'exclame alors Miho, avec vivacité…
La femme lui jette un regard surpris et ouvre la bouche sans doute pour lui demander des explications, mais Pa ne lui en laisse pas l'occasion.
« Miho, tu devrais aller t'amuser avec les autres petites filles. Vous pouvez aller dans le grenier où vous aurez toute la place qu'il faut pour vous défouler en toute tranquillité. » dit-il d'une voix douce, avant de se saisir de Plumki pour le regarder dans les yeux et d'ajouter : « Et j'apprécierai hautement que Monsieur Plumki cesse de se mêler de ce qui ne le regarde pas et vous raconte plutôt quelques histoires drôles ou un conte de Noël, après tout, c'est approprié aujourd'hui, n'est-ce pas ? »
Miho pouffe derrière sa main, reprend son lapin en peluche bleu défraîchi puis penche la tête, comme pour mieux entendre ce que Plumki a à répondre.
« Il dit qu'il va le faire ! Mais il tient à préciser auparavant, que tu serais bien en peine, si la prochaine fois il ne venait pas me prévenir quand quelqu'un est en danger ! » s'exclame-t-elle, au grand dam de Pa qui lève les yeux aux cieux…
Plumki n'a pas tort, me dis-je, en songeant que Harry et moi aurions vraiment été dans la panade s'il n'était pas intervenu pour nous faire parvenir une aide providentielle ce matin…
Miho s'empresse maintenant vers le trio de fillettes et elles s'en vont toutes joyeuses, sortant en courant de la cuisine au moment où Harry et Ron y entrent eux-mêmes. Tous deux se laissent tomber sur le banc devant moi, tandis que Pa se tourne lentement vers les Strikawe, l'air de peser sa réponse…
« Si j'ai abattu votre Cèdre Bleu, Madame, c'était pour empêcher le Sorcier contre lequel je me battais et qui se tenait à l'abri sous son couvert, de tuer la petite Kyo. Ce même Sorcier, qui a incendié la maison des Dursley et la vôtre … » explique-t-il, avec douceur
Au grand effroi du couple et de leur fils qui en a visiblement le souffle coupé.
« Mais pourquoi ? Pourquoi voulait-il tuer Kyo ? » demande Monsieur Strikawe, le premier à se reprendre, en plaçant un bras protecteur autour des épaules de sa femme et son fils…
« Je l'ignore… et croyez que j'aimerai pourtant bien le savoir… » répond Pa, l'air grave et soucieux
« Est-ce que cela a un rapport avec cet homme qui est venu poser des questions au sujet de Miho samedi ? Il a regardé Kyo d'un œil qui m'a fait frémir… » demande soudainement Madame Strikawe, pâle et défaite
« Quel homme ? Tu ne m'as rien dit… » réagit aussitôt son époux, sourcil haussé
« Je sortais pour aller faire des courses, samedi matin. Tim et toi étiez partis chercher le sapin de Noël avec la camionnette de ton collègue. Cet homme s'apprêtait à sonner quand j'ai ouvert la porte. Comme j'étais un peu en retard sur mon programme de la journée, je lui ai dit que je n'avais pas le temps de répondre à ses questions et de revenir un autre jour, après Noël. Et je suis aussitôt montée dans la voiture, avec Kyo. Il l'a regardée en souriant et lui a fais un signe de la main. Je n'ai pas beaucoup aimé son sourire, ni l'éclat qui a traversé ses yeux. Il m'a fait froid dans le dos et j'ai aussitôt démarré. Puis j'ai regretté de ne pas lui avoir demandé son nom, ni ce qu'il avait à voir avec Miho. Je me suis dit qu'il faudrait que je te parle de cela, mais il y a eu les courses dans le magasin archi bondé, le pressing qui a ruiné les doubles rideaux du salon, la crevaison sur le chemin du retour, puis ce coup de fil de Jane pour annuler le déjeuner de dimanche et je n'ai plus pensé à cet homme… » explique Madame Strikawe, d'un ton un peu chevrotant.
A mes côtés, je sens Blaise tendu comme la corde d'un arc. De toute évidence, cette histoire ne lui plait pas du tout. A moi non plus, elle ne plait pas. Pas plus qu'à Harry et Ron qui écoutent attentivement eux aussi.
« J'ai demandé au père de l'un de mes élèves, un commissaire de police Moldu, de bien vouloir effectuer une petite enquête sur le passé de Miho. C'est peut-être lui, qui est venu vous voir. Il m'avait dit qu'il le ferait pendant ses congés de fin d'année » révèle Pa, avant de demander comment était l'homme venu chez les Strikawe
Il a beau se vouloir rassurant, je vois bien qu'il ne croit pas trop à son hypothèse…
« Petit, très mince, cheveux sombres et yeux… bruns je crois, avec une petite barbe en pointe légèrement grisonnante. Bizarrement vêtu. Est-ce lui ? » répond Madame Strikawe, tendue et nerveuse
« Bulstrode… » siffle Pa, en hochant négativement la tête en réponse à Madame Strikawe.
Et la lueur meurtrière qui traverse son regard, me fait dresser les cheveux sur la nuque. Cependant, il n'y a pas que son regard, qui me fait cet effet là…
« Mais que pouvait vouloir Bulstrode à Miho ? » demande-je, inquiet et sur le qui-vive.
