Disclaimer: cf chapitre 1
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Beta : Mistycal, que je ne remercierai jamais assez d'avoir accepté d'être ma beta sur cette fic fleuve...
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Réponses aux commentaires anonymes sur mon forum: - Marina - Douceurfamille -
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Chasse Aux Nuisibles 2/4
Acte 3 : Ouverture De La Chasse
Blaise
Une demi-heure que nous sommes en place, Tarendra, Ramaya et moi-même, à l'affût du Basilic. Il n'arrivera pas avant au moins une vingtaine de minutes encore, mais nous éprouvions le besoin de venir ici. Heureusement, nous avons la chance qu'un café Moldu soit situé presque en face du Sous-Ministère du Pays de Galles. Nous sommes donc au chaud, sirotant un thé brûlant, en attendant que notre proie montre le bout de son nez…
Finalement, je suis bien content que les copains soient dans le coup avec nous. Après tout, jusqu'à présent, nous avons mené nos combats ensemble…
Tout au moins, depuis que je les ai rejoint, à Halloween…
Ça me semble à la fois hier et une éternité…
Tiens, au fait, je me demande ce que devient Bletchley, tout seul, là-haut dans sa tourelle… La leçon porte-t-elle ? J'aimerai y croire, même si, aux dernières nouvelles, il a défié Tonton Sev en l'appelant « sale traître »…
Paraît cependant, qu'il n'avait plus l'air si sûr de lui…
Ramaya tend son œil vers l'entrée du Sous-Ministère, mais se relâche très vite, l'air déçue. Une fausse alerte… Une de plus…
La tension monte progressivement à notre table, depuis que nous sommes arrivés. C'est que nous allons prendre de sacrés risques, en kidnappant un Sorcier dans un Sous-Ministère devant lequel des Aurors montent la garde…
Nous avons intérêt à ne pas nous louper…
Mais nous n'avons pas le choix. Le Basilic, tout comme la Gorgone et la Goule Venimeuse, ne se montre plus en public, hormis quand il vient bosser, n'empruntant jamais le même chemin deux jours de suite. On ne sait même pas où le Trio Infernal se cache. Ma dernière demeure familiale est vide. Ma chère maman a tout emporté je ne sais où : les meubles, les œuvres d'art, les Chevaux Ailés…
Elle n'a rien laissé derrière elle, comme à chacun de nos déménagements. Sans se soucier que ces biens m'appartiennent…
Peu importe. Nous finirons par la retrouver. Aujourd'hui ou un autre jour…
J'aimerais autant que ce soit aujourd'hui…
« Le voilà… » souffle Ramaya, en se levant déjà.
La chasse aux nuisibles est ouverte, me dis-je, en me levant également.
Nous avons payé la note et le garçon de café ne nous regarde même pas sortir. Il faut dire qu'il est occupé à servir d'autres clients.
Nous marchons vers le Sous-Ministère, le front haut et le pas sûr, ne cherchant pas du tout à nous cacher des Aurors. De toute façon, Tarendra et Ramaya ont pris du Polynectar, se glissant dans la peau de Moldues, totalement inconnues au bataillon des Aurors, tandis que je suis sous Sortilège de Désillusion…
Tarendra n'était pas très heureux d'avoir à se glisser dans la peau d'une frêle jeune fille, mais il a dû reconnaître qu'ainsi grimé, il attirerait nettement moins les soupçons…
Voilà le premier moment délicat, où il nous faut passer une Barrière de Protection avant d'arriver devant la porte d'entrée. Je me colle à Ramaya pour pénétrer dans le périmètre sécurisé, pile-poil en même temps qu'elle, afin de ne pas déclencher l'alarme.
Ouf ! Ça marche exactement comme à l'entraînement. Les deux Aurors de garde ne bougent pas d'un cil à notre passage. Je ne doute cependant pas qu'ils ont bien photographié mes deux partenaires.
Nous sommes dans la place. Le Sous-Ministère est bien plus petit que le Ministère de Londres. C'est normal, il y a nettement moins de Départements ici. Ce qu'il faut pour désengorger le Ministère de Londres et parer aux urgences. Il y en a donc un pour les Transports Magiques avec juste deux bureaux : le premier où est effectué le contrôle des gros nœuds de relais des Cheminées du pays de Galles, le second où sont réceptionnés les Portoloins destinés aux habitants de la région. Dans le Sous-Département de la justice, il n'y a qu'un grand bureau commun, pour les Aurors et Tireurs de Baguettes affectés à la Sécurité des places importantes du coin et trois ou quatre cellules, en attendant le transfert des prisonniers à Londres. Et enfin, dans le troisième Département, sont regroupés les bureaux des Accidents et Catastrophes Magiques, dans lequel travaillent quelques Oubliators et agents du Bureau des Réparations des Accidents de Sorcellerie…
Enfin, il y a également un bureau fourre tout, dans lequel les Sorciers du Pays de Galles peuvent venir déposer des doléances, effectuer des demandes diverses, signaler des incidents, déclarer des inventions ou que sais-je encore…
C'est dans ce bureau, que travaille Edgar Boo le Basilic…
Et c'est vers ce bureau, que nous nous dirigeons avec Ramaya et Tarendra. Le Basilic y sera seul, jusqu'à ce que son nouveau collègue arrive, dans une heure trente… Ils ont des heures de travail décalées pour permettre une amplitude horaire d'ouverture plus large…
Ce qui nous laisse amplement le temps de faire ce que nous avons à faire…
Arrivés devant la porte, Tarendra et moi prenons une bonne inspiration. C'est à nous d'agir. Ramaya va vite aller retirer un formulaire dans un bureau à côté, puis elle restera à faire le guet, jusqu'à ce que nous soyons prêts à partir avec notre colis.
Je frappe doucement à la porte, le Basilic crie d'entrer, Tarendra ouvre largement le passage que je m'empresse de franchir en premier.
« Que puis-je pour vous, Mademoiselle ? » demande le Basilic tout sourire devant le joli minois frais et faussement intimidé de Tarendra.
Pour toute réponse, il se prend le Sort de Sommeil que je lui balance et s'effondre nez en avant sur son bureau…
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Bill
Voilà, j'ai mes recommandations en poche. Merci Sev, qui m'a bien préparé à ce rendez-vous et appris à flatter discrètement, sans paraître ni flagorneur, ni servile !
Je dois maintenant annoncer la suite, en toute humilité, sans éveiller les soupçons ni subir la rancœur du Directeur…
Le moment de la partie, le plus délicat de tous, assurément…
Je salue mon vis-à-vis et me lève du mauvais fauteuil mis à la disposition des Sorciers. Un siège très bas, qui met celui qui s'y assoit en position d'infériorité par rapport au Gobelin qui lui fait face…Une autre manœuvre ridicule de ces créatures, pour manifester leur mépris et asseoir leur sentiment de supériorité sur les Sorciers !
