Disclaimer: cf chapitre 1

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Beta: Mistycal... Etes-vous allé voir ses fics?

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Réponse aux commentaires anonymes sur mon forum. Liens sur mon profil... -Marina- -Yzeute-

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Chasse Aux Nuisibles 1/4

Vendredi 3 janvier 1997

Acte 1 : Préparer Le Terrain

Ron

J'ai toujours adoré cette horloge, aussi loin que je m'en souvienne. Mais depuis que nous sommes revenus au Terrier, après le mariage de Dobby et Dyna, je ne la vois plus du tout du même œil…

A cause de cette aiguille, qui restera toujours fixée au même endroit…

Je frissonne et détourne mon regard. Papa devrait remiser cette horloge au grenier. Au moins, ne nous rappellerait-elle pas sans cesse que Percy ne rentrera plus jamais à la maison…

Mon esprit s'égare. Il s'en va vagabonder vers le Village des Elfes et le feu d'artifice que Georges et Fred ont fait exploser dans le ciel. C'était beau. Et cela m'a permis d'avoir en tête une autre image de Percy. Je peux de nouveau penser à lui vivant et non plus uniquement étendu sur la pelouse, les bras en croix et le regard définitivement fixe…

Je secoue la tête et me laisse aller en arrière dans mon fauteuil. Ce n'est pas le moment de repenser à cela…

Des mains se posent sur mes épaules et un souffle chaud me caresse le cou. Je tourne la tête et cueille la bouche de Harry. Notre baiser est court. N'importe qui pourrait entrer dans le salon…

J'ai de plus en plus de mal à cacher notre relation aux regards des quelques personnes qui résident ici et n'en savent rien encore. C'est injuste que nous ayons à nous cacher, quand les autres couples présents peuvent exprimer librement les sentiments qu'ils éprouvent l'un envers l'autre !

Harry s'assoit avec nonchalance sur le sofa qui me fait face. Je sais que la situation lui pèse aussi, même s'il n'en laisse jamais rien paraître.

C'est drôle quand même… Parce qu'avant Halloween, nous la cachions comme un trésor, notre relation. C'était notre Eden. Charly avait raison de dire que ça le serait d'autant plus, quand nous pourrions exprimer librement nos sentiments devant la famille. Maintenant, ça me manque de ne pas le faire aussi devant le reste du monde…

« Les autres vont bientôt arriver. J'ai hâte de connaître votre plan… » déclare Harry, en s'étirant un peu le dos.

« Bah… Ce n'est rien d'extraordinaire. Nous avons respecté à la lettre le plan de Blaise, Ramaya et Tarendra et seulement ajouté deux ou trois petits trucs … » réponds-je, avec un haussement d'épaule, au moment où les autres entrent dans le salon.

Fred, claudique sur sa jambe artificielle. Il est heureux de ne plus dépendre de béquilles pour se déplacer. Georges chahute un peu Draco qui baille à se décrocher les mâchoires depuis qu'il s'est levé, tandis que tout le monde s'assoit sur les nouveaux sièges du salon agrandi. J'aime bien les aménagements qui ont été faits dans la maison. Ils sont tout à fait dans l'esprit du Terrier, gardant ce côté hétéroclite qui le caractérise…

« Il est temps que vous nous disiez tout, si nous voulons partir en chasse aujourd'hui et capturer enfin le Basilic ! » déclare Ramaya, en parlant un peu fort pour réclamer l'attention des bavards.

Ça marche. Tout le monde se tait et regarde vers nous. Les jumeaux présentent en quelques phrases, l'essentiel de nos idées, sous l'oreille attentive de chacun… Des yeux se lèvent au ciel, des sourcils se haussent et des sourires mi- amusés, mi- effarés s'étirent sur certains visages.

« Ajouté seulement deux ou trois trucs ? » me fait remarquer Harry, un sourcil haussé vers moi, dès cet exposé fini…

« Bah… Disons que l'idée principale du plan initial est strictement respectée. » réponds-je, sous le ricanement goguenard de Draco

C'est pure vérité pourtant. Ramaya, Tarendra et Blaise ont pour objectif de flanquer une trouille monstrueuse au Basilic, pour qu'il avoue sa participation au meurtre et révèle tout de la planque des deux autres membres du Trio Infernal, avant de le livrer aux Aurors. C'est à cela que nous nous sommes attachés, les jumeaux et moi

Bon, d'accord, le sens du spectaculaire de mes frangins a déteint sur moi, je l'avoue.

« Mouais… Admettons… Ceci dit, il nous faudrait un peu de monde en plus, pour réaliser ça… Et ça, ce n'était pas prévu au programme… » commente Tarendra, l'œil plissé…

« Bah, les Illusions de Ron auraient pu suffire, mais comme toi nous avons pensé qu'il valait mieux qu'il y ait quelques vraies personnes parmi elles, pour ajouter au réalisme. Et tu as ce qu'il faut ici. Ce n'est pas pour rien que nous avons fait venir tout ce petit monde » répond Fred, avec un geste pour désigner nos camarades.

Les membres Majeurs du Comité Principal sont là, tout comme les copains des jumeaux, ainsi que Ginny, Luna, Théo Neville, Annabelle et Viktor. Nous les avons convoqués de très bon matin pour nous filer un coup de main et ils ont été plus qu'heureux de répondre à l'appel…

« Oui, d'accord, nous avons tout le monde qu'il faut pour réaliser votre plan. Mais votre mise en scène va demander pas mal de temps pour venir à bout du Basilic. Et la plupart d'entre vous doit rentrer à Poudlard dimanche… » fait remarquer Ramaya, en me regardant, l'air de se demander ce que j'aurais à répondre à ça.

Mais Georges me devance.

« Avec ça, nous sommes parés. Tout sera fini ce soir au plus tard… » déclare-t-il, en brandissant une fiole de Potion et le Chronomètre Magique que nous avons emprunté pour avoir le temps d'effectuer tous les préparatifs nécessaires..

« Tout dépend de la résistance du Basilic ! Mais dix Gallions que ce sera fini avant midi ! » commente Fred, en tendant la main vers Georges qui accepte le pari

Tarendra, Blaise et Ramaya se concertent brièvement du regard. Jusqu'à présent ils ont toujours considéré que cette mission leur revenait strictement. J'ai parfois l'impression qu'ils ont endossé les responsabilités de leurs deux salopes de mères et que c'est pour cela qu'ils ont fait la promesse de les capturer pour les livrer aux Aurors…

Ils n'ont rien à se reprocher personnellement, mais se sentent coupables quand même. C'est moche et injuste.