Je connais bien le père de Millicent. Et je sais depuis longtemps qu'il effectue un gros travail de renseignements et de faux en écriture pour mon père. Par ailleurs, chacun sait également ici, que Bulstrode a été chargé de retrouver les adresses de tous les Rebelles de Serpentard et de celles et ceux que Voldemort considère comme ses ennemis à abattre à tout prix…
Et j'ai peur de comprendre le silence et la colère de Pa…
« C'est Miho que Lucius voulait tuer ce matin ! Pas Kyo. Quand il l'a vue sortir de la maison, il a pensé que c'était Miho, rentrée pour les vacances dans sa famille d'accueil… » murmure-je, en regardant Pa qui hoche affirmativement la tête
En colère mais aussi pâle d'inquiétude…
« Mais pourquoi ? Parce qu'elle fait partie des Rebelles ? Il voulait envoyer sa tête à Draco pour Noël, peut-être ? Et il aurait tué toute la famille avec ! C'est ça ? » explose Blaise, complètement décomposé et le regard fou d'angoisse
« Je ne sais pas pourquoi. Tout ce que je sais, c'est que le dossier de Miho a disparu du Ministère. Ce qui n'est pas le cas de celui des autres personnes dont les noms sont sur les listes de Voldemort et Lucius. » répond Pa, d'une voix blanche
Son dossier a disparu ! Qu'est-ce que c'est cette histoire ! Et pourquoi Pa veut-il qu'une enquête soit réalisée sur le passé de Miho ?
« Envoyer la tête de Miho à… Tuer toute la famille… » bredouille quant à elle Madame Strikawe, dont l'époux et le fils ont l'air tout aussi terrifiés qu'elle…
Autour de nous, le silence est lourd et l'attention de chacun est tournée vers Pa, qui fixe King d'un regard qui en dit long… Il faut éclaircir cette histoire au plus vite. Il faut protéger Miho, mais également son ancienne famille d'accueil et la petite Eurasienne…
« Voilà ce que cela rapporte, de recueillir des Sorciers ! Des assassins qui viennent vous assassiner dans votre sommeil ! » grommelle la tante Marge à voix basse, dans l'oreille de son frère, depuis le bout de la table dont elle n'a pas bougé depuis ce matin…
Pas suffisamment discrètement cependant…
En face de moi, Harry serre brusquement les poings et je peux presque voir de la fumée sortir de ses narines qui palpitent de colère. Cette fois, la tante Marge ne va pas y couper. Elle va voler dehors si vite, qu'elle sera arrivée à l'autre bout de la planète avant de réaliser ce qui lui arrive…
Mais Harry n'a lui-même pas le temps de bouger le petit doigt, ni d'ouvrir la bouche. Pa le devance, se levant avec lenteur, son aura Magique tourbillonnant autour de lui…
« Et voilà ce que c'est que de vous recueillir vous, vieille emmerdeuse ! Il est désormais impossible d'avoir une conversation dans cette cuisine sans récolter des insultes ou remarques désagréables ! » siffle-t-il d'une voix dangereuse, en se penchant au dessus de Marjorie Dursley : « Mais je vais vous apprendre quelque chose, Madame ! Sirius, le parrain de Harry, avait la réputation d'être un assassin cruel et sanguinaire. Ce qui était une ineptie totale et son innocence a d'ailleurs été reconnue ! Un peu tard cependant, étant donné qu'il est décédé avant que cela ne soit fait. Depuis, je suis le nouveau Parrain de Harry. Et d'aucun vous dira également que je suis un individu dangereux. Très dangereux. Et croyez-moi sur parole, Madame, cette fois cette réputation n'est ni usurpée, ni surfaite. Oui, vous entendez bien ! Sirius était innocent ! Un agneau tendre et doux autant que valeureux, comparé à moi, qui suis un véritable assassin ! Un barbare inhumain, sadique et monstrueux de cruauté qui a commis les pires atrocités ! D'ailleurs, je porte la marque des Mangemorts. Vous savez ce que cela signifie, n'est-ce pas ! »
Pa a adopté son air le plus mauvais et son regard noir des grands jours, auquel il a accroché une lueur de folie flamboyante et féroce. Et il a pratiquement collé sa marque sur le nez de la tante Marge dont les yeux sont écarquillés de terreur pure….
« Je… vous… pppp… je… » bégaye-t-elle, tandis que Harry, secoué d'un fou rire nerveux énorme, se cache derrière Ron…
En face de moi, je vois Ron, qui effectue un petit mouvement. Il a jeté un Sortilège d'Illusion, j'en suis certain, pour que personne ne puisse le voir ainsi que Fred et Georges, éclater de rire…tout comme Lee et Gabe. Quant à Blaise, Ben, Théo et moi-même, nous nous retenons à grand peine. Mais notre côté Serpentard nous permet de garder un visage faussement égal…
Marge oscille entre pâleur mortelle et carmin foncé. Punaise ! Je suis sûr qu'elle se pisse dessus maintenant !