Je marque maintenant volontairement un temps d'hésitation, que le Directeur ne manque pas de noter…
« Autre chose, Monsieur Weasley ? » demande-t-il, ses mains aux ongles pointus croisés sur sa poitrine.
Un pli d'ennui marque ses lèvres minces…
« Eh bien, ce n'est probablement pas grand chose, mais j'estime de mon devoir de vous en informer, avant de quitter la banque… Comme vous le savez, Monsieur le Directeur, à la demande de Madame Black, j'ai examiné ses comptes, ainsi que ceux de son fils… » réponds-je, prenant un air quelque peu embarrassé
Je marque une pause, parfaitement calculée pour paraître tout à fait incertain et réticent à révéler mes informations
« Oui. Poursuivez… » m'invite le Directeur, ses yeux chafouins plissés…
Il subodore que ce que je vais lui dire ne va pas le ravir, loin de là. Il a raison. Et j'ai tout intérêt à garder mes fesses au chaud en ménageant sa susceptibilité, si je veux ressortir entier et en parfaite santé d'ici… Ouais… De chasseur, je pourrais bien devenir gibier si je ne suis pas extrêmement prudent…
« Oui… Eh bien… Madame Black voulait s'assurer que ses comptes et surtout ceux de son fils, sont parfaitement nets. Elle craignait que son ex-époux, Lucius Malfoy, ait profité de sa position pour commettre des malversations et alimenter le coffre de Draco, avec de l'argent sale... » déclare-je, en évitant volontairement le regard de mon vis-à-vis, que je domine, maintenant que je suis debout…
Ne lui donne surtout pas l'impression que tu veux l'écraser, où il t'en cuirait, Billy me dis-je, en prenant l'air plus indécis que jamais…
« En quoi cela me concerne-t-il ou concerne-t-il la banque Gringotts ? » s'enquiert le Directeur, sa voix un poil plus grinçante
Ses yeux bridés sont plissés, laissant passer une faible lueur qui me met au défi de salir sa réputation et celle de sa banque… Voilà le moment où tout va se jouer…
« Monsieur le Directeur, je n'ai nullement l'intention de mettre en doute votre honnêteté, ni de porter un quelconque préjudice à Gringotts. Bien au contraire ! J'ai la profonde certitude que ni vous, ni les hauts dirigeants de la banque, n'approuvaient les malversations commises par Lucius Malfoy et les gredins de son espèce. C'est pourquoi il est de mon devoir de vous signaler que j'ai remarqué quelques petites irrégularités… des erreurs sans doute, portant sur quelques Noises ou Mornilles, ainsi que des mouvements d'argent qui n'auraient pas dû être exécutés, dans les comptes de Draco Malfoy… De ce fait, Harry Potter m'a demandé d'examiner ses propres comptes, ainsi que ceux de Sirius Black, son parrain décédé, dont il a hérité la fortune… Tout comme ceux de Narcissa Black, les comptes de Harry sont nets, mais ceux de Sirius Black comportent également des erreurs, qui amputent son compte d'une partie infime de ses intérêts mensuels depuis le jour où il a été emprisonné à Azkaban. A la longue, ça finit par chiffrer. Et si cela se produit sur d'autres comptes, cela doit représenter une somme bien coquette… » révèle-je tout de go, presque sans reprendre mon souffle…
La réaction du Directeur ne se fait pas attendre. Ses mains aux longs doigts graciles se crispent et son teint déjà sombre s'assombrit encore…
Il est fumasse…
Et je risque fort de payer cher cette mission et ma hardiesse…
« C'est impossible ! Le comptable en chef Pyngr, veille jalousement sur nos comptes ! Il n'aurait pas laissé passer la moindre erreur ! » s'exclame-t-il, sa voix montant dans les aigus
« C'est ce que je me suis dit sur le moment, Monsieur le Directeur… Mais les faits sont là et il faut se résoudre à la réalité… Ces deux comptes, comme tous ceux des clients les plus importants, sont sous son contrôle exclusif… » assure-je, dans un souffle, prenant l'air contrit, en sortant les livres de compte de Draco et Sirius de ma serviette en cuir…
Je les glisse vers le Directeur, ouverts à une page sur laquelle j'ai souligné des « erreurs ».
Il n'y en a que trois, sur le compte de Draco. Elles ont été commises avant que Lucius s'aperçoive du petit trafic de Pyngr et s'attache ses services. En revanche, sur celui de Sirius, il y en a une par mois depuis quinze ans et quelques-unes avant cette période…
« J'ai marqué les pages qui pourraient vous intéresser, Monsieur le Directeur… » murmure-je à peine avec prudence, d'un ton sincèrement navré…
Car certes, ce Gobelin, comme tous ses congénères, n'a montré que mépris pour moi jusqu'à présent. Mais il est loin d'être le plus mauvais que j'ai rencontré et le scandale risque de lui coûter sa place…
Pire même… S'il a lui-même recommandé Pyngr, pour le poste de comptable en chef, les hauts dirigeants de Gringotts vont le lui faire payer très cher et il sera banni de sa communauté. Dans le meilleur des cas…
Sa peau pourrait être le prix fort…
Le Directeur examine attentivement les deux livres de compte, avant de les refermer avec lenteur et de s'adosser à son fauteuil. Toute sa personne exprime sa rage. Il reste silencieux un instant, son regard fixé sur une photographie le représentant avec les hauts dirigeants de la banque, probablement prise le jour de sa nomination au poste de Directeur de Gringotts Londres…
« Assoyez-vous, Monsieur Weasley ! Et dites-moi tout ce que vous savez ! » assène-t-il soudainement, une lueur cruelle traversant son regard…
« Mais, je ne… » réponds-je, pris au dépourvu par cette réaction à laquelle je ne m'attendais nullement…
Je pensais être immédiatement congédié et ne plus jamais entendre parler de cette affaire, autrement que par la Gazette du Sorcier, le jour où Gringotts annoncerait qu'une enquête est ouverte !
Ce diable de Gobelin m'aurait-il percé à jour ? Ai-je commis une erreur, en présentant ma démission ? Cela lui a-t-il mis la puce à l'oreille ?
C'est possible… Les Gobelins sont intelligents et on ne les berne pas facilement. Les manipuler est un numéro de haute voltige et je me suis peut-être bien complètement viandé sur ce coup là…
« Monsieur Weasley, vous êtes encore un employé de la banque jusqu'à midi ! Alors faites ce que je vous dis et assoyez-vous ! » m'interrompt le Directeur, d'un ton qui n'accepte aucune réplique
J'obtempère, reprenant place dans le mauvais fauteuil qui lui fait face, ne manquant pas de noter que la lueur dans son regard, quoique toujours cruelle, semble également un brin joyeuse finalement…
Que se passe-t-il dans la tête de ce Gobelin ? Se réjouit-il car il va bientôt me faire passer à la moulinette pour l'avoir placé sur un siège éjectable ? Ou est-il en cheville avec Pyngr et Lucius ?
