Disclaimer: Cf Chapitre 1

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Merci à Mistycal, pour son travail de correction!

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Réponses aux commentaires anonymes sur mon forum pour : - Douceurfamille- Marina -

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Des Projets En Evolution 1/2

Lundi 30 décembre 1996

Acte 1 : Des Carottes Et Des Perches

Severus

Le petit matin ne s'est pas encore levé quand je descends l'escalier du QG, quelque peu énervé. La séance d'exercices avec les Dursley a été exécrable aujourd'hui. Ce n'est pas que ce soit une partie de plaisir habituellement, loin de là. Cependant, ce matin c'était le pompon, comme dirait Harry…

Oh ! Il n'y a eu ni protestation, ni jérémiade, bien sûr ! Aucun n'ose plus ouvrir la bouche pour se plaindre ou critiquer depuis que Nally a perdu son sang-froid et la maîtrise de sa Magie devant eux. Non, ce n'est pas cela. Mais ils ont été plus mous, plus atones, plus amorphes, plus apathiques, plus lambinards, plus… Rhaaaaa !

En un mot, plus minables que jamais !

De la résistance passive, voilà ce qu'ils ont fait !

Et je ne supporte pas ça !

Mais je vais les avoir ! Je sais, comment les inciter à se donner à fond dans ces exercices… Je vais leur flanquer une carotte sous le nez… Une bonne grosse carotte bien juteuse et appétissante à laquelle ils ne pourront pas résister…

Pour Dudley Dursley c'est bien simple, il n'a que trois centres d'intérêt dans la vie : la nourriture, la télévision et les filles…

Dans cet ordre précis…

Concernant les filles, je ne peux rien faire. Et même si je pouvais, je m'abstiendrais. Faire miroiter à ce bovin inculte et sans charme, qu'il pourra séduire des jolies filles quand il aura une plastique athlétique comme celle de Harry, Neville ou Blaise par exemple, serait un pur mensonge… Quelle jolie fille sensée comme Elinor sur laquelle il louche sans vergogne, se laisserait tenter à faire un petit tour dans les bois avec ce louveteau ignare, égocentrique, pleurnichard et capricieux ?

Aucune.

Du moins, pas aussi longtemps qu'il n'aura pas amélioré sa culture, sa personnalité et son caractère… En attendant que ce jour arrive, j'ai bien peur qu'il n'ait à se contenter des laissées pour compte, comme les viragos du genre de sa tante Marge.

Si tant est qu'il ait le courage de se frotter à une mégère pour tâcher de l'apprivoiser, bien sûr. Ce qui n'est pas gagné, loin de là, étant donné son manque de panache, de persévérance et de courage… Tout ce qu'il faut pour mater un Dragon…

Non, décidément Saint Georges n'est pas son Saint Patron…

Ce n'est donc pas en lui faisant miroiter un succès futur auprès des filles, que je vais le persuader de se donner à fond dans le sport.

C'est avec la nourriture et la télévision ! S'il exécute le programme que j'ai en tête pour lui, j'adoucirais progressivement son régime alimentaire et il aura droit à un film par semaine. J'ai vu avec Lee, qui est de garde dans la Base d'Espionnage, s'il est possible d'ensorceler des cassettes Moldues. Il a dit que ça ne devrait pas poser problème. Selon lui, la Potion qu'Arthur et son groupe de recherches ont mise au point pour les cassettes vierges de la Base, devrait marcher sur celles qui sont préenregistrées. Il assure en plus, qu'il n'aura aucun souci pour dégotter des cassettes à des prix très compétitifs…

Voilà donc une affaire qui roule. J'en suis certain…

Avec Pétunia, ce ne sera pas compliqué non plus… Coquetteries et potins sont ses points faibles. Il n'est pas question, bien entendu, que nous l'emmenions faire du shopping, ni que nous lui permettions de se faire parvenir ses revues préférées, de cancans et scandales à la petite semaine…

Mais j'ai bien vu la lueur de convoitise qui brillait dans ses yeux, tandis que ses doigts caressaient une pièce de taffetas d'une jolie couleur bordeaux sombre, avant de s'attarder sur un coton coquille d'œuf de belle facture. C'était là ses favoris, parmi tous les coupons de tissus que Harry lui a remis pour qu'elle y taille de nouveaux doubles rideaux, couvre-lits et revêtements pour les fauteuils et canapés.

Je suis sûr que Harry ne refusera pas qu'elle réserve un peu de ces deux tissus pour se faire une jolie robe, si je le lui demande. Et, cerise sur le gâteau, elle aura droit à une mallette, regorgeant de produits de beauté et de bigoudis, que j'ai repérée hier, quand je suis allé donner un coup de main pour faire le tri des dons récoltés dans le hangar des Jordan …

J'ai déjà demandé à Lee tout à l'heure, de la mettre de côté pour moi. Il a accepté, non sans avoir émis une plaisanterie moqueuse, bien entendu…

En revanche, concernant Vernon Dursley, il a été moins évident de trouver une idée. Le bonhomme place sa réputation au dessus de tout et je répugne à profiter de cela, car seul un chantage odieux (et sans fondement puisque je ne connais pas sa vie privée ni ses éventuels petits secrets), pourrait avoir prise sur lui…

Non, la seule carotte que je peux brandir sous son nez et qui lui fera très envie j'en suis sûr, c'est d'avoir un peu plus ses aises et de pouvoir se déplacer dans une maison, sans se heurter constamment à des sorciers et des étrangers. Alors voilà ce que je vais lui proposer : une coquette maison avec presque tout le confort moderne et un jardin, un peu à l'écart des autres dans le Village Refuge. A la condition bien sûr, qu'il mette plus de cœur à l'ouvrage dans ses exercices et dans les travaux qu'il effectue ici.

Car il n'est pas question qu'il quitte le QG, tant que la décoration et les travaux de remise à neuf ne soient pas entièrement terminés, bien entendu ! Or, actuellement, les Dursley sont loin de mettre de la bonne volonté dans ce qu'ils font. Leurs anciens voisins, les Strikawe, qui ont spontanément proposé leur aide car ils ne voulaient pas rester à ne rien faire toute la journée, sont bien plus enthousiastes et efficaces.

Alors avec cette proposition, je gage que je vais gagner sur deux tableaux. Non seulement Vernon Dursley se remuera le popotin, mais il engagera sa femme, son fils et sa sœur à en faire tout autant…

Je suis même prêt à parier qu'il y sacrifiera sa journée de repos hebdomadaire…

Surtout si je promets en plus, que le décapage des parquets, meubles, lambris et autres boiseries de l'une ou l'autre des pièces de la maison, sera de temps en temps effectué par un Elfe de maison. S'ils atteignent les objectifs que je vais leur fixer naturellement.

Oui, voilà un moyen de pression qui sera efficace sur Vernon Dursley…

Une carotte qui fonctionnera aussi sur sa sœur Marjorie, sans doute. Tout au moins, en ce qui concerne les travaux de décoration. Pour les exercices, c'est une autre histoire… Mais j'ai ma petite idée, bien sûr et je ne doute pas que Fol Œil me donne un coup de pouce sur cette affaire là.