« Bien… Je vois que vous avez compris ! Et vous avez tout intérêt à retenir votre langue vipérine dans votre bouche à l'avenir ! Car je suis plus impitoyable encore que le sorcier qui a détruit Privet Drive et une partie de Little Whinging cette nuit. Et s'il revient à mes oreilles que vous avez encore ouvert votre immonde clapet, je vous suspendrais par les pouces dans la cave et vous ferais subir les pires tortures jusqu'à ce que mort s'en suive, avant d'aller jeter votre cadavre en pâture aux rats sur une décharge publique ou dans les égouts ! » siffle encore Pa, le regard allumé de cruauté…
Je vais mourir de rire je crois, mais j'arrive encore à garder mon sérieux…
La tante Marge est recroquevillée contre son frère… En fait, Pétunia, Dudley et Marge sont quasiment grimpés sur Vernon qui devient de plus en plus rouge sous les efforts qu'il fait pour ne pas s'effondrer par terre sous leurs poids conjugués…
Le banc sous ses énormes fesses gémit. Il va bientôt craquer je crois…
Mais je chasse vite de mon esprit l'image des Dursley s'écroulant, membres emmêlés sur le sol ou je ne pourrais plus retenir le rire qui me monte à la gorge par vagues de plus en plus irrépressibles…
A gauche des Dursley, Madame Figg regarde la scène avec intérêt, tout en continuant de manger imperturbablement la tranche de gâteau que Dobby lui a servi et en caressant l'un de ses chats qui ronronne de plaisir, plus fort que la locomotive du Poudlard Express quand le chauffeur la ravitaille de bois jusqu'à la gorge…
Les Strikawe, en revanche, semblent presque aussi horrifiés que les Dursley, le fils Tim en a la bouche-bée et ses yeux écarquillés lui mangent complètement sa figure pâlichonne. Il blêmit tellement, que je crois qu'il va bientôt défaillir…
Pa fixe toujours Marge, prenant grand plaisir à la tourmenter, j'en suis intimement convaincu…
« Maintenant vous allez dans votre chambre ! Et vous ne la quittez pas avant qu'on vous appelle pour le dîner ! Tous les quatre ! » siffle-t-il à l'intention des Dursley, qui hochent frénétiquement de la tête et se sauvent littéralement en courant, sous son regard qui les poursuit impitoyablement…
Ils ont à peine claqué la porte de la cuisine derrière eux, que King jette un Sort de silence et explose de rire… Comme tous les Sorciers présents dans la pièce, ainsi que Madame Figg, sous l'œil maintenant dubitatif des Strikawe, qui semblent se demander si c'est du lard ou du cochon…
Il nous faut quelques minutes, pour regagner un peu de sérieux
« Merci de me gâcher mon effet. Je n'étais pas supposé faire rire ! » grogne Pa, les bras croisés sur la poitrine, le regard redoutable et reniflant dédaigneusement
Ce qui déclenche une nouvelle vague d'hilarité…
« Alors ça ! C'était du grand Tonton Sev ! » s'exclame Fred, en tapant du poing sur la table, toujours mort de rire…
« Oh ! Putain oui ! C'était du grand art ! Dudley en a pissé dans son froc, encore une fois ! Et je suis sûr que la tante Marge était proche d'en faire autant dans sa robe ! » s'esclaffe Blaise, en essuyant les larmes qui dégoulinent de ses yeux…
Face à moi, Harry se tient les côtes. Il a mal, tant il rit, ça se voit. Mais n'arrive pas à se contrôler. Ron non plus ne se contrôle pas et il est à demi effondré sur la table, demandant grâce…
« Oui ! J'ai réalisé une jolie performance, je vous l'accorde ! Mais je suis ravi d'être passé avant Nally, car vous pouvez être certain que je ne leur aurais fait aucun effet si j'étais intervenu après elle. Tu m'as dit qu'elle a promis une petite conversation à Pétunia, Harry. Et bien Pétunia peut trembler, crois-moi… Elle va passer un sale quart d'heure avec tout ce que Nally a sur le cœur… » affirme Pa, en revenant s'asseoir à côté de moi, souriant largement, avant de se tourner vers les Strikawe pour ajouter : « Je suis désolé de cet éclat. Mais Madame Marjorie Dursley a mis quelque peu les nerfs à vifs de chacun depuis qu'elle est arrivée ici. Et comme, malgré ses multiples efforts, Harry n'a pas réussi à obtenir qu'elle cesse d'effectuer des remarques insultantes, je me suis porté volontaire pour tâcher de lui river son clou une bonne fois. Espérons que mon petit discours fasse effet durant quelques jours au moins… »
Les Strikawe le regardent, mi-figue, mi-raisin, sans mot dire durant quelques secondes…
« Madame Shackelbolt nous a expliqué ce que sont les Mangemorts. Vous en êtes vraiment un ? » demande soudainement Tim, une lueur craintive mêlée d'excitation traversant son regard.
« Tim ! » s'exclame Madame Strikawe, d'un ton impératif, tandis que les derniers gloussements de rire s'éteignent brusquement.
« Laissez, Madame. Votre fils est en droit de savoir avec qui il cohabite. Je ne suis pas un Mangemort, non. Si tel était le cas, je ne serais pas ici. Je porte leur marque, car je suis un espion. Enfin, un ex-espion. C'est à cette seule fin, que je me suis enrôlé dans leurs rangs il y a bien longtemps. Cependant ma couverture est tombée maintenant et je ne côtoie plus guère les Mangemorts qu'au court des combats… » explique Pa, sous le regard maintenant admiratif du garçon.