J'en doute cependant, car le regard du Directeur s'attarde de nouveau sur la photographie et sa joie semble redoubler. Ce n'est peut-être pas lui, qui a recommandé Pyngr, mais l'un de ses supérieurs. Auquel cas il peut espérer garder sa place et même prendre du galon grâce à cette situation, en faisant tomber l'autre…
Ouais… Tout est possible…
Mais j'ai la terrible impression d'être une proie, placée directement dans la ligne de mire d'un chasseur et d'avoir une flèche pointée droit sur mon cœur. Tous mes poils dressés me disent qu'il va me falloir jouer serré dans les minutes à venir, si je veux inverser la situation…
« Monsieur Weasley, je sais tout de vous. En particulier que vous faites partie de l'Ordre du Phénix. Ce n'est pas une simple erreur de quelques Noises ou Mornilles que vous êtes venu dénoncer. Vos intentions vont bien au-delà, n'est-ce pas ? Répondez-moi franchement. » déclare le Directeur, son ton nettement radouci, mais son regard prometteur de milles morts si je n'obtempère pas, plongé profondément dans le mien…
Ouais… Intelligent le bougre. Il m'a percé à jour et il cherche à tirer le plus d'avantages possibles de cette situation… A partir de maintenant, on joue à chasseurs-chassés-chassons…
Bien… Je suis OK avec ça… J'ai gagné la première manche, il a gagné la seconde. A moi de reprendre le dessus. Pour l'instant, il a l'avantage, car je suis sur son terrain, faut donc que je l'amène sur le mien…
Alors voyons voir… L'entière vérité, c'est ce qu'il veut… Eh bien, c'est ce que je vais lui donner… Tout en cachant quelques petits faits, bien entendu…
Il n'a pas besoin de savoir par exemple, que j'ai à disposition dans mon carquois, tout un tas de flèches constituées de documents et de preuves irréfutables. Ces flèches là, je vais les garder pour plus tard, au cas où…
Ouais… Je vais lui offrir une porte de sortie pour lui garantir l'impunité. Je vais lui laisser Pyngr. Il pourra le dénoncer ou le faire disparaître discrètement, c'est comme il veut. Mais j'aurais toujours mes flèches en réserve s'il essaye de me rouler ou de rouler l'Ordre…
« La vérité, Monsieur le Directeur, c'est que l'Ordre du Phénix a découvert que le comptable en chef Pyngr est en cheville avec Lucius Malfoy depuis des années. Ensemble, ils escroquent non seulement les Sorciers, mais également la banque. Nous ignorons ce que Pyngr fait de son argent malhonnêtement gagné. Peu nous importe. Ce sera entièrement votre affaire. En revanche, cela arrangerait fort celles de l'Ordre du Phénix, si les malversations de Lucius Malfoy, qui finance Voldemort, venaient à être découvertes et que son compte, ainsi que celui de ses comparses, était bloqué… » révèle-je, d'un ton sûr et mon regard ne fuyant plus celui du Directeur
Voilà. La partie se déroule à découvert maintenant. Plus besoin que je joue la comédie et de me faire passer pour un ballot. Dans le fond, je préfère ça. Il est intelligent, je le suis aussi. Je suis un chasseur qui a de la bouteille et je ne me ferais pas avoir comme un bleu…
Autant qu'il le sache…
« Et qu'aurais-je à gagner, dans cette affaire ? » demande le Directeur, qui doit pourtant déjà voir les avantages qu'il peut tirer de cette situation
Ma position s'arrange nettement. Jouer franc jeu avec lui est une bonne chose semble-t-il. Son regard n'est plus meurtrier. Il baisse sa garde, à moi de bander mon arc dans sa direction. Ceci dit, j'ai tout intérêt à faire mouche du premier coup ou il me croquera tout cru. Je ne me fais pas d'illusion là-dessus…
Quoiqu'il arrive maintenant, nous devrons sortir gagnant tous les deux de la partie de chasse…
« Tout, Monsieur le Directeur. En dénonçant Pyngr aux hauts dirigeants de la banque, vous assoyez la confiance qu'ils placent en vous. Et en dénonçant les malversations de Lucius Malfoy, dont les escroqueries s'étendent dans toute l'Europe, vous gagnez la confiance du Ministère de la Magie et de la population sorcière. Par ailleurs, comme vous le savez, mon père est Sous-Secrétaire d'Etat. Au moment où le Ministère saisira les biens des escrocs, il pourra sans mal convaincre le Ministre Fudge et ses collègues européens, d'accorder un pourcentage sur le montant total de ces biens, à la banque Gringotts, en récompense de sa précieuse collaboration. Ce pourcentage se chiffrera sans aucun doute à quelques centaines de milliers de Gallions. Pour ne pas dire un ou deux millions… Ce qui devrait vous rapporter la reconnaissance de vos supérieurs hiérarchiques, Monsieur le Directeur et assurément une place à leur côté… » réponds-je, sous le regard brillant de convoitise de mon vis-à-vis…
Ma cible est touchée. J'ai planté mes flèches aux bons endroits…
Le silence dure quelques instants. Le Directeur semble réfléchir. Mais je ne suis pas inquiet, je sais qu'il a déjà pris sa décision. J'ai l'impression de l'entendre ronronner de plaisir et mes poils ne sont plus du tout dressés…
Très bons signes tout ça…
Très bons signes…
Même si la partie de chasse n'est pas encore complètement terminée…
Il a encore à y gagner et moi aussi…
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Acte 4 : Rabattage Du Gibier
Blaise
Je jette un coup d'œil machinal à l'horloge accrochée sur le mur à ma droite. 08H04. Nous sommes largement dans les temps…
Tarendra se précipite vers le Basilic et lui arrache vivement quelques cheveux. Puis, pendant que je déshabille notre prisonnier, il sort une minuscule fiole de sa poche et une paire de ciseau, choisit un seul tif, jette les autres dans la poubelle, coupe le cheveu sélectionné très court, débouche la fiole et y introduit le poil raccourci. Il rebouche maintenant la fiole et la secoue avec énergie avant de la tendre vers moi.
Je la prends avec une grimace.
« T'inquiète, tu n'auras pas à enfiler sa peau et ses vêtements trop longtemps. Il n'y a pas assez de Polynectar pour que ça tienne plus de vingt, vingt-cinq minutes » affirme mon pote, tout en enfilant un coquet costard de détenu au Basilic.