C'est qu'il y a pris goût, à draguer cette mégère, pour faire rire les gamins… et quelques adultes dont je fais partie je l'avoue, depuis que j'ai compris ce qu'il se passait…

Une riche idée que Blaise a eue là, de lui demander de faire cela pour plaisanter aux dépens de cette maritorne ! Tous les soirs au dîner, Maugrey se fait un plaisir de glisser quelques compliments ou sous-entendus coquins à Marge, qui rougit comme une jeune fille, tout en faisant mine d'être offusquée ou de ne pas être intéressée.

Mais nous avons bien tous remarqué, à notre grand amusement, qu'elle est bien plus aimable quand il est dans le coin. Et qu'elle fait quelques efforts de coquetterie également. Pas dans sa tenue vestimentaire, bien sûr, car les vêtements de récupération qu'elle porte, sont toujours, soit très démodés, soit trop étriqués. Mais elle se coiffe avec soin, ajoute un petit accessoire à sa mise ou tente de se rendre un peu plus féminine dans ses manières à table et sa façon de minauder avec son pauvre chien estropié…

En voilà un, selon Harry, qui a totalement changé depuis ses déboires avec la Bestiole du Diable qui lui a mangé une cuisse… Il vient chercher des caresses auprès de Neville et Vincent, qui ont tous les deux pris grand soin de lui, se laisse approcher par chacun sans jamais aboyer ni grogner et a même fait ami-ami avec Fauve, le chaton de Blaise. Souvent nous les retrouvons tous les deux endormis, Fauve roulé en boule entre les pattes de Molosse, dans le panier que Vincent a installé pour le chien, auprès de la cheminée de la cuisine…

Ce n'est pas que cela plaise à Marge. Mais en tant que vétérinaire officiel du chien, Vincent a décrété que là était sa place. Il n'est pas question a-t-il dit, que Molosse ait à subir les désagréments des odeurs polluantes des produits de décapage, peintures et vernis. Ce ne serait pas bon pour son rétablissement a-t-il affirmé. Pas plus que rester toute la journée seul dans une chambre.

Et face au ton calme mais ferme et intraitable de ce garçon au gabarit presque aussi impressionnant que celui de Ronald, Marge n'a pas osé opposer son véto…

Mais pour en revenir à mes histoires de carottes, il me faut voir Maugrey pour lui demander de glisser haut et fort dans les conversations prochaines du dîner, qu'il apprécie les femmes sportives et travailleuses. Je ne doute pas un instant que Marjorie foncera tête baissée dans la farce et qu'elle se mettra au sport avec beaucoup d'entrain dès demain matin…

Et c'est fort de cette certitude, que je me promets de mettre ces belles carottes sous le nez des Dursley dès cet après-midi, avant de sortir sous le crachin glacial du matin qui se lève et de Transplaner vers le Village Refuge, où j'ai promis aux Elfes de venir faire un petit tour pour apprécier leur travail.

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Blaise

Il est encore bien tôt, mais je descends déjà pour prendre un copieux petit déjeuner. Nous avons un projet à faire avancer, avec Tarendra et Ramaya qui va venir nous rejoindre tout à l'heure. C'est son jour de congé et nous allons le mettre à profit, pour discuter des plans que nous tirons pour capturer leur mère, la mienne et son amant…

L'opération Trio Infernal, comme nous l'avons appelée…

Il n'y a que Dyna et les Dursley qui s'affairent aux fourneaux quand j'entre dans la cuisine. Tarendra doit encore être sous sa douche ou en train de s'habiller.

Dyna m'accueille comme un Roi, me posant mille questions pour s'assurer que j'ai bien dormi, que je n'ai pas froid, que je suis en bonne santé, que mes rêves ont été doux… Elle s'adresse encore à moi comme si j'étais le petit garçon dont elle a pris soin durant toute son enfance. Et comme elle décrète que je ne suis pas assez chaudement vêtu, elle s'empresse à l'étage pour aller me chercher un pull plus épais.

Les Dursley, quant à eux, me jettent un regard noir, tandis que je m'installe à table en réclamant une tasse de thé. C'est la tante Pétunia qui me la sert. Elle pose brusquement la tasse devant moi et un peu de thé se renverse dans ma soucoupe. Je sors aussitôt ma baguette pour la nettoyer, mais la tante Pétunia se précipite pour l'éponger avec un torchon, une lueur affolée dans le regard…

Je me demande ce qui lui prend. Elle a peut-être pensé que j'allais lui jeter un Sort pour n'avoir pas fait correctement son travail ?

Mouais… C'est peut-être ça. Ou alors elle a peur que je me plaigne auprès de Tante Nally de sa brusquerie envers moi.

Cette hypothèse là me semble plus probable…

Dyna revient et je change de pull pour lui faire plaisir, puis je bois mon thé, tout en dégustant en même temps le silence. Enfin, le silence. C'est relatif, bien sûr. Car il est tout de même troublé par le bruit des casseroles, poêles et autres instruments de cuisine qui s'entrechoquent ou heurtent le fourneau…

Mais bon… Ce n'est presque rien, ça, comme bruit, comparé à d'habitude. Car il n'y a aucune conversation, aucun piaillement de mouflets. Ce qui est très rare ici et très appréciable.

Mais je ne me fais pas d'illusion, cela ne va pas durer. D'ici une demi-heure au plus, l'escalier va dégorger une horde d'affamés, qui vont débouler tout à tour dans la cuisine…

C'est comme ça tous les matins… Ça va, ça vient durant une bonne heure trente. Il y en a qui bougonnent, d'autres qui ont le cerveau ensuqué tant qu'ils n'ont pas bu trois tasses de thé ou de café et il y a ceux qui papotent à tout va l'esprit frais comme la rose au petit matin dès qu'ils se lèvent…

A chacun ses habitudes et petites manies matinales…

Moi, j'aime bien boire un thé tranquille, avant de commencer à manger. Un bon repas bien solide avec des œufs, du bacon, des saucisses et tout ce qui les accompagne…

Tout ce qui sent délicieusement bon fait ventre en fait…

Dyna pose une assiette copieuse devant moi et je hume les fumets qui s'en dégagent.