« Wahou ! » commente-t-il, excité et même un peu envieux dirait-on…
Je gage qu'il ne le serait plus du tout, s'il venait à apprendre ce que Pa a dû faire pour asseoir sa couverture puis la garder intacte durant des années…
« Vous êtes venu à notre secours, ce matin, comment avez-vous su que ce Sorcier voulait tuer Kyo et ma famille, si vous n'êtes plus un espion ? » demande soudainement Monsieur Strikawe, qui semble quant à lui toujours inquiet et revient sur le sujet qui nous préoccupait avant l'intervention de Marge
« Bien que nous ayons maintenant d'autres moyens d'espionner nos ennemis, je ne savais pas que Kyo et vous-même étiez en danger. Nous ne savions pas non plus quels étaient les projets de Lucius la nuit dernière. C'est un hasard si je suis venu à Privet Drive au moment où il y était également. J'avais de toute urgence besoin de quelque chose se trouvant chez les Dursley. Quand je suis arrivé, avec Lee, Gabe et Dobby, Lucius Malfoy était déjà là. Il a incendié la maison des Dursley avant que j'aie eu le temps d'intervenir. Quand il a constaté que vous étiez réveillé Monsieur Strikawe et que vous alliez sortir avec votre famille, Lucius s'est empressé d'incendier votre maison. Et quand vous avez fait irruption dans la rue, il a aussitôt visé Kyo. Par la suite, il aurait pu tuer n'importe lequel de vos voisins qui sortaient également, alertés par les explosions, mais c'est vers votre famille qu'il tentait toujours de revenir, vers vous, qu'il jetait ses Maléfices…» explique Pa, le regard grave…
Un petit silence suit ces révélations, interrompu par un soupir las de King.
« C'est une chance que vous ayez eu besoin d'aller chez les Dursley, les jeunes et toi, sinon, tout Little Whinging serait parti en fumée à cette heure-ci. Et il y aurait eu un sacré nombre de victimes, à Privet Drive et partout ailleurs dans la ville, c'est certain. » déclare-t-il, en se frottant la nuque…
« Si on va plus loin dans le raisonnement, c'est une chance qu'Hermione ait été mordue. Sinon, vous n'auriez pas eu besoin d'aller chercher la Bestiole dans le congélateur. Hermione sera… pas heureuse mais… réconfortée je pense, d'apprendre que sa souffrance a permis de sauver de nombreuses vies. Bien que j'aurais largement préféré qu'elle n'ait pas à en passer par-là, bien entendu… Nous l'aurions tous préféré… » appuie Harry, le regard dans le vague…
Et cela me laisse sans voix… Ce qu'il dit est vrai. Tout le monde ici aurait préféré qu'Hermione n'ait pas à souffrir le martyr à cause de cette foutue morsure, mais cela a effectivement contribué à sauver de nombreuses vies…
Le destin est tout de même un foutu sacré truc qui emmêle à plaisir les évènements et la vie de tas de personnes qui ne se connaissent même pas et ne sauront jamais à quel point leurs sorts ont été liés à un moment donné de leur vie…
« Percy doit être content là-haut. Il n'est pas mort pour rien. Il a payé le prix, lui aussi, pour qu'on puisse sauver plein de gens cette nuit… » affirme alors Georges et Fred, les yeux mouillés…
Et l'image d'une gosse, enveloppée dans le châle de Tante Molly, souriant de toutes ses dents et serrant contre son cœur son chaton appelé Félix me traverse l'esprit… Et je crois bien, au regard de Ron, que je ne suis pas le seul à penser à elle…
Un silence suit la déclaration des jumeaux. Douloureux et triste, bien entendu. Mais rassérénant tout de même. Ceux qui sont morts ou ont souffert lundi, ne sont pas morts ou n'ont pas souffert en vain. C'est une certitude qui nous habite le cœur maintenant. Et va nous permettre de mieux gérer notre deuil…
OoOoOoO
Acte 3 : Le Temps De La Vie
Harry
Je me penche sur le plan sommaire de la maison, que nous venons de faire. Plus exactement celui des étages… Il nous faut réorganiser le couchage. Et ce n'est pas une mince affaire…
Je déteste faire cela et je regrette plus que jamais qu'Hermione ne soit pas avec nous. Je gage qu'elle aurait bouclé la tâche en trois minutes chrono…
« Bon. Ron, tes parents vont accueillir la famille de Cameron, ainsi que Arabella et ses chats. Il y a également chez eux les Greengrass, les Seymour, les Faucett, les joueurs Bulgares qui ont préféré quitter leur base d'entraînement lundi soir, Tante Augusta, Maman, Gil et Viktor. Charly et Bill sont aussi revenus au Terrier pour quelques jours, avec leur moitié respective, ainsi que les jumeaux. La chambre de Ginny est occupée par Pénélope et sa mère. Ils gardent la chambre des Cooper en réserve au cas où ils reviendraient plus tôt que prévu de leur voyage en France. Par ailleurs, le terrain est complètement détrempé et il fait trop froid et humide pour rester dans les tentes maintenant, ce qui élimine un certain nombre de places qui étaient jusqu'à présent disponibles au Terrier. » annonce Draco, qui s'est renseigné auprès d'Arthur pour que nous puissions faire le point sur la situation des différents refuges…
« Du coup, il n'y a plus de place là-bas pour nous, ni pour Marian, Terry, Neville, Phillipa, Luna, Gil, Megan, Annabelle et Miho comme c'était initialement prévu. » récapitule Ron, en comptant sur ses doigts pour vérifier qu'il n'oublie personne.
« De son côté, Marraine a recueilli les Heathcote et les autres Bizarr'Sisters avec femmes et enfants, en plus des familles de Gabe, Benjamin, Claryce, Magnus, les Patil, les Vilmer etc… Ça fait du peuple tout ça et ça doit être plein chez elle aussi. » déclare-je, en prenant note sur divers parchemins..