« D'accord, ça marche. » souffle finalement Ramaya, sur le signe de tête de son frère et de Blaise, avant d'ajouter : « Dans combien de temps pouvez-vous tous être prêts ? »

« Il est 06h32, vous pouvez nous rejoindre avec le Basilic dès que vous l'aurez capturé… » répond Fred, avec un sourire jusqu'aux oreilles

« Si tout se passe comme prévu, ce sera chose faite à 08H30 au plus tard. » affirme Tarendra, l'air sûr de son fait.

Ça nous laisse environ 2H00 pour préparer notre terrain de chasse et mettre au point quelques petits trucs avec les copains et copines…

Avec le Chronomètre Magique à notre disposition, ce sera amplement suffisant…

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Bill

Il n'est pas 7H15, mais je remonte déjà le Chemin de Traverse en direction de la banque. Je hâte le pas, désireux d'en finir rapidement avec la mission qui est la mienne aujourd'hui : dénoncer un Gobelin véreux à ses congénères…

Plus de quatre semaines, que j'ai demandé un rendez-vous avec le Directeur de la banque. Bien entendu, il m'a fait attendre, bien que je sois persuadé qu'il avait largement la place pour me glisser dans son agenda dès le lendemain de ma requête… Et bien entendu, il m'a convoqué pendant mes vacances…

Mais les Gobelins sont comme ça. Ils méprisent les Sorciers et le leur font sentir autant qu'ils peuvent en les snobant.

La porte de la banque s'ouvre pour moi. Les Gobelins de garde me regardent passer d'un œil méfiant. Ils doivent se demander ce que je mijote encore une fois. Déjà, le jour de Noël, ils n'avaient pas apprécié ma rapide incursion dans les lieux. Il faut dire que je n'ai pris le temps de m'expliquer que le lendemain.

« Bonjour. J'ai rendez-vous avec le Directeur. Ce doit être noté dans le registre. » indique-je, en me présentant devant le comptable en chef

Il se penche au-dessus du comptoir, pour me toiser de la tête aux pieds, puis ouvre le gros registre posé à sa gauche et l'ongle très long de son index se pose sous une annotation…

« C'est William Weasley, l'employé immatriculé n° 031548739280695214, qui a rendez-vous avec le Directeur, à 7H45. Est-ce bien vous ? » dit-il d'un ton dédaigneux, en relevant ses petits yeux arrogants vers moi.

Comme s'il ne savait pas qui je suis !

Je soupire et porte la main à la poche de mon blouson en cuir, pour en retirer le badge d'immatriculation que les Gobelins m'ont fourni le jour de mon embauche. Il est en argent massif, gravé de l'emblème de la banque et du numéro qu'ils m'ont attribué.

Le comptable en chef me prend le badge des mains avec une moue méprisante et l'examine attentivement. Puis, il pointe l'ongle de son index dessus et une petite lumière en jaillit. C'est un Sortilège Gobelin qui permet de vérifier que le badge est authentique. Bien entendu, il ne révèle rien de suspect.

« Pour m'assurer que ce badge vous appartient réellement, je vais devoir vous faire attendre jusqu'à 08H21. Il faut être prudent, par les temps qui courent, vous comprenez…» déclare le comptable en chef, sa lèvre retroussée sur un pli désagréable…

Cette immonde créature m'insulte et j'enrage !

Mais je dois ravaler cette colère, où il fera tout pour me faire rater mon rendez-vous.

« Tout comme vous, je sais pertinemment que ce badge m'est exclusivement attaché et s'autodétruirait sur-le-champ, emportant la main de celui qui aurait osé s'emparer de lui pour s'en servir à ma place ! Et maintenant, vous allez me laisser aller à mon rendez-vous avec le Directeur ! » réponds-je doucement mais fermement, avant de lui arracher mon badge des mains d'un geste vif.

Puis, tout aussi vivement, je me saisis de l'un des jetons placés à sa droite et le glisse dans une fente située à gauche du registre des rendez-vous. Il tombe dans un conduit, émettant une série de cliquetis, vers l'autre côté de la porte fermée se trouvant derrière le comptable en chef, pour aller annoncer mon arrivée. Le Gobelin fulmine et je sais que j'aurais à payer mon effronterie un jour ou l'autre.

Du moins, si ses congénères lui en laissent l'occasion. Ce dont je doute fortement…

Car ce Gobelin n'est autre que Pyngr, celui dont je suis venu dénoncer les malversations au Directeur de la banque de Londres…

Une vingtaine de secondes passe. La porte s'ouvre enfin et le secrétaire du Directeur de la banque apparaît, m'invitant à le suivre. Je contourne le comptoir et m'engage derrière lui dans un couloir sombre, à peine éclairé par un flambeau à la flamme tremblotante. Le Gobelin m'emmène sur une trentaine de mètres avant d'ouvrir une nouvelle porte et de me faire signe avec impatience de la passer. Je lui obéis et me retrouve dans l'antichambre d'un bureau que je connais, pour y être venu deux fois déjà : le jour de mon embauche et celui où j'ai fait ma demande de mutation dans un bureau ici, à la banque de Londres…

Aujourd'hui, risque fort d'être la dernière occasion pour moi d'y venir. Car après avoir dénoncé l'un des leurs, je ne me fais pas d'illusion. Le Directeur va me remercier, dans tous les sens du terme…

Je serais chômeur quand je sortirais d'ici…

C'est bien pour cela, que je vais préparer le terrain en douceur et présenter ma démission en me débrouillant pour obtenir de chaudes recommandations, avant de passer à l'action proprement dite.

Rédigées de la main même du Directeur, ces recommandations vaudront de l'or en barre, quand je vais envoyer mon Curriculum Vitæ pour trouver un nouveau job…

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Severus

« Je croyais que tu voulais faire croire que le Journal de Salazar se trouvait dans le coffre de Blaise… » me fais remarquer Nally, en lisant par-dessus mon épaule, le parchemin que je tiens dans la main …

« Oui… Mais c'était dans le feu de l'action, quand l'idée de ce journal m'est venue. Depuis, j'ai eu largement le temps de réfléchir à tout cela et prendre de nouvelles décisions… » réponds-je, en lui tendant le parchemin, afin qu'elle puisse lire tout à loisir.