Aujourd'hui, c'est patates sautées et carottes braisées aux oignons qui accompagnent des saucisses et du bacon. Ça me convient parfaitement. Et ça a l'air de convenir tout aussi bien à Fauve qui vient de sauter sur la table pour venir renifler mon bacon, sous l'œil hautement réprobateur de la Tante Pétunia, qui a déjà dit à plusieurs reprises que ce n'est pas hygiénique de laisser des animaux traîner dans une cuisine…

Elle peut dire et penser ce qu'elle veut, je m'en contrefous royalement. Et son regard noir ne me fait pas peur. Oh et puis zut, tiens ! Je vais la faire enrager ! Je demande gentiment à Dyna de bien vouloir servir une assiette à mon chat. A table…

Et là, je suis foudroyé sur place par Pétunia, qui pince les lèvres, mais n'ose rien dire et retourne à son bacon en train de frire dans la poêle. Ça doit fulminer sec dans ses pensées. Et ça me fait doucement rigoler…

J'aime bien faire enrager les Dursley dès que je le peux. Pas méchamment, juste pour les emmerder. Comme de passer la tête pour voir où ils en sont dans leur travail et faire remarquer qu'il y a un petit bout de papier qui est resté accroché au mur ou un peu de peinture ou de vernis qui n'a pas été bien décapé…

Ou encore, faire du charme à Elinor qui marche dans la combine pour se marrer, sous l'œil jaloux du gros cousin Dudley…

C'est qu'elle lui plait vraiment, Elinor, à ce fat idiot. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Pauvre cloche ! Il peut se brosser pendant cent mille ans avant de décrocher la timbale avec elle ! Jamais il ne pourra faire concurrence à Lee Jordan, avec lequel Elinor a l'air de s'entendre de mieux en mieux…

Et franchement, je trouve ça bien. Parce qu'à mon avis, ils sont faits l'un pour l'autre, Lee et Elinor…

« Salut, Blaise ! » claironne Ramaya, qui précède Tarendra de peu dans la cuisine.

Elle est rayonnante, Ramaya. Le grand air de la réserve de Dragons où elle est affectée, là-bas en Irlande, depuis la semaine dernière, a l'air de parfaitement lui convenir… A moins que ce ne soit autre chose. Car la dernière fois que je l'ai vue, vendredi dernier, elle avait plutôt l'air totalement morose

La mort de Carlotta, sa copine Dresseuse de Dragon, l'a beaucoup secouée. Et puis Patrick, son mec, a dû rester quatre jours à Ste Mangouste à cause de graves brûlures dans le dos, consécutives à un Maléfice de Magie Noire que les Médicomages ont eu bien du mal à contrer.

Ouais, c'est pas l'air d'Irlande qui lui fait cet effet…

« Bonne nouvelle ! Le Basilic a repris le boulot ! Je viens de le voir arriver au Sous-Ministère du Pays de Galle » déclare Ramaya du même ton enjoué, en prenant place en face de moi…

Ah ! Voilà la raison de sa bonne humeur !

Le Basilic, c'est Edgar Boo, l'amant de ma très chère et tendre maman… Elle, nous l'avons surnommée la Gorgone et la mère de Tarendra et Ramaya, la Goule Venimeuse.

Trois charmants surnoms pour trois charmants personnages…

Il fallait au moins ça.

« Super ! Nous allons pouvoir lui tendre le piège ! » s'exclame à son tour Tarendra, visiblement heureux que notre affaire avance.

« Ouais. En espérant qu'il tombe dedans en entraînant la Gorgone et la Goule Venimeuse avec lui… » tempère-je, car le moins que l'on puisse dire, c'est que la chance a loin d'avoir été totalement de notre côté la semaine dernière, que ce soit au Ministère, à Dunvegan Castel ou à Privet Drive…

Alors si ça doit continuer sur la même lancée, je préfère modérer notre enthousiasme. Au moins, si notre plan tombe à l'eau ou ne réussit qu'à moitié, je serais moins déçu…

« Il va prendre la perche que nous allons lui tendre, Blaise. C'est obligé… » déclare Ramaya, son regard grave planté droit dans le mien.

« J'espère bien…» réponds-je, ma main crispée sur ma tasse de thé et yeux baissés dessus, des tas d'idées se bousculant dans ma tête, juste avant que j'ajoute, sur un murmure : « L'asticoter, le bousculer un peu, je suis d'accord. Je n'aurais aucun mal à faire cela. Et plutôt deux fois qu'une encore. Mais je ne pourrais pas aller plus loin… »

Non, je ne pourrais pas aller plus loin, même si ce n'est pas l'envie qui me manque, après ce que ce salaud a fait à Olivier… Pour assassiner toute sa famille, s'en réjouir et vivre l'esprit tranquille après ça, faut vraiment être salopard au dernier degré !

Ramaya se penche par-dessus la table et sa main vient couvrir la mienne. Elle est chaude, forte et j'y trouve du réconfort. Alors je resserre mes propres doigts dessus…

« Aucun de nous ne se voit aller plus loin, Blaise. Et c'est tant mieux. Mais lui, il faudra qu'il croie que nous le sommes… » assure Ramaya, d'une voix douce.

Et je sursaute. Elle ne croit tout de même pas… !

« Jamais je n'ai pensé que l'un de vous deux pourrait aller plus loin ! C'est juste que s'il ne répond pas à nos questions, ce sera mal barré pour prendre la Goule Venimeuse et la Gorgone dans nos filets. Et que ça me ferait sacrément chier… » explique-je, au soulagement visible de Tarendra et Ramaya

Merde ! Ils ont cru que je doutais d'eux et de leur capacité à maîtriser les envies de meurtre que le Trio Infernal a fait naître en nous…

« Je fais le serment, sur mon honneur et sur ma vie, de mettre tout en œuvre, pour que soient châtiés vos assassins. Telle est la promesse que nous avons faite sur la tombe de la famille d'Olivier. Et je sais qu'au moment de la prononcer, le cœur de chacun de nous était tourné vers la justice, non vers la vengeance aveugle. » assure-je encore, d'un ton sincère…

Tarendra et Ramaya me sourient. Et nous formons une chaîne, serrant la main de chacun de nos compagnons, pour réaffirmer la confiance que nous partageons, avant de nous lever, pour aller dans un coin tranquille, afin de peaufiner notre plan…

Car il faut que la perche que nous allons tendre au Basilic, après l'avoir fait tombé dans notre piège, ne puisse être refusée…

Ce qui est loin, très loin d'être gagné, me dis-je, en proie à un mauvais pressentiment…

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Kingsley

Une fois de plus, je suis admiratif devant le résultat obtenu grâce à la conjugaison des talents de Nally et Albus.

« C'est formidable ! Vous avez eu là une idée fantastique ! » m'exclame-je, avec un enthousiasme débordant.

Même si ce que je vois n'est guère réjouissant en soi. C'est le travail que j'admire. Du grand Art Magique !

« Oh ! Il faut rendre à Severus ce qui est à Severus ! C'est lui qui m'a donné cette idée, quand il m'a montré le souvenir qu'il va glisser dans le Journal de Salazar. Harry, Ronald et lui ont réalisé un travail extraordinaire pour l'occasion. Et je me suis dis que cette idée valait bien d'être exploitée dans un autre dessein… » répond Nally, avec un grand sourire.

Un souvenir dans le Journal de Salazar ? Qu'est-ce que c'est encore que cette invention ? Je verrais ça plus tard… En tout cas, l'idée est excellente…

« Eh bien, chapeau bas à Severus ! Voilà une idée du tonnerre ! Et chapeau bas aussi à vous deux, d'avoir réussi l'exploit de fabriquer ces souvenirs-ci ! Bon sang ! On croirait vraiment que tu étais là-bas, Nally, que ce sont de vrais souvenirs… Comment avez-vous fait ? » commente-je, en remuant une nouvelle fois le contenu de la Pensine, pour revoir les différentes scènes se dérouler sous mes yeux…

Et tandis que j'admire encore le résultat de leur travail, Albus et Nally m'expliquent comment ils ont procédé. Tout d'abord, pour que personne ne puisse se rendre compte que les images étaient à l'origine projetée sur un écran de télévision via des caméras, Nally a eu l'idée d'utiliser un procédé qui a permis de les remettre à l'échelle et sans qu'on puisse voir l'écran. Non en les montrant à un humain, mais à une petite créature.