Ça commence à sérieusement coincer de toute part et nous allons être face à un véritable casse-tête chinois, pour caser tout le monde, c'est certain…
« Ici, il y a déjà ta famille moldue Harry, celle de Lee, les Pygott, les parents d'Hermione, Tarendra, Remus, toutes celles et ceux cités par Ron, nous et maintenant King et sa famille, ainsi que les Strikawe… Sans compter que Richard veut être ici pour veiller sur Hermione, jusqu'à ce qu'elle soit parfaitement remise…» renchérit Draco, tandis que ma plume court sur le parchemin…
« Elinor souhaite également rester avec nous, ainsi que Gabe. Ils se sont portés volontaires pour des tours de garde à la Base d'Espionnage et Olivier Dubois a demandé à venir ici lui aussi, jusqu'à ce que le Village Refuge ouvre ses portes. Ce qui devrait être effectif d'ici quelques jours… » ajoute-je, en inscrivant ces noms sur ma liste de présence au QG…
« Remus ne verra sans doute pas d'inconvénient à partager sa chambre avec Tarendra et Gabe… » suppose Draco, en fronçant les sourcils…
« Euh… Non, Draco. Remus ne partagera pas sa chambre avec Tarendra et Gabe… » l'interromps-je, avec un sourire amusé.
Mon frère n'a vraiment pas le sens de l'observation, quand il s'agit d'histoire de cœur.
Il me regarde, un sourcil arqué et interrogatif…
« Tonks partage déjà sa chambre, la fouine ! » s'exclame Ron, avec un sourire goguenard…
« Quoi ! Tu veux dire que Remus est maintenant mon cousin par alliance ! Oh ! Merlin ! J'ai un cousin Loup-Garou ! File-moi un morceau de parchemin, Harry ! Cette fois, il faut que j'écrive la nouvelle à Lucius tout de suite ! Avec un peu de chance, il va en clamser, cœur explosé de rage ! » s'exclame Draco en retour, l'air positivement ravi…
« Si seulement il avait un cœur, ce serait effectivement une excellente idée… » glisse Blaise, l'air amusé…
« Ouais. Laisse tomber, Draco, cela ne vaut pas la peine d'user encre et parchemin. Ça ne servirait qu'à exciter davantage sa colère et sa haine. Et on ignore qui en ferait les frais cette fois… Concentrons-nous plutôt sur notre problème. » recadre Ron, avec un rictus de dégoût que nous devinons dirigé contre Lucius…
Draco hoche la tête, un peu dépité. Tout à sa joie, il n'avait pas pensé que la fureur de son père ferait sans doute des victimes. Et il soupire avec lassitude, avant de reporter son attention sur le plan.
« Bon… Il y a neuf gosses dans la maison. Sept filles et deux garçons…. (1) » commence Théo, avant d'être interrompu par Ginny qui entre à son tour dans le salon où nous avons pris quartier.
« Compte trois gamins de plus ! Miho vient de recevoir une lettre complètement affolée d'Alioth. La famille Vila a reçu de très sérieuses menaces en début d'après-midi. Le professeur Snape est parti évaluer la situation et il y a de grandes chances pour qu'Alioth et ses deux petits frères viennent ici. Peut-être leurs parents également…. » annonce-t-elle, en prenant place à côté de Théo.
« Oh ! Merlin ! La situation se complique encore ! » s'exclame Draco, tandis que je prends note de ces informations
« C'est Miho qui va être contente, si son inséparable vient passer ses vacances ici ! Bon… Douze gosses. Sept filles et cinq garçons. T'avais l'air d'avoir une idée, Théo… » commente Blaise, en haussant un sourcil vers mon frère adoptif.
« Ben en fait, je pensais qu'on pouvait faire un dortoir fille en mettant des minis lits dans la plus grande chambre, pour les gamines… Maintenant, on pourrait en faire un également pour les gamins dans cette chambre-ci, qui est la deuxième plus grande. » répond Théo, en désignant l'ancienne chambre de Sirius sur le plan…
La seule chambre que j'ai préservée et qui n'a pas été occupée depuis juin dernier…
J'ai du mal à déglutir et mes mains tremblent, sans que je puisse les contrôler. Une bouffée d'angoisse me monte à la poitrine, j'ai la sensation que tout tourne autour de moi et je ferme les yeux…
« Harry… » souffle Ron, en me serrant doucement la main…
J'inspire profondément à plusieurs reprises, reprenant doucement pied avant d'ouvrir à nouveau les yeux. Face à moi, de l'autre côté de la table basse autour de laquelle nous sommes installés, Théo me regarde, l'air confus et de se demander ce qu'il m'arrive…
Il ne sait pas que c'est l'ancienne chambre de Sirius et ne peut donc comprendre ma réaction…
« C'est une bonne idée, Théo… On va faire comme ça… Oui… Sirius serait content que son ancienne chambre soit occupée par des gamins pleins de vie. Et en y mettant des lits superposés, nous pourrons même encore y accueillir trois ou quatre gamins si c'est nécessaire… » déclare-je, en sentant soudainement ma poitrine se libérer de ses derniers poids…
Oui, c'est une bonne idée. Sûr qu'Alioth aurait plu à Sirius, ainsi que les cousins de Lee qui sont déjà des petits farceurs sans cesse en train de rire et de s'amuser… Et la vie doit reprendre ses droits dans cette chambre. Sirius comprendrait et approuverait…
Alors j'appelle Roi Dobby, lui demandant de préparer les deux dortoirs et de serrer les effets de Sirius dans une malle. J'en continuerai le tri plus tard, quand je me sentirais assez serein pour le faire…
Et nous nous penchons de nouveau sur les plans de couchage. Il nous faut une bonne demi-heure pour arriver à quelque chose qui tienne la route. Comme je le redoutais cependant, il me faut aller annoncer à ma famille qu'ils vont devoir partager la même chambre.