Je me désape vite fais, puis j'ouvre la fiole et la porte à ma bouche. Il n'y a guère que quelques gouttes à avaler, mais elles ont un terrible goût de chiotte. La transformation est rapide et j'enfile tout aussi rapidement les fringues du Basilic. Pendant ce temps là, Tarendra sort un harnais et en équipe notre prisonnier.
« Prêt ? » me demande-t-il, à peine ai-je enfilé les bottes du Basilic
« Ouais » acquiesce-je laconiquement, en lui tournant le dos.
Deux secondes plus tard, je sens un poids s'appuyer contre moi et j'aide mon pote à hisser le Basilic sur mon dos. Tarendra prend soin de bien fixer toutes les sangles, avant de Désillusionner mon chargement.
« Pas trop lourd ? Ça va aller ? » demande Tarendra, avec un soupçon d'inquiétude
« Ce fumier pèse son poids, mais ça ira… » réponds-je, en assurant bien mon équilibre.
Je regrette quand même qu'on ne puisse pas alléger le salaud. Mais le Sortilège qui permettrait de le faire, ne s'accorde pas avec le Sort de Désillusion. Et nous avons préféré ne pas tenter le coup avec la Cape d'Invisibilité de Harry. On ne sait jamais, un courant d'air est vite arrivé, quelqu'un aurait pu remarquer quelque chose…Et on ne voulait pas risquer d'abîmer ce précieux Artefact, en saucissonnant le Basilic dedans…
Tarendra ouvre la porte et nous partons. J'espère que les Aurors ne poseront pas trop de questions en voyant le Basilic quitter déjà son poste.
Notre parcours se passe bien. Tarendra et Ramaya jouent leur rôle à merveille. A les voir bavarder avec animation, l'air joyeux, personne n'irait soupçonner ces deux « innocentes jeunes filles » d'être les complices d'un enlèvement.
« Déjà sur le départ, Edgar ? » m'aborde un employé, quand nous arrivons à dix pas de la sortie du Sous-Ministère
Il s'arrête pile poil devant moi, me barrant le chemin. Merde ! Pourvu que cet idiot ne fasse pas tout rater ! Il faut que je me débarrasse vite fait de lui ! Je désigne du doigt Ramaya et Tarendra, qui ont pris quelques pas d'avance.
« Ces deux jeunes demoiselles ont créé une nouvelle plante Magique et sont venues déclarer leur invention. Elles ne peuvent la déplacer et n'ont pas d'appareil photographique à leur disposition. Comme j'ai le mien, je vais leur rendre service en me rendant sur place.» réponds-je, heureux de connaître suffisamment la voix du Basilic pour l'imiter à demi
Un poil trop grave cependant. Et je vois l'autre froncer les sourcils…
Dans un réflexe, je me mets à tousser.
« Je crois que je suis bon pour la Pimentine… » déclare-je, en accentuant dans les graves juste ce qu'il faut pour paraître enroué…
Et en reprenant le chemin vers la sortie.
« Ouais, je crois bien. Mais dis-donc, c'est pas trop ton genre de rendre service, d'habitude. » insiste l'autre, en m'accompagnant
Imbécile ! Il va tout faire foirer et je vais être dans la merde totale ! Je vais finir par me retrouver à Azkaban pour Kidnapping à cause de ce corniaud !
« Avec des jolis brins de filles comme ça, si, toujours. Maintenant excuse-moi, mais je préfère la compagnie de ses greluches à la tienne… » réponds-je, à voix basse, en penchant la tête vers l'idiot
Et pour faire bonne mesure, je lui lance un clin d'œil égrillard, avant de ricaner et d'accélérer le pas…
« Amuse-toi bien ! » me lance l'employé idiot, avant d'éclater de rire…
Ouf ! Il m'a lâché la grappe et je peux enfin passer la porte sous l'œil indifférent des Aurors.
Tarendra, Ramaya et moi nous séparons. Eux d'un côté, moi de l'autre. Nous nous rejoindrons dans quelques minutes.
Je me presse de rejoindre une ruelle que nous avons repérée non loin. J'ai hâte de pouvoir me décharger de mon fardeau et surtout de retrouver mon apparence. Je n'aime pas du tout être dans la peau de ce salopard de Basilic ! Son corps est mou et il a une odeur désagréable. Un peu rance…
Mais Tarendra avait raison. Il n'y avait pas assez de Polynectar pour que la transformation tienne aussi longtemps que d'habitude. Et je peux retrouver ma peau et mes fringues juste avant de Transplaner vers Tinsley Green où mes amis m'attendent déjà.
Voilà, nous y sommes. Nous avons rabattu le gibier sur le terrain où nous allons l'achever…
Enfin, façon de parler…
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Ron
Quelque part, une horloge sonne huit heures. Fred la localise d'un Sort et Georges s'empresse d'aller l'arrêter, tandis que j'effectue soigneusement le récapitulatif de ce que nous devions faire.
Nous sommes prêts.
Il n'y a plus qu'à attendre nos trois amis et leur prisonnier.
Je rejoins les autres dans le hall spacieux de la maison. Olivier Dubois est là, appuyé au chambranle de la porte qui donne sur une grande salle de réception. Les doigts de sa main gauche caressent distraitement le collier de perles qui ne quitte pas son cou. Je m'approche de lui et pose ma main sur son épaule.
« Malgré les Illusions que tu as posées ici, tout ce que je vois, c'est la salle de réception telle qu'elle était, avec ses décorations, les tables de fête… et les corps étendus partout sur la piste de danse ou effondrés sur les tables, les chaises et le sol… » dit-il, une larme coulant sur sa joue.
Que dire à cela…
Je n'ose imaginer sa souffrance. Il doit y avoir de quoi devenir fou ! Comment fait-il pour supporter ça ? Où va-t-il puiser son courage ?
« Et Jordan, comment va-t-il ? Il ne s'ennuie pas trop ? » demande-je en songeant à son neveu, seul survivant du drame qui a eu lieu ici…
C'est un petit bonhomme bien éveillé et il riait toujours aux éclats quand Miho et les autres gamins s'amusaient un peu avec lui. La maison des Black doit lui sembler bien vide et silencieuse, maintenant que presque tout le monde est parti.