Pour faire ça, elle a obtenu la collaboration de Polyocoop Dreeselpyne, un Lutin d'Ecosse au service de Severus, auquel il doit la vie. Et je me dis que ce n'était pas une mince affaire que de réussir ça. Car si le Lutin doit un service à Severus, il ne lui en doit pas à elle.

Mais bon, Nally entretient de bonnes relations avec les Créatures Magiques généralement. Ceci dit, ça n'enlève rien à son mérite. Car les Lutins d'Ecosse ne sont vraiment pas faciles à apprivoiser…

Elle a donc placé le Lutin près d'un écran, arrangeant un décor devant pour faire comme s'il regardait directement la scène depuis une fenêtre entrouverte. Et elle a fait défiler des images devant lui, un montage d'extraits d'enregistrements de certaines scènes qui se sont déroulées au Manoir.

Puis, elle a obtenu qu'il lui donne son souvenir de ce qu'il venait de voir. J'imagine que cela faisait partie du marché qu'elle lui a proposé, bien sûr. Car elle en a sûrement passé un avec lui, dans lequel il a quelque chose de très juteux à gagner. Ça ne peut pas être autrement…

Après ça, avec l'aide d'Albus, elle a colorisé le souvenir, puisque tout ce que nous enregistrons du Manoir est en noir et blanc… Il faut dire qu'Arthur et son équipe de recherches ont bien d'autres choses à faire, que de chercher une solution pour obtenir les images en technicolor comme ils disent…

De toute façon, ça arrange toutes celles et ceux qui sont de garde près des écrans. C'est déjà difficile parfois de rester là, à regarder certaines horreurs se dérouler sous nos yeux, sans y ajouter la couleur…

Toujours est-il qu'Albus et Nally ont réussi à colorer le souvenir, chose nécessaire pour qu'il paraisse réel… Ils ont dû y passer des heures, sûrement…

Enfin, dans une dernière étape, Nally a jeté une Illusion, pour faire croire que c'est elle, dissimulée sous une cape d'invisibilité, qui se trouvait dans le parc du Manoir, à espionner les deux affreux. Puis elle a regardé le souvenir en trois dimensions, comme nous avons pu le faire avec les souvenirs des Batailles d'Halloween. La Pensine était elle-même dissimulée par Albus, qui ne se retrouve bien entendu jamais dans le décor…

Je ne me lasse pas de voir le résultat… Jamais on ne pourrait croire que ce sont des souvenirs trafiqués que je vois là…

C'est incroyable ! Incroyable !

« C'est l'heure. Il faut y aller, King… » sourit Nally, tandis qu'Albus me fait sortir du souvenir que j'étais en train de visionner, cherchant une faille quelconque mais ne trouvant rien. Tout comme les fois précédentes….

Et nous partons tous les trois. Nous rendant discrètement dans les profondeurs du Ministère par le chemin que seuls les Aurors sont habilités à emprunter. Bientôt, l'air se refroidit autour de nous et Albus jette son Patronus. Son phénix nous accompagne, tournant autour de nous pour nous protéger de l'effet néfaste des Détraqueurs qui gardent les Mangemorts en attente de leur procès ou de leur transfert à Azkaban.

J'ouvre une salle d'interrogatoire et invite Albus et Nally à y pénétrer, avant de continuer mon chemin sur une vingtaine de pas, jusque devant le quartier des prisonniers. Deux des collègues sont de faction, leurs Patronus effectuant les cent pas devant le couloir des cellules. Je leur demande de faire venir le prisonnier que Nally, Albus et moi sommes soit disant venus interroger une dernière fois avant son transfert à Azkaban et ils vont le chercher, refoulant les Détraqueurs au fond du couloir.

Bientôt, ils reviennent, encadrant leur prisonnier et suivis par l'une des horribles Créatures qui a charge de le garder. Elle se postera devant la salle d'interrogatoire. C'est la procédure. Pas que cela me réjouisse, mais c'est ainsi.

S'il y a une question sur laquelle Cornélius Fudge n'a pas voulu céder, c'est sur celle des Détraqueurs…

Nous avons beau lui répéter qu'ils risquent un jour de nous trahir, il n'en démord pas. Ils sont indispensables à ses yeux pour assurer la sécurité dans le Département de la Justice Magique et le Quartier des prisonniers…

Quelle calamité d'avoir un tel fantoche à la tête de notre Communauté ! Heureusement, qu'Arthur est là pour le raisonner et limiter la casse…

Ainsi qu'Amos Diggory maintenant, qui remplace Percy au poste de Secrétaire Particulier de Fudge.

Je crois qu'Arthur a été soulagé que ce soit lui, un ami de longue date et qui partage la même douleur que lui, qui soit nommé à ce poste. Il n'aurait pas supporté que ce soit un jeune sorcier aux dents longues qui le soit. Au moins est-il assuré que jamais Amos ne critiquera son prédécesseur pour se faire mousser et démontrer par tous les moyens, même les plus bas, qu'il est meilleur que lui à ce poste…

Car il ne faut pas se leurrer, ça existe ce genre de zigotos, qui n'hésitent pas à piétiner même la réputation des morts, pour parvenir très vite au sommet…

J'observe le Russe du coin de l'œil, tandis que nous marchons vers la salle d'interrogatoire. Il a un peu vieilli et perdu de sa superbe depuis mercredi dernier. Mais il reste droit et fier, malgré la présence du Détraqueur qui le colle de près.

C'est un coriace ce type. Un vrai. Un slave qui a été élevé à la dure, dans un climat rude. Il ne mettra pas son orgueil de côté devant nous, c'est certain. Quoi qu'il puisse penser en voyant ce que nous allons lui faire voir, il ne le montrera pas. Ou tout au moins s'y efforcera-t-il le plus longtemps possible.

Réussira-t-il totalement ?

Je le fais entrer dans la salle d'interrogatoire, ordonnant au Détraqueur de rester derrière la porte close. Le Russe avance, jusqu'au milieu de la pièce et s'arrête devant la table sur laquelle Albus a posé sa Pensine.

Pas un muscle de son visage ne bouge, quand je lui dis de s'asseoir, ce qu'il fait avec raideur et un certain dédain. C'est un noble ce Russe et il nous montre bien qu'il n'a que mépris pour la roture… C'est clair comme de l'eau de roche, que nous ne présentons aucun intérêt à ses yeux. Il ne nous accorde pas un seul regard, même quand je fais les présentations…

« Je sais, Monsieur, que vous comprenez parfaitement notre langue et que vous savez qui je suis. Je sais également qu'il est inutile de tenter d'obtenir votre collaboration. C'est pourquoi je ne perdrais ni votre temps ni le nôtre, en de vaines propositions ou argumentations qui iraient dans ce sens. » commence Albus, avant de marquer un temps d'arrêt, pour permettre à l'ostrogoth de bien assimiler ses paroles.