Nous ne pouvons faire autrement. Car il est hors de question que j'impose à quiconque la présence de Dudley ou de Marge… Ils ne sont pas d'assez bonne compagnie…
C'est d'un pas lourd que je monte l'escalier pour aller les voir. Ils ne se sont pas manifestés, depuis que Parrain a cloué le bec de Marge. Le souvenir de son formidable éclat me fait sourire. M'allégeant le cœur…
Ils n'oseront rien répliquer, me dis-je, en levant la main pour frapper à la porte de la chambre de tante Pétunia.
Ils sont là, tous les quatre. Dudley boude, les jambes enroulées dans une couverture, tandis que son large pantalon est à sécher devant la cheminée. Il doit s'ennuyer à cent mille Gallions la minute, sans télé ni ordinateur. Marge est assise dans un fauteuil, Molosse dormant paisiblement sur ses genoux. Elle m'adresse un regard noir mais sa bouche reste hermétiquement close. Vernon et Pétunia sont assis sur le lit, raides et droits. Ils doivent me maudire jusqu'à la millième génération…
Aucun ne dit mot, quand je leur annonce que les effets de Marge et Dudley vont être déménagés dans cette chambre et que deux lits simples vont y être installés en plus du lit double. Je ne me donne pas la peine de leur expliquer pourquoi. Ils verront bien ce soir, quand tout le monde sera là, autour de la table du dîner installée dans le grenier, que c'était la meilleure solution pour pouvoir assurer un minimum de confort et d'intimité à chaque famille…
Je referme la porte de leur chambre derrière moi. Me faisant la réflexion qu'il faudra tout de même leur trouver une occupation constructive ou ils pèteront bientôt un câble… Mais que leur faire faire me demande-je, en me rendant dans l'ancienne chambre de Sirius pour voir comment Dobby l'a installée.
C'est quand j'y pénètre, que l'illumination me vient…
Certes, la chambre est propre et Dobby a fait tout ce qu'il a pu pour l'égayer, en mettant des couettes aux couleurs vives sur les petits lits. Mais la tapisserie est moche, vieille et passée. Les doubles rideaux sont d'une couleur maintenant indéterminée et il y a des tâches plus claires là où étaient l'armoire et le secrétaire qui ont dû être déplacés…
Et c'est comme ça dans toute la maison…
Alors autant mettre les talents de bricoleur de l'oncle Vernon à profit. Demain, j'irais chercher un catalogue au centre commercial du coin et quand le matériel aura été choisi par Vernon et Pétunia, j'achèterai tout ce qu'il faut pour refaire la décoration de la maison de fond en comble. Et puis tiens, pendant qu'on y est, ils décaperont les meubles et les parquets…
Après tout, j'ai assez briqué leur maison quand j'étais gamin pour qu'ils briquent la mienne à leur tour
Et Dudley et Marge seront priés de leur donner un coup de main…
Ouais… Ça leur donnera de l'occupation pendant un bout de temps ça, me dis-je, en sortant de l'ancienne chambre de Sirius avec un petit sourire en coin, plutôt fier de mon idée
« Hermione est réveillée ! Et elle veut nous voir ! » s'exclame Ron, en déboulant à fond de train de l'escalier qu'il a monté quatre à quatre.
Je me précipite à sa suite, le cœur heureux.
Quand nous arrivons dans sa chambre, Viktor qui a tout l'air de revivre lui aussi, nous laisse avec Hermione. Ses parents sont partis prendre un thé dans la cuisine et ce sont eux qui ont prévenu Ron en passant près du salon, que leur fille nous attendait…
Hermione est adossée à ses oreillers. Elle est très pâle encore et visiblement faible. Je la serre doucement contre moi puis laisse la place à Ron auquel Hermione s'agrippe en éclatant en sanglot…
« Je suis désolée pour Percy, Ron… » murmure-t-elle à son oreille, tandis que les larmes roulent sur ses joues…
Ron la serre très fort. La tête dans son cou…
Je sais qu'il pleure lui aussi et je viens m'appuyer contre son dos. Nous restons ainsi quelques minutes, enlacés tous les trois. Puis Hermione se repose sur ses oreillers et Ron essuie ses larmes d'un revers de la main…
« Comment te sens-tu, ma puce ? As-tu encore mal ? » demande-t-il avec douceur…
Hermione grimace et se frotte doucement le bras et l'épaule…
« Je suis toute courbaturée et j'ai une douleur pulsatile là où cette saleté de Bestiole m'a mordue et profondément griffée. Richard dit que c'est normal. La plaie est infectée et il faudra quelque temps pour évacuer tout le pus. Mais ça va. Ce n'est plus rien. C'était si horrible ! J'ai cru devenir folle tant j'avais mal ! Même quand j'étais dans le coma Magique j'avais mal… Je n'avais qu'une envie. Mourir pour que cela cesse… » répond Hermione dont les yeux sont de nouveau embués de larmes…
Je ne sais pas quoi dire après une telle révélation, qui me laisse la gorge nouée. Ron prend une mèche de cheveux d'Hermione et l'embrasse doucement… Puis il soupire…
« Je suis heureux que tu ne sois pas morte, Hermione… Nous avons eu si peur que tu ne guérisse pas… » souffle-t-il, en lui caressant la joue.