Je me lève de mon fauteuil de bureau et vais me servir un thé, pendant qu'elle lit l'exposé détaillé des différentes phases de mon tout dernier plan.

« Mmmm… Cette stratégie est bien meilleure. Je comprends maintenant pourquoi tu as entrepris d'apprendre le truc du petit doigt à Mondingus, toi qui lève toujours les yeux au ciel quand je l'emploie moi-même à l'heure du thé… » sourit-elle, en levant son regard rieur vers moi.

« Oui, eh bien, pour une fois ce truc va vraiment servir à quelque chose… » réponds-je, en lui adressant un clin d'œil.

Nally éclate de rire. Mon cœur bondit dans ma poitrine et mon désir d'elle, que je pensais assouvi après notre séance coquine de ce matin, se réveille à nouveau.

Décidément ! J'aurai trente-six ans dans quelques jours, mais face à elle, je suis toujours un adolescent en plein émoi et qui ne contrôle absolument pas ses hormones !

« Je suppose que le terrain est prêt, pour que tu décides de lancer la chasse au trésor aujourd'hui… » déclare Nally, en se dirigeant vers la porte de notre chambre.

Sans doute va-t-elle prendre sa douche et s'habiller… Je la suivrais bien, si je n'avais rendez-vous dans quinze minutes avec Mondingus, pour répéter une dernière fois son texte avant de passer à l'action…

« Oui. Harry a posé le Maléfice en Fourchelang pour empêcher l'accès au tombeau hier…. » réponds-je, avant de me mordre la langue, contrarié de ma bourde…

« Un Maléfice ? ! » s'exclame Nally, en se retournant brusquement, mains sur les hanches…

Je savais bien que je ne devais pas parler de cela ! Nally va maintenant se faire un sang d'encre et penser que l'âme de Harry est à jamais souillée pour avoir employé un Maléfice de Magie Noire !

« C'est un tout petit Maléfice, Nally. Il n'est pas du tout destiné à faire mal à qui que ce soit ! C'est davantage de la Magie Grise que Noire ! Je suis le seul, à avoir vraiment piégé le Tombeau ! Juste de quoi donner le change à Voldemort. Il n'aurait pas marché dans la combine sinon…» m'empresse-je de répondre, d'un ton le plus rassurant possible.

« Sev ! Tu sais que jamais, jamais, jamais, Harry ne doit lancer le moindre Maléfice ! Si ce n'est aux entraînements, quand il s'agit d'apprendre à les contrer ! Et encore ! Je préfère nettement qu'il n'en jette plus jamais maintenant ! » proteste mon épouse, avec véhémence

Je soupire. Nous avons déjà eu une discussion semblable il y a peu…

« Je sais… Mais je t'assure que tout va bien se passer. Ce Maléfice n'en était pas réellement un. Il permet seulement de déclencher les autres, ceux que j'ai posés, s'il n'est pas contré par un Fourchelang… » précise-je, avec douceur, en prenant Nally dans mes bras…

Je me penche pour l'embrasser délicatement. La diversion ne marchera pas, je le sais bien. Mais cela ne coûte rien de tenter la chance…

« N'essaye pas de détourner mon attention. » déclare bien sûr Nally, en me repoussant doucement, tandis que je laisse une main s'égarer sous la chemise qu'elle a enfilée à la hâte lorsque nous nous sommes levés pour prendre le petit déjeuner.

C'est l'une des miennes, comme chaque matin… Tout au moins, les matins où nous avons le temps de lambiner un peu… Ce qui était le cas aujourd'hui, où je l'ai réveillée avec de tendres caresses, en revenant de la séance de sport quotidienne des Dursley…

« Je n'essaye pas de détourner ton attention… » me défends-je, avec aplomb

« Misérable menteur ! » sourit Nally, avant de reprendre un air terriblement grave et d'ajouter : « C'est très sérieux, cette histoire de Maléfice… »

Je soupire encore une fois…

« Je sais… Mais, Nally, il arrivera un moment où nous ne pourrons plus nous contenter de faire des prisonniers qui recouvreront vite la liberté. Tu le sais aussi bien que moi… » déclare-je, en me passant une main lasse sur le visage

Cette idée me répugne autant qu'à mon épouse. Mais une guerre ne sera jamais propre. Quoi qu'on en dise et aussi fort puisse-t-on l'espérer, les Soldats ne peuvent indéfiniment sortir sans tâche des combats, quand la guerre se prolonge et fait rage…

Tout comme moi, Nally est bien placée pour le savoir…

Et le jour où Harry affrontera Voldemort, nombre d'entre nous devrons tuer pour préserver des vies innocentes et les combats seront sanglants, même si nous nous attacherons à ce qu'ils le soient le moins possible…

Et Harry, pas plus qu'un autre, n'y échappera, par la force des choses…

« Oui, notre camp devra verser le sang et tuer des ennemis. Je le sais bien. Mais il faut que ce soit le moins et le plus tard possible… II faut préserver tous ces jeunes… » souffle Nally, l'air terriblement chagrinée

Je le suis tout autant et je la prends dans mes bras, dans un geste de réconfort pour nous deux…

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Acte 2 : Le Secret De Muriel

Arthur

J'hésite un bref instant, la main posée sur la barrière, avant de l'ouvrir et de remonter la petite allée bordée d'arbustes conduisant au coquet cottage de ma Grand-Tante Muriel. Il est temps pour moi de la voir. Je veux qu'elle me rende ce livre, dans lequel, depuis Nyle Lane, est consignée toute l'histoire de notre famille.

Je tire sur la chevillette, qui anime une clochette de l'autre côté de la porte. Et l'image d'une petite fille vêtue d'une cape à capuchon rouge, se faisant dévorer par le loup qui a pris la place de sa grand-mère, me traverse l'esprit. J'ai entendu Miho raconter cette histoire Moldue aux fillettes de Kingsley un soir…

Et je souris. Si la Grand-Tante Muriel ose montrer les dents, je risque bien de me transformer en loup et de la dévorer toute crue…

Métaphoriquement parlant, bien sûr…

La jeune fille engagée par Muriel pour faire le ménage et lui tenir compagnie, après la mort de Baky, son Elfe de maison, vient m'ouvrir la porte. Elle est intimidée en me voyant et s'empresse de m'inviter à rejoindre ma Grand-Tante dans son boudoir.

Muriel, vêtue d'une robe noire datant de l'époque victorienne, est assise dans un fauteuil à dossier droit, près d'un guéridon sur lequel trône un service à thé de porcelaine très ancien, posé sur un plateau d'argent. Ses lorgnons ajustés sur le nez, elle feuillette un gros livre posé sur un coussin épais placé sur ses genoux.

« Ce n'est certainement pas pour prendre le thé en ma compagnie que tu es venu, Arthur ! Alors dis-moi ce qui t'amènes ici de si bon matin ? » me demande-t-elle abruptement, sans même relever les yeux vers moi.

« Bonjour, Tante Muriel. » réponds-je avec fermeté, en crispant la mâchoire

Elle qui se plaint sans cesse du manque d'éducation et de courtoise de la jeunesse, se dispense souvent de la plus élémentaire des politesses…

« Oui, bonjour ! Assois-toi et prends un thé ! » m'invite sèchement tante Muriel, lèvres pincées, en ôtant ses lorgnons, qu'elle laisse pendre à son cou, au bout d'un ruban de soie noire.

Elle déteste qu'on la prenne en défaut et lui renvoie ses reproches en pleine figure, comme je viens de le faire. Mais je n'ai pas l'intention de ménager sa susceptibilité, ni de baisser pavillon devant elle aujourd'hui, autant qu'elle le sache immédiatement.

« Merci beaucoup. » réponds-je donc tout aussi sèchement, en prenant place en face d'elle.

Elle relève brusquement la tête et me regarde, en plissant ses yeux surpris. Elle n'a guère l'habitude que je lui tienne tête. Je m'abstiens toujours de le faire, non par manque de caractère, mais parce que je ne trouve guère d'intérêt à alimenter ses vaines récriminations et polémiques.

Après tout, si ça peut lui faire plaisir de penser qu'elle mène son monde à la baguette, qu'elle a toujours raison et qu'elle domine toutes les situations, tant mieux pour elle…

Mais aujourd'hui, ce ne sera pas le cas. J'arriverai à mes fins, que cela lui convienne ou non… Et tant pis pour les conséquences que cela aura. Je me fiche bien qu'elle coupe les ponts avec ma famille ou qu'elle me raye de son testament. Je n'attends rien d'elle.

« Ne sois pas insolent, garnement ! » tonne Muriel, en me dardant d'un œil mécontent, tandis que je repose la théière sur le plateau.

« Il y a longtemps que je ne suis plus un petit garçon, tante Muriel. Il est temps que tu le reconnaisses et me considère comme un adulte responsable. » glisse-je, avant de porter ma tasse de thé à mes lèvres.

« Que tu sois un adulte responsable, ne t'autorise pas pour autant à me manquer de respect ! » rétorque ma tante, toute frémissante d'indignation

Elle referme le livre posé sur ses genoux, tire sa baguette et l'envoie, avec le coussin, sur un autre guéridon de l'autre côté du boudoir. Puis elle saisit sa canne de la main droite et se redresse avec raideur dans son fauteuil, main gauche crispée sur l'accoudoir.

« Je ne te manque nullement de respect, Tante Muriel. Je demande simplement le même respect en retour. Ce que tu ne m'as jamais accordé jusqu'à présent. » réplique-je avec douceur mais résolution

« Impertinent ! Je n'ai pas de leçon de bienséance à recevoir de ta part ! » s'exclame Muriel, d'un ton autoritaire, en faisant claquer sa canne sur le sol, d'un coup sec assourdi par le tapis

« Tu n'as jamais été un modèle pour moi dans ce domaine ! » riposte-je, prenant plaisir à cette joute verbale, je l'avoue…

Cette fois, Muriel s'étrangle à demi. Elle est pleinement offusquée.

« Sors immédiatement de chez moi, Arthur ! Et n'y remets plus les pieds ! » enjoint-elle, d'un ton chevrotant de fureur

Elle plus rouge qu'une écrevisse et si je ne savais qu'elle jouit d'une santé de fer, je m'inquièterais pour elle…

« Je le ferai avec plaisir, Tante Muriel, quand j'aurais obtenu ce que je suis venu chercher. » réponds-je avec fermeté, mon regard déterminé rivé dans le sien

Et brusquement l'attitude de ma grand-tante change. Elle lâche sa canne, laissant ses mains tomber sur ses genoux, ses épaules s'affaissent et son visage pâlit. Ce n'est plus la vieille dame autoritaire et rigide qui me fait face, mais une vieille dame hésitante et presque abattue, qui déglutit avec peine, le regard fuyant

Je me demande ce qui lui arrive…

« Je le savais. Dès que j'ai appris le décès de Percival, j'ai su que tu viendrais le chercher… » dit-elle dans un souffle, les yeux baissés.

Elle tire un mouchoir de dentelle, glissé dans la manche gauche de sa robe, pour le triturer entre ses doigts, en un geste nerveux que je ne lui ai jamais vu. Désarçonné par cette attitude, je reste muet et le silence s'éternise quelque peu entre nous, tandis que mon regard s'égare vers les dizaines de photographies tapissant une partie du mur qui me fait face.

Certaines d'entre elles nous représentent, Molly, les enfants et moi. Cependant, un espace plus clair m'indique qu'un cadre a été ôté récemment. Mes yeux parcourent machinalement la pièce à sa recherche et je sursaute, lorsque j'avise la photographie qui a été décrochée. Elle est posée à plat, à côté du plateau à thé, comme si Muriel l'avait mise là après l'avoir longuement regardée.

Et représente Percy, tout sourire, arborant avec fierté son insigne de Préfet…

Ma gorge se serre et je dois faire un effort pour ravaler les larmes qui me montent brusquement aux yeux.

Jamais je n'oublierai l'horrible sensation du poids du corps de mon fils mort, pesant terriblement dans mes bras, lorsque j'ai Transplané avec lui pour le ramener à la maison. Pas plus que je n'oublierai le regard empli de détresse de Ron, ni les cris déchirants de Ginny dans mes écouteurs ou les coups de poings de Molly sur ma poitrine, ses sanglots et ses larmes chaudes coulant dans mon cou.

Jamais je n'oublierai la douleur cruelle qui a saisi mon cœur, le sentiment de vide glacial qui m'a brusquement envahi en voyant les yeux privés de vie de mon fils…

Perdre un enfant est la pire des souffrances. Aucun parent ne devrait avoir à vivre cela…

Mes mains tremblent. J'ai soudainement froid et je frissonne. Je détache mon regard de la photographie pour le reporter sur le présent et ma grand-tante Muriel. Elle est à demi tournée vers la fenêtre et presse contre sa bouche son poing droit, replié serré sur son mouchoir, tandis qu'une larme coule en silence sur sa joue…

Jamais je ne l'ai vue comme ça. Jamais…

Je ferme les yeux et je soupire.

Pourquoi faut-il que nous nous déchirions, quand nous avons déjà suffisamment de chagrin ?

Je me lève et viens m'agenouiller près du fauteuil de ma grand-tante, pour prendre sa main gauche entre les deux miennes…

« Tante Muriel… » souffle-je, ému de la voir si fragile, elle qui m'a toujours paru si forte, inaccessible au chagrin et aux sentiments humains…

Tante Muriel se tourne et me regarde. Elle baisse sa main droite, laissant son mouchoir tomber sur ses genoux, pour me tapoter deux ou trois fois les mains, avant de les couvrir de la sienne.

« Comment allez-vous, toi, Molly et les enfants ? » s'enquiert-elle, d'une voix bien plus douce qu'habituellement

« Nous tâchons de surmonter, comme nous pouvons… » réponds-je, avec un pauvre sourire

« Je suppose que Molly cuisine des montagnes de nourriture et s'active plus que jamais à s'occuper des autres. Cela a toujours été sa force… Toi et tes fils, j'imagine que vous vous jetez dans le travail et les missions pour l'Ordre du Phénix, même le plus jeune, Ronald… Mais ta fille, la petite Ginevra, comment fait-elle ? Et est-elle complètement remise des vilaines blessures reçues de la fille Parkinson ? Cela ne m'a pas semblé, lors des obsèques de Percival. Et Fred, comment prend-il le fait d'être amputé ? » s'enquiert Tante Muriel, avec dans le ton une réelle inquiétude

Et un regard plein de sollicitude…

Je suis surpris, encore une fois. Jamais elle ne s'est enquise de la santé de Ginny depuis qu'elle a été blessée, ni de qui que ce soit dans la famille. Et voilà qu'aujourd'hui elle s'inquiète pour elle et Fred, demande des nouvelles de tout le monde…

« La santé de Ginny s'améliore chaque jour. Elle étudie beaucoup et aide au mieux ceux qu'elle peut aider. Fred se montre fort, même si c'est difficile pour lui d'accepter sa condition. Et tu as raison pour tout le monde… Nous nous investissons beaucoup dans le travail… » réponds-je, doucement

« Vous êtes tous très forts. Avec le temps, vous surmonterez toutes ces terribles épreuves, j'en suis convaincue. » assure Tante Muriel, en tapotant de nouveau ma main, avant d'ajouter : « Sers-moi une tasse de thé, veux-tu bien ? »

Je lâche sa main, que je tenais toujours, passe l'une des miennes dans mes cheveux et remonte mes lunettes sur mon nez, avant de me relever et d'accéder à sa requête.

« Merci, Arthur. Assois-toi mon grand et prend un thé toi aussi. » souffle Tante Muriel, en prenant la tasse que je lui tends

Je sursaute. Jamais Muriel n'avait eu d'appellation affectueuse pour moi, ni pour quiconque. Et je m'interroge plus que jamais.

« Quoique tu puisses en penser, Arthur, j'ai toujours eu beaucoup d'affection et de respect pour toi. Tu as toujours assumé tes choix avec front et courage. La seule chose qui me chagrinait à ton propos, c'est que tu n'avais pas la place que tu méritais au Ministère. Même si cela ne te réjouit pas, c'est chose faite, maintenant. Ce qui est très bien, car cela me rassure et beaucoup d'autres aussi. Je ne sais pas si tu t'en rends bien compte, Arthur. Nombreux n'aimaient pas savoir Ombrage aux côtés de Fudge, à juste titre, après ce qu'elle a fait la semaine dernière… Bref. Quand ta nomination au poste de Sous-Secrétaire d'Etat a été annoncée par la Gazette, cela a été un soulagement pour la communauté, crois-moi. Tu as toujours eu bonne réputation et toute ta famille est honorablement connue. Même ces galopins de Fred et Georges que tout le monde aime bien, pour leur belle humeur et leur fantaisie… » déclare Muriel, avec un accent de vérité sincère

Je suis de plus en plus sidéré… Suis-je vraiment en présence de ma grand-tante ?

« Tu ne dis rien, Arthur… » me fait remarquer Muriel, après quelques secondes de silence

« C'est que… je ne sais que dire… » réponds-je, quelque peu hésitant.

Je ne sais plus sur quel pied danser avec elle…

« Tu es surpris. Je comprends. Je n'ai guère été aimable avec toi depuis toutes ces années. Ni avec personne d'ailleurs… » reconnaît-elle, l'air un peu ailleurs. Puis elle soupire et ajoute : « Il était temps que je laisse tomber les faux-semblants avec quelqu'un. J'aime autant que ce soit avec toi. »

Elle se lève de son fauteuil et va vers le guéridon sur lequel elle a envoyé le coussin et le gros livre. Ses doigts effleurent l'ouvrage, puis elle le prend contre elle et revient vers sa place. Mais elle ne s'assoit pas tout de suite. Elle regarde les photographies une à une et se décide finalement à décrocher l'un des cadres du mur, avant de s'asseoir.

Elle pose le livre sur ses genoux, puis le cadre dessus.

« Ne t'es-tu jamais demandé, Arthur, pourquoi je ne me suis pas mariée ? » demande-t-elle, doucement, avant d'ajouter, avec un peu de précipitation : « Oublie cette question. Quiconque répondrait, toi y compris, que cela n'a rien d'étonnant, étant donné mon caractère difficile et ma langue acérée… Et quiconque, y compris toi, aurait tort… Je n'ai pas toujours été ainsi. Je le suis devenue après… »

Elle soupire et se laisse aller sur le dossier de son fauteuil, les yeux clos. Je retiens mon souffle. J'ai le sentiment que ma grand-tante va me livrer des confidences importantes…

« Ce que je vais te dire, Arthur, est très confidentiel. Nul, à part mon père et mon frère, qui était ton grand-père, ainsi que ton père après lui, n'en a jamais rien su… J'aimerai que cela reste ainsi, si possible, jusqu'à ma mort au moins… » déclare Muriel, avant d'ouvrir de nouveau les yeux sur moi…

« Je… » commence-je, sans pouvoir poursuivre davantage car Muriel m'interrompt en levant la main…

« Non. Ne me fais aucune promesse, Arthur. Je sais que tu ne pourras rien cacher à Molly. Et par ailleurs, je sais également que tu sauras tenir ta langue et être discret à propos de ce que je vais te révéler. » assure-t-elle, sur un autre soupir.

Elle regarde de nouveau la photographie, caressant du bout des doigts un visage que je ne peux voir, avec un sourire d'une infinie tristesse.

« J'avais vingt ans et je devais me marier, Arthur, avec un homme que j'aimais follement. Nous nous aimions en secret de sa famille et nous avions pour projet de partir loin de l'Angleterre aussitôt après la cérémonie… Il était merveilleux. Si beau, intelligent et drôle. Honnête et droit. Et d'une rare bonté… Mais son frère a découvert notre projet. Il nous a surpris, deux jours avant que le bateau que nous devions prendre pour partir vers les Indes ne prenne la mer. Elgebar m'a protégée. Il s'est jeté devant moi, en me criant de Transplaner et il s'est pris l'Avada Kedavra de son frère Haedus à ma place. Mon bel amour est mort sous mes yeux, sans que je puisse rien faire pour le sauver, l'avant-veille de notre mariage... » commence Muriel, une larme coulant sur sa joue.

Elle l'essuie doucement, puis tapote ses yeux avec son mouchoir de dentelle, tandis que mon cœur se serre. Cette histoire est tragique et je compatis de tout cœur avec ma grand-tante. Mais dans le même temps, je me pose des milliers de questions…

Pourquoi ces amours secrètes ? Pourquoi vouloir partir si loin ? Pourquoi Haedus a-t-il tué son frère Elgebar et laissé Muriel en vie ? Pourquoi ces confidences maintenant ? Quel est le rapport avec ce que je suis venu chercher ?

Bien sûr, je me doute d'une partie des réponses. Et je retiens mon souffle, en attendant que Muriel reprenne son récit…

« Haedus riait. Je pleurais sur le corps sans vie de celui que j'aimais, son frère dont il venait de prendre la vie et lui riait. Il se moquait de moi, de nos « pathétiques amours » selon son expression. Cela n'avait pas d'importance pour moi. J'attendais la mort qu'il me promettait, avec bonheur. J'allais rejoindre Elgebar et c'est tout ce qui comptait pour moi. Mais soudainement, son ton a changé et il a commencé à injurier son frère mort, à salir sa mémoire en inventant des mensonges, l'accusant de ses propres méfaits qu'il allait révéler au monde pour se dédouaner aux yeux de tous… Je n'ai pas supporté qu'il le salisse ainsi, de le voir à demi-écroulé de rire. Il ne me regardait plus vraiment à ce moment-là. J'ai saisi la baguette d'Elgebar et sans réfléchir davantage, j'ai jeté le Sort de Mort… » poursuit Muriel, avant de hoqueter dans un sanglot étranglé…

Un long frisson me remonte l'échine…

Merlin ! Tante Muriel a tué un homme ! Certes, il avait l'intention de la tuer, mais elle ne l'a pas tué au cours d'un duel. Elle a jeté le Sort de Mort alors qu'elle n'était pas directement menacée encore… Comment le Magenmagot aurait-il considéré cela ? Aurait-il conclu qu'elle avait de larges circonstances atténuantes ? Après tout, son fiancé venait d'être tué sous ses yeux et l'assassin ne l'aurait pas laissée partir… Mais elle aurait pu se contenter de le Stupefixer…

Moi je ne la condamnerais pas, cependant. Je la comprends…

Je me lève de mon fauteuil et, comme tantôt, je viens m'agenouiller devant ma grand-tante pour lui prendre une main et la serrer doucement dans la mienne. Muriel me serre les doigts en retour. Et nous restons silencieux quelques instants.

« Tante Muriel… Elgebar, c'était un Malfoy, n'est-ce pas ? L'un des deux frères d'Aldebaran, le grand-père de Lucius Malfoy ? » ose-je finalement demander dans un souffle à peine audible.

Pour toute réponse, ma grand-tante hoche la tête pour acquiescer…

« Que s'est-il passé, après cela ? » m'enquiers-je, désireux de connaître la suite de cette terrible histoire et de comprendre comment Muriel a échappé à la vengeance d'Aldebaran.

« J'étais horrifiée par ce que je venais de faire. J'ai lâché la baguette d'Elgebar et je me suis enfuie en Transplanant. Je suis revenue à la maison et j'ai tout avoué à Papa et à mon frère Septimus, ton Grand-Père… Ils ont assuré qu'il fallait garder cette histoire secrète. Qu'il ne servait à rien que j'aille à Azkaban en attendant la décision du tribunal qui conclurait de toute façon, que j'étais en état de légitime défense. Ils ont dit aussi qu'il fallait me protéger de la vengeance des Malfoy. Septimus s'est donc rendu sur les lieux du crime et il a effacé toute trace de mon passage. Les corps ont été trouvés le lendemain et les Aurors ont conclu que les deux frères s'étaient entretués sans doute pour une histoire d'héritage… Alhena, leur mère, une bien brave femme, était morte l'année précédente et leur père était en mauvaise santé. Il est d'ailleurs mort à son tour quelques jours plus tard, sans savoir que deux de ses fils avaient péri. Quant à Aldebaran, il n'a pas commenté l'affaire… D'une certaine manière, tout ça devait l'arranger, puisqu'il était maintenant le seul héritier… Ce qui a d'ailleurs fait jaser pas mal de monde. On l'a soupçonné d'avoir commandité l'assassinat de ses frères… Mais cela ne m'a pas chagrinée pour lui, car il était un peu de la même veine qu'Haedus… » explique Muriel, en serrant toujours mes doigts dans sa main, tandis que l'autre caresse distraitement le cadre dans lequel un très beau jeune homme blond sourit

Il est vêtu d'une robe de belle facture et, assis sur la branche d'un arbre, un livre à la main, il fait signe au photographe… Il ressemble beaucoup à Draco, me dis-je distraitement…

« Est-ce lui ? » souffle-je, le regard fixé sur le cadre

« Non… » souffle Tante Muriel en retour, marquant une brève hésitation, avant d'ajouter : « Non, ce n'est pas Elgebar. Il lui ressemble presque trait pour trait, mais ce n'est pas lui. C'est Justin, notre fils…»

Oh ! Merlin ! Ma Grand-Tante a un fils ! Elle l'a eu avec Elgebar Malfoy ! C'est inouï ! Mais où est-il ? Qu'est-il devenu ? Sait-il qui est son père ? Connaît-il la vérité ?

Je n'ose poser ces questions qui me brûlent les lèvres, mais Muriel y répond sans que j'aie à les poser…

« J'ai su que j'étais enceinte deux semaines après la mort d'Elgebar. Nous avons caché ma grossesse à tout le monde, hormis ma cousine Henrietta. Je suis partie avec elle à la campagne, en France où elle résidait. J'ai accouché et je suis revenue en Angleterre, en lui laissant mon fils… Non pas que je ne l'aimais pas. Oh, Merlin non ! C'était tout le contraire ! Je l'adorais ! Il était tout ce qu'il me restait de mon bel amour ! Et cela m'a déchiré le cœur de l'abandonner. Mais pour sa sécurité, il valait mieux qu'Aldebaran ignore tout de son existence ! Tu comprends, Arthur, les Malfoy n'ont jamais aimé partager l'héritage et quand il y avait plusieurs fils, cela finissait souvent par un massacre… Seuls quelques-uns d'entre eux ont eu l'intelligence de fuir, changeant d'identité et parfois même de pays pour échapper à un destin funeste… » révèle encore Tante Muriel, en serrant la photographie de son fils sur son cœur.

« Il y a donc d'autres descendants Malfoy… » murmure-je, plus que surpris, en regardant la photographie.

« Oui… Ils ne s'appellent plus Malfoy, bien sûr. Mais tu pourras lire tout cela, dans le livre de notre famille. Nos descendants ont souvent pu garder leur trace, car ils en ont aidé plus d'un… Papa et Septimus aimaient beaucoup Elgebar. Ils ont été très chagrinés eux aussi, quand il est mort…» soupire Tante Muriel, sa main posée à plat sur le livre épais reposant sur ses genoux…

Et je prends soudainement conscience que c'est ce livre, que je suis venu chercher. Je retiens mon souffle. Combien d'autres secrets renferme-t-il encore ?

« Prends-le… Il est à toi maintenant. Tu pourras y consigner tout ce qui concerne le jeune Draco. Il ressemble beaucoup à mon Elgebar et notre Justin… » déclare ma grand-tante, qui a dû voir mon regard, en lâchant ma main pour que je puisse prendre le livre.

Je caresse la couverture, soudainement intimidé. Je brûle de l'ouvrir, mais j'ai promis aux enfants que nous en prendrons connaissance tous ensemble. Et puis, je sens que Tante Muriel a encore des confidences à me faire. Que nous vivons un tournant important dans nos relations.

« Qu'est devenu ton fils, Tante Muriel ? As-tu eu l'occasion de le revoir ? » m'enquiers-je, avec douceur

Tante Muriel pâlit de nouveau et elle soupire, le regard infiniment triste.

« Non, je ne l'ai jamais revu. J'avais des nouvelles, une fois par semaine, par ma cousine qui l'a adopté et élevé comme son fils. Elle ne manquait jamais de m'envoyer des dessins de sa main et des photographies. Il a grandi et il est allé à l'école. Il est devenu un beau et grand jeune homme, aussi brillant et gentil que son père. Et un jour, alors qu'il avait 19 ans et se rendait à son travail, il y a eu un accident stupide et il est mort… » répond-elle, son regard fixé sur le portrait de son fils

« Je suis désolée, Tante Muriel… » souffle-je, regrettant d'avoir posé cette question.

Et je me sens soudainement plus proche d'elle que je ne l'ai jamais été, tandis que mon regard erre vers la photographie de Percy, toujours posée près du plateau à thé…

Nous avons connu le même malheur. Nous partageons une peine semblable…

« La douleur ne s'éteint jamais, Arthur. On apprend juste à vivre avec elle. » murmure Tante Muriel, avant de pousser un profond soupir.

Nous restons de nouveau silencieux, chacun plongé dans son propre cœur. Puis Muriel soupire une fois de plus et mon regard tombe sur le Livre dont elle caresse distraitement la couverture…

« Est-ce parce que les évènements que tu viens de relater sont consignés dedans, que tu as pris ce Livre, quand mon père est mort ? » m'enquiers-je doucement, bien que je connaisse déjà la réponse…

Muriel acquiesce en hochant la tête.

« Tu étais si jeune ! Qu'aurais-tu pensé de moi, en apprenant que j'ai tué un homme et abandonné mon enfant ? » demande Tante Muriel, les larmes montant de nouveau à ses yeux…

Mais elle ne me laisse pas le temps de répondre…

« Maintenant, tu comprends pourquoi je ne me suis jamais mariée, Arthur. » poursuit-elle, d'un ton si bas, qu'on dirait qu'elle parle uniquement pour elle-même : « L'homme que j'aimais plus que tout avait été tué, j'ai tué son assassin et ensuite j'ai abandonné notre fils… Mon père et mon frère, les seuls dans la famille qui connaissaient ce secret et pouvaient me soutenir dans cette épreuve, sont morts jeunes. Et quand Justin est mort à son tour… Arthur, j'ai pensé que… J'ai pensé que c'était ma punition pour avoir tué un homme et n'avoir jamais été jugée pour ce crime… J'ai pensé qu'ils payaient ma faute de leur sang. Et quand ton père est mort quelques années après, cela m'a conforté dans cette pensée et j'ai pris le livre… Je ne voulais pas que tu saches que j'étais responsable de tout cela, ni que tu payes à ma place, toi aussi… »

Muriel pleure de nouveau et ma gorge est plus serrée que jamais…

Quel lourd secret elle a porté dans son cœur depuis plus de quatre-vingts ans !

« Tante Muriel… » souffle-je, d'un ton étranglé.

Mais Muriel ne m'entend pas. Maintenant que les vannes sont ouvertes, qu'elle a commencé à livrer le lourd secret de sa vie, elle ne peut s'arrêter de parler

« Plus d'une fois, j'ai voulu partir, loin de la famille, car j'avais le sentiment que tout le monde pouvait deviner le secret que je gardais au fond de moi, qu'il était inscrit en lettres de feu sur mon front. Je me disais qu'un jour il éclaterait au grand jour et que chacun me détesterait d'avoir jeté la honte sur la famille, d'être responsable de toutes ces morts ! Je ne pouvais cependant me résoudre à partir, car je vous aimais. Mais je ne méritais pas d'être aimée en retour, après ce que j'avais fait. Alors, je ne laissais personne s'approcher de moi. Je repoussais tout le monde avec cet égoïsme apparent dont je faisais preuve, ma brusquerie et mon franc parler. Mais en vérité, Arthur, je vous observais attentivement, j'étais à l'affût de tout ce qui vous concernait. J'écoutais toutes les conversations avec avidité, même si j'avais l'air d'être indifférente, durant nos petites réunions de famille. Dans le secret de mon cœur, j'étais heureuse de voir les enfants grandir, des naissances et des mariages, fière des résultats scolaires, bien que je trouvais toujours quelques reproches à faire… Je vous mentais. Je vous brusquais, faisant mine de vous mépriser tous. Je faisais tout pour que vous me haïssiez, parce que je ne voulais pas que vous m'aimiez… Je ne le méritais pas… Non, je ne le méritais pas… » affirme-t-elle, les larmes roulant sur ses joues...

Elle s'est punie… Durant toutes ces années, Tante Muriel s'est punie pour la mort d'Elgebar, qui a donné sa vie pour la sauver. Pour celle de l'assassin d'Elgebar, Haedus, qu'elle a tué. Pour la mort de Justin, son fils, qu'elle a abandonné à sa naissance, pour assurer sa sécurité… Pour celle de son frère, de son père et du mien, qui ont préservé son secret…

Elle s'est punie pour n'avoir pas été jugée.

En se privant de l'affection et de la tendresse de sa famille.

Elle s'est infligé plus de quatre-vingts ans de solitude. Plus de quatre-vingts ans durant lesquels elle a aimé chacun de nous avec tendresse, tandis que nous la détestions cordialement pour ce qu'elle nous montrait d'elle…

Punition terriblement cruelle.

Et soudainement mon cœur déborde de tendresse pour elle. Et je lui caresse la joue pour lui faire lever les yeux sur moi…

« Je ne sais pas, ce que j'aurais pensé, si j'avais appris tout cela, lorsque j'étais encore un adolescent. Mais aujourd'hui, Tante Muriel, je te dirais que je comprends. Et que je regrette que tu aies eu à garder un si lourd secret toute ta vie. Je regrette également que tu ne m'en aies pas parlé plus tôt. Car j'aurais pu t'aider à le porter et te donner toute l'affection que tu mérites... Tu n'as rien à te reprocher, Tante Muriel. Tu n'es pour rien, dans la mort de ton père, ton frère, mon père et ton fils. Et tu as payé bien plus qu'il ne fallait pour celle d'Haedus. » assure-je, avant de me pencher vers elle, pour la prendre dans mes bras et la serrer contre mon cœur…

« Tu es un bien brave garçon, Arthur… » souffle Muriel, en me tapotant le dos, avant de m'embrasser sur le front.

Je lui souris et lui retourne son baiser.

Nous restons quelques minutes ainsi, dans les bras l'un de l'autre, jusqu'à ce que Muriel me repousse gentiment, pour pouvoir se servir un thé. Je me lève, prenant le livre qu'elle me tend et vais m'asseoir dans le fauteuil en face d'elle.

Et je soupire…

Il me faut maintenant lui dire, que Molly et les enfants connaissent l'existence de cet ouvrage, qu'ils savent que je suis venu le chercher aujourd'hui et qu'ils ont hâte de tout apprendre de son contenu…

« Tante Muriel » dis-je, hésitant, en la regardant nous servir une tasse de thé

« Oui, Arthur ? » demande-t-elle, en reposant la théière

J'inspire profondément et me lance…

« Molly et les enfants savent, ce que je suis venu chercher. Il est prévu que nous en prenions connaissance tous ensemble, ce soir ou demain… Avec le jeune Draco Malfoy et sa mère… » révèle-je avec douceur.

Tante Muriel lâche sa tasse qui tombe avec un bruit sourd sur le tapis, sur lequel se répand son contenu. Elle porte sa main droite à sa bouche, tandis que sa main gauche se crispe sur l'accoudoir de son fauteuil. En une seconde je suis de nouveau à ses côtés…

« Ne leur dis pas, que je te l'ai donné, s'il te plait, Arthur » murmure-t-elle, d'une voix étranglée

Elle tremble comme une feuille et je me sens sur le point d'acquiescer à sa demande. Mais je sais que je ne pourrais mentir à ma famille. Et je ferme un instant les yeux, avant de les ouvrir à nouveau et de les fixer dans son regard aussi bleu que le mien…

« Aucun d'eux ne te condamnera, Tante Muriel et personne ne mourra pour avoir appris ton secret. » assure-je, avant d'ajouter : « Et je pense que tu devrais toi-même le leur révéler. Passé la surprise, ils n'en auront que plus de respect pour toi, assurément… »

Tante Muriel ne répond pas. Son regard est vrillé dans le mien. Nous restons aussi immobiles que des statues et j'ai la folle impression, que le temps s'est soudainement figé. Enfin, Tante Muriel se décide à parler

« Tes enfants sont de bons enfants, n'est-ce pas ? Et le jeune Draco Malfoy également ? » demande-t-elle, d'une voix chevrotante

« Oui, Tante Muriel. Ce sont de bons enfants… » acquiesce-je, avant de la serrer contre moi avec affection

« Je viendrais… » décide Muriel, d'une voix un peu plus ferme, en posant sa joue sur la mienne.

Et je me dis que notre relation sera bien plus sereine désormais…

Et bien plus tendre…

OoOoOoO

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