Il ne laisse rien voir ou presque. A peine ai-je noté un très léger tressaillement au coin de son œil droit, quand Albus a franchement annoncé que nous ne cherchons pas à nous allier sa personne. Il est clair de toute façon, qu'il nous aurait envoyés sur les roses.

En gardant obstinément silence, bien sûr…

A mon humble avis, nous ne sommes pas près d'entendre le son de sa voix. Ceci dit, ce n'est pas ce que nous cherchons de toute façon. Qu'il écoute et regarde ce que nous avons à lui faire entendre et montrer, c'est tout ce que nous voulons…

« Vous vous souvenez sans doute, Monsieur, d'une attaque qui a eu lieu devant le Manoir Malfoy, le soir de votre arrivée là-bas. Ce sont de jeunes Membres de l'Ordre du Phénix, qui l'ont organisée dans l'urgence. Ce n'était cependant, ni pour nuire à votre famille, ni pour capturer Lucius Malfoy, que ces jeunes gens ont agi. Ils l'ont fait, dans l'espoir de soustraire votre fille à un destin qu'ils ont estimé à juste titre terriblement cruel. » poursuit Albus, d'un ton doux et triste

Une fugace lueur traverse le regard jusqu'à maintenant inexpressif de Syssoï Alexeïevitch. Bien qu'il n'ait aucune autre réaction, je sens qu'Albus a capté son attention.

Sa fille. La prunelle de ses yeux. Le trésor qu'il a jalousement dérobé aux regards des hommes et du monde, jusqu'à ce qu'il accepte de la marier à ce diable de Lucius… Quelle terrible erreur il a alors commis ! C'est ce qu'il va pouvoir constater dans quelques instants…

Comment réagira-t-il alors ? A quel point le regrettera-t-il ?

« Bien sûr, nous ne nous attendons pas à ce que vous nous croyez sur parole, Monsieur. Et nous ne vous ferons pas l'offense de marchander les preuves de ce que je viens de vous révéler. Nous allons vous les donner et vous allez pouvoir constater à quel point vous avez été trompé. Si nous faisons cela, ce n'est pas pour vous torturer l'esprit, c'est parce que nous n'avons aucun moyen de porter secours à votre enfant, ni aux jeunes élèves de Durmstrang actuellement retenus sous Imperium au Manoir Malfoy, bien que nous le voudrions de tout notre cœur. Et aussi, parce que nous savons, qu'un jour, peut-être proche, Voldemort libérera ses Mangemorts emprisonnés, à Azkaban et dans les autres prisons d'Europe. Alors peut-être pourrez-vous venir en aide à votre enfant et à ceux dont les parents espèrent avec angoisse le retour… » explique Albus, toujours sur le même ton…

Le Russe ne dit rien. Mais son regard glisse vers la Pensine.

« Oui, Monsieur. Ce sont des souvenirs que nous allons vous montrer. Les souvenirs d'un témoin qui n'a aucun moyen d'arracher votre fille à sa prison. A notre très grand regret… » intervient Nally, avec une sincérité qui ne doit pas échapper à son interlocuteur.

Et sans attendre davantage, elle jette le Sort qui permet aux souvenirs de s'élever de la Pensine. Et le Russe rive son regard dessus…

Je l'observe, tandis qu'il suit du regard Nally, méconnaissable sous son déguisement, tandis qu'elle s'enfonce dans un bosquet. Puis elle disparaît sous une cape d'invisibilité et se dirige vers le Manoir Malfoy, nous entraînant avec elle à mesure de ses pas. Il regarde ensuite par la fenêtre, Lucius et Voldemort qui établissent les projets de mariage et planifient les meurtres des tous nouveaux beaux-parents, pour avoir la main mise sur la fille et la fortune… Puis c'est Voldemort que nous voyons exiger d'être présent pour la nuit de noce et Lucius qui accepte plus que volontiers…. Et enfin, ce bâtard de Lucius qui se vante d'avoir conquis Ievguenia, juste avant de gratifier son Maître d'une fellation…

Le Russe ne bronche pas. Il est figé sur sa chaise comme une statue et l'on pourrait penser qu'il est insensible à ce qu'il voit… Mais son regard dément cela. Il est terrible.

Meurtrier…

Et quand le dernier souvenir cesse, sa mâchoire est crispée et il ne fait aucun doute pour moi qu'il cherchera par tous les moyens à sauver sa fille. Et qu'il n'aura de repos que dans la vengeance, que sa fille ait eu à souffrir ou non…

« Poudlard aura toujours ses portes ouvertes pour votre fille. Quel que soit le jour et l'heure… Si les grilles étaient fermées, il vous suffirait de dire ce mot… » déclare Albus, en glissant un parchemin sur la table, juste devant le Russe.

Ce dernier ne dit rien. Mais il lit ce qui est écrit sur le parchemin, avant de river son regard dans celui de son vis-à-vis, tout en se levant avec lenteur. Signifiant ainsi, que la conversation s'arrête là, en ce qui le concerne…

Si tant est qu'on puisse appeler cela une conversation, même s'il y avait un message dans son regard.…

Non, pas un message.

Une promesse.

Du moins c'est ce que je veux croire. Qu'il a promis à Albus qu'en temps voulu il agira pour le mieux. Et qu'il accepte que sa fille trouve refuge à Poudlard…

Je le raccompagne, jusqu'au bout du couloir. Et quand je reviens dans la salle d'interrogatoire, Albus et Nally sont silencieux…

« Vous croyez qu'il va saisir la perche que nous lui avons tendue et finira par nous aider ? » demande-je, avec espoir.

C'est à Nally que je m'adresse. Son don d'Empathie était en alerte pendant toute la durée de notre entrevue avec le Russe et je suis certain qu'elle l'a sondé durant tout ce temps également…

« Nous, je ne sais pas. Les élèves de Durmstrang peut-être. En ce qui concerne sa fille, c'est certain. Son cœur saigne d'ores et déjà pour elle et il s'en veut profondément d'avoir failli à sa tâche et de ne pas avoir su la protéger. Il nous la confiera s'il peut la tirer des griffes de Lucius et Voldemort. Mais il cherchera à accomplir seul sa vengeance, quitte à y laisser sa vie. » répond-elle dans un murmure.

Et je m'imagine un instant que c'est l'une de mes gosses, qui est là-bas, à la place de la petite Ievguenia et un long frisson me remonte l'échine…

A la place du Russe, je ferais n'importe quoi, oui, n'importe quoi pour tirer ma gamine de là… Et faire payer le mal qu'on lui a fait…

Et je frissonne derechef…

« Ouais, je le comprends… Pauvre gosse ! J'en viendrais presque à espérer que Voldemort attaque Azkaban avant les noces, juste pour que son père la tire du Manoir… » déclare-je, en toute sincérité…

Mais je sais bien que cela ne risque pas d'arriver tout de suite…

Non…

Voldemort n'a pas encore besoin de récupérer ses troupes…

Comme c'est dommage que nous ne puissions faire libérer ou s'évader le Russe ! Cette manœuvre serait vouée à l'échec, car c'est certain que Voldemort aurait aussitôt des doutes à son égard. Et c'est pour le coup qu'il le liquiderait sans sommation, tuant en même temps tout espoir que la petite et les jeunes de Durmstrang puissent être arrachés à leur prison…

OoOoOoO

Acte 2 : Le Village Des Elfes

Severus

Je suis saisi par le froid, quand j'arrive au point de Transplanage, dans les Montagnes d'Ecosse. J'ai quitté Londres sous le crachin, pour arriver dans un décor semblable à celui dans lequel vit Aelia, la fée des Glaces, que Nally abrite dans une boîte à bijoux, là-bas, dans son bureau à Poudlard.

Les branches des sapins ploient sous le poids d'une épaisse couche de neige, scintillante et rosée sous les rayons du soleil qui se lève. Les fougères givrées, qui bordent le sentier, frémissent à peine au passage du petit courant d'air circulant sous la voûte des arbres.

Je remonte le col de ma cape et enfonce mes mains profondément dans mes poches, avant de me hâter sur le sentier dont les Elfes ont tassé la neige, en prévision de mon arrivée. Une centaine de pas plus loin, je tourne sur ma droite, avançant de cinq pas encore sous les arbres, avant de m'arrêter devant un fouillis inextricable de ronces et de branches mortes. Mon souffle exhale un léger brouillard quand je prononce le mot de passe adéquate et le fouillis s'écarte pour me laisser passage.

Quelques pas encore et je franchis le petit pont de bois qui enjambe un torrent. Et je m'arrête de nouveau. Car je viens de pénétrer sur mes terres, de passer la barrière de protection invisible qui les dérobent aux regards et c'est un tout autre paysage qui m'accueille. Ce n'est plus l'hiver, mais ce printemps perpétuel qui habille les arbres de superbes nuances de verts, les buissons et les bordures des sentiers de fleurs. L'air est doux, le ciel bleu, les oiseaux chantent et pépient joyeusement.

Je suis chez moi ici. Je respire à pleins poumons l'air qui me ragaillardit et chasse la petite pointe de nostalgie que je ressens toujours à mon arrivée, quand m'assaillent les souvenirs des jours heureux vécus avec mes parents et de la tendre enfance qu'ils m'ont offerte.

J'espère de tout cœur, que les enfants qui vont trouver refuge ici traverseront la guerre dans la douceur et l'insouciance. Et qu'ils garderont le souvenir de leur séjour en ces lieux, comme un précieux trésor. Tout comme je le fais…

« Bonjour, professeur Severus Monsieur ! Dobby est venu pour vous faire visiter ! » s'exclame Dobby, qui vient d'arriver dans un pop discret.

Il agite doucement ses oreilles et bombe le torse. Il a l'air fier du travail réalisé ici sous ses ordres, par les Elfes de Poudlard, qui ont vu là-bas leur tâche allégée, grâces aux nombreuses corvées récoltées par les Ânes Bâtés mis en retenue depuis Halloween jusqu'aux vacances de Noël…

Nous cheminons côte à côte sur le sentier et Dobby ne manque pas d'attirer mon attention sur chaque aménagement effectué. Les statues et sculptures, les buissons taillés en forme d'animaux, les parterres de fleurs rares et agréablement odorantes qui enjolivent le parcours, les fontaines qui murmurent doucement, les bancs sur lesquels les promeneurs pourront se reposer ou lire en toute tranquillité.

Enfin, nous arrivons aux abords du village. A droite, le long de la rivière, se trouvent un lavoir, un séchoir et une aire de jeux, habilement agencés parmi les arbres et buissons foisonnants. Ainsi, les mamans pourront surveiller leurs enfants tout en effectuant leur lessive ou plier le linge fleurant bon la nature après avoir séché au grand air. A gauche, je distingue des petites clairières, séparées par des bosquets, dans lesquelles poussent des légumes sauvages, destinés à nourrir les volailles tout aussi sauvages : faisans, canards, perdrix, oies, lièvres, qui ne dénoteront pas dans ce paysage et amélioreront l'ordinaire des familles…

Et enfin le village et ses chalets, en bois de couleur miel, aux formes arrondies ou ovales et aux toits végétaux. Impossibles à distinguer depuis le ciel et qui se marient parfaitement à l'environnement…

De l'extérieur, les chalets ont l'air petit, mais l'intérieur est en réalité très spacieux, chaque pièce ayant été agrandie avec quelques Sortilèges. Et chacun d'eux comporte deux à quatre chambres, un salon, un cellier et une cuisine, où l'évier a été taillé dans la pierre, avant d'être poli. Il est alimenté par une pompe qui puise l'eau directement à une source. Il y a également un cabinet de toilette, avec lavabo et un WC, tous deux à évacuation magique, ainsi que des petits meubles de rangement pour les serviettes, gants et produits de toilette.

Toutes les pièces sont sobrement mais élégamment décorées : le mobilier de récupération a été restauré, reverni ou repeint, les tapis, tentures et tapisseries remis à neufs et tout a été réparti pour composer des ensembles harmonieux des lambris finement sculptés ou ciselés, sont assemblés pour former des fresques où la nature est à l'honneur, des plantes luxuriantes et verdoyantes, des arcades fleuries, des fontaines qui chantent, agrémentent les espaces avec goût…

Chaque chalet inspire le calme, la douceur et la quiétude.

Et je suis émerveillé.

« C'est magnifique, Dobby ! Vous avez tous réalisé un travail merveilleux ! Digne de votre extraordinaire talent ! » commente-je avec sincérité.

Dobby rit et applaudit, heureux de cette reconnaissance. Je sais qu'il répètera mes paroles à tous les Elfes qui ont travaillé ici.

Il faudra que je songe à les récompenser dignement.

Je dois cependant reconnaître qu'il manque quelque chose…

« Mais il n'y a pas de baignoire, ni de douche ? » m'enquiers-je maintenant avec douceur

Dobby sourit et me prend par la main, m'entraînant derrière lui en courrant aussi vite qu'il peut le faire, vers la place du village. Tout autour de cette place, il y a des petits magasins : boulangerie, boucherie, épicerie, crémerie, herboristerie, légumes et fruits où les villageois pourront venir se ravitailler, gratuitement en ce qui concerne les produits de la ferme de Poudlard, pour les familles qui ont tout perdu. Ainsi, elles pourront économiser pour se reconstruire un foyer après la guerre…

Il y a également une petite bibliothèque, où l'on peut lire ou emprunter des livres, mais également acheter du parchemin, des plumes et de l'encre. Enfin, au centre de la place, trône un kiosque, que nous contournons, pour prendre une allée couverte, bordée de bâtisses plus grandes que les autres.

Nous pénétrons dans la première, sur la droite. Nous sommes dans un couloir avec de nombreuses portes de chaque côté. Dobby ouvre l'une d'elle et m'invite à entrer. C'est une salle de bains, avec une grande et profonde baignoire creusée à même la pierre, dont les bords sont gravés de feuilles et décorés de boutons ronds en porcelaine peinte de motifs floraux. On y descend par des marches, sécurisées par des rampes. Depuis le plafond, des vitraux orange très pâle diffusent une lumière chaleureuse et apaisante. Les sols et les murs sont en mosaïques de céramique qui représentent une scène de fonds sous-marins. Et, dans un grand coffre de bois, sont soigneusement pliées des serviettes de bain et des éponges neuves à foison…

« Les Elfes ont creusé très, très profond, pour trouver une source chaude ! Oh oui ! Très très profond ! » déclare Dobby, en montrant les vingt-cinq robinets qui alimentent la baignoire, avant d'ajouter, avec une évidente fierté : « Dobby vous montre ! Les robinets en or desservent l'eau chaude, ceux d'argent l'eau froide et celui en vermeille, le bain moussant ou les parfums que vous souhaitez ! Oh, oui ! Il suffit d'appuyer sur les boutons en porcelaine que vous avez choisis, comme Dobby le fait ! Et la baignoire se vide et se nettoie toute seule, quand on dit : bain fini ! »

Dobby me fait la démonstration. L'eau coule en abondance dans la baignoire, produisant une mousse agréablement parfumée. Et au mot de passe, elle se volatilise aussitôt, laissant la baignoire aussi propre que lorsque nous sommes arrivés.

« Ce n'était pas possible de mener l'eau chaude dans toutes les maisons ! Alors nous avons fait la Maison des salles de bains ! Il y en a vingt-quatre ! Douze avec baignoire et douze avec douche ! Est-ce que le professeur Severus Monsieur est satisfait de Dobby et de ses Elfes Artisans ? » s'exclame Dobby, ses oreilles agitées d'excitation.

« Tout à fait satisfait ! Et même davantage ! Allons visiter les autres bâtiments maintenant. » réponds-je, hâtif de voir quelles agréables surprises me sont encore réservées…

Après la guerre, je pourrais faire de ce village un centre de vacances, me dis-je…

Dobby m'emmène dans le grand chalet qui fait face. C'est une école, avec plusieurs petites salles de classe et des salles de jeux, aménagées selon des niveaux différents. Nous visitons ensuite une salle commune dans laquelle les villageois pourront se rassembler pour s'entraîner ou pour les veillées par exemple, une infirmerie et un laboratoire pour confectionner Potions et Onguents et enfin, le clou de la visite : la salle d'état major

Elle s'inspire fortement de ce que j'avais fait dans ma yourte, lors de notre inoubliable séjour avec les élèves des différents Comités.

Il y a de grandes tables de travail, sur lesquelles pourront être étalées nos cartes ou des maquettes, des panneaux d'affichage, des classeurs de rangement, des bureaux, des armoires dans lesquelles se trouvent quantités de parchemin, plumes et encriers. Des alcôves dans lesquelles pourront être installés les écrans et les magnétoscopes, des étagères, pour recevoir les cassettes vierges d'un côté, enregistrées de l'autre. Toute la vaste salle est aménagée en espaces à la fois intimes et ouverts sur les autres…

« C'est parfait ! Parfait ! Je suis vraiment admiratif, Dobby ! C'est bien plus que j'avais espéré et demandé. Dans tout le Village ! Vraiment, je ne sais comment vous remercier, toi et tous les Elfes qui ont travaillé ici ! Un tel résultat ! En seulement deux mois ! Et en nous aidant en plus à installer des pièges puis à tout remettre en place, là-bas, dans les Hébrides ! C'est extraordinaire ! Le Village des Elfes de Maison ! C'est ainsi dorénavant que nous désignerons ce merveilleux endroit ! C'est le moins que je puisse faire pour la reconnaissance de vos immenses talents ! » déclare-je, au comble de la satisfaction, avant de m'agenouiller pour saisir les mains de Dobby dans les miennes et les serrer avec chaleur et reconnaissance.

Dobby, me regarde avec le sourire, battant doucement des oreilles. Ses yeux brillent de joie et d'une fierté palpable.

« Les Elfes ont travaillé très dur, pour remercier Harry Potter qui leur a offert leur Roi et pour vous, professeur Severus Monsieur, parce que vous leur avez fait confiance et que vous les avez laissé faire comme ils voulaient pour réaliser ce village. Dobby et son peuple sont heureux et fiers, professeur Severus Monsieur. Oh ! Oui ! Très fiers et très heureux ! Comme ils ne l'ont jamais été auparavant ! Et c'est une grande récompense pour eux ! Une très grande récompense ! Oh ! Oui ! » déclare-t-il, les larmes lui montant aux yeux.

Et quand je le sers spontanément contre ma poitrine, moi-même vivement ému, il éclate en sanglots, tant sa joie est grande…

« Dobby, crois-tu que les réfugiés pourraient emménager ici le premier de l'an ? » m'enquiers-je, quand les sanglots du petit Elfe se calment.

Songeant que ce serait une merveilleuse façon de commencer une nouvelle année pour les familles qui ont eu à souffrir durant les dernières semaines de celle qui s'achève…

« Oh ! Oui, professeur Severus Monsieur ! Il n'y a plus qu'à apporter la nourriture ! Ce sera vite fait ! » acquiesce Dobby, avec force battements d'oreille.

« Alors c'est ce que nous allons faire. Nous allons inaugurer le Village des Elfes de Maison mercredi ! Et nous ferons une fête. Sobre, bien sûr, étant donné les circonstances actuelles. Et je veux que tu me fasses une promesse, Dobby. C'est que tous les Elfes qui ont travaillé ici, participent à cette fête, qu'ils en soient les invités d'honneur ! » déclare-je, en tenant Dobby fermement par les épaules, mon regard planté dans le sien.

Dobby ouvre grand les yeux et agite ses oreilles avec forces.

« Dobby ne sait… Il ne sait s'ils voudront… » répond-il, d'une voix étranglée par l'émotion.

« Je compte sur toi pour les persuader, Dobby. Car je suis sûr que toutes les familles qui vont venir ici, voudront les remercier comme il se doit, d'avoir créé et bâti ce merveilleux village pour eux. S'ils ne viennent pas, la fête ne sera pas complètement réussie… » affirme-je, de mon ton le plus convaincant.

Dobby rosit, gêné de mon insistance et il déglutit à plusieurs reprises, avant de hocher timidement la tête…

« Dobby va faire tout son possible, oui, tout son possible pour que les Elfes Artisans viennent, professeur Severus, Monsieur. » dit-il, d'une voix un peu étranglée

Et il éclate encore une fois en sanglots, me remerciant de l'honneur que je fais à son peuple, avec cette invitation.

OoOoOoO

Acte 3 : Visite Au Château De Chantilly

Algie

C'est la troisième fois que nous venons ici, notre apparence quelque peu modifiée pour ne pas éveiller les soupçons des gardiens Moldus. Je laisse encore une fois mon regard glisser sur les nombreux ouvrages, aux reliures de couleurs variées de la Galerie des Livres. C'est un bel endroit, à la décoration sobre, d'une quiétude propice au travail….

Mes doigts fourmillent, profondément désireux d'effleurer les trésors inestimables qui s'offrent à mon regard. Profondément frustrés également de ne pouvoir le faire, sous peine de me voir jeté dehors par le gardien qui veille jalousement sur eux…

« Pas ici qu'on va trouver quelque chose… » maugrée Rupert, agacé de notre insuccès…

Je soupire. Mon ami a raison. Il nous est impossible de consulter les ouvrages. Les Moldus ont mis en place des protections qui ne nous permettent pas de le faire en toute tranquillité, que ce soit en journée ou la nuit…

Je suis pourtant certain que le Château de Chantilly recèle une partie des réponses aux questions qui nous taraudent à propos du Traducteur…

Nous quittons le Cabinet des Livres, pour nous diriger vers le magnifique escalier d'honneur, par lequel nous accédons, en nous mêlant discrètement à un groupe, aux petits appartements situés au rez-de-chaussée. C'est là, dans la partie la plus ancienne, appelée Petit Château, que réside notre dernier espoir me dis-je…

Nous traversons rapidement une galerie, pour atteindre le Salon de Guise dont nous faisons lentement le tour, feignant d'admirer les portraits de famille, avant de passer dans le Salon Violet, puis la Petite Singerie…

« Ils ont trop transformé les lieux au fil du temps. Le Traducteur est venu ici avant qu'il y ait tout ça et quoi que tu touches, ça t'emmènera pas loin… » bougonne encore Rupert, avec un large geste de la main pour désigner le décor somptueux.

« Sous les panneaux, les murs sont d'origine. Alors je peux quand même essayer. » murmure-je, esquissant un geste vers celui qui me fait face.

Mais Rupert m'interrompt en attrapant vivement mon coude…

« Fais pas ça… Ou alors… Feins un malaise… » murmure-t-il en retour, tandis que le groupe accompagné d'un guide, auquel nous nous étions mêlés plus tôt, entre dans le Salon.

Excellente idée, me dis-je, en feignant aussitôt de vaciller sur mes jambes. Rupert, sous le couvert de me retenir, me bouscule un peu et je tombe en avant, avec un gémissement.

Aussitôt au contact du panneau, ma main frémit et une chaleur diffuse que je connais bien, remonte le long de mon poignet et de mon bras… Et des images, qui ont traversé le temps, explosent dans mon cerveau, si brusquement, que j'en ai un véritable vertige.

Je sens mon corps s'affaisser et mes genoux heurter le marbre, tandis qu'une jeune femme éclate de rire sous la plaisanterie de son galant. Il lui baise les doigts, le regard rieur, elle minaude avec le sourire, il lui conte fleurette, le regard séducteur, elle le tient à distance, prenant un air timide. Et finalement, il obtient un baiser et la promesse d'un rendez-vous sous la lune…

Et le temps file, d'une tranche d'histoire à l'autre, jusqu'à ce que j'en sois tout aussi brusquement arraché que j'y suis entré.

J'ai été déplacé, ma main ne touche plus le mur. Quelqu'un m'a allongé sur le sol et me tient le poignet. J'ai été trop brutalement soustrait à mes visions et le monde présent tourne vivement autour de moi…

« Il doit être en hypoglycémie. Donnez-lui du sucre ! Tenez, j'ai des bonbons dans mon sac ! » entends-je une voix de femme s'exclamer en français, tandis que je garde mes yeux fermés pour retrouver mon équilibre.

Je papillonne des paupières. Le jeune guide, probablement un étudiant en histoire de l'art, est penché sur moi. Son regard est anxieux…

« Comment vous sentez-vous, Monsieur ? Avez-vous besoin d'un médecin ? Voulez-vous que nous appelions une ambulance ? » demande-t-il, dans un anglais impeccable, malgré sa petite pointe d'accent français.

« Non… Non, merci. Ce doit être juste un peu de fatigue. » réponds-je, en tendant une main vers Rupert, pour qu'il m'aide à me relever.

« Vous êtes sûr, Monsieur ? » demande encore le jeune guide, qui prête la main à Rupert et me soutient fermement le dos.

« Oui, merci. Je vais bien maintenant. Ce n'était qu'un petit vertige. Si vous me permettez de m'asseoir quelques instants sur l'un des sièges du Salon Violet, tout ira bientôt parfaitement bien. » réponds-je, un peu las je l'avoue.

« Oui, oui, bien sûr… » acquiesce le guide, en m'invitant à le suivre d'une pression de la main dans le creux de mes reins.

Le groupe de personnes âgées qu'il accompagne dans la visite du Château s'écarte pour nous laisser passer. Une femme d'allure frêle et aux cheveux neige, glisse quelques bonbons dans la main de Rupert, insistant dans un anglais approximatif, pour qu'il m'en fasse manger un au plus vite.

Rupert la remercie, avec un sourire aimable et bientôt il m'aide à prendre place dans une confortable bergère.

« Alors ? » demande-t-il laconiquement, quand le jeune guide a rejoint son groupe pour poursuivre la visite des Petits Appartements et que je déballe un bonbon de son enveloppe, sous le regard inquiet de la femme qui nous observe depuis la porte.

« Tu avais raison. Je ne suis pas remonté assez loin » souffle-je, éminemment déçu, avant d'aviser la fenêtre et d'ajouter : « La pierre nue parlerait peut-être davantage… »

J'enfourne le bonbon dans ma bouche, le laissant fondre sur ma langue. Goût violette. Excellent. La femme me fait un petit signe et rejoint son groupe, rassurée.

Rupert, lui, ne dit rien. Son regard est fixé sur un miroir placé au-dessus de la cheminée. Il réfléchit posément, l'œil à peine plissé et caressant sans douceur sa mâchoire carrée.

« On devrait plutôt tâcher de trouver un Sorcier qui connaît l'histoire de ce Château. A la Bibliothèque Sorcière de Paris on pourra peut-être nous renseigner… » déclare-t-il, quelques minutes plus tard.

Et je conviens qu'il a raison. Se fier à mon don est trop hasardeux. Le traducteur n'a sans doute effectué qu'un bref passage ici et son emprunte ne doit pas être suffisamment forte pour en laisser trace dans les murs, le sol et les rares objets encore présents ici et qu'il aurait pu toucher …

J'ai eu de la chance que les méandres du temps m'aient par deux fois déjà mené sur ses traces. Il peut se passer des années, avant que cela se reproduise, si tant est que cela se reproduise un jour…

La Bibliothèque Sorcière de Paris… J'ai eu l'occasion déjà de m'y rendre à plusieurs reprises. Elle est contiguë à un Musée Sorcier qui recèle des merveilles du monde entier, situé près du Louvre, l'un des plus fameux musées Moldus du monde.

Et j'ai là-bas un ami conservateur, féru d'art et d'histoire, qui pourrait être une précieuse source de renseignements…

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