« Je sais… Je t'ai bien entendu, Ron quand tu m'as crié dessus. » répond Hermione, avec un pauvre sourire…
« Mais… Mais je ne t'ai pas crié dessus Hermione ! » s'exclame Ron, l'air estomaqué.
« Si ! Je t'ai entendu ! Tu me disais qu'il fallait que je me batte ! Que je n'avais pas le droit de partir ! Tu m'as dit… Tu m'as dit : arrête tes conneries, arrête de t'agiter dans tous les sens et concentre-toi pour lutter… Tu parlais de mes parents, de Viktor et même de Pattenrond ! Tu m'as dit aussi que je n'avais pas le droit d'abandonner Harry, que j'avais promis de toujours être auprès de lui pour combattre Voldemort ! C'est toi qui m'as appris que Percy est mort et que Pénélope va partir au loin… Tu me disais qu'il fallait que je tienne le coup jusqu'à qu'on trouve le contrepoison ! Je t'ai entendu, Ron ! Clairement ! Je vous ai tous entendus, mais de très loin et je ne comprenais pas ce que vous disiez. Sauf toi, Ron… Et tu m'engueulais ! » affirme Hermione, l'air de nous supplier de la croire…
Ron regarde Hermione, hochant négativement la tête… Puis il déglutit et lui prend la main.
« Je te jure, Hermione, que je ne t'ai pas crié dessus. J'ai seulement pensé toutes ces choses que tu dis avoir entendues. Seulement pensé, Hermione… Et j'étais bien plus malheureux qu'en colère… » déclare-t-il doucement
« Alors tu as pensé sacrément fort, Ron. Parce que je te jure quant à moi que je t'ai entendu crier. Et je savais que tu n'étais pas en colère contre moi, j'entendais le chagrin dans ta voix. Et tout ce que tu me disais semblait si juste, que je suis allée puiser le courage et la force qu'il me restait tout au fond de moi, pour lutter contre le venin. J'avais mal et j'avais envie de mourir, mais je ne voulais pas vous quitter, tous. J'aurais eu l'impression de vous trahir et d'être lâche. Alors j'ai fait ce que tu m'as dit, Ron. J'ai pensé à tous les bons moments que nous avons vécus tous les trois, avec mes parents aussi, avec Viktor et tous les autres. J'ai ressenti comme une vague de chaleur et d'énergie Magique m'envajir. Ça m'a aidé à tenir. A éloigner la douleur pendant un temps. Et j'ai pu sentir qu'il y avait du monde autour de moi… C'était tellement chaud et doux tout cet amour que je sentais. Ça m'apaisait. Vraiment… Alors je voulais te dire merci, Ron. Parce que si tu ne m'avais pas encouragée comme tu l'as fait, je ne serais peut-être plus là. J'aurais baissé les bras… » révèle Hermione, son regard rivé à celui de Ron…
« Je… Je ne comprends pas comment il a été possible que tu entendes mes pensées, mais… Mais putain je suis heureux que tu l'aies fait ! » déclare Ron, avant de serrer de nouveau Hermione contre lui…
Nous restons silencieux tous les trois durant quelques minutes. Je crois que chacun de nous essaye de comprendre ce qu'il s'est passé. Et revit également toutes ces longues heures d'attente et de souffrance qui ont été les nôtres depuis lundi.
« Il faut que je vous dise encore quelque chose. A toi surtout, Harry… » souffle soudainement Hermione, en se dégageant des bras de Ron, pour me regarder droit dans les yeux
« Quoi ? Tu m'as entendu, moi aussi ? » m'enquiers-je, un peu fébrile en constatant l'expression tendue de ma petite sœur de cœur.
Je me demande ce qui la tracasse. Selon ce que je devine, à la voir agiter ses mains comme elle le fait, c'est quelque chose d'important pour elle.
« Non… Enfin, je n'ai pas identifié ta voix parmi toutes les autres… Mais… Je… Chez ton oncle et ta tante, juste après que la Bestiole m'ait mordue, je… J'ai vu un petit garçon à côté de toi… Il restait toujours à côté de toi. Il ne te quittait pas d'une semelle… Ce doit être une hallucination provoquée par le venin, mais… Mais en même temps, si c'est une hallucination, pourquoi je n'ai eu que celle-là ? Et ça semblait tellement réel ! Je suis sûre que c'est réel… » révèle encore Hermione, le regard tourné vers son souvenir…
Alors ça ! C'est trop bizarre ! Et Hermione semble vraiment convaincue. Elle est si rationnelle, habituellement…. Et je ne la vois pas confondre une hallucination avec la réalité. Alors qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
« Et comment était-il, ce gamin ? » demande Ron, en prenant l'une des mains d'Hermione pour l'empêcher de se tordre les doigts
« Petit, mince, cheveux bruns et courts. Des yeux sombres et tristes. Mignon. Très gentil. Propre, mais pauvrement vêtu. Il nous regardait d'un air vraiment compatissant. Et il s'appuyait sur toi, Harry, comme pour te réconforter. Il devait avoir, je ne sais pas… Entre huit et dix ans peut-être… et en même temps il paraissait très vieux… Je veux dire, pas physiquement mais… A ses expressions, il paraissait bien plus que son âge… » répond Hermione, les sourcils froncés, cherchant les mots justes pour exprimer ce qu'elle veut dire et ressent au sujet du gamin qu'elle a vu…
« A-t-il dit ou essayé de dire quelque chose ? » m'enquiers-je, l'image de Miho qui serre son Plumki contre son cœur en penchant un peu la tête vers lui me traversant soudainement l'esprit …
Après tout, elle a peut-être eu une sorte de vision médiumnique me dis-je… Ce qui serait un comble, quand on sait tout ce qu'elle pense de la Divination et le reste !
