Disclaimer: Cf chapitre 1
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Mistycal est ma talentueuse beta !
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Réponse aux commentaires sur mon forum pour - Lul - Douceurfamille - Nana7 -
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A La recherche De Harry 1
Dimanche 5 Janvier 1997
Acte 1 : Le Ciel Sur La Tête
Draco
Le ciel vient de me tomber sur la tête. Un grand vide tout noir envahit mon cerveau, suivi d'un brusque éblouissement. Mon corps n'existe plus. Je ne suis plus qu'un cœur terriblement serré dans lequel le sang ne peut plus circuler. Une énorme boule m'étreint la gorge et m'empêche de respirer. Mes poumons sont en feu et je suffoque. Je n'entends plus rien. Autour de moi le monde marche au ralenti, dans un silence cotonneux assourdi par un brouhaha incompréhensible.
Je ne suis plus qu'une seule pensée, un seul mot : NON…
Je fixe Neville. Il est flou. Si brûlant de larmes que mes rétines s'obscurcissent.
Non…
La lumière revient. Pâle, fade, insipide. Elle absorbe les couleurs. Elle ternit leur éclat. Tout est tristement gris. Sans vie.
Les sons explosent puis s'estompent à nouveau, pour atteindre un niveau sonore supportable. Monocorde. Monotone. Les odeurs éclatent, écœurantes, fétides…
J'ai mal au cœur. Mon estomac remonte et descend dans mon œsophage, la bile amère brûle ma gorge et ma langue. Ça picote et ça fourmille dans mes jambes et dans mes mains…
Je reprends doucement pied, même si ça tangue dangereusement…
Les pensées se bousculent dans mon cerveau, tournant en boucle : c'est impossible, c'est un cauchemar. Tout est un cauchemar. Un horrible cauchemar. Nous n'avons pas été attaqués. Personne n'a été blessé. Harry n'a pas été capturé. Neville se trompe…
Je vais me réveiller. Dans mon lit. Là-bas au Terrier. J'irais voir Annabelle et sa douceur permettra à ce rêve horrible de s'effilocher, de se perdre dans les méandres d'un abîme qui l'engloutira dans la nuit de la mémoire perdue à jamais.
Le ciel chavire encore une fois. Ce n'est pas un cauchemar, c'est la réalité. Nous avons été attaqués. Il y a des morts et des blessés. Mon frère a été fait prisonnier…
La tête me tourne. De puissantes vagues de chagrin me submergent et m'entraînent vers les abysses de la géhenne…
Une douleur aigüe me traverse le bras et me retient sur terre.
Une poigne de fer l'enserre. Je baisse les yeux dessus. Une main y est agrippée. Si fort qu'elle va le couper en deux. Elle est longue et large, pâle et parsemée de tâches de rousseurs, accrochée à un poignet épais, à un bras aux muscles développés. Mon regard remonte jusqu'à un visage.
Ron…
Il est exsangue. Regard hagard. Souffle bloqué. Il tremble de la tête aux pieds. Et je devine que je suis son ancre, dans la tempête de souffrance qui souffle dans son cœur…
Je n'ose imaginer ce qu'il peut ressentir. Sa douleur. Son désespoir. Son déchirement…
Je pose ma main sur la sienne. Compatissante. Empathique.
Nous sommes ensemble. Si nous nous accrochons l'un à l'autre, nous pourrons tenir debout dans l'ouragan qui nous fait vaciller. Qui cherche à nous balayer…
Ron frissonne. Un frisson qui le secoue avec force et son regard s'assombrit. L'orage gronde. L'envahit et l'enflamme. Sa poigne de fer autour de mon bras se relâche brusquement, me laissant de nouveau orphelin et seul pour lutter contre les ressacs de douleur qui m'ébranlent. Il fonce vers Parkinson, assis par terre et menotté. Il le relève d'une main, hausse son visage jusqu'au sien. Les pieds du Mangemort ne touchent plus terre. Ses yeux sont paniqués.
Celui de Ron doit être meurtrier. Assassin. Homicide…
« Où est-il ? » demande-t-il, d'une voix grondante qui roule dans sa gorge…
Le Grizzly n'est pas loin. Il brûle de jaillir et de déchirer sa proie. De la réduire en charpie.
Je voudrais courir vers lui, le calmer, pour l'empêcher de commettre l'irrémédiable. L'irréparable. Le funeste fatal. Mais je suis paralysé. Pétrifié. Figé. Incapable du moindre mouvement, de la moindre parole. Muet. Interdit.
Parkinson est affolé. Terrorisé. Une tâche sombre s'élargit sur sa robe…
Il a pissé de peur.
Sa bouche est ouverte, mais il reste sans voix. Il ne peut que nier de la tête. Il ne comprend pas. Il ne sait pas de quoi Ron parle, ce qu'il veut. Ce qu'il exige avec fureur…
« Où est Harry ? Harry Potter, où est-il ? » gronde de nouveau Ron, en rapprochant encore son visage de Parkinson.
Le Grizzly montre ses crocs acérés. Son impatience incandescente.
« Jjjjjjjjjjj…je sais pas… Ils ne ddddevaient pas m'ame.. mmmmm'amener Pott…Potter…» bégaye Parkinson, épouvanté
Statufié. Tétanisé.
Grondement sourd. Un poing se lève et s'abat durement sur le nez de Parkinson
Le sang gicle.
« Où est-il ? Où est-il ? » hurle Ron, déchaîné
Succession rapide de coups puissants. Eclatement d'une arcade sourcilière. Craquement sinistre d'une pommette, du nez, de la mâchoire inférieure…
Putain ! Ron va le mettre en bouillie !
« Ron ! » réagissons-nous enfin, Hermione, Pa, les copains et moi, en nous précipitant pour l'empêcher de tuer son punching-ball humain…
Je me pends littéralement à son bras, avec Hermione, pour le retenir de frapper. Mais il développe tant de force, que je valse à terre. Heureusement, les autres réussissent à lui faire lâcher prise sur Parkinson, qui s'effondre sur le sol. Inconscient.
Ron pousse un cri de rage, poings serrés, bras légèrement écartés, crispé de la tête au pied et soudainement il court droit devant lui puis Transplane je ne sais où. Deux secondes plus tard, on entend un terrible grognement d'ours enragé et des craquements, quelque part dans la forêt sur le flanc de la montagne…
J'ai mal, pour lui, pour moi, pour Harry et tout le monde.
Je tremble et j'ai peur pour mon frère, prisonnier.
« Il est parti se défouler sur les arbres… Ce n'est pas le moment d'aller se frotter à lui… » souffle Hermione, avec un regard inquiet vers l'endroit d'où proviennent les grognements.
Des larmes silencieuses roulent sur ses joues. Etranglent sa voix.
Nous pouvons nettement voir le faîte d'un sapin osciller dangereusement…
Ron est fou de douleur et de terreur pour Harry. Il doit follement s'en vouloir, de lui avoir obéi et n'être pas allé avec lui. Combien je le regrette aussi ! Combien j'éprouve de remords d'avoir accepté sa Cape d'Invisibilité, de ne pas avoir été là pour empêcher sa capture…
« Je ne comprends pas. Pourquoi n'avons-nous pas su que Harry était blessé ? Sa bague aurait dû se déclencher… » murmure Pa, en regardant sa main
Son annulaire droit où se trouve la sienne. Regard interrogatif. Ride inquiète entre les sourcils.
« Il ne l'avait pas. Ni son Portoloin. Il les a oubliés dans la salle de bains du Terrier. Et nous avons trouvé sa baguette, non loin de l'endroit où il était quand Gabe, Neville et Luna l'ont vu se faire emmener. » souffle Bill, très soucieux lui aussi
Quand est-il arrivé auprès de nous ? Je ne l'ai pas vu…
Il tient dans sa main ouverte la bague et le Portoloin de Harry. Le Chronomètre Magique de Tatie Nally aussi. Il les glisse dans celle de Pa, qui referme son poing dessus en fermant les yeux avec douleur. Merde…
Putain de merde ! Ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible ! Il n'a pas fait ça…
Harry qu'as-tu fais ! Comment as-tu pu oublier de les prendre !
« Et son Miroir ? Il l'a sans doute ! Il va pouvoir nous dire où il est ! » s'exclame Hermione, avec un sursaut d'espoir.
« Non. Il ne l'a pas. Il l'a perdu quand le train a déraillé. Je l'ai retrouvé et ça aussi… » souffle Gabe, en sortant un Miroir brisé en deux de sa poche…
Et des lunettes cassées…
Oh non ! Non ! Non ! Non !
Tout s'est salement enchaîné pour isoler Harry !
Putain ! Merde ! Non !
Hermione éclate en sanglots.
Je la prends dans mes bras et nous pleurons tous les deux. Mon frère est quelque part, prisonnier. Il n'a aucun moyen de se sortir de là, ni de nous contacter. Je suis fou d'inquiétude, j'ai le bide tordu d'angoisse…
Nous finissons par nous laisser glisser sur le sol.
« La bague… On aurait pu appeler du secours avec la bague. Comment j'ai pu oublier ça, comment…. » sanglote dans mon cou Hermione, tremblante, en s'accrochant à moi de toutes ses forces…
Je suis effaré… Anéanti. Englouti par des flots de culpabilité…
La bague. Comment avons-nous tous pu oublier ?
Harry serait là, avec nous. Blessé peut-être, mais avec nous.
Théo, Ginny et les autres nous entourent. Nous avons besoin de sentir notre chaleur, de partager nos peurs et notre chagrin. Cette culpabilité et cette angoisse qui enfle et gonfle. Qui étreint notre cœur et nous empêche de respirer…
Merlin ! Que va-t-il arriver à Harry ? Le complice de Parkinson va-t-il le livrer à Voldemort ? Ou va-t-il le garder prisonnier quelque part et essayer de nous contacter, Théo, Ginny et moi ? Va-t-il nous faire savoir où est Harry, dans l'espoir de nous voir voler à son secours ? Va-t-il nous tendre un autre piège ?
Tout est possible…
Je grelotte et je claque des dents. Je suis frigorifié de l'intérieur. Rien ne pourra me réchauffer je crois…
Mon regard erre le long du train. Les dégâts sont considérables… Tous les élèves qui le pouvaient sont sortis des wagons. Des Médicomages et des infirmiers parcourent les compartiments pour évaluer la gravité des blessures, avant d'emmener les blessés à Ste Mangouste. Des Membres de l'Ordre, des Tireurs de Baguette et des Aurors distribuent des couvertures, des boissons chaudes, recueillent des témoignages de celles et ceux qui n'ont rien….
Il y a aussi des corps allongés sur le sol, recouverts de cape…
Des morts…
J'en compte une dizaine…
Qui sont-ils ? Y a-t-il des copains ou des copines parmi eux ? Y en a-t-il d'autres encore dans les wagons ? Et combien y en aurait-il eu si nous n'avions pas fait évacuer les premières voitures ?
Je ne veux pas le savoir pour l'instant. J'ai trop mal déjà…
Je ne veux pas avoir à faire face à une autre perte.
Non… Je ne dois pas penser comme ça… Harry n'est pas perdu. Nous allons le retrouver. Nous allons le sauver…
Je donnerai ma vie s'il le faut pour le faire…
Je dois me reprendre. Je dois être fort pour pouvoir aider mon frère ! Il m'a sauvé la vie en combattant un sanglier. Il m'a porté sur son dos pour me hisser en haut d'une montagne. Il m'a soigné durant des jours et des nuits. Il m'a ramené dans la chaleur de la grotte et m'a rendu espoir quand je voulais mourir. Il s'est battu pour sauver Maman. Il a toujours été auprès de moi, quand j'avais besoin de lui.
C'est à mon tour d'être là pour lui. De voler à son secours…
Cette pensée me redonne des forces. La volonté. L'énergie. Le courage de me mettre debout.
« Je vais te retrouver, Harry. Et je viendrais te chercher ! » murmure-je comme une promesse, en serrant les poings.
« Je viendrais aussi. J'ai juré que je serais toujours à tes côtés, Harry et je tiendrais parole. » murmure également Hermione.
Je lui tends la main. Elle s'y accroche et se relève.
« Nous viendrons aussi… » murmurent Théo, Ginny, Neville, Blaise, Luna et Gabe, en se remettant debout.
Nos mains se joignent, en une promesse solennelle. Nous ferons tout pour retrouver Harry et nous irons le chercher, où qu'il se trouve. Rien ni personne ne pourra nous en empêcher…
Pas même la menace d'y perdre la vie.
Pa, qui était parti un peu à l'écart avec Bill, revient vers nous
« Ne restez pas là. Venez un peu plus loin. » nous invite-t-il, d'une voix blanche, au moment où Kingsley vient également nous rejoindre.
« Que lui est-il arrivé ? » demande-t-il, sourcils froncés, en regardant Parkinson, toujours allongé et inconscient
« Mauvaise chute » répond Pa, sans ciller.
Sans même jeter un regard à Parkinson qui git à ses pieds.
« Mmmm… Je vois. Il a voulu se sauver et il est parti vers la forêt. Mais comme il avait les cheveux dans les yeux et qu'il ne voyait pas où il allait, il s'est pris les pieds dans des racines et quelques bonnes bûches, nez en avant contre un arbre… Il a de la chance de ne pas avoir rencontré un ours en chemin, il aurait pu se faire déchiqueter…» commente Kingsley, l'air dégagé, en regardant vers les sapins où résonnent toujours des grognements furieux….
« Entièrement d'accord. » acquiesce Pa, en se tournant brusquement vers le Plop d'un Transplanage.
C'est Tatie Nally qui revient, horriblement pâle et défaite, le regard désespéré…
« Il n'a pas été emmené au Manoir Malfoy, ni dans les Cavernes du Diable ! Voldemort ne sait rien, visiblement. Il n'a rien à voir avec cela… Il annonçait à Lucius qu'il partait pour Amesbury quand je suis arrivée dans la Base… Je n'arrive toujours pas à me connecter aux émotions de Harry… » souffle-t-elle, la gorge nouée, les larmes aux yeux
Mes entrailles se tordent. Que Tatie Nally n'arrive pas à se connecter à Harry est très mauvais signe. D'un autre côté, c'est rassurant de savoir que Harry n'est pas aux mains de ce cinglé de Voldemort…
« Ça doit être parce qu'il est inconscient. Il m'a semblé vraiment gravement blessé et dans ses bras il tenait un gosse qui semblait dans le même état que lui…» souffle Gabe, qui a l'air de s'en vouloir à mort de ne pas être arrivé à temps pour sauver Harry
Et qui confirme mes craintes. Harry est gravement blessé. A quel point ?
« Que s'est-il passé exactement ? Qu'as-tu vu, Gabe ? » demande Parrain, en se tournant vivement vers mon ami.
Gabe le regarde. Il passe une main lasse sur son visage, essuie furtivement une larme qui a jailli de ses yeux et Pa pose une main sur son épaule, en un geste de réconfort ou de compassion peut-être…
« Nous remontions en courant vers la voiture 6. Harry était derrière nous. Il fermait la marche. Phillipa l'a entendu crier aux Ânes Bâtés se trouvant encore dans un compartiment de la voiture 5 qu'il fallait partir, quand le train a déraillé. J'ai pu assez vite m'extirper du compartiment dans lequel j'ai basculé. Puis je me suis occupé de Criosa O'Flaherty qui était inconsciente dans le couloir et ensuite de Phillipa. Elle avait deux fractures nettes. Je l'ai soignée, et après, Phillipa et moi avons cherché Harry. Nous avons appris par Jodie Costner qu'il a été éjecté du train, avec son frère Jérémy et son cousin, Kirke Randolph… Je suis parti à leur recherche. Il y avait beaucoup de gravas, des bagages éparpillés partout, des morceaux de ferrailles en pagaille. J'ai d'abord trouvé Kirke Randolph. Il était dans un sale état. Je n'ai pas pu le sauver. Il est mort avant la fin des soins que j'ai essayé de lui prodiguer. Alors je l'ai laissé sur place et j'ai continué mes recherches pour trouver Harry et Jérémy Costner. Je venais de les localiser et je courrais vers eux, quand je me suis pris une bûche à cause d'un Sort perdu que j'ai voulu éviter. Mon Sortilège de Désillusion a lâché, quelqu'un est arrivé au même moment, m'a jeté deux Maléfices coup sur coup et a emmené Harry et le petit… Tout s'est passé si vite, que je n'ai pas eu le temps de réagir, ni de réellement voir qui a fait ça… Je n'ai pas vu son visage, au trois-quarts masqué par son capuchon et ses cheveux… Je crois cependant que c'était une femme…» raconte Gabe, d'une voix tremblante.
C'est seulement maintenant que je vois deux longues déchirures aux bords noircis sur son pull, à hauteur de sa poitrine. Maléfice du Sabre Chauffé à Blanc dirait-on. Putain, il a salement morflé et a dû sacrément le sentir passer… Il faut aussi qu'il soit sacrément costaud, pour être debout sur ses jambes, après avoir subi le Contre-Maléfice. L'adrénaline sans doute. C'est ça qui doit le tenir…
Pa serre l'épaule de Gabe, lui assurant qu'il a fait ce qu'il a pu, tandis que Tatie Nally, le visage défait, se tourne vers les prisonniers.
Son regard effleure à peine Parkinson et il est clair qu'elle n'est pas du tout émue de voir l'état pitoyable dans lequel Ron l'a laissé. Puis il parcourt les rangs des Vengeurs, dont une bonne soixantaine a été prise, avant de s'arrêter sur l'un d'eux. Elle se dirige droit sur lui.
Un vieil homme. Si chevelu, barbu et sale, qu'on distingue difficilement ses petits yeux sombres sous ses sourcils broussailleux. Je ne saurais lui donner d'âge. Il semble à la fois plus jeune et plus vieux que le professeur Dumbledore. Peut-être parce qu'il est maigre, décrépi et si crasseux que ses rides profondes, forment des lignes noires sur le peu de peau visible de sa figure….
« Où est-il ? Où l'avez-vous emmené ? » demande Tatie Nally, d'une voix froide et glaciale
Je l'ai déjà vue en colère, mais jamais autant qu'elle l'est maintenant. Et si j'ai toujours pensé qu'elle est une redoutable adversaire, je me dis maintenant qu'elle ferait une terrifiante ennemie
« La rastaquouère ! » siffle le Vengeur, le regard allumé d'une flamme rageuse…
Il crache par terre, aux pieds de Tatie Nally. Elle lui colle aussitôt un coup de pied en pleine poire, qui le cueille sous le menton et le rejette en arrière, dans un claquement sec de ses mâchoires l'une contre l'autre. Il se redresse tant bien que mal, crachote deux mauvais chicots sanguinolents dans sa barbe, l'œil plus noir que jamais…
En voilà un qui manque totalement de psychologie. A moins qu'il ne soit aux trois-quarts aveugle pour ne pas avoir noté qu'il risque sa peau en s'opposant à une sorcière aussi puissante et irradiante d'une terrible colère…
C'est simple, mes cheveux se dressent sur ma tête. Réellement…
Pa s'avance vers Tatie Nally et pose une main sur son dos.
« Nally » souffle-t-il, avant de l'entourer de ses bras.
Il faut qu'il ait une sacrée confiance en elle et en la force de leurs sentiments réciproques, pour l'approcher ainsi maintenant…
Kingsley attrape le vieux Vengeur par le col et le traîne à demi un peu à l'écart des autres. Mes amis et moi le suivons, trop désireux de savoir où est Harry. Ce vieil homme est peut-être notre seule chance de l'apprendre…
« Tu as tout intérêt à répondre ou tu finiras grillé sur place par ses Ondes Magiques. Et ce n'est pas moi qui pourrais l'empêcher de le faire, ni personne d'autre… Même Dumbledore lui-même n'y arriverait pas…. » déclare King, en se penchant, le regard dur, vers le Vengeur
« J'parl'rai point à la rastaquouère ! Ç't'à cause d'elle qu'mon p'tit fieu il est cor' à Azkaban ! » postillonne le vieux, le regard ombrageux et furieux…
« Eh bien, bonne nouvelle pour toi. Tu vas bientôt le rejoindre là-bas et cette fois il en sortira assurément avant toi parce que tes os risquent bien d'y rester à jamais, après que tu aies reçu le Baiser du Détraqueur ! » siffle Kingsley, terriblement impressionnant de colère lui aussi
« Quoé ! Pôr avoir voulu filer eune schlaque à ces p'tites vipères ! C'est eusse qu'y z'ont attaqué ! Nous z'aut' on v'lait seul'ment les troè p'tits frappes qui z'ont tué l'eune des not' ! Et z'aut' on leur aurait simp'ment s'couer un peu les oches ! Parç'qu'y z'ont r'gardé faire sans l'aider, la p'tieute! Mêm' qu'y en a qu'y z'ont rit ! Et d't'à l'heure, on s'est seul'ment défendu ! S'pas un crime ! » se défend le Vengeur, l'air furibond et apeuré en même temps
C'est insensé… Ce qu'il dit est absolument délirant. Et Pa, qui a réussi à calmer quelque peu Tatie Nally, s'avance vers lui, avec son air des grands jours…
« Qu'est-ce que vous racontez… » demande-t-il, de cette voix doucereuse et dangereuse qui congèle sur place ses élèves…
« Vô m'croyons point hein ! Ben d'mandez leur ! Eusse, y sav' ç'qu'y z'ont fait ! Les p'tits saligauds ! Et surtout la p'tite gaupe ! » s'écrie le vieux, en crachant cette fois, dans la direction où nous nous trouvons avec mes amis…
Le crachat tombe aux pieds de Ginny, que Théo ramène contre son flanc en un geste protecteur…
Kingsley se tourne vers nous et nous demande d'approcher, Ginny, Théo et moi. Je regarde mon frère et sa petite amie qui grimacent de concert et nous avançons de deux pas. Je me sens aussitôt venir la nausée. Pas seulement parce que ce type pue salement, mais aussi parce que je peux nettement voir les poux courir sur ses cheveux et sa barbe…
« Cet homme a dit qu'il appartenait à votre ordre, celui des Vengeurs, n'est-ce pas ? Et il vous a affirmé que ces trois jeunes gens ont tué sa sœur et que toutes les personnes qui se trouvaient dans le train, ont assisté à cela, sans prendre sa défense, s'en réjouissant même parfois. C'est cela ? » s'enquiert King, en désignant Parkinson
« Voeille ! Même qu'ça a été dit dans l'jôrnal ! Et qu'c'est tous des p'tits saligauds qui sont pôr l'aut salopard d'Mage Noir ! Y nous z'a montré leu têt' ! R'gardez dans m'poche ! » répond le vieux pouilleux, l'air sincère, en se mettant de côté, pour donner accès à sa poche.
Kingsley avance la main et il tire sur une enveloppe qui dépasse un peu de la robe déchirée du vieux. Elle est toute crade, tâchée par la vinasse et d'autres choses que je n'ai nulle envie d'identifier. King l'ouvre et il sort une vieille page de la Gazette sur laquelle il y a quatre photographies : celles de Pansy Parkinson, Théo, Ginny et moi…
« La p'tit' en haut, ç't'elle qu'y z'ont tué ! Z'ont pas admis qu'son frèr' y fasse toute por l'sortir d'sa condition ! V'là quoè qu'ça rapporte v'loir sortir d'not' mond' que j'y ai dit ! Mais ç'tait l'eune des nôt' ! Alors alle méritait qu'on l'venge ! Passe qu'la justice al à point fait son travail ! » clame le Vengeur, une nouvelle lueur de rage traversant son regard.
« Vous êtes un vieil imbécile ! Cette fille n'est pas morte ! Elle est à Azkaban ! Pour avoir torturé et voulu tuer Draco, Théo et Ginny ! Et elle a avoué son crime devant la justice ! » s'exclame soudainement Hermione, avant de fondre, ivre de colère, vers le vieux type : « Vous vous êtes fait berné par un Mangemort ! Vous avez tué des enfants innocents et blessé quantité d'autres ! Et l'un des vôtres détient maintenant Harry ! Dîtes-nous où il est ! »
Elle a attrapé par les épaules le vieux type qui la regarde les yeux ronds et le secoue si fort que j'ai l'impression d'entendre ses os s'entrechoquer… Kingsley bondit en avant et il l'attrape par les bras pour la tirer doucement vers lui. Mais Hermione ne veut pas lâcher le vieux et soudainement celui-ci rue comme un beau diable…
« Quoé ! Quoé ! A m'accuse d'avoère donné la main à eune sal'té d'Manj'mort ! Moé ! Mais moé j'manj' point de ç'pain là, la garce ! Et j'avions j'mais tué d'gosse ! J'su point un tueur de l'aut' sal'té d'Lord ! Ni aucun des miens ! » crie-t-il, au comble de la fureur, avant de balancer un crachat sur la figure d'Hermione et un coup de pied dans ses tibias, en lâchant une nouvelle bordée d'injures.
Et la rage me gagne à mon tour. Sur une impulsion, je marche sur Parkinson, l'attrape par le col et le traîne jusqu'au vieux, le laisse choir à ses pieds puis me penche pour soulever la manche de sa robe et je brandis la marque hideuse sous le nez du Vengeur.
Il s'arrête net, ses yeux s'écarquillent d'horreur…
« Il s'appelle Edmond Parkinson. C'est un Mangemort. Son père est aussi un Mangemort, emprisonné à Azkaban et sa sœur est une adepte de Voldemort ! Et vous vous êtes vous-même rendu complice de ces sales pourritures ! Vous avez tué des enfants aujourd'hui ! Vous êtes un assassin ! » gronde-je, avant de lui cracher moi aussi à la figure…
« Ça suffit Draco. Ne te rabaisse pas en utilisant ses méthodes. Recule… » m'ordonne Pa, en venant poser une main sur mon épaule.
Je lâche le bras de Parkinson et m'éloigne du vieux. Complètement dégoûté et écœuré par toute cette affaire. Un peu honteux également de m'être laissé aller à cracher sur ce vieil homme menotté…
« J'a point tué d'gosse moé et les miens nan plus ! C'est ç'te sal'té d'manj'mort ! Laiss'lez le moé qu'j'y règ' son compt' ! » hurle soudain le vieux, en ruant de nouveau pour tâcher de se rapprocher de Parkinson…
« Assez ! » tonne Kingsley, en le saucissonnant serré
Il soupire puis s'accroupit à côté de lui, tandis que je me rapproche de Tatie Nally. Et comme Hermione le fait, je passe un bras autour de sa taille et je pose ma tête sur son épaule. Elle m'enlace à son tour et me serre contre son flanc… Et cela me fait un bien fou…
« C'est impensable, impensable… » murmure Neville, à mes côtés, en remuant la tête de droite à gauche et de gauche à droite, tandis que King se penche de nouveau vers le vieux.
« Ecoutez-moi bien, ça suffit votre cirque. Vous avez été abusé, c'est un fait. Mais ce n'est pas en agissant comme ça que vous arrangerez vos affaires. Coopérez et vous échapperez peut-être au Baiser du Détraqueur ! Je vais libérer votre tête, pour que vous puissiez parler. Mais je ne veux plus vous entendre insulter qui que ce soit, ni vous voir cracher. Ou je vous promets que vous aurez à le regretter chèrement. C'est compris ? » déclare King, avant de libérer partiellement le Vengeur qui hoche la tête pour signifier son accord
« Bien. Nous cherchons un jeune homme. Plusieurs jeunes gens peuvent témoigner qu'il a été enlevé par quelqu'un de votre bande. Il s'appelle Harry Potter. Où… » commence King, avant d'être vivement interrompu
« Potter ! Aucun d'nous z'aut' l'aurait enl'vé ! On sait toute qui c'est ! Jamais, sur l'têt' d'toutes nos aïeux, qu'on n'rait j'mais rien fait cont'lui ! Ça doit êt' l'un des aut' qu'il a am'n és avec lui qu'y l'a fait ! » s'écrie le vengeur, un tantinet radouci et son regard affolé
« Quels autres ? » demande King, d'un ton impératif
« J'sais point ! Deux godelureaux et eune garce que j'crois ben ête plus viell' que'lui qu'il a am'nés ! S'mère p't'ête ben ! Et pis des frères ou des cousins ! J'sais point ! J'a point vu le têt' ! C'est eusse qu'ont dû tuer les gosses, pas nous aut'. On blesse mais on n'tue point ! Pas les gosses, jamais ! Mêm' si on m'nace parfois d'le faire, on l'fait point ! On aurait point accepté d'faire dérailler l'train si y avait eu des gosses dans les premiers wagons ! Y nous a dit qu'y avait qu'des bagages dedans ! Me s'rais point lié à lui avec toutes mes Vengeurs dans l'cas contraire ! » répond le vieux, les yeux larmoyants maintenant.
Et je suis persuadé de sa sincérité. Il est analphabète. Son cerveau est rongé par la consanguinité et même s'il est mauvais comme la Dragoncelle, il est aussi trop bête pour raconter autre chose que la vérité…
« Il n'y a qu'à interroger Parkinson et nous saurons qui sont ces hommes et cette femme ! » s'exclame Ginny, d'une voix étranglée
« Oui… Mais le problème, c'est que sa petite balade en forêt l'a mis dans un sale état et que je doute que nous puissions l'interroger avant plusieurs heures … » soupire Kingsley, en se relevant, avant de faire signe à de jeunes Aurors de venir enlever les deux prisonniers, puis d'ajouter : « Je vais aller chez lui avec Maugrey et toute une équipe. Nous démonterons la maison pierre par pierre s'il le faut, mais si Harry est là-bas, nous le trouverons. Et s'il n'y est pas, nous en ferons autant de celles de tous les membres de sa famille ou de ses amis. Toutes celles et ceux susceptibles d'être ses complices seront visités… »
Et il tourne aussitôt les talons pour mettre ce projet à exécution, tandis que je croise les doigts avec ferveur…
Et en priant Merlin pour que mon frère ne soit pas remis aux mains de Voldemort…
OoOoOoO
Harry
J'ai l'horrible impression d'être passé dans une centrifugeuse et que le ciel m'est tombé sur la tête en prime.
J'ai le vertige et des éclairs d'un blanc éclatant de douleur se succèdent derrière mes paupières closes. Ma tête est prise dans un étau. Presque tout mon corps me fait un mal de chien et j'ai la nausée. Mes oreilles bourdonnent furieusement. J'ai terriblement froid. Seul mon flanc droit est réchauffé par un poids qui s'appuie doucement contre moi…
Que s'est-il passé ? Où suis-je ?
Pas à l'infirmerie en tout cas. Il n'y aurait pas cette odeur de moisie et de poussière, ce petit courant d'air glacé qui me caresse timidement le front par intermittences et ce silence bizarre à peine troublé par le bruit de ma respiration laborieuse. Le lit ne serait pas aussi inconfortable non plus.
J'essaye d'ouvrir les yeux. L'un d'eux reste collé. Une douleur sourde pulse autour et à l'intérieur de mon orbite droite, tandis que l'autre ne voit qu'un flou très sombre. J'ai du mal à faire le point. Je n'ai pas mes lunettes. Je distingue néanmoins une tâche plus claire sur le côté gauche…
Je crois que je suis dans une cave et que la tâche claire est un soupirail…
Je ne comprends rien… Mes pensées sont floues, diffuses… Suis-je en train de rêver ? Je n'ai pas l'impression. Il s'est passé quelque chose, je le sais. Mais quoi ? Je ne m'en souviens pas..
Quand sommes-nous ? Qu'est-ce que je fiche ici ?
Ça remue faiblement en gémissant contre moi…
Je tourne péniblement la tête, pour tâcher de regarder ce que c'est. Ma nuque est raide, douloureuse. Mon crâne est sur le point d'éclater dirait-on et les éclairs le traversent de plus belle, explosant devant mon seul œil ouvert. Je ne vois rien que le noir et les éclairs durant une bonne minute, avant que cela s'apaise un peu. Je distingue un contour flou qui se précise petit à petit…
Il y a un gosse allongé contre moi…
Qui est-ce ? Comment va-t-il ?
Il respire encore. Je sens son souffle un peu court sur la peau de mon bras…
Puis je me rends compte que mes mains sont poisseuses de sang. Est-ce le sien ou le mien ? Les deux sans doute, à voir l'état de mon pull…
J'essaye d'ouvrir la bouche, pour tâcher de réveiller le gamin et de lui demander qui il est, ce que nous faisons ici. Seul un gémissement s'exhale entre mes lèvres meurtries. Je crois que j'ai la mâchoire brisée…
Fais le point Harry, m'exhorte-je, fais d'abord le bilan de comment tu vas, après, tu t'occuperas du reste du monde si tu es en état de le faire…
Et tu tâcheras aussi de comprendre ce que tu fiches ici… Où tu es…
Je referme mon œil et je me concentre sur moi-même. Je réussis à rassembler un peu mes idées. Il faut que je fasse comme à l'entraînement…
A l'entrainement de quoi, je n'en sais rien… Je repenserai à cela plus tard. Quand ma tête ira mieux. Pour le moment, il me semble impératif de savoir comment je vais, avant de penser à autre chose…
Oui, focalise-toi là-dessus, Harry. Respire calmement et évalue ton état de santé…
Je respire en réprimant un nouveau gémissement et je visualise mon corps. Je ne pense plus qu'à ça…
Bien, commence par vérifier tes pieds et remonte lentement, me dis-je. Je remue un peu mes orteils dans mes chaussures, mais de les bouger provoque illico une très vive douleur dans ma cheville gauche. Je grimace et je reprends mon souffle, lentement. C'est bon, la douleur a bien reflué, je peux continuer.
Allez, Harry, vois ce qu'il se passe du côté de tes jambes. Vas-y prudemment et serre les dents, mon vieux m'encourage-je, me préparant au pire. Je bouge imperceptiblement, pliant à peine mon genou droit qui me fait aussitôt mal. Mais ce n'est rien, à côté de la souffrance fulgurante qui traverse ma cuisse.
Putain ! Mon fémur doit être en morceau ! Je ne serais pas étonné d'avoir une sale fracture ouverte et que tout mon muscle soit déchiré…
La sueur me dégouline sur le front et j'ai un coup de chaud, malgré le froid et le petit courant d'air glacé. Des larmes brûlantes coulent sur mes joues. Les douleurs dans mon œil et dans mon crâne s'accentuent au centuple.
Il faut pourtant que tu poursuives ton inspection de toi-même, m'exhorte-je encore…
Ma respiration est pénible. Côtes cassées sûrement. Mon épaule droite a morflé, ainsi que mon bras, mon poignet et ma main … C'est tout mon côté droit qui a pris surtout. A gauche, à part ma cheville, ça va à peu près. Même si ce n'est pas la grande joie. Je dois avoir de sacrées contusions…
Que s'est-il passé, pour que je sois dans cet état ?
Qu'est-ce que j'ai fait aujourd'hui ?
La dernière chose dont je me souvienne, c'est que je montais dans le Poudlard Express…
Un brusque sursaut m'arrache un gémissement de douleur, tandis qu'un tas d'images explosent dans mon crâne.
Des hurlements de terreur. Une malle éjectée du filet, brisant la vitre du compartiment. Le Poudlard Express a heurté quelque chose avant de dérailler. Puis je tombe en arrière et je passe à mon tour au travers de la fenêtre, avec un petit Serpentard dans les bras. Nous tombons lourdement sur la roche, avant de rouler à vive allure et douloureusement sur le flanc de la montagne. Il y a des bagages, des cages d'animaux qui en font autant. Une pluie de verre qui nous tombe dessus… Et un rocher arrête brutalement notre course. Je me cogne la tête et c'est le trou noir…
Je me souviens maintenant. Nous avons été attaqués !
Et maintenant je me réveille ici… Mais c'est où, ici ? me demande-je, le cerveau de nouveau complètement brumeux et cotonneux sous les éclairs de douleurs qui le traversent avec de plus en plus de force.
Le noir veut de nouveau m'avaler. Mais je dois rester éveillé ! Je dois me sortir d'ici ! Où suis-je ? Réfléchis Harry, rassemble tes idées !
Le Poudlard Express a été attaqué. C'est après toi et Draco que Voldemort en avait…
Est-ce que Draco s'en est sorti ? J'espère qu'il n'est pas ici, dans une autre cave ! Et les autres, Ron, Hermione ? Comment vont-ils ? Sont-ils tous en vie ?
La panique me guette, je le sens. Mon corps tremble et hurle de souffrance et je m'efforce de me calmer, de me convaincre que Ron, Hermione, mes frères et tous les autres s'en sont bien tirés…
Viens à mon aide, mon cœur, viens à mon aide !
Penser à Ron me fait du bien. J'ai l'impression de l'entendre m'encourager. Et c'est avec sa voix que je m'encourage moi-même dans mes pensées…
Concentre-toi, Harry ! Une chose à la fois ! Il faut avant tout que tu saches où tu en es ! Après tu penseras aux autres ! De toute façon ils doivent bien aller ! Allez, calme-toi ! Respire et calme-toi !
C'est difficile de respirer quand on a des côtes cassées et il y a maintenant des tambours qui rythment la frappe des éclairs dans ma tête. Je parviens néanmoins à faire refluer la panique. A centrer mes idées sur ma situation.
Nous avons été attaqués. Je suis maintenant prisonnier, avec un gamin. Un Serpentard de première année, qui était dans un compartiment avec des Ânes Bâtés. Nous avons été éjectés du train et quelqu'un nous a emmenés ici. Où est-ce, ici ? Au Manoir Malfoy ? Dans le cachot sous le salon ?
Non. Non, tu n'es pas là-bas, Harry !
Respire, respire… Tu n'es pas là-bas. Il n'y a pas de soupirail dans le cachot sous le salon du Manoir, Draco te l'a bien dit ! Tu n'es pas non plus dans les Cavernes du Diable. Il n'y a pas l'odeur de la mer, ni celle que les Bestioles du Diable ont dû laisser derrière elle…
Et puis, si tu avais été au Manoir ou dans les Cavernes, Voldemort serait là. Il t'aurait réveillé à coups d'Enervate et il jubilerait. Il triompherait…
Oui, c'est certain. Au Manoir ou dans les Cavernes, il serait là…
Mais alors où suis-je ? Qui m'a emmené ici ?
Je sens la panique revenir.
Grâce aux micros et caméras, au Manoir ou dans les Cavernes, l'Ordre saurait où je suis et viendrait me chercher… Tout le monde serait déjà là, j'en suis certain et on entendrait le vacarme de la bagarre…
Mais là, ici, ils ne me trouveront pas !
Et je ne me fais pas d'illusion, on ne me veut pas du bien. Sinon je ne serais pas ici, dans une cave, sur un lit miteux et dans le froid…
Putain ! Qu'est-ce que je vais faire ?
Une nouvelle image me traverse la tête…
Andouille ! Ils doivent savoir ! Ta bague ! On peut te localiser avec ça !
Mais alors, pourquoi ne sont-ils pas déjà ici ? Pourquoi tu paniques ainsi ? Pourquoi ta gorge se serre-telle si fort, me demande-je, en m'efforçant de ne pas céder à une terrible envie de hurler…
Un voile se déchire douloureusement dans ma tête..
Oh non ! Putain de merde non !
J'ai oublié ma bague et mon Portoloin ! Je les ai laissés dans la salle de bains du Terrier ! Putain ! Mais quel con je fais ! Quel con je suis bordel !
On ne va pas me retrouver ! Je n'ai aucun moyen de partir !
Ma baguette ! Où est ma baguette ? m'affole-je, pétrifié de peur…
Je dois vérifier, me dis-je, avant de me souvenir que je tenais ma baguette en main quand je suis entré dans le compartiment des Ânes Bâtés. Et mon Miroir Magique aussi…
Merde ! J'ai dû les perdre durant la chute ! Et quand bien même je ne les aurais pas perdus, on me les aurait enlevés, n'est-ce pas…
Comment je vais faire pour me tirer d'ici ?
Bouge-toi Harry ! Il faut que tu trouves une idée pour foutre le camp !
Mais si je bouge, je vais avoir un mal de chien bordel !
Ma pochette de secours ! Une Bonne Potion Antalgique devrait m'aider ! Une fois la douleur passée, j'aurais sans doute les idées plus claires. Je trouverai peut-être un moyen de m'évader… Par le soupirail peut-être…
Cette pensée me calme. Je ne suis plus pétrifié et je pars doucement à la recherche de ma pochette de secours, dans la poche de jambe gauche de mon pantalon. Pourvu qu'elle y soit toujours ! me dis-je, avec appréhension, en glissant ma main dedans…
C'est bon, elle est là. Je l'ouvre et je trouve à l'aveuglette la fiole qu'il me faut. C'est une chance que Parrain nous ait recommandé de mettre des repères tactiles sur chacun de nos flacons de Potions et pots d'Onguents, pour le cas où on se trouverait plongé dans le noir, sans possibilité de faire de la lumière.
Une chance aussi que nos fioles soient incassables…
J'avale la Potion. La douleur reflue. Ce n'est pas parfait, loin de là, mais c'est beaucoup mieux… Je prends aussi une Potion de Régénération Sanguine. Ça ne peut que m'être bénéfique.
J'arrive à bouger un peu les doigts de ma main droite. Ils sont gonflés, engourdis, mais en me concentrant bien, je devrais pouvoir faire de la Magie sans Baguette quand même.
Il me faut quatre essais avant de produire un peu de lumière. Le gamin remue faiblement et gémit. Ma jambe droite est salement cassée. Il y a un bout d'os qui a transpercé mon treillis, rouge de sang. Mon pull est arraché de partout. Tâché de sang lui aussi. Je regarde autour de moi, bougeant le moins possible pour ne pas réveiller la douleur. Il n'y a rien que des murs nus, suintant et moisis. Le soupirail est trop haut. Je ne pourrais pas l'atteindre sans aide, dans l'état où je suis.
Je soupire. Je dois me résigner. Seule la porte pourrait éventuellement m'offrir un moyen d'évasion. A la condition de pouvoir l'ouvrir ou d'assommer le premier qui entre ici, de lui piquer sa baguette et de pousser un sprint…
Irréalisable…
Pour l'instant…
Je ne peux pas courir avec une jambe complètement brisée. Mais plus tard, je pourrais peut-être. Il faudrait que je puisse me faire une bonne attelle et des béquilles. Avec les lattes du lit peut-être ? Comment les couper et les tailler convenablement ?
Mon couteau ! Il est caché dans un étui invisible, attaché à ma ranger droite !
Il faut que je l'attrape et que je le planque ailleurs ! Dans le matelas !
Je serre les dents et je tourne un peu ma jambe pour bien dégager mon étui. Ça fait horriblement mal et je dois souffler quelques minutes avant de réussir un Accio à peine assez puissant pour extraire le couteau de sa gangue de cuir. Deux autres essais sont nécessaires pour qu'il vienne à hauteur de mes doigts.
Je passe mon bras gauche par-dessus ma poitrine. Le mouvement m'arrache des gémissements, mais je serre les dents et je me saisis de mon arme. Il me faut maintenant la cacher. Ce couteau de chasse est grand. Il faut que je le réduise pour qu'on ne voie pas trop la déchirure dans la toile du matelas. Je parviens après plusieurs essais à lui donner une taille bien plus raisonnable, puis je tâtonne pour trouver le bord du matelas, déchire un peu la toile et j'enfonce mon couteau dans la laine à demi pourrie, espérant que mes geôliers ne s'apercevront de rien.
Avec un peu de chance, d'ici quelques heures ou quelques jours, ce couteau représentera mon salut…
Notre salut, me dis-je, en baissant mon regard sur le gamin toujours évanoui contre moi…
Je réduis aussi ma pochette de secours, la glisse également dans le matelas, puis, épuisé par tous les efforts produits et la douleur qui s'est réveillée durement déjà, je ferme les yeux et je laisse le noir m'avaler…
OoOoOoO
Acte 2 : Chou Blanc
Nally
Je tiens à peine debout. Je suis trop inquiète pour réussir à maîtriser totalement mon don d'empathie. Trop en colère aussi, contre ceux qui ont attaqué le Poudlard Express. Blessé et tué des enfants…
La douleur de Draco et Hermione, pressés contre moi, me transperce de toute part. Celle des autres aussi…
Mon cerveau bourdonne. Je suis en train de me vider de mes forces. Il faudrait que je puisse m'éloigner d'ici. Aller à Poudlard ou au Terrier où les fées pourraient m'apporter leur aide précieuse. Le Terrier, c'est mieux. De là-bas, je pourrais garder contact avec le QG…
Kingsley Transplane vers la demeure des Parkinson.
Severus vient vers moi. Il sait ce que j'éprouve. Que je risque de m'effondrer bientôt. Il demande aux jeunes de s'éloigner, d'aller voir les Médicomages pour effectuer une vérification de leur état de santé. Draco et Hermione m'embrassent sur la joue avant d'obéir. Je sens leur inquiétude. Ils ont compris que je ne vais pas bien et éloignent leur souffrance de moi…
« Il faut que tu partes d'ici, Nally. Pourras-tu Transplaner seule ? » demande Sev, le front barré d'une ride d'inquiétude.
Je ne puis répondre. Une vague de douleur me traverse le cœur et je m'effondre contre lui.…
« Harry » murmure-je à peine, tandis que mon époux m'enserre de ses bras forts et chauds.
Harry. Je suis certaine que c'est lui. Il souffre terriblement dans son corps et il panique…
Il se sent perdu. Il ne sait plus ce qu'il s'est passé.
J'essaye de le localiser. Mais j'échoue. Sa douleur semble venir de partout et de nulle part à la fois. Je le sens pourtant comme s'il était là, au creux de mes bras. Il lutte pour retrouver la maîtrise de lui-même. Il a mal dans son corps, dans sa tête. Il refoule sa panique et son courage explose. Il cherche une échappatoire. Il calme la douleur de son corps.
Ron est avec lui. Son amour l'aide à se concentrer, à se rassembler…
J'essaye, moi aussi, de lui venir en aide. Mais je suis trop faible. Mes Ondes Magiques ne passent pas la puissante Barrière de Confusion qui m'empêche de le localiser. Elles s'écrasent sur elle avant de s'éparpiller dans l'air. Même au mieux de ma forme je ne sais pas si je pourrais la franchir. Il faudrait que je trouve une faille, si minime soit-elle pour m'insinuer au travers…
Plusieurs personnes se sont unies pour poser cette Barrière. Des Sorcières et Sorciers puissants et malfaisants. Leur haine est terrible. Elle m'empêche d'atteindre Harry. Je le sens, mais je ne peux communiquer avec lui. C'était la même chose la nuit où Regulus est mort.
Voldemort est pour beaucoup dans cette Barrière…
Je me concentre de nouveau sur Harry.
Sa Magie coule, chaude et généreuse. Si puissante qu'il parvient à s'en servir malgré sa propre faiblesse. Mais la douleur revient. Forte et souveraine.
Je sais cependant qu'il ne baissera pas les bras. Il va tout faire pour reprendre des forces et se sortir du piège dans lequel il se trouve. Avec l'enfant qui est avec lui…
Le noir l'engloutit et moi avec lui…
OoOoOoO
Kingsley
La demeure Parkinson est un petit hôtel particulier situé dans le quartier chic d'Inverness, berceau familial de Madame, qui a refusé de le quitter. La famille et les amis transitent par la Cheminée ou par la zone de Transplanage aménagée dans le jardin, pour éviter de côtoyer les Moldus. Mais comme nous ne sommes pas des intimes des Parkinson et que de surcroit nous ne sommes pas attendus, ni sans doute aucun bienvenus, nous avons dû arriver par la rue, nos uniformes d'Aurors dissimulés sous de longs manteaux.
Maugrey frappe plusieurs fois à la porte à double battant de chêne épais et ouvragé, avec le heurtoir. C'est un Elfe de Maison qui vient nous ouvrir. A peine a-t-il entrebâillé le panneau, que Fol Œil entre, laissant un passage grand ouvert pour moi-même et mon équipe.
L'Elfe se recule, visiblement apeuré.
« Où est ta maîtresse ? » demande abruptement Maugrey, tout en examinant tous les environs avec son Œil Magique.
Et sans même attendre de réponse, il se dirige vers une porte, qu'il ouvre sans cérémonie. Nous le suivons. La porte donne sur un salon, largement éclairé par une baie vitrée offrant vue sur le jardin. Deux femmes sursautent et se lèvent brusquement de leur fauteuil. Madame Parkinson et Hirkani Deli, la sœur de Ramaya et Tarendra, officiellement fiancée depuis le jour de l'An, à Edmond Parkinson…
Leurs tenues sont impeccables. Pas un cheveu ne dépasse de leurs coiffures sophistiquées. Il n'y a pas un seul faux pli sur leurs robes luxueuses. Pas une seule trace visible de bagarre…
Auraient-elles eu le temps de se doucher, de s'habiller et de s'apprêter avec autant de soin, si elles ont participé à la bataille ? Un coup d'œil à l'horloge me répond que oui… Mais mon instinct me dit qu'elles n'étaient pas dans les Pennines…
« Qui êtes-vous ? Et qu'est-ce qui vous permet d'entrer ainsi chez moi ? » demande Madame Parkinson, lèvres pincées.
Cette virago sait très bien qui nous sommes et je vois à son regard flamboyant qu'elle a parfaitement compris que nous ne lui rendons pas une visite de courtoisie. Son fils a été vu et reconnu sur les lieux de l'attaque du Poudlard Express, au mieux. Au pire, il a été arrêté. Voilà ce qu'elle pense à cet instant…
Et elle nous maudit bien entendu….
« Où est Potter ? » s'enquiert Maugrey, sans prendre ni de gants, ni la peine de répondre aux questions de la matrone.
Elle n'a aucune réaction, tandis que la jeune Deli relève imperceptiblement le menton, en signe de défi. Si l'une des deux doit craquer, ce sera elle. Elle est plus jeune, nettement moins expérimentée et plus réactive de toute évidence. Sa future belle-mère, elle, est rompue aux interrogatoires des Aurors. Elle a déjà été interrogée à maintes reprises, lors de la première guerre, quand son père, elle-même et son frère étaient soupçonnés d'être des Mangemorts, quand son mari a été arrêté à Halloween dernier, puis sa fille, quelques jours plus tard…
Et il y a moins de deux semaines, quand son fils a assassiné Percy à Privet Drive. Nous soupçonnons qu'il possède une maison sous un nom d'emprunt, mais jusqu'à présents nos recherches pour la trouver n'ont rien donné et Madame Parkinson n'a bien évidemment rien révélé de la planque de son fils. …
C'est une cabocharde, rusée et finaude. D'elle, nous n'obtiendrons que de l'opposition. Un refus obstiné de répondre clairement à nos questions. Elle finassera, nous accusera de tous les maux, défendra sa progéniture bec et ongles…
« Comment voulez-vous que nous le sachions. » répond Hirkani Deli, avec sècheresse.
« Sans doute parce que vous étiez il y a un instant encore, à attaquer le Poudlard Express avec votre fiancé… » répond Fol Œil, avec lequel j'ai convenu de lui laisser le soin d'interroger tous les occupants de la maison.
Maugrey est un vieux routard. Il sait parfaitement faire réagir ses suspects. Pas que je sois moi-même un novice, loin de là, mais je me régale toujours à le voir faire. J'aime aussi observer la scène avec recul, décrypter chaque infime réaction de ceux qui sont sur la sellette.
« Nous n'avons rien à voir avec cette histoire. Et mon fils n'y est pas plus mêlé ! Mais vous êtes toujours prompts à accuser notre famille, sans aucune preuve probante, n'est-ce pas ! » assure Madame Parkinson, sur un ton méprisant.
Le mépris, le dédain, la fierté, l'arrogance, la morgue, la suffisance, la prétention, l'orgueil… C'est tout ce qu'elle nous offrira, c'est sûr. A moins que nous obtenions du Magenmagot l'autorisation de l'interroger sous Veritaserum. Il faudrait pour cela qu'elle commette une grossière erreur et laisse échapper quelque chose ou que nous trouvions une preuve matérielle de son implication dans l'attaque, un témoin…
Pour l'heure, nous n'avons que des présomptions. Alors, à moins que Gabe Harrison ou le vieux Vengeur la reconnaisse formellement, le Magenmagot ne cédera pas à notre demande…
Et même si cela était, cette fourbe est capable de s'être entraînée à résister à l'effet de la Potion de Vérité…
Non, décidément, je ne crois pas que nous obtenions plus d'elle. Il faut donc que Maugrey pousse Hirkani Deli à la faute. Et il le fera, tôt ou tard, j'ai parfaitement confiance en lui pour y parvenir…
« Ah ouais… J'avais oublié qu'les Parkinson sont toujours des innocents qu'la justice s'acharne à vouloir mettre en prison. Et qu'à cause de ça, votre mari et votre fille sont à Azkaban. Le pire, c'est qu'votre fils va bientôt les rejoindre. Parce que voyez-vous, il se promenait innocemment non loin des rails du Poudlard Express avec quelques-uns de ses amis, au moment où le train a été attaqué. Les Aurors l'ont arrêté par erreur, quand ils sont arrivés en renfort des gamins qui se battaient contre un grand nombre d'ennemis. Et il a été faussement accusé par un témoin de premier plan, d'avoir fomenté l'attaque… Ah ! J'allais oublier aussi… C'est sans doute un effet de notre imagination, si nous avons vu la Marque des Ténèbres tatouée sur son bras ! C'est fâcheux ça, vous n'trouvez pas ? Et ç'n'est pas terminé, côté fâcherie. Parce que le même témoin affirme avoir vu une femme avec lui, assez vieille pour être sa mère et deux hommes ! Et c'est l'un de ces hommes ou cette femme, qui a emmené Potter ! Plus probablement la femme, d'après notre témoin ! Mais naturellement, vous n'avez aucune idée de qui ça peut être, toutes les deux, hein ? Parce que vous êtes innocentes ! Et que vous ne saviez pas qu'le Poudlard Express allait être attaqué ! Et le plus injuste dans tout ça, c'est que nous allons vous emmener vous aussi, pour vous interroger dans nos locaux. Et aussi pousser le vice jusqu'à fouiner dans vos p'tites affaires, démonter toute la maison pour trouver une cachette secrète…Bref, nous allons mettre vos dessous sens dessus-dessous ! » commente Fol Œil, d'un ton ironique
Madame Parkinson blêmit de fureur et ses yeux flamboient de plus belle, tandis qu'à ses côtés, Hirkani Deli se redresse en une posture défiante quand j'envoie mon équipe fouiller chaque pièce, depuis la cave jusqu'au grenier.
Bien sûr, Maugrey a déjà tout visité avec son Œil Magique. Bien sûr aussi, nous avons déjà fouillé la maison à plusieurs reprises sans jamais rien trouver. Mais on ne peut exclure la possibilité qu'un Maléfice masque l'entrée d'une cachette secrète, ménagée depuis notre dernière fouille en règle…
« Vous pouvez fureter dans toute la maison, vous ne trouverez rien ! Et jamais vous ne pourrez prouver que nous savions quoi que ce soit de cette attaque, ni que nous avons quelque chose à voir avec la disparition de Potter ! Jamais Edmond n'a prévu de s'en prendre à lui ! » affirme Hirkani avec aplomb
Voilà une réaction intéressante ! Cette peste aurait mieux fait de se taire, car Maugrey ne va pas se priver de s'engouffrer dans la faille qu'elle vient d'ouvrir, c'est sûr…
« Non, Edmond n'avait pas prévu de s'en prendre à Potter. Il l'a confirmé… Mais dites-moi, comment savez-vous ça, si vous ne saviez rien de cette attaque ? » fait remarquer Maugrey, en relevant la bévue, avec un sourire en coin
Hirkani Deli rougit, puis pâlit et sa future belle-mère lui jette un coup d'œil furieux. Grâce à son erreur, nous aurons un excellent prétexte pour les emmener toutes les deux au Ministère et procéder à un interrogatoire serré.
Je crains cependant que ce soit encore insuffisant pour que nous obtenions le droit d'user de Veritaserum. Surtout si Hirkani Deli fait appel à un avocat talentueux, qui peut alléguer que nous chipotons sur une simple interpétation, que cette formule n'indique rien d'autre qu'Edmond Parkinson n'avait pas de grief contre Harry…
« Nous ne sommes au courant de rien ! Et nous n'avons pas quitté ce salon depuis le déjeuner ! Mon Elfe de Maison le confirmera ! » affirme Madame Parkinson, avec raideur, d'un ton qui traduit tout ce qu'elle pense de nous
« Et votre fils n'a pas attaqué le Poudlard Express. Oui, nous savons, tout est le fruit de notre imagination ! En attendant, si ce n'est pas vous, Madame Parkinson, qui était là-bas, pour effectuer une promenade digestive en compagnie d'Edmond, qui était-ce ? Le savez-vous, Mademoiselle Deli ? Après tout, vous êtes sa fiancée, vous devez tout savoir des connaissances féminines de votre futur époux. Une jeune fille amoureuse ne manque jamais de jalouser son fiancé et de surveiller ce genre de chose. Surtout quand il s'agit de retenir dans ses filets, un beau parti au tempérament volage. Et Edmond a de ce côté une réputation plutôt sulfureuse…» demande Maugrey, dont l'œil Magique reste aux aguets, tournant dans tous les sens pour suivre les Aurors qui fouinent dans la demeure.
Deli pince les lèvres. Elle se sent visiblement insultée par les propos de Fol Œil…
« Edmond est un homme tout à fait courtois et il n'a jamais aucun geste déplacé envers les Dames ! Cette réputation dont vous parlez est pure invention ! Quant à cette femme, j'ignore tout d'elle ! Il l'aura rencontrée durant sa promenade et elle l'aura sans doute mis sous Imperium, pour pouvoir le faire accuser à sa place ! Et si ce n'est pas elle, c'est l'un des hommes qui l'accompagnait ! » répond-elle, dans une tentative maladroite de défendre les intérêts de son fiancé
Maugrey ricane.
« Ah oui, suis-je bête pour ne pas avoir pensé à cela ! Bien sûr, cette femme est très rusée ! Elle aura sans doute attaqué Edmond dans le dos et elle lui aura aussi tatoué une fausse Marque des Ténèbres, pour laisser penser qu'il est un adepte de Voldemort ! Ou mieux encore ! C'est Voldemort en personne, qui s'est grimé en femme, a mis Edmond sous Imperium avant de lui apposer sa Marque et s'est tiré avec Potter, en prenant bien soin de s'assurer qu'Edmond soit pris par les Aurors, dans le but qu'on lui mette tout sur le dos, sous le prétexte qu'il voulait accomplir une vengeance personnelle contre Ginevra Weasley, Théodore Nott et Draco Malfoy ! Et les deux types qui l'accompagnaient c'était qui ? Vous deux déguisées en hommes ? » s'exclame Fol Œil, sur le ton d'une bonne blague…
Deli ne répond rien à cela. Elle se contente de serrer les poings. La mère Parkinson, elle, darde Maugrey d'un regard noir
« Quoique vous puissiez dire, Edmond est innocent de toutes les accusations que vous portez contre lui ! Et nous aussi ! » déclare-t-elle, sur un ton cinglant, avant d'ajouter que ni elle, ni sa future bru ne répondront plus à nos questions et de réclamer le droit d'envoyer son Elfe porter un courrier à son avocat.
« D'accord. Faites. Mais dans ce cas, c'est dans nos locaux que tout va se passer désormais. Et ce soir, c'est dans une cellule gardée par des Détraqueurs que vous risquez de passer la nuit… » répond Fol Œil, satisfait.
Il est arrivé au résultat qu'il escomptait. Dans une salle d'interrogatoire, avec un Détraqueur derrière la porte, Deli craquera peut-être…
J'appelle aussitôt deux membres de mon équipe, pour emmener ces mégères, dès que la mère Parkinson aura rédigé son billet. Puis je vais donner mes instructions à Ambrosius Pygott, tandis que Fol Œil fait méthodiquement un dernier tour d'horizon de toute la demeure avec son œil Magique.
Mais à voir son air, je crains fort que mon équipe fasse chou blanc ici et qu'elle ne trouve pas le moindre indice. Pourtant, soudainement il sursaute.
« Attend, je viens de voir quelque chose qui n'était pas là la dernière fois qu'on est venu… » s'exclame-t-il, en claudiquant vivement vers l'escalier.
Merlin ! Quoique ce soit, j'espère que ça va nous aider à trouver Harry !
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