« Il va bien. Bien sûr, les autres gosses lui ont un peu manqué le premier jour, mais Tonks ne rate jamais de le faire rire en se transformant la tête quand elle vient et Lee lui a dégotté des tas de jouets Moldus qui clignotent et font du bruit… Et puis, le grenier est grand. Il peut tout à loisir courir à quatre pattes autant qu'il veut. Et ça, ça lui va ! » répond Olivier, avec un sourire attendri
« Ouais, j'imagine. C'est un vrai bonheur ce gosse ! Mais pourquoi tu ne viendrais pas plutôt vivre au Terrier, maintenant qu'il y a de nouveau de la place là-bas ? Maman, Tante Narcissa et Tante Augusta seraient ravie de s'occuper de lui quand tu es aux entraînements. Et Jordan n'aurait pas à croiser les Dursley… » fais-je remarquer, avec une petite grimace à l'évocation des membres de la famille de Harry
Ils ont beau avoir baissé pavillon, je ne peux pas les saquer. Ils ont fait trop de mal à Harry en le dénigrant pendant des années, en disant du mal de ses parents et tout le reste… Et puis il n'y a pas besoin de dire quelque chose, pour exprimer ce qu'on ressent et ils ne se sont pas privés de le faire à chaque fois qu'ils posaient un œil sur moi et Harry… Notre relation les dégoûte, c'est évident. A leurs yeux nous sommes des anormaux complets qu'il faudrait éradiquer de la surface de la terre. Car non seulement nous sommes Sorciers, mais qu'en plus, nous sommes homosexuels…
« Ouais, bonne idée. D'autant que depuis que vous tous êtes partis, c'est le grand chambardement partout. Les Dursley ont entamé des travaux dans tous les coins. Ils ne se gênent pas pour faire du tapage même à l'heure de la sieste et ça dérange Jordan. Sûr qu'au Terrier, il serait heureux comme un Roi, avec trois mamans… » répond Olivier, dont le regard se perd de nouveau vers la salle de réception.
J'ai l'impression que, quel que soit le sujet, ça doit toujours le ramener vers son malheur, en fin de compte…
C'est moche.
Et ça me donne d'autant envie de voir le Basilic ramper en réclamant lamentablement pitié…
« Les voilà ! » s'exclame soudainement Ester Nichols, en ouvrant grand la porte pour sortir sur le perron.
Tout le monde sort à sa suite et nous descendons les marches pour rejoindre nos copains. Ils se dirigent vers l'immense tombe de la famille Dubois, en faisant Léviter le Basilic devant eux. Enfin ils s'arrêtent et nous nous rassemblons derrière eux. Tarendra laisse choir son Sortilège et le corps endormi du Basilic tombe sur le sol gelé, un pas devant la tombe.
J'observe Olivier. Son regard sur notre prisonnier est redoutable et ses poings sont crispés. Il doit avoir de terribles envies de meurtre et encore une fois j'admire le courage dont il fait preuve.
A sa place, j'aurais déjà étranglé ce salopard à mains nues…
« Voici le premier de vos assassins. Il s'appelle Edgar Boo. Nous allons lui faire avouer son crime et le livrer aux Aurors. Il sera jugé et condamné. » déclare Tarendra d'un ton un peu solennel, avant de jeter un Sort en direction de la tombe.
Une lueur dorée s'étire depuis sa baguette et grave dans le marbre un petit symbole : la balance de Thémis, Déesse Grecque de la justice. Puis, à la demande de Blaise, Dyna apparaît, portant une jolie gerbe de fleurs. Blaise la dépose avec délicatesse sur la tombe.
Olivier n'a pas bougé d'un cil durant tout ce temps. Il fixe toujours son regard sur le Basilic. Il ne réagit que lorsque Alicia glisse sa main sur la sienne. Il desserre ses doigts et les enlace avec ceux de sa copine
« Merci. » dit-il, d'une voix sourde et nouée, en levant enfin les yeux vers Blaise, Ramaya et Tarendra.
Ils répondent tous les trois d'un simple signe de la tête.
« Faites-moi savoir quand tout sera fini. Je serais au Terrier, avec Jordan et Alicia. Nous allons nous installer là-bas…» souffle maintenant Olivier.
Puis, serrant très fort la main d'Alicia dans la sienne, il se dirige vers la sortie du domaine, sans se retourner une seule fois.
Je suis content qu'il ait décidé d'aller à la maison. Il sera bien là-bas. Et son neveu aussi.
Et ça changera les idées de Maman, d'avoir à pouponner…
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Bill
Le Directeur effectue un geste vers le tiroir de gauche de son bureau. Le tiroir s'ouvre et le Gobelin en sort un petit flacon et un verre en cristal, pas plus grand qu'un dé à coudre. Il débouche la fiole, verse quelques gouttes d'un liquide sirupeux et ambré dans le verre. Une forte odeur alcoolisée me saisit aussitôt aux narines.
C'est un sacré tord-boyaux qu'il s'est servi le bougre. De quoi se brûler toute la tuyauterie sans aucun doute !
« Vous avez oublié un élément dans votre équation, Monsieur Weasley. » dit-il doucement, en s'adossant à son fauteuil, avant de humer le fumet de son breuvage, les yeux fermés.
« Nullement. Vous-même et les dirigeants de Gringotts savaient fort bien que Voldemort s'en prendra tôt ou tard aux Gobelins et à la banque. Je ne doute pas que vous soyez d'ors et déjà prêts à faire face à cette situation. » affirme-je, tout à fait décontracté.
La chasse est ouverte et les rabatteurs sont en place pour ramener le plus de gibiers possible dans leur gibecière. Je me sens tout à fait à l'aise dans ce rôle.
« Les Gobelins sont toujours prêts à parer à n'importe quelle situation, Monsieur Weasley. Il n'empêche que plus tard le Mage Noir s'intéressera à nous et mieux nous nous porterons… » réplique le Directeur, qui hume toujours les effluves alcoolisés se dégageant de son minuscule verre.
« La guerre va s'intensifier, dans les jours ou les semaines à venir. Prendre ouvertement position contre lui, c'est vous assurer que la population sorcière ne retirera pas son argent de la banque. Ce que les honnêtes citoyens ne manqueront pas de faire, s'ils craignent que vous vous alliez à Voldemort pour vous préserver de son courroux. Et ils sont pour l'heure, bien plus nombreux que ses partisans. » rétorque-je en retour.
Je sais ce qu'il attend de moi, mais je ne le lui donnerai pas si facilement. Qu'il formule clairement ses demandes et je lui répondrais avec tout autant de limpidité !
« Est-ce là ce que vous pensez que nous ferons ? » s'enquiert-il, les yeux plissés
Il connaît ma réponse et son regard n'exprime aucune colère. Il cherche juste à gagner du temps pour affiner sa stratégie et me faire perdre patience. Il serait quasiment sûr alors de gagner la partie. Mais j'ai tout mon temps pour discuter aussi longtemps qu'il le souhaite.
« Tout comme vous, je sais que si Voldemort prenait le pouvoir, il ne vous laisserait pas loisir de contrôler la banque et l'économie du pays. Vous allier à lui, se retournerait contre vous. » réponds-je, sans ciller sous son regard.
On dirait qu'il cherche à m'hypnotiser me dis-je, sans pour autant baisser les yeux. A moins qu'il essaye de lire dans mon esprit. Mais de ce côté là, je suis paré. Sev m'a bien entraîné à l'Occlumencie.
