Disclaimer:Cf chapitre 1
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Ma beta est toujours Mystical...
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Réponse sur mon forum au commentaire de Douceurfamille
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Je suis très, très hâtive de connaître votre avis sur ce volet...
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Secrets Dévoilés 4 / 6
Acte 9 : Histoire Extraordinaire
Harry
Assis sur des rochers, Ron, Elinor, Marian et moi, sortons les quelques victuailles que nous avons dans nos poches, pour prendre un petit goûter improvisé. Cela nous permettra de nous remettre de nos émotions et de la fatigue de nos recherches, avant de trouver un moyen de sortir rapidement d'ici. Ceci dit, nous avons cette fois à disposition un Fantôme qui sera sans doute plus efficace que Mimi…
Du moins, j'ose l'espérer..
Les yeux de Jérémy, Astoria et Alioth brillent d'envie, à la vue des barres chocolatées, biscuits et fruits que nous rassemblons sur une table de fortune, avant de les partager …
« Pourquoi ne vous êtes-vous jamais montré avant aujourd'hui ? » demande Marian au Fantôme, question que je me posais justement...
« Hélas, jeune gentilhomme, une Malédiction a été mise sur moi ! Elle a été prononcée pour qu'à l'heure de mon trépas, mon âme défunte ne puisse passer dans l'au-delà, Fantôme errant je deviendrais donc pour l'éternité et comble de malheur, ni mort, ni vivant ne me verrait, aussi longtemps que mes ossements ne seraient point mis à jour… Ainsi ai-je erré dans Poudlard depuis mon funeste décès, sans que nul ne le sache jamais ! » explique le Fantôme, sur un ton théâtral, aux effets accentués par sa voix profonde et grave, avant de s'agenouiller devant Alioth, Astoria et Jérémy, une main sur le cœur, pour ajouter : « Aussi, serais-je éternellement reconnaissant, envers ces trois petits mais intrépides enfants ! Grâce à eux, enfin, pour moi l'heure du salut est venue ! C'est une telle joie pour mon cœur, mes chers sauveurs ! »
Ron et moi nous regardons. Ce Fantôme est loin de ressembler au Salazar dépeint par les livres d'histoires. Alors, à moins qu'il ne soit devenu fou juste avant sa mort ou que sa longue errance solitaire ne l'ait profondément affecté, il y a quelque chose qui ne tourne pas rond du tout…
« Et qui vous a jeté cette Malédiction ? » demande Elinor, qui ne cache pas sa curiosité.
« Artemus, mon demi-frère ! Eussè-je découvert avant ce sombre jour où il m'assassinat, que ce misérable était un infâme malandrin doublé d'un assassin, je l'eus mis aux fers avant de le livrer à la justice ! » répond le Fantôme sur un profond soupir.
« Vous aviez donc un demi-frère ! Mais il n'en est fait mention nulle part ! » s'exclame Marian, les deux sourcils haussés sur la surprise.
« Un demi-frère ! Non point ! J'en avais au moins deux dizaines et des demi-sœurs à foison également ! Toutes et tous Bâstardes et Bastardeaux ! C'est que voyez-vous, jeune gentilhomme, mon père était un joyeux luron et un trousseur de cotillons fort prolifique ! Qu'elles soient joliettes ou laiderons, jeunettes ou avancées dans l'âge, bien tournées, maigrelettes ou matrones, il lui fallait chaque soir une femelle dans son alcôve ! Or, son épouse, ma pauvre mère, bien que Sorcière née d'une vieille famille, était une sainte bigote qui préférait s'adonner à ses bondieuseries, plutôt qu'à son devoir conjugal ! Elle fût donc cocufiée chaque jour que son vénéré dieu fit durer son mariage et à la fin de sa vie, elle portait en auréole, des cornes plus hautes et fournies que le plus vieux cervidé des forêts de ce monde ! Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! » révèle le Fantôme, de fort joyeuse humeur…
Il est vraiment loin, très, très loin, du type austère et froid que l'on nous a si souvent dépeint…
« Et pourquoi donc Artemus vous a-t-il jeté une Malédiction et tué ? » ose demander Marian, avec un évident intérêt.
Il est si attentif, qu'il en oublie de manger sa barre chocolatée et la malheureuse fond doucement en laissant des trainées entre ses doigts…
« La jalousie, mon jeune ami ! Tout simplement la jalousie ! Et la vénalité également, bien entendu, autant que par vengeance mal placée. Mais pour bien comprendre l'affaire, il est nécessaire je pense, que je vous apprenne quelques détails d'importance. Artemus et moi-même, sommes nés à quelques jours de différence. J'étais l'aîné et lui le cadet. Mais ce n'est point-là, le plus curieux. Car il était en plus, fils de la sœur cadette de ma pauvre mère et du frère aîné de mon père. Et il me ressemblait presque trait pour trait. Bien entendu, je n'appris tout cela, que lorsque je fis la connaissance d'Artemus, bien des années après ma naissance, par un hasard, que je qualifierais, au vu du destin qui fût mien par la suite, de fort funeste et malheureux… » explique le Fantôme, qui n'a pas l'air malheureux en cet instant.
En fait, c'est même tout le contraire. Décidément, je crois qu'il est un peu frappé. C'est peut-être comme cela, que son demi-frère l'a tué, d'un bon coup sur la tête, qui lui a dérangé l'esprit !
« Curieux détails, effectivement. Et malheureux hasard également ! Mais je vous en prie, tout cela est fort intéressant, racontez-nous donc la suite… » commente Elinor, qui a l'air de beaucoup s'amuser …
« Je vous remercie, gente demoiselle. Ainsi donc, je fis connaissance d'Artemus sur le tard, ici même, en Ecosse, où il a été élevé. Car voyez-vous, pour éviter le scandale de sa grossesse adultérine, ma tante, la mère d'Artemus et mon oncle, son époux, célèbre pour être devenu impuissant à la suite d'un Maléfice, sont venus en Ecosse, où ils n'étaient point connus. Dès lors, mon oncle embastionnât son épouse, afin qu'elle n'aille plus courir le mâle dont elle était fort friande, au contraire de ma pauvre mère... Les deux sœurs, eussent mieux fait d'échanger leur époux. Ainsi ma mère n'aurait point été cocufiée et mon père n'aurait point eu à trousser le jupon de toutes les gourgandines passant à sa portée pour pouvoir … Quelle est donc déjà, cette expression moderne que je trouve si délicieuse ? … Ah oui ! Il n'aurait plus eu à trousser le jupon de toutes les gourgandines passant à sa portée, pour pouvoir tremper son biscuit… Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! » explique le Fantôme, au plaisir de Marian, qui rit de concert avec lui
Je lui accorde qu'il est plutôt drôle, ce Fantôme. Et fort sympathique…
En apparence tout au moins…
« Ah ! Mais je bavarde, je bavarde et finalement l'histoire n'avance point. Pardonnez-moi, voulez-vous et comprenez, mes chers enfants, quel ineffable plaisir je prends à cette charmante conversation, quand je n'ai point eu d'interlocuteur, pendant presque autant de lustres qu'a Poudlard ! Aaaah ! Maudit soit Artemus qui fit de moi un pauvre errant solitaire, quand j'aimais tant la compagnie ! » s'enflamme le Fantôme, dans une nouvelle envolée de trémolos et de mains exagérément agitées.
« Vous êtes tout pardonné ! Votre histoire est passionnante ! » répond Elinor, avec un sourire jusqu'aux oreilles.
Je suis sûre qu'elle n'a pas voulu vexer le Fantôme, en n'ajoutant pas qu'elle est également fort amusante, même si sa mort est au bout…
Ce que je lui accorde. Mais bon, il ne faudrait peut-être pas oublier, que Daphnée et les copains doivent se faire un sang d'encre, pense-je, en jetant un coup d'œil vers Ron, qui me le rend avec un petit sourire.
Ok, apparemment, il apprécie le personnage et son histoire également. Si je sonne le départ maintenant, je serais le rabat-joie de service, de toute évidence, car les gamins sont tout aussi suspendus aux lèvres du Fantôme que Marian et Elinor…
C'est drôle, que je n'arrive pas à l'appeler autrement que le Fantôme, quand je ne crains pas de prononcer le nom de Voldemort. Peut-être est-ce parce que cette partie de lui, si cruelle et sadique, qu'il appelle Salazar, est à des antipodes de celui qui est devant nous…
Justement, celui-là se confond en remerciements pour Elinor, avant de poursuivre son récit…
« Or donc, comme je vous le disais, je fis rencontre avec Artemus sur le tard, tout à fait par hasard, ou tout au moins le pensais-je alors. Car depuis, j'ai de bonnes raisons d'affirmer que le hasard n'y était point pour grand-chose. Les circonstances même de cette rencontre, n'ont guère d'importance, même si vous vous doutez bien que je fus fort surpris, de me trouver subitement face à un Sorcier qui me ressemblât autant. Toujours est-il, que nous fîmes connaissance et que j'appréciais la compagnie de l'homme charmant qu'il semblait être. A l'époque, Poudlard était presque complètement sorti de terre et je l'y emmenais pour lui faire visiter les lieux. Il y resta en ma compagnie durant quelques mois, bien que mes chers amis Godric, Helga et Rowena ne l'apprécient guère. Ce fut d'ailleurs un sujet de fâcherie entre nous, que je regrette fort depuis mon trépas. De toute évidence, ils virent immédiatement un ennemi, là où j'ai vu le frère qui me manqua tant durant mon enfance, bien que mon père eut, comme je vous l'ai dit tantôt, engrossé de nombreuses donzelles. Mais tous ses marmots ont été tenus loin de moi, aussi ai-je été élevé comme unique héritier… » raconte le Fantôme, son regard se perdant ensuite dans le vague…
Sans doute se remémore-t-il cette époque lointaine.
Ou alors il nous a complètement oubliés. Après tout, il y a très longtemps qu'il n'a plus l'habitude de converser et tout aussi longtemps qu'il a celle de ne pas être vu et entendu me dis-je, quand le silence s'éternise un peu.
« Oh ! Excusez-moi, quel impoli je fais de me laisser ainsi distraire par mes pensées ! Que disais-je donc, avant de permettre à mon esprit de divaguer vers le passé ? » demande-t-il, alors que Marian ouvrait la bouche, vraisemblablement pour nous rappeler à son bon souvenir…
« Que les autres Fondateurs de l'école, ont vu un ennemi, là où vous voyiez le frère qui vous avait manqué dans l'enfance… » lui rappelle Elinor, avec un sourire éblouissant.
« Ah ! Oui, effectivement ! Je trouvais Artemus charmant, aussi enjoué que moi dans le privé et délicieusement intimidé par mes amis. J'ai par la suite réalisé, bien trop tard hélas pour mon auguste personne, qu'en réalité ce n'était point par timidité, qu'il se renfrognait en leur présence, mais qu'il s'agissait bien là de son véritable caractère. Et qu'il les évitait prudemment, pour ne point avoir à répondre à leurs questions, ni risquer d'être découvert dans ses véritables intentions à mon égard… Pourquoi me suis-je laissé abuser ainsi, moi qui étais pourtant un être doué d'une fort belle intelligence et d'une très grande prudence, me demanderez-vous ? J'y ai beaucoup réfléchi depuis, après tout, j'ai eu de longs siècles pour le faire, n'est-il point ? Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! » narre le fantôme, se bidonnant quelques instants, avant de poursuivre : « Oui, j'ai eu tout le temps de réfléchir à la question durant ma longue errance solitaire. Et voilà ce que j'en conclus : non seulement j'ai voulu voir en Artemus le frère cadet que je n'avais point eu l'heur d'avoir à mes côtés durant mon enfance, mais de plus, j'étais, je vous l'avoue humblement, très flatté de son intérêt pour ma personne et mes travaux. J'aimais également qu'il me fasse louanges de mes belles idées concernant l'école et sa construction. Bref, j'ai pêché par orgueil et vanité, moi qui reprochais si souvent ces contre qualités à mon cher ami Godric ! Oui, mes chers enfants, je vous l'affirme aujourd'hui sans faux semblant, j'ai été plus orgueilleux et vaniteux que le Griffon ! Un comble, pour un vieux serpent de mon espèce, n'est-il point ? Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! »
Jérémy se marre, de l'entendre rire ainsi et il tourne vers moi des yeux brillants de joie. Qu'il en profite, le chenapan, car il aura droit à une belle leçon plus tard. Mais bon, je ne veux pas lui gâcher ce moment. Je sais qu'il a eu terriblement peur de se retrouver enfermé dans la grotte. J'ai bien senti ses tremblements et son angoisse, quand il m'a sauté dans les bras. Alors je lui retourne son sourire et je lui ébouriffe les cheveux avec affection…
« Que s'est-il passé, par la suite ? » demande Marian, qui prend Astoria sur ses genoux, car la gamine commençait à avoir froid aux fesses d'être assise sur les rochers et l'a signifié avec force gestes.
Alioth, en profite lui-même pour venir se percher sur les genoux de Ron, sous le même prétexte. Ah ! Ces jeunes ados ! Pas fichus de reconnaitre qu'ils ont encore besoin d'un câlin de temps en temps et surtout après une belle frayeur comme celle qu'ils ont eu cet après-midi !
« Eh bien, un soir, Artemus annonça à la table du dîner que nous partagions avec mes amis, qu'il partirait au petit matin. Il avait, dit-il, reçu un billet de mon oncle, l'avertissant du décès de sa mère. J'ignorais alors, que l'un et l'autre étaient en réalité décédés depuis de longues années. Il me faut d'ailleurs préciser, que je méconnaissais tout autant leur existence que celle d'Artemus, car ma mère, bien qu'en correspondance avec sa sœur, avait jugé préférable de me laisser dans l'ignorance du plus scandaleux des adultères dont mon père s'était rendu coupable. Et ce fût je crois, la seule exigence qu'elle eût envers mon père, d'en garder également fort jalousement le secret. Curieux, je l'avoue, de connaître le frère cocufié de mon père, j'offris à Artemus de l'accompagner aux funérailles. Mais il m'assurât qu'il ne voulait point me causer d'embarras et que mon oncle gouterait fort mal ma venue. Je lui concédais ce fait et nous convînmes qu'il reviendrait deux ou trois mois plus tard, quand, toutes les affaires de sa mère liquidées, il soit entré en possession de son héritage. Cependant, quand nous fûmes seuls, il m'invita à le suivre, pour me montrer une grande découverte effectuée lors de son exploration du Château, qu'il passait de longues heures à visiter chaque jour, quand je travaillais à sa construction avec mes amis. Il voulait, affirma-t-il, que j'en aie la primeur. J'acceptais bien volontiers et il m'emmena dans les Passages Internes, aménagés pour la commodité et la discrétion de nos déplacements. Une idée de Godric, qui voulait surtout protéger ses fougueuses amours avec quelques donzelles, lorsque nos élèves seraient là. Car ce vieux Griffon était toujours très vert pour son âge et tout aussi queutard ou presque, que mon père ! Lui aussi, a laissé un joli nombre de descendants, la différence avec mon père étant qu'il les a tous reconnus ! Tout au moins, pour ceux dont il eût connaissance ! Ah ! Mon vieil ami Godric ! On peut dire sans mentir, que grâce à lui, le nombre de rouquins a considérablement augmenté partout où il est passé ! Peut-être êtes-vous, sans le savoir vous-même, l'un de ses descendants, jeune gentilhomme ! Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! » raconte le Fantôme, en accordant un clin d'œil à Ron, avant de se bidonner…
Et tout le monde avec lui… Ceci dit, Ron et sa famille ont assez de courage dans le sang, pour que cela soit possible, après tout…
« Mais revenons-en à Artemus ! Il m'emmena donc dans les Passages Internes, jusqu'à cette caverne, m'affirmant en chemin, qu'il avait trouvé quelque chose de fort curieux. Sur le moment, je ne prêtais absolument point attention, au fait que nous nous enfoncions dans des Passages qui n'étaient point de notre travail, à mes amis et moi. Mais après tout, l'un d'eux pouvait les avoir ajoutés. Cela nous arrivait à chacun, de réserver quelques surprises aux autres. Bref, quand j'arrivais devant la grotte, il avait pris grand soin de masquer la porte et son mécanisme. Il m'invita à entrer, ce que je fis sans méfiance et ce fût le trou noir… Il m'avait assommé en traître et quand je revins à moi, j'étais aux fers et il tenait ma baguette entre ses doigts. Il m'apprit alors que mon oncle était mort depuis de longues années déjà et que sa mère, dont il n'avait que faire, devait l'être tout autant. Il me raconta tout de sa misérable vie, ses assassinats, ses voleries et ses nombreux déménagements, pour échapper à la potence. Puis il me jeta tout son fiel au visage, sa jalousie, pour ma bonne fortune, ma réputation et tous les bonheurs de ma vie. Enfin, il m'annonça qu'il allait tout me voler ! Je lui affirmais alors qu'il ne pourrait tromper mes amis, mais sous mes yeux, il effaça les minuscules différences qu'il y avait entre nos traits et me fit démonstration de ses petits talents d'imitateur, mimant à la perfection ma gestuelle, ma posture et mes petites manies, qu'il connaissait fort bien à force d'observation, lorsque je dissertais de longues heures en sa compagnie. Il parla même le Fourchelang, don qu'il avait lui aussi et m'avait soigneusement caché, le vil traitre ! Bref, il me fît ensuite part de ses malsaines idées, pour l'école et ses projets secrets, d'assassiner l'un après l'autre mes amis, dès qu'elle aurait acquis une belle notoriété. Puis il en vint à la partie, où il me narra comment il condamnerait les différents accès aux Passages Internes dont il était le créateur, les piégeant toutefois malgré tout, au cas où un imprudent parviendrait quand même à y pénétrer… Et quand il eut fini son exposé de ses vilains projets, il me jeta cette Malédiction qui fît de moi ce Fantôme invisible, errant dans le château à l'insu de tous, que je ne suis plus aujourd'hui, grâce à vous. Et il me laissa seul dans la grotte, avec trois chandelles et un peu d'eau, pour faire perdurer mon calvaire. J'ai économisé autant que j'ai pu l'eau, avec l'espoir au cœur, que mes amis viendraient à mon secours. Hélas, après vingt et un jours d'une lente et douloureuse agonie, je poussais mon dernier souffle et commençais mon errance solitaire. » explique le Fantôme, tandis qu'un long frisson me remonte l'échine…
Quelle fin horrible, me dis-je, tandis que je me remémore avec clarté, le moment où nous sommes arrivés au bout du tunnel et que nous avons vu le mur clos, Jérémy et moi. Je resserre ma prise, sur mon petit frère, dont la respiration est également courte…
Lui aussi se souvient, à n'en pas douter…
« Ah ! Mes pauvres enfants, je sais, que vous comprenez hélas trop bien le désespoir qui a été le mien… » déclare soudainement le Fantôme, en se penchant vers Jérémy et moi
Je hoche la tête, tandis que Jérémy se blottit contre moi. Je lui caresse les cheveux et lui embrasse le sommet du crâne sous le regard compatissant du Fantôme. Mais je ne puis, malgré sa visible sollicitude, me défaire de ma méfiance instinctive à son égard…
« Savez-vous si vos amis se sont doutés de la supercherie ? » demande Marian, après un petit silence lourd de sens.
« Oui, je le sais bien sûr, jeune gentilhomme. En vérité, Artemus a su les duper durant un temps, avant qu'ils ne nourrissent des soupçons à son égard. Hélas, l'école était officiellement inaugurée et c'était bien trop tard pour votre serviteur, qui errait dans les couloirs pour l'éternité, depuis quelques mois déjà. … » répond le Fantôme, ses traits attristés se marquant d'un sourire sincère, avant qu'il ajoute : « Je suis cependant heureux, qu'ils l'aient démasqués avant qu'il ne les assassine à leur tour »
« Qu'est-ce qui a mis la Ciseburine à l'oreille des autres Fondateurs ? » demande Elinor, avec douceur.
« Un petit rien en vérité. Une parole qui m'aurait fait rire, car elle se rapportait à une anecdote, que nous aimions évoquer de temps à autre Godric et moi, mais qui a laissé Artemus fâché… Godric s'en est fort justement étonné et mon demi-frère a essayé de se rattraper, mais la graine du soupçon était plantée dans le cœur de mon ami. Ce fût le début de la discorde et des fâcheries, Artemus se retranchant dans une bouderie grognonne, comme j'aurais pu le faire, certes, mais qui était en l'occurrence fort mal venue. Et il a fait durer cette bouderie bien au-delà de ce que j'aurais fait. Rowena et Helga essayèrent de le tempérer sans succès, tandis que Godric le titillait quelque peu, ses doutes se renforçant à mesure du temps qui passait. Et un jour, après une énième dispute qu'Artemus fit tourner court en se retirant rapidement dans mes quartiers, mon cher ami finit, au grand effroi de Rowena et Helga, par émettre l'idée qu'Artemus avait usurpé mon identité, après m'avoir trucidé. Ces chères âmes ne voulurent point y croire sur le moment, mais finirent par se ranger à ses arguments. Dès lors, mes amis décidèrent d'inviter Artemus à se joindre à eux le soir même, sous le prétexte d'une réunion d'organisation, dans l'espoir de le confondre. Mais celui-ci avait senti le vent tourner fortement en sa défaveur depuis quelques semaines déjà et il espionnait souvent leurs conversations. Il apprit donc tout de leur projet de le démasquer et de le livrer à la justice et, en plein diner, il déclara qu'il voulait exclure de l'école, les élèves qui n'étaient pas nés de deux parents Sorciers. Il s'agissait, bien évidemment, de provoquer une grave dispute devant témoin, pour justifier son départ faussement précipité de l'école. Et de fait, il réussit très bien, car mes amis réagirent vivement à ses propos et il les quitta avec grand fracas, laissant un Basilic dans une Chambre Secrète, mais en emportant tous mes biens, mon nom, le bénéfice de mes travaux et le futur héritage de mes pauvres parents, miraculeusement encore vivants, si l'on considère qu'à l'époque, l'espérance de vie était nettement moindre qu'aujourd'hui. Il a d'ailleurs provoqué leur décès quelques mois plus tard. Acte des plus infâmes ! Pourtant, ce pourquoi je lui tiens le plus rigueur à ce jour, c'est qu'Artemus avait planté de mauvaises graines parmi quelques jeunes gens de la Maison dont j'étais le véritable Fondateur. Il avait su parfaitement les abuser et se faire apprécier à force de flatteries, s'assurant leur totale fidélité. Et ces derniers ont fait leurs ces vilaines idées au sujet des Nés-Moldus, émises juste avant sa fracassante sortie devant tous les élèves réunis. Et dès cet instant, ce fût la discorde permanente au sein même de la Maison Serpentard, mais également entre Serpentard et les autres Maisons. Quelques courageux élèves de Ma Maison ont bien essayé, de faire taire les partisans de l'usurpateur, avec l'aide de mes amis. Godric en tête. Mais ces courageux jeunes gens, ont dû abandonner, en raison des représailles dont ils faisaient l'objet. Et hélas pour moi, malgré leurs valeureux efforts, jamais Rowena, Helga et Godric, n'ont pu réunifier les quatre Maisons de Poudlard. Pas plus qu'ils n'ont pu prouver qu'Artemus était un usurpateur et sa détestable réputation est devenue mienne, traversant les siècles, par devers eux. » répond le Fantôme, en serrant les poings avec colère…
« Ce n'est donc pas vous, qui êtes à l'origine de ces fadaises concernant la pureté du sang et tout le tralala, mais Artemus… » murmure doucement Elinor
« Oui, gente demoiselle ! Jamais je n'aurais tenu de tels propos ! Et c'est bien ce qui a apporté confirmation à mes amis, qu'Artemus avait usurpé mon identité ! Mon seul amour fût une jeune Sorcière née Moldue, hélas morte dans un terrible accident ! Et je lui suis resté fidèle, toute ma vie durant ! » s'exclame le Fantôme, avant d'ajouter, avec un petit clin d'œil coquin : « Bien sûr, pour une question d'hygiène, j'ai tout de même eu quelques petites conquêtes de-ci, de-là. Certes, leur nombre ne fût en rien comparable à celui impressionnant de ribaudes que mon père a couché dans son lit. Cependant, je peux me vanter d'avoir été un fier mais galant étalon ! Car contrairement à lui, j'ai laissé à ces charmantes dames le souvenir d'un inoubliable plaisir mais point de polichinelle dans le giron. Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! »
Il est grivois, ce Fantôme ! Quelle que soit l'orientation de la conversation, il finit toujours par revenir aux exploits sexuels des uns ou des autres !
« Mais, dites-moi, comment se fait-il que l'on n'ait jamais entendu parler d'Artemus ? » demande soudainement Ron, sourcils froncés…
« Excellente question, jeune gentilhomme ! Artemus n'a jamais eu de réelle existence pour tout autre que moi et mes amis ! Souvenez-vous que je vous ai dit tantôt que mon oncle embastionna son épouse dès son arrivée en Ecosse. Il en fût de même pour l'enfant, qu'il ne voulait point voir, car il lui rappelait sans cesse son infortune, la trahison de son frère et de son épouse. Artemus fût donc élevé et éduqué par sa mère, dans le plus grand secret. Tous deux avaient pour seul contact, un Elfe de Maison, chargé de leur porter les repas et de maintenir leurs appartements en état de propreté. Mon demi-frère eut donc largement le temps de nourrir des rancœurs envers mon oncle, mais également envers sa mère et mon père, qu'il tenait pour responsables de sa situation de reclus. Cela explique également qu'il fut plutôt taciturne de caractère et peu enjoué en compagnie… Bref… A force de fêtes, ripailles et beuveries quotidiennes, mon oncle, qui était d'un tempérament très sanguin, mourut quelques années plus tard, d'une attaque d'apoplexie, ne laissant que dettes très importantes derrière lui. Ses biens furent vendus ou dispersés pour régler ses dus. A défaut de fortune, le bien jeune encore Artemus trouva la liberté et, après s'être approprié la Baguette de mon oncle, il laissa sa mère, fort affaiblie par une maladie, pour découvrir ce monde, qui lui avait été si longtemps dérobé. Il n'alla pas bien loin cependant, avant de rencontrer un truand qui le prit sous aile et entrepris de l'aider à développer ses talents Magiques jusqu'alors inutilisés, pour les mettre aux services de ses funestes activités. Avide de vengeance, Artemus s'appliqua avec enthousiasme, heureux de se découvrir fort talentueux et brillant. Il mit rapidement ses fulgurants progrès en pratique, volant et assassinant en premier lieu, celles et ceux qui menaient belle vie en compagnie de mon oncle, sans jamais avoir soupçonné son existence. Une terrible vengeance dans laquelle il se jeta sans remord, ni sentiment. Et lorsqu'il eut extirpé à son truand mentor, les derniers secrets de son art funeste, il s'en débarrassa sans attendre pour parcourir le monde qui s'ouvrait à lui, se cachant sous divers déguisements pour échapper aux autorités qui ne tardaient jamais à lui courir après. Ainsi il alla, d'année en année, de ville en ville, se perfectionnant au fil des ans, peaufinant ses viles stratégies. Puis vint un temps où il décida de s'embourgeoiser le temps de profiter de ses richesses mal acquises, menant grand train et prenant soin de séduire les plus riches Sorciers du coin pour gagner leur confiance et être admis en leur demeure. Alors, il repérait la cachette de leur trésor, étudiait avec soins leurs Protections et, quand il n'avait lui-même plus rien, il les dépouillait de leur bien, avant de se volatiliser. Aussi, lorsque je le rencontrais, n'avait-il aucune attache, aucun ami à qui il eut confié son histoire, ni même sa véritable identité. En revanche, il savait tout de moi, car sa mère lui lisait les lettres qu'elle échangeait souvent avec la mienne. Et il avait grandi en me haïssant avec ferveur. Non point utile, est-il de vous dire, combien il fut heureux que le hasard nous mette en présence et de fomenter sa vengeance envers moi qui eut une enfance heureuse et toutes les facilités dans la vie. Il m'étudia longuement, sous divers déguisements, avant de se présenter à moi, sous couvert d'une rencontre faussement fortuite et sa véritable apparence, lorsqu'il se sentir prêt à accomplir ses noirs projets, de me spolier de ma vie, ma réputation et ma fortune. Et moi, pauvre imbécile que je suis, je ne me suis point douté qu'il avait tant de rancœurs à mon encontre. Il paraissait si sincèrement heureux, de faire ma connaissance ! Tout autant que moi… » répond le Fantôme, avec une pointe d'amertume
« Fort pratique pour Artemus que personne n'ait jamais appris son existence jusqu'à ce qu'il vous rencontre… » fais-je remarquer, d'une voix neutre, mais me sentant gagné par un regain de méfiance à son égard
Pourquoi ai-je l'impression que tout colle trop parfaitement bien dans ses récits ? Qu'il y a trop détails ? Qu'il se joue de nous et invente cette histoire de toute pièce pour paraître sympathique et nous séduire, avant de nous trahir ?
« Ah ! Comme vous avez raison, mon jeune ami ! Tout a hélas parfaitement concouru pour qu'Artemus puisse usurper sans risque mon identité ! Seuls Rowena, Godric et Helga l'ont vu en ma compagnie et pouvaient donc attester qu'il y avait bien en ce monde un Sorcier qui me ressemblât assez pour se faire passer pour moi ! » s'exclame le Fantôme, d'une voix tremblotante…
« Justement, ils ne sont quand même pas restés bras ballants, le laissant filer sans rien tenter pour le rattraper, alors même qu'ils avaient la certitude de son imposture, n'est-ce pas ? Ils ont bien dû lui courir après ? En parler autour d'eux ? » déclare-je, haussant un sourcil dans sa direction.
« Bien sûr, mon ami ! Ils ont essayé de le confondre ! Dès le soir même ! Mais Artemus s'était déjà évanoui dans la nature ! Et il avait bien préparé sa fuite, croyez-moi ! Car il avait, l'après-midi même, fait courir le bruit dans le village, que Godric, Rowena et Helga voulaient le spolier et l'évincer de l'école à force de calomnies et de griefs inventés de toutes pièces ! Qu'ils l'accusaient d'être un usurpateur ! Et ces mensonges furent d'autant mieux crus par les villageois, que mes amis et moi avions réputation d'être foldingues. Il faut dire, qu'avant la construction de l'école, tandis que nous tâchions d'établir nos plans, nous nous étions souvent chamaillés en public pour des broutilles, à grand éclats de voix et de Sortilèges, nous injuriant copieusement et nous accusant de milles maux, pour nous réconcilier tout aussitôt. C'était devenu un jeu, une distraction même pour chacun, dans le village, avant que nous nous installions dans le château naissant. Aussi ces énièmes querelles n'intéressèrent personnes, mes amis furent aussitôt déboutés, quand ils se présentèrent devant les autorités locales et cette histoire fût vite oubliée, bien que le bruit a couru un temps, qu'une dispute de trop avait éclaté entre mon cher ami Godric et moi et qu'il m'avait cette fois bien tué, ce qui expliquait que nul ne me vit plus au Château. Mais, même si cette rumeur fit long feu, puisqu'elle perdure encore, personne à l'époque ne s'en préoccupât davantage. C'est que voyez-vous, chacun avait d'autres soucis qu'il jugeait nettement plus important, car les Gobelins et les Trolls menaient à cette époque une Cem pénultième guerre, semant la panique dans les campagnes et se rapprochant dangereusement de Pré Au Lard. Même Godric a dû se désintéresser un temps de mon demi-frère, pour aller mener combat, tandis que Rowena et Helga protégeaient l'école et le village. Par la suite, ils ont bien essayé de retrouver Artemus et de le confondre enfin, mais ils n'y sont hélas point parvenus. » raconte le Fantôme, le regard un peu tourné vers le passé..
« Et comment vos amis comptaient-ils le confondre ? Pourquoi n'ont-ils pas pu le faire ? » demande Ron, les yeux légèrement plissés…
Se méfierait-il lui aussi ? Son pif chatouille-t-il ? Non, je n'en ai pas le sentiment…
Je suis le seul, à accueillir ce Fantôme avec réserves…
« Il est quelque chose, que je n'avais point confiée à Artemus, un secret que seul Godric, Rowena, Helga et moi partagions. C'est grâce à cela, que mes amis comptaient prouver l'usurpation de mon identité, quand ils auraient réussi à mettre la main sur lui. Mais Artemus qui avait l'art du déguisement, a toujours réussi à se dérober, déménageant sans cesse dès que mes amis s'approchaient trop près des lieux où il séjournait, jusqu'au jour où il a définitivement filé en laissant la pauvre femme qu'il avait épousée sous mon nom et leur trois marmots, pour se volatiliser dans la nature. Moi-même je n'ai plus pu le trouver après cela ! » répond le Fantôme, avec une extrême gravité, avant que ses yeux ne brillent d'une lueur rieuse et de poursuivre, d'un ton nettement plus léger : « J'ai souvent soupçonné son épouse de l'avoir trucidé, car c'était une demie folle qui lui a bien souvent cassé un pot ou deux sur la tête, au cours de leurs nombreuses disputes… Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! »
« Et quel est donc ce secret ? » insiste-je, vraiment désireux de savoir
Et de confirmer ou m'ôter ce zeste de méfiance qui me titille.
« Un serment que nous avons prononcé, en posant la première pierre du Château. Croyez-moi, mon jeune ami, si j'avais trahi ce serment, mes amis l'auraient su, car le Château n'aurait point tenu debout. Seconde raison pour eux d'avoir conviction qu'Artemus avait usurpé mon identité, lorsqu'il est parti… » révèle le Fantôme, en me regardant droit dans les yeux
J'ai envie de lui faire confiance. Il a l'air franc et honnête, sous son air rébarbatif au premier abord. Mais je n'y arrive pas. Il peut très bien avoir inventé Artemus de toute pièce. Rien ne prouve son existence…
« Possible effectivement… » réponds-je, avec réticence…
L'air éminemment sérieux, le Fantôme m'observe et j'ai le sentiment qu'il devine parfaitement mes pensées, mes doutes, ma répugnance à baisser ma garde.
« Je comprends fort bien votre méfiance à mon égard, mon jeune ami ! Le dernier descendant de mon demi-frère a causé tant de malversations et assassinats, au nom de ces terribles convictions qu'il me prête ! Et je sais aussi, combien il vous a fait personnellement souffrir. Croyez, que j'en suis fort chagriné. » affirme-t-il, avec une expression compatissante dans ses yeux qui semblent mettre mon âme à nue…
J'ai le sentiment qu'il sait tout de moi, de mes combats contre Voldemort, comme s'il m'avait suivi pas à pas, depuis que je suis à Poudlard… Et que je ne suis pas le seul, qu'il ait observé avec beaucoup d'attention…
« Vous savez tout de lui, n'est-ce ? Tout au moins, lorsqu'il était ici… » souffle-je, en vrillant mes yeux dans les siens…
Il hoche la tête…
« Oui. J'ai passé beaucoup de temps auprès de lui. Je l'ai vu grandir et devenir aussi fourbe et malveillant que l'était Artemus. J'étais présent, lorsqu'il a trouvé la Chambre des Secrets et le Basilic. Ah ! Si seulement j'avais pu lui parler ! Peut-être aurais-je pu le convaincre de revenir à de meilleurs sentiments ! C'est hélas bien trop tard, maintenant. Oui, bien trop tard… Ce qu'il est devenu est une aberration de la nature. Ou plutôt le résultat de toute cette Magie Noire dont il use et abuse. Et la seule chose que je puisse faire aujourd'hui, c'est de prêter Serment sur mon honneur, de vous aider autant que je le puis, dans votre lutte contre lui… » affirme le Fantôme, avec une gravité austère…
Et une telle sincérité, que mes doutes s'amenuisent d'un cran, même si je me raccroche à ce qu'il m'en reste. J'ai besoin de preuves palpables. Et il ne peut m'en fournir…
Nos regards restent vrillés l'un à l'autre, dans un silence un peu lourd. J'ignore ce à quoi pensent les autres, tandis qu'une foultitude de questions me traverse l'esprit. Je n'ai pas envie cependant de les poser maintenant et de plomber davantage encore l'atmosphère de plus en plus étouffante, malgré le froid de la caverne….
« C'est drôle, vous ne parlez pas en anglois ! Pourtant, selon votre réputation, vous ne parliez et n'écriviez qu'en cette langue ! » fait soudainement remarquer Elinor, en regardant le Fantôme, sourcil haussé
Il me fait un petit signe de tête, comme pour me dire qu'il se tient à ma disposition pour répondre à chacune de mes interrogations, avant de se tourner vers Elinor, un immense sourire aux lèvres.
« Ceci est tout à fait exact, gente demoiselle ! J'aimais ce langage du peuple de l'époque et je l'aime toujours ! Mais voyez-vous, converser en charmante compagnie m'a tant manqué ! Alors, si je voulais jouir de ce bonheur au jour où l'on découvrirait enfin ma pauvre dépouille, il fallait bien que je m'adapte au langage neuf, me suis-je dis, à mesure où le temps a passé sur mon trépas ! » répond-il, une fois de plus mélodramatique et grandiloquent dans ses intonations, avant d'ajouter, l'œil plus joyeux : « C'est donc ce que j'ai entrepris, en écoutant les conversations dans les Salles Communes ! Et si certaines m'ont terriblement ennuyé ou fait frémir, je dois avouer que nombres d'entre elles m'ont enchanté ! Particulièrement chez les Gryffondors d'ailleurs, où les expressions sont savoureuses et les jurons si délicieux ! Ah ! Mon cher Godric doit se gausser d'entendre mes attributs intimes si souvent mis à mal, n'est-il point jeune gentilhomme ? Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! »
Et il adresse un nouveau clin d'œil à Ron, qui use et abuse de jurons qui mettent les couilles de Serpentard en vedette…
C'est un cabot, ce Fantôme. Un acteur dans l'âme, j'en suis convaincu. Jouait-il déjà la comédie quand il était vivant ? Se montrait-il ainsi, tour à tour charmant, mélodramatique, amusant ou austère et froid comme sur son portrait ?
« Ravi que mes expressions favorites vous plaisent ! Et riche idée que de vous être adapté au langage actuel ! Mais je crains fort, que cela ne vous serve pas beaucoup avant quelques temps encore ! » s'exclame Ron, avec un sourire d'excuse
Le Fantôme sursaute et son rire se bloque dans sa gorge. Il fixe Ron, en haussant un sourcil interrogatif et l'air d'espérer qu'il se gausse de lui…
« Ron a raison. Il va falloir que vous demeuriez caché. Nous ne pouvons pas risquer que Voldemort apprenne que vous êtes un Fantôme et que vous n'êtes pas son ancêtre... » appuie-je, avec fermeté, tandis que le regard du Fantôme s'allume d'une lueur de compréhension soudaine.
« Oh… Le journal inventé de toute pièce… Oui, j'ai entendu parler de cela. Je comprends et je demeurerai dissimulé aux regards, puisqu'il le faut… Hélas, pauvre de moi ! » déclare-t-il dans un murmure, sous les hochements de tête affirmatifs de Marian et Ron…
Et il pousse un soupir à fendre l'âme, avant de faire mine de se laisser tomber à genou sur le sol, avec une expression de stupeur désolée…
OoOoOoO
Ginny
Je me presse auprès de Théo, pour voir ce qui le fait frémir et mon sang se retire dès que mes yeux se posent sur ce qu'il regarde. Une foule de souvenirs se pressent dans ma mémoire et je sens revenir en moi la même détresse qu'à l'époque…
« Je sais ce que c'est… Ce sont les restes du Basilic que Harry a tué. Nous sommes dans la Chambre des Secrets » dis-je, la gorge nouée et les larmes me montant aux yeux…
J'ai failli mourir ici.
« Son squelette reposera à jamais dans la Chambre… » murmure Théo, avant de se tourner vers moi les yeux écarquillés de frayeur et de me prendre dans ses bras, en ajoutant : « Merlin, Ma Ginny ! Tu aurais pu finir dans le ventre de ce monstre ! »
Il me serre à m'étouffer et je me sens réconfortée par son amour…
Les autres s'éloignent, contournant le Basilic, nous laissant seuls tous les deux et Théo en profite pour me donner un baiser si époustouflant, qu'il me coupe le souffle. Puis il m'encourage d'une voix douce à rejoindre les copains.
« Alors c'est ça, un Basilic ! C'est gigantesque ! Pffioooouuu… Harry est encore plus courageux que je le pensais, pour s'être attaqué à ça ! Non mais regardez-moi ce crochet ! Et où est l'autre ? » s'exclame Seamus, qui examine attentivement la gueule ouverte du monstrueux serpent…
Il a raison, il est gigantesque cet animal. En comparaison, Nagini, c'est de la gnognote. Un orvet à côté d'un boa… Un minuscule ver de terre, même…
« Le deuxième crochet s'est planté dans le bras de Harry, quand il a enfoncé l'épée de Godric Gryffondor dans la gueule du Basilic. Et c'est avec ce crochet, que Harry a détruit le Journal de Tom Jedusor, me sauvant ainsi la vie…» réponds-je, ma main accrochée à celle de Théo…
Je lève la tête et examine les lieux, regardant les colonnades de pierres autour desquelles s'enroulent des serpents, avant de m'apercevoir que nous sommes arrivés ici, par un tunnel caché dans l'ombre des pieds de l'immense Statue de Serpentard, dont je ne peux même pas voir le visage, d'ici, tant elle est haute…
Je frissonne derechef… C'est au pied de cette Statue, que j'ai failli mourir… …
« On peut dire sans se tromper, qu'il avait une très haute opinion de lui-même, ce Salazar Serpentard ! Quand je pense qu'on accuse Godric Gryffondor d'avoir été particulièrement orgueilleux ! Il l'était certainement moins que Salazar, car ça, pour de la vanité, c'est de la vanité ! » s'exclame Colin, mains sur les hanches et tête renversée vers le plafond…
Je suis bien d'accord avec lui ! Et on peut dire sans peine que c'est un trait de famille qui a traversé les siècles et les générations jusqu'à Voldemort…
« Ah ! J'ai trouvé le deuxième crochet ! » s'écrie Dean, en se penchant, main tendue vers le sol, à quelques pas derrière nous…
« Si j'étais toi, je n'y toucherais pas, Dean ! Le poison dont ce crochet est imprégné, est peut-être encore virulent et avec nos mains toutes écorchées, on ne sait jamais ! » fait remarquer Blaise, en arrêtant le geste de Dean.
« Ouais, t'as raison. Mieux vaut le laisser là… » acquiesce notre ami, en se redressant vivement sur un frisson.
Nous finissons de contourner lentement la dépouille du Basilic, osant à peine toucher ses fortes écailles, qui semblent aussi dures que la pierre…
« On dirait qu'il s'est statufié… » murmure Ursula, la tête un peu penchée sur l'épaule et les yeux plissés.
Soudainement, nous entendons un grondement et un cri de surprise, loin au-dessus de nous et nous relevons vivement la tête, l'esprit en alerte. Une ombre bouge, au sommet du crâne de la Statue de Salazar Serpentard et nous distinguons bientôt un visage pâle, aux longs cheveux blonds, penché vers nous…
Luna… Cela ne peut-être qu'elle…
« Vous avez trouvé les petits ? » s'écrie aussitôt Daphnée, une lueur d'espoir s'allumant dans son regard.
« Non ! Et on ne peut pas retourner en arrière ! Le passage vient de se refermer sur nous ! » répond Neville, avant de jeter une Corde Magique dans le vide.
Instinctivement, je jette un coup d'œil entre les pieds de Serpentard.
« Ah zut ! Par là aussi, ça s'est refermé ! » m'exclame-je, tandis que nos amis descendent prestement pour nous rejoindre…
« Par où êtes-vous passés, pour sortir d'ici, quand tu étais avec Harry ? Par-là, je suppose… » me demande Blaise, en se tournant du côté opposé à la Statue
« Oui, mais il faut franchir une porte gardée par des Serpents et qui ne s'ouvre que si on lui demande de le faire en Fourchelang… » réponds-je, dans un souffle…
Nous sommes mal barrés… Vraiment mal barrés…
Et finalement mon squelette va peut-être vraiment reposer ici pour toujours, me dis-je, l'angoisse montant dans ma poitrine avec force… Et je serre très fort la main de Théo, qui se tourne vers moi et me prend une fois de plus dans ses bras, pour me réconforter.
« Tout va bien se passer, Ma Ginny. Nous allons trouver une solution… Tiens, nous allons appeler un Elfe et il nous fera sortir d'ici ! » dit-il, les yeux brillants d'avoir eu cette idée que je trouve lumineuse
« Riche idée, Théo ! Dyna ! Roi Dobby ! » s'exclame aussitôt Blaise, avec un sourire
Mais aucun Plop ne se produit…
« Dyna ! Roi Dobby ! » appelle de nouveau Blaise, l'air plus incertain cependant…
Son appel reste sans réponse encore une fois et mon cœur se serre…
« Il doit y avoir un Maléfice qui empêche les Elfes de nous entendre… » murmure Daphnée, en réprimant à grand peine un frisson.
« Nous sommes coincés ici… » chuchote-je dans le même temps, la voix nouée…
« Ne t'inquiète pas, Ginny. Toi non plus, Daphnée. Luna a dit que Harry va trouver les gosses et venir nous chercher… » déclare Neville, l'air confiant, en posant une main sur mon épaule…
« Oh ! Ben si Luna le dit, c'est que ça va arriver ! Un petit Tarot en attendant ? » s'exclame Colin, en sortant un paquet de cartes de sa poche…
J'aimerai avoir sa confiance… Car même si je sais que Luna a souvent d'excellents pressentiments, je n'arrive pas à me détendre.
« Dis donc toi, tu as bien laissé tomber ton jeu de cartes tout à l'heure, n'est-ce pas ? Alors tu peux me dire combien tu en as dans la poche ? » demande Blaise, en haussant un sourcil sur une expression moqueuse
« Deux ou trois… Et si quelqu'un a faim, j'ai de quoi nous caler un petit creux aussi… » répond Colin, en sortant deux paquets de biscuits et quelques barres chocolatées de sa pochette de secours…
Et c'est pour le coup que chacun fouille ses poches, pour sortir ses quelques victuailles. Des biscuits, des bonbons, quelques fruits et du chocolat en pagaille…
De quoi nous mettre un peu de baume au cœur, mais pas assez pour calmer mon angoisse tout de même…
Je déteste cet endroit !
Je déteste sentir le regard de Salazar Serpentard peser sur moi, depuis là-haut !
Je déteste attendre dans l'incertitude !
« Quelle heure est-il, quelqu'un le sait-il ? » demande Gil, quand notre goûter improvisé se termine…
« Pas loin de dix-huit heures… » répond Greg, après avoir jeté un coup d'œil sur sa montre à gousset…
« Oh, bah alors les profs vont bientôt s'apercevoir de notre absence et lancer tous les Fantômes de Poudlard à notre recherche ! Ça va être le branle-bas de combat mes amis ! Alors haut les cœurs et jouons en attendant les secours ! » s'exclame Colin, en battant ses cartes avec énergie..
Rhaaaaaaaa ! Ce Colin ! Quel insouciant !
OoOoOoO
Ron
Le Fantôme de Salazar Serpentard semble anéanti durant quelques secondes. Puis il frémit et son visage se marque de colère, tandis qu'il se relève vivement, regard noir baissé vers le sol, une main sur le cœur et index menaçant les profondeurs…
« Maudit sois-tu dans ton enfer, Artemus ! C'est toi, n'est-ce pas ! C'est toi qui ajoute encore à mon malheur en ce jour qui aurait dû être béni pour moi ! Quelle autre Malédiction as-tu donc jetée avant mon trépas, pour que je ne puisse profiter de ma liberté alors même que mes ossements sont enfin mis à jour ! Aaaaaah ! Puisses-tu subir les affres de l'Enfer pour l'éternité, vil occiant (1) ! Et toute ta descendance avec toi ! » s'exclame-t-il, avec emphase et des tremblements exagérés dans la voix
Quel cabotin ce Salazar ! Il en fait décidément des tonnes !
Mais je l'aime bien. Et même si j'ai eu quelques doutes à son propos au début, ils sont complètement dissipés. Mon pif ne m'a pas chatouillé une seule fois quand il a raconté ses histoires. Et quelque chose me dit que nous aurons bientôt la preuve qu'il a dit la vérité…
Ceci dit, je comprends sa déception. Plus de mille ans qu'il attend que ses restes soient découverts, hantant le Château sans que nul ne le voit et aujourd'hui que son Fantôme est enfin délivré de sa Malédiction, il se voit contraint de rester dans l'ombre, sous peine de faire foirer l'un de nos plans contre Voldemort…
Ce n'est vraiment pas de bol pour lui !
Il faut croire qu'il est né sous une très mauvaise étoile…
Mais bon. Ça va s'arranger tout ça. J'en suis certain…
Et puis, il ne doit plus être à quelques mois ou années près, avant d'être réhabilité aux yeux de tous… Enfin, tous… Pas de Voldemort et ses Mangemorts bien sûr. Ceux-là ne voudront jamais croire à sa véritable histoire… Mais enfin, ils ne compteront plus, quand il pourra se montrer au grand jour…
Du moins, l'espère-je grandement…
« Ne vous bilez pas, je suis sûr que vous pourrez quand même quitter cet endroit lugubre et tailler une bavette de temps en temps avec l'un ou l'autre d'entre nous. Le professeur Dumbledore, Tonton Sev et Tatie Nally auront bien une idée pour que vous puissiez le faire et avoir quelques contacts sociaux. En attendant, il est temps pour nous de regagner nos pénates. C'est bientôt l'heure du dîner et nos potes doivent se faire un sacré mouron…. » déclare-je, en incitant Alioth à descendre de mes genoux pour me lever.
Salazar pousse un nouveau soupir.
« Puis-je au moins jouir encore un peu de votre compagnie, en cheminant à vos côtés jusqu'à votre sortie des Passages Secrets ? » demande-t-il, en faisant des yeux de chien battu.
De quoi faire pitié, je vous jure !
« Naturellement ! Quel meilleur guide pourrions-nous avoir pour nous mener par le chemin le plus court et sécuritaire ? Car vous connaissez ces Passages par cœur, n'est-ce pas ? » accepte Marian, avec un bel enthousiasme
« Certes, jeune gentilhomme ! Trop bien, même, hélas ! N'y ai-je point erré durant des siècles et des siècles ? » répond Salazar, tandis que Harry fronce les sourcils…
« Est-ce bien raisonnable ? » demande-t-il, d'un ton réprobateur, avant d'ajouter un peu plus doucement envers Salazar : « Ne risquons-nous pas de croiser un autre Fantôme ou Peeves ? Il fouine sans cesse partout celui-là. S'il vous voit, il ne saura tenir sa langue et avant un quart d'heure, tout Poudlard apprendra que vous êtes ici. Par ailleurs, si je suis sûr que les Fantômes des quatre Maisons ne diraient rien, si nous leur demandons de se taire, je ne suis pas aussi certain des autres… »
Salazar se tourne vers lui, confiant et de nouveau joyeux…
« N'ayez crainte, mon ami ! Vivant ou mort, qui voudrait se perdre dans ces abominables labyrinthes ? Même l'héritier d'Artemus ne s'est point attardé bien loin dans ces Passages Secrets piégés par son Ancêtre ! Il préférait nettement utiliser l'accès ménagé dans les toilettes du second étage, pour aller dans la Chambre des Secrets. C'était beaucoup plus rapide et plus sûr... » explique Salazar, tandis que je tique un peu et que Harry plisse ses yeux…
Nous nous arrêtons nets, dans un bel ensemble, les mêmes interrogations en tête, c'est certain…
« Dites-moi… C'est tout de même bizarre, vous ne trouvez pas ? L'accès à la Chambre des Secret s'active sur une demande en Fourchelang… Alors pourquoi pas celui de la Salle au Trésor ? » m'enquiers-je, le cerveau tournant à plein régime pour tâcher de comprendre cette bizarrerie
« Comment ? Que dites-vous ? L'entrée par la Salle au Trésor n'est plus protégée d'un mot de passe en Fourchelang ? » s'exclame Salazar, l'air sincèrement surpris.
« Non. Le mot de passe est l'un des Principes que vous avez laissés… » répond Elinor, avant d'ajouter précipitamment : « Du moins, s'ils sont bien de vous… »
« Les Principes ? Oui, oui ! Ils sont effectivement de votre serviteur, bien que leur sens ait été interprété de la pire des manières, par celles et ceux qui se réclament comme de fervents admirateurs de ma personne !… Ah ! Que n'ai-je été plus explicite ! Artemus n'aurait point pu les utiliser, pour asseoir mon horrible réputation ! » s'exclame encore Salazar, avec son théâtralisme coutumier…
« Effectivement, il aurait mieux valu que vous vous exprimiez clairement. Mais là n'est pas le plus important pour le moment… Qui a pu changer le mot de passe dans la Salle au Trésor, voilà ce que nous devons savoir… Et surtout, comment les mômes ont pu l'apprendre… » recentre-je, avant de regarder vers les gamins…
« C'est As… » répond Alioth, avant qu'Astoria ne se précipite pour lui plaquer fortement une main sur la bouche, le regard affolé…
Et mon pif me crie que je vais enfin savoir pourquoi il chatouillait depuis le petit déjeuner, jusqu'au moment où nous avons retrouvé les gosses. Alors je m'agenouille et j'attire l'attention d'Astoria vers moi, en lui posant une main sur l'épaule. Elle se tourne vers moi, ses grands yeux bleus écarquillés sur une expression effrayée.
« Nous devons savoir, Astoria. C'est important… » dis-je avec douceur, tandis que ses yeux s'emplissent maintenant de grosses larmes…
Elle secoue la tête vivement, en signe de négation, avant de se reculer un peu et me fixe, avec chagrin et inquiétude, tandis que dans mon esprit, des souvenirs précis se dessinent…
« Astoria. Tu étais gaie, quand tu es arrivée pour prendre ton petit déjeuner ce matin. Je m'en souviens fort bien. Alors, pourquoi étais-tu triste quand je t'ai regardée un peu plus tard ? Tu n'as rien mangé. Et après, tu n'as pas participé à la bataille de boule de neige… C'est à cause de la lettre que tu as reçue, n'est-ce pas ? J'ai pensé que c'était Miho qui t'écrivait mais ce n'était pas elle… Que disait cette lettre, Astoria ? » m'enquiers-je le plus gentiment possible, bien que je me sente bouillir à l'intérieur.
Je suis en colère contre moi. J'ai vu une brève lueur effrayée dans le regard d'Astoria, tandis qu'elle lisait sa lettre. Mais j'ai niaisement cru que Miho lui narrait l'une de ses aventures terribles, qu'elle a vécue dans sa propre tête à cause du Maléfice de Thorpe. Après tout, n'avait-elle pas promis de le faire ? Et j'ai préféré fixer mon attention sur cette histoire idiote que Seamus racontait et qui nous faisait bien rire…
C'est plus tard, que mon pif s'est mis à chatouiller. Je réalise maintenant que c'est parce que la tristesse d'Astoria persistait… Sa tristesse et sa frayeur aussi… Mais j'ai occulté la frayeur et mis sa tristesse sur le compte de l'absence de Miho, avec laquelle elle est très amie, malgré leur petite différence d'âge...
Je suis aussi en rage, car je suis maintenant certain, au fond de moi, que quelqu'un de très mal avisé a sciemment envoyé Astoria ici, dans l'espoir qu'elle tombe dans un piège et n'en revienne jamais. Parce qu'elle est sourde et muette. Qu'elle représente, aux yeux des Sang-Pur imbéciles, une tare honteuse… Tout comme je suis sûr également, que c'est l'Espion de Poudlard qui a fomenté ce mauvais coup contre elle. Un Espion auquel Voldemort a indiqué l'entrée des Passages Secrets creusés autrefois par son ancêtre…
Est-ce lui, qui a changé le mot de passe ? L'Espion serait-il un Fourchelang, lui aussi ? Ou Voldemort l'a-t-il lui-même fait, avant de quitter Poudlard ? Ou lorsqu'il y est revenu quelques années plus tard, dans l'espoir de se faire engager comme professeur de DCFM et que le professeur Dumbledore lui a refusé le poste ? Etait-ce par esprit de vengeance ? Espérait-il que des élèves se hasardent dans ces Passages Secrets, y meurent et que l'école soit alors fermée ?
Peu importe pour le moment. Il sera temps d'y réfléchir plus tard. Pour l'heure, il nous faut savoir ce que contenait la lettre envoyée à Astoria, qui continue de me fixer sans répondre, des larmes roulant sur ses joues…
« Tu dois le dire Astoria ! » s'écrie Alioth, avec forces gestes du langage des sourds et muets, en direction de son amie.
Astoria fait non de la tête, mais sa volonté vacille, je le vois bien dans ses yeux, tandis que chaque regard est posé sur elle, avec encouragement. Finalement, elle capitule et glisse sa main dans sa poche pour en sortir une poignée de petits morceaux de parchemins tout chiffonnés. La lettre reçue au petit déjeuner, déchirée et froissée, qu'elle me tend en éclatant en sanglots…
Et tandis qu'Elinor la prend dans ses bras pour la consoler, je jette un Sortilège pour reconstituer le parchemin auquel manque un fragment. Celui que Harry a trouvé, coincé sous le pan de mur mobile de la Salle au Trésor…
« Qu'est-ce que cela dit ? » demande Marian, d'un ton empressé.
Je fulmine à mesure de ma lecture et je suis bien tenté de mettre le feu à ce parchemin immonde…
« La personne qui a écrit cette lettre, enjoint Astoria à venir la rejoindre si elle ne veut pas qu'il arrive malheur à Daphnée. Bien entendu, elle ne devait rien révéler à qui que ce soit et venir seule, à quinze heure précise. Et bien entendu également, la lettre est écrite en majuscules, pour qu'on ne puisse reconnaitre l'écriture. Elle révèle qu'il lui suffit de penser au troisième Principe de Salazar Serpentard pour que le mur s'ouvre sur un Passage Secret, qu'elle devra emprunter. Qu'elle aurait des épreuves à accomplir, pour découvrir comment sauver la vie de Daphnée… » réponds-je, mâchoires serrées sous la colère.
Mon regard glisse vers Jérémy et Alioth. Les deux gamins se tiennent auprès de leur amie, l'air malheureux.
« Astoria n'a rien dit. Mais elle