« Non… Non, mais… Quand tu jetais des Sorts, il… brillait… Oui, c'est ça, il brillait et avait plus de consistance. Comme si ta Magie lui donnait vie. Et il avait une expression radieuse sur son visage ! On aurait dit qu'il goûtait à ta Magie avec délice ! Et qu'il t'en était reconnaissant… » assure Hermione, toujours très concentrée sur ses souvenirs…
De plus en plus bizarre… J'espère que ce n'est pas un truc à la Jedusor… Mais non. Si j'étais possédé, je le saurais. Car j'aurais des trous de mémoire, je m'affaiblirais, comme Ginny il y a cinq ans. Et j'aurais mal, comme en juin dernier, quand Voldemort m'a possédé. Et puis, je n'écris dans aucun journal Magique. Cela ne peut donc être cela…
Non, ma mémoire va parfaitement bien et je suis en pleine forme physique… Et puis quelqu'un qui me possèderait, n'aurait pas l'air d'un enfant gentil et compatissant… Et ça m'étonnerait que quelqu'un réussisse à passer mes barrières mentales. Elles sont très solides… Et je le sentirais, c'est certain, si quelqu'un cherchait à s'introduire dans mon esprit…
Oui, je le sentirais…
« Eh bien, voilà un phénomène plutôt étrange… Un petit tour à la Bibliothèque va s'imposer à la rentrée… » commente Ron, avec un sérieux infini…
« Je ne plaisante pas, Ron… » soupire Hermione, avec un petit air de reproche vers mon Ron qui lui serre gentiment la main
« Je sais ma puce. Et moi non plus je ne plaisante pas. Nous avons deux mystères à résoudre. Comment as-tu pu m'entendre penser et qui est ce gamin… Un esprit ? Un fantôme qui ne veut pas se montrer mais que tu aurais vu sous l'emprise du venin ? Si c'est cela, ce fantôme est-il attaché à la maison des Dursley ou à Harry ? Et pourquoi ? » déclare-t-il en semblant réfléchir déjà à toutes ces questions…
Ron a raison, il faut se pencher là-dessus. Cependant, nous n'avons peut-être pas besoin d'aller à la Bibliothèque…
« Nous pouvons aussi demander à Parrain, Marraine et le professeur Dumbledore. Peut-être auraient-ils la réponse… » fais-je donc remarquer avec un sourire…
« Non ! Enfin… Pour les pensées je veux bien. Mais pour le petit garçon… Non, j'ai l'impression… C'est curieux, mais… J'ai le sentiment qu'il ne voudrait pas que d'autres personnes sachent à son propos… » s'oppose Hermione, avec une supplique dans les yeux…
Voilà autre chose ! Qui ne ressemble pas à Hermione…
Peut-être craint-elle d'apprendre que ce n'était finalement qu'une hallucination et qu'on la pense folle… Comme si quelqu'un pourrait penser cela de sa part ! Elle était sous l'emprise de cette saleté de venin ! Alors bien évidemment que personne n'irait affirmer qu'elle est folle simplement pour avoir eu une hallucination à ce moment là !
Mais elle est fatiguée. Cela explique sans doute ses réactions un peu en décalage avec celles de notre Hermione habituelle…
« Est-il là ? » souffle Ron, en se tournant vers moi, regardant à mes côtés, en plissant les yeux pour tâcher de voir si le gamin s'y trouve…
« Non… Enfin, je ne sais pas… Je ne le vois plus… Mais je sais, qu'il sait que je l'ai vu. Je l'ai compris à sa façon de me regarder et de me sourire gentiment. Je ne sais vraiment pas comment expliquer ça…. » déclare Hermione, sur un soupir.
« Ce n'est pas grave. Tu es fatiguée. Tu auras le temps de réfléchir à tout cela quand tu seras bien reposée. En attendant, sachez que je ne sens aucune présence à mes côtés. Je n'en ai d'ailleurs jamais senti. » affirme-je, tout en fouillant dans ma mémoire, à la recherche d'un indice contraire…
Mais non, j'en suis sûr. Rien n'indique dans ma mémoire qu'un petit garçon chemine à mes côtés. J'en suis d'ailleurs plutôt content. J'en ai bien assez avec cette connexion bizarre avec l'esprit de Voldemort, que je contrôle maintenant parfaitement bien grâce à l'Occlumencie…
Ceci dit, si gamin il y a, il ne me gène nullement. Et s'il n'était les interrogations d'Hermione et maintenant Ron à ce propos, je pense finalement que je ne m'ennuierais guère avec cette histoire là…
Tout rentrera dans l'ordre quand Hermione aura retrouvé sa pleine forme physique. Elle réexaminera tout cela sous l'angle rationnel et en rira…
En attendant, nous avons mérité quelques jours de repos. Sans autre tracas, ni chagrin… Nous en avons bien assez comme ça.
Ce dont nous avons besoin dans l'immédiat, c'est d'un retour vers une vie plus douce et tranquille…
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(1) Sept fillettes : Miho, Kyo, Célia, Yasmine, Kathie Pygott, Keina Lee et sa cousine
Deux garçons : Les deux cousins de Lee, auxquels il faut ajouter Alioth et ses deux petits frères…
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