« Lui couper les vivres, aussi. » rétorque le Directeur, d'un ton net
Il semble contrarié de ma résistance. Il ne veut pas être le débiteur et il s'impatiente en constatant que je ne lâche rien de plus que nécessaire. Il faudra pourtant qu'il s'y fasse. Je ne serais pas son jouet. C'est donnant-donnant dans cette affaire. Qu'il se le mette bien dans la tête…
« Mais vous aurez à y gagner. Les comptes de ses alliés les plus puissants et influents seront bloqués et vous apporteront de gros bénéfices, en attendant la saisie qui vous apportera gros également. » riposte-je avec calme et assurance
« Ces bénéfices seront sans doute tout juste suffisant pour couvrir les réparations des dégâts qu'une attaque sur la banque ne manquera pas de faire » contre-attaque le Gobelin, avec raideur
« Les intérêts des emprunts qui seront effectués auprès de Gringotts après la guerre, pour réparer les dégâts qui seront faits dans tout le pays, vous rapporteront largement de quoi bâtir une nouvelle banque » réplique-je avec douceur
Une brève lueur, que je ne saurais qualifier, traverse le regard sombre qui ne me quitte pas d'un poil. Le Directeur reste silencieux un instant, son cerveau tournant sans doute à vitesse grand max.
« Vous êtes un coriace, Monsieur Weasley » déclare-t-il finalement, le visage impassible
« Je vous retourne le compliment, Monsieur le Directeur » réponds-je, en effectuant un petit signe de la tête, en marque de respect
Et à mon grand étonnement, il éclate de rire.
D'un rire franc, sincère.
Et depuis son tiroir toujours ouvert, il sort une bouteille d'un Pur-Feu d'excellente qualité, dont il verse une bonne rasade dans un verre avant de le faire Léviter jusqu'à moi. Je le prends, avec un sourire et le lève dans sa direction, avant d'en boire une toute petite gorgée, tandis qu'il trempe à peine ses lèvres dans son dé à coudre de cristal.
Il claque sa langue, en signe de satisfaction, tandis que je me retiens de grimacer. Du Pur-Feu à l'heure du petit déjeuner, ça troue l'estomac, mais je ne lui ferai pas l'insulte de le signifier. D'autant que je dois jouir là d'un rare privilège. Ce n'est certainement pas tous les jours, qu'un Gobelin trinque avec un Sorcier. Loin, très, très, très loin s'en faut…
« Que me proposez-vous, Monsieur Weasley ? » demande maintenant le Directeur, parfaitement détendu.
Il a changé de tactique et cédé du terrain. Mais qu'il ne croit pas que je vais dévoiler mes billes comme ça ! Ma position est nettement meilleure, mais je ne suis pas encore totalement satisfait…
« De changer de fauteuil pour commencer, si vous le permettez » souris-je, en me levant de mon mauvais siège, dans l'intention de le Métamorphoser quelque peu.
Le Directeur ricane doucement et je n'ai guère le temps de tirer ma baguette. Il se charge lui-même de faire disparaître le fauteuil et d'en faire venir un autre, nettement plus confortable.
Qui me situe à la même hauteur que lui quand j'y prends place…
Ça, ça vaut tous les discours du monde… Il ne l'a peut-être pas dit, mais il me met sur un pied d'égalité avec lui. Un rare honneur, assurément… Vraiment, je vais de surprise en surprise ce matin…
Et je dois lui retourner la politesse, en prenant l'initiative de la suite…
Oui, les rabatteurs ont fait leur travail. Le Gibier est en vue et les chasseurs se sont mis d'accord : ils doivent s'allier pour l'abattre s'ils veulent faire le plein dans leur gibecière. Ceci dit, je n'irais quand même pas trop vite, pour arriver à mes fins. Il doit participer à l'élaboration du plan. C'est capital. Il doit pouvoir sauver la face et déclarer avoir été un acteur de premier plan dans notre accord.
« Voilà ce que je pense Monsieur le Directeur : il faut mener l'enquête dans la discrétion et prendre toutes les mesures pour bloquer les comptes, avant de révéler les faits. Ainsi, ni Voldemort, ni les escrocs à sa solde, ne pourront anticiper et mettre leur magot à l'abri ailleurs. Et il faut procéder ainsi dans toute l'Europe. » déclare-je, avant de reprendre une petite goutte de Pur-Feu…
Il me faut ingurgiter tout mon verre, avant que la conversation prenne fin… Et je préfère le faire à petites gorgées…
« Cela prendra du temps. Et comment comptez-vous empêcher le Mage Noir de trouver d'autres alliés qui financeront son armée ? » s'enquiert ouvertement mon vis-à-vis.
« Nous saurons… Là dessus, je ne peux rien vous dire de plus, mais je vous garantis que nous saurons. » réponds-je, en plantant mon regard dans le sien, pour qu'il comprenne que je ne cherche pas à lui cacher quoique que ce soit, mais que je suis tenu au secret.
Le Directeur hoche la tête, d'un air entendu. Il réfléchit de nouveau, en sirotant son tord-boyaux et j'ai la sensation puissante, que j'aurais largement dépassé les objectifs initiaux de ma mission, lorsque tous nos plans auront été élaborés et que notre conversation prendra fin.
« Monsieur Weasley, je crois qu'il est temps que les Gobelins fassent alliance avec l'Ordre du Phénix. Tout au moins, pour ce qui concerne cette affaire. Pouvez-vous arranger un Rendez-vous avec Albus Dumbledore le plus rapidement possible ? En terrain neutre, bien entendu. » déclare-t-il finalement dans un souffle…
Oh ! Merlin ! J'avais raison !
Putain ! J'ai décroché la timbale !
Sacrément plus vite que je le subodorais cependant ! Pourtant, je suis certain qu'il ne me tend aucun piège ! Mes poils me mettraient en garde dans le cas contraire !
« Bien entendu, Monsieur le Directeur. Comment voulez-vous que nous communiquions ? » réponds-je, en me retenant de jubiler.
Il réfléchit un instant, puis ouvre un autre tiroir de son bureau et en sort deux petits miroirs.
« Vous connaissez sans doute le principe de ceci. Appelez-moi, à 17H00. » dit-il en me tendant l'un des deux Artefacts.
Je le prends, avec un hochement de tête et le mets précieusement dans l'une des poches protectrices de mon blouson. Celle dans laquelle il y a déjà mon biper…
« Que faisons-nous de cela ? » s'enquiert maintenant le Directeur, en désignant ma lettre de démission.
« Qu'en pensez-vous ? » demande-je en retour, avec un petit sourire.
Pour toute réponse, le Directeur prend la lettre et la dépose dans un large cendrier en cristal avant de l'enflammer. Et je sors la lettre de recommandations qu'il a écrite tantôt, pour lui faire subir le même sort.
Voilà, tout est dit. Je n'ai plus qu'à partir. Alors je vide mon verre de Whisky Pur-Feu d'une seule lampée, tandis que le Directeur en fait autant avec son tord-boyaux et je me lève, aussitôt imité par mon vis-à-vis.
A mon grand étonnement, il m'accompagne jusqu'à la porte et, tandis que j'ai la main sur la poignée pour l'ouvrir, il déclare, en me tendant l'une des siennes :
« Cette conversation fut un plaisir, Monsieur Weasley. Souhaitons qu'il y en ait encore de nombreuses autres…»
C'est un autre rare privilège qu'il m'accorde, je ne m'y trompe pas. Et je lui retourne le compliment, dans sa propre langue, ce qui l'impressionne favorablement, je le vois, à la lueur appréciative qui traverse son regard.
Les chassés-croisés sont terminés en ce qui nous concerne. Nous allons marcher de concert et la vraie partie de chasse à l'ennemi va pouvoir commencer.
Je n'en demandais pas tant et je suis ravi de la tournure des évènements…
OoOoOoO
Severus
Mondingus est tout à fait au top. On se croirait revenu des semaines en arrière, quand il buvait encore comme un trou. Il a revêtu de vieux vêtements crasseux, titube juste ce qu'il faut, mange la moitié de ses mots. Ses yeux sont à demi vitreux et endormis, son haleine est aromatisée à l'alcool…
Non qu'il ait vraiment bu. J'ai concocté une potion qui produit cet effet, avec l'aide de Fred et Georges qui pourront la commercialiser plus tard dans leur boutique de farces et attrapes…
L'avantage de cette potion, c'est que si elle donne l'apparence d'être au trois-quarts ivre à celui qui la boit, ce dernier garde les idées parfaitement claires…
L'inconvénient, pour notre affaire en projet, c'est que son effet ne dure pas plus d'un quart d'heure… Il faudra donc que Mondingus la renouvelle souvent. C'est pourquoi je l'ai équipé d'une bouteille spéciale, parfaitement semblable à une bouteille de Pur-Feu, mais qui permet de changer son contenu, grâce au Sortilège du petit doigt si cher à Nally…
Mondingus devra seulement veiller à ne pas commettre d'impair, s'il est amené à partager sa bouteille avec quelqu'un… Ce qu'il ne devra pas manquer de faire, justement…
« T'sais prof… m'demande comment…hic… j'f'zais pôr s'porter d'êtes t'jours dans ç'tat...hic... avant… » déclare Mondingus, en s'accrochant avec fermeté à la rampe de l'escalier que je l'aide à descendre…
« Je me le demande également… » réponds-je avec un sourire, content d'avoir réussi à atteindre le palier sans encombre.
Notre essai est concluant. Mieux vaut que nous attendions que la Potion ait fini son effet, avant d'aller plus loin…
« Attends là, Mondingus. Je vais chercher tout ce qu'il nous faut là-haut et je reviens… » dis-je, en amorçant la remontée…
« Ok d'acc…Hic ! » répond Mondingus, en s'adossant au mur, yeux fermés.
Le pauvre… J'ai honte de lui infliger cela et de le ramener à des souvenirs dont il n'est pas fier. Mais il est l'homme de la situation et je ne pouvais me passer de ses services. Je remonte très vite les deux étages qui me séparent du grenier, me précipite pour prendre nos effets et retourne aussi vite vers Mondingus…
« Bougez-vous de là, s'il vous plait, vous gênez le passage ! » entends-je Pétunia râler, à peine ai-je le pied sur la première marche…
« Scuse… Hic… » répond Mondingus, juste avant que ne se produise un froissement
« Mais, ma parole ! Mais vous avez bu ! Vous puez l'alcool, la crasse et le tabac ! Poussez-vous ! Et surtout ne me touchez pas ! Dégoûtant personnage ! » s'exclame encore Pétunia, tandis que je dégringole les marches à toute vitesse…
Je ne vais certainement pas laisser Mondingus aux mains de cette peste alors qu'il n'est pas vraiment en état de se défendre, le pauvre…
« Nan… j'pas bu… ç't'une comédie qu'j'dois …hic…jouer pôr une m'ssion…Mais j'vous z'en prie… hic… Passez m'dame… » se défend Mondingus, en enlevant son chapeau crasseux, avant d'amorcer une révérence qui le déséquilibre dangereusement…
Pétunia lui lance un regard noir, largement désapprobateur et ne bouge pas d'un cil…
Mondingus se redresse tant bien que mal et m'avise alors que je mets enfin le pied sur le pallier...
« Veut pas…Hic…m'croir'… dis z-y toi, prof' qu'j'suis hic… pas saoul… » dit-il, avant de s'effondrer à demi dans mes bras…
« Il dit la vérité. Il a juste pris une Potion pour faire croire qu'il a bu. Ça va lui passer et dans une ou deux minutes, il sera de nouveau frais comme la rose… » assure-je, en aidant Mondingus à retrouver un appui sûr.
Pétunia hausse les épaules et passe devant nous sans piper mot. Il est clair qu'elle n'a pas cru un mot de ce que j'ai dit, mais ce n'est pas mon problème. Il est ailleurs, mon problème… Je crois que la Potion d'Ebriété est un peu trop corsée. Il ne faudrait pas que Mondingus se prenne une bûche sérieuse et se blesse…
« Il faut revoir la Potion. Elle est un peu trop efficace sur toi. Tu risques de te blesser.. » déclare-je, un peu contrarié, car cela va retarder nos projets…
« Nan. Elle est parfaite ta Potion, prof ! J'en ai juste rajouté un p'tit coup pour lui faire croir' qu'j'suis rond comme une queue d'pelle… Elle a marché, hein ? Qu'est-ce t'en dit ? » répond Mondingus, avec un petit rire…
« Que tu étais parfait ! J'ai réellement cru que tu allais t'effondrer ivre mort... » souris-je, en lui claquant l'épaule
Mondingus se redresse avec fierté. Il a bien repris confiance en lui ses derniers temps et c'est toujours avec un plaisir évident qu'il accueille les compliments. C'est un beau résultat et j'espère qu'après la guerre il recevra la reconnaissance qui lui sera due…
Le comble de la joie pour lui, serait d'obtenir un poste de Médicomage à Ste Mangouste… Richard dit qu'il a prouvé qu'il en serait digne, la semaine dernière. Il a admirablement remis à neuf Marian et Magnus et, avant leur transfert à Ste Mangouste, il a superbement rafistolé Eric Munch et un jeune Oubliator, qui ont été terriblement blessés au Ministère également.
Sans compter toute l'aide qu'il a apporté par la suite, aux nombreux blessés de Dunvegan Castle…
« Dis, t'es sûr qu'il va venir, Willy ? » demande Mondingus, tandis que nous nous dirigeons vers la porte du QG, pour partir au Chaudron Baveur.
De là, je le suivrais discrètement, pour assurer ses arrières… et éventuellement lui souffler une réponse si nécessaire…
« Oui. Il accomplit le même périple tous les jours, depuis que Voldemort lui a donné l'Ordre de surveiller les allées et venues sur le Chemin de Traverse. Notamment celles de Fred et Georges, contre lesquels il a une dent sacrément dure… » réponds-je, en me remémorant la scène qu'Hestia et Dedalus m'ont montrée en début de semaine.
Depuis, il ne s'est rien passé de notable, au Manoir, dont nous avons gardé l'espionnage ici. La Base en Ecosse est réservée pour la surveillance du reste du Pays, qui est en train de s'organiser. Remus travaille comme un fou sur les Cartes avec son groupe. Mais réaliser des Cartes Magiques d'un Pays tout entier, est beaucoup plus complexe que de réaliser celle d'un lieu unique comme Poudlard…
Son groupe a réussi à en faire une de Pré-Au-Lard et une autre du Ministère de la Magie ce qui est déjà pas mal du tout. Nous allons pouvoir les étudier de près, pour déterminer les endroits les plus stratégiques où placer nos caméras et micros…
« Il est pas là d'comprendre qu'les jeunes restent plus au-d'ssus d'leur boutique la nuit, ni d'repérer leurs déplaç'ments… Sont bien trop malins pour lui. Y pass'ront cent millions d'fois d'vant lui avant qu'il ait un chouia d'soupçon… » commente Mondingus en riant de bon cœur, juste avant de Transplaner
Nous arrivons à Londres, non loin du Chaudron Baveur. A partir de maintenant, nous allons nous séparer. Je vais entrer le premier, grimé sous un déguisement passe-partout. J'ai du Polynectar dans mes poches. Je me réserve le Sortilège de Désillusion pour les lieux où je pourrais en user en toute sécurité. Ce qui n'est pas le cas, en plein jour, sur le Chemin de Traverse. Il y a bien trop de monde…
Me voilà en place. Je repère très vite Willy Larbrouss. C'est l'un des rares Mangemorts vivant au Manoir Malfoy, à avoir l'autorisation de circuler comme il l'entend. Sans doute parce qu'il est finaud et connaît beaucoup de monde. Il peut obtenir des tas de renseignements, l'air de rien et ça, c'est un atout précieux pour Voldemort…
Un atout que nous allons faire en sorte de retourner contre lui…
Mondingus arrive à son tour sur le Chemin de Traverse. Il me voit presque aussitôt et je lui fais un signe discret, pour désigner la direction dans laquelle se trouve Larbrouss. Mon ami entre immédiatement en jeu…
Il traverse la rue, pour être du côté opposé à celui de Larbrouss et commence à descendre lentement l'allée. Son but n'est pas de rejoindre son ancien compère, mais de se faire repérer et aborder par lui. Cependant, Willy, qui fait semblant de lire son journal sur la terrasse chauffée de Florian Fortarôme, est trop fixé sur la boutique des jumeaux Weasley. Il ne prête attention à rien d'autre…
Mondingus s'en aperçoit très vite. Et il passe à l'action… Il dépasse la terrasse de Fortarôme, à laquelle je me suis installé et s'arrête devant la boutique du marchant d'animaux, une dizaine de pas plus loin. Il y a plusieurs cages exposées devant la vitrine, dans lesquelles sont enfermés des chouettes et hiboux bien résistants au froid.
Il les excite, en faisant traîner une canne en fer qu'il a discrètement conjurée, sur les barreaux de leur cage. Le résultat ne se fait pas attendre : les hiboux et chouettes manifestent leur indignation avec force cris très sonores, qui ameutent le marchand et font se retourner tout le monde…
Le marchand d'animaux invective et bouscule un peu Mondingus, qui rit de ses bêtises et reprend son chemin en remontant vers moi… Et cette fois, Larbrouss l'interpelle… Mondingus fait mine d'être agréablement surpris et vient vers lui.
« Willy ! Ho ! Ho ! Ho !… Comment qu'tu vas mon vieux poteau !… » s'exclame-t-il d'un ton joyeux, en serrant la main de son ancien compère, tandis que je paye le thé que j'ai commandé.
« Ben ç't'as toi qu'y faut d'mander. Ça fait un bout que j't'avions pô vu. Qu'est-ce tu d'viens ? Et où t'étais ces derniers temps ? » répond Larbrouss, en haussant un sourcil nettement curieux vers le sac à malice que Mondingus porte à l'épaule…
Le vieux sac dans lequel il a toujours transporté le produit de ses différents trafics avec les crapules de l'Allée des Embrumes… Je ne doute pas un instant, que Larbrouss soit intéressé pour effectuer un petit troc avec mon ami, s'il peut y trouver son intérêt…
Mondingus fait mine de jeter un coup d'œil autour de lui, avant de répondre, sur le ton de la confidence :
« T'es sûr qu'tu veux en parler ici … »
Larbrouss hésite. Il jette un œil vers la boutique des jumeaux puis semble se décider…
« Si on allait s'payer un p'tit coup chez la Mère Firewater ? » demande-t-il d'un ton bas.
« Un p'tit coup ? Tout une bonne boutanche oui ! » s'exclame Mondingus, en sortant une poignée de Gallions de sa poche…
Larbrouss ouvre des yeux ronds, vite traversés d'une lueur de convoitise et s'empresse d'acquiescer d'un hochement de tête vigoureux, tout en appelant la serveuse pour payer sa note.
Quant à moi, je devance les deux larrons. Willy ne fera rien à Mondingus, aussi longtemps qu'il n'en saura pas davantage sur sa bonne fortune. Aussi, presse-je le pas pour me rendre chez la Mère Firewater. La gargote la plus mal famée mais aussi la plus discrète de l'Allée des Embrumes…
Voilà, je suis dans la place. Aussi longtemps que je laisse croire que je suis ici pour m'enivrer, on me laissera tranquille, en espérant que je m'endorme assez vite pour qu'on puisse venir me fouiller les poches et me détrousser de mon argent. Je n'ai donc, pour avoir la paix, qu'à faire semblant de boire une bouteille, tout en vidant discrètement son contenu dans un récipient que j'ai pris la précaution d'amener avec moi.
J'achète donc un litre de Pur-Feu de contrebande au comptoir, avant de m'installer dans l'ombre d'un coin reculé. Et, tout en me servant un verre bien tassé, je fais passer le message à Mondingus, par l'intermédiaire de mon micro, pour qu'il sache exactement où venir prendre place avec son compère…
Si tout va bien, d'ici deux ou trois heures au plus, Willy Larbrouss rapportera à son maître un trophée inestimable...
Pour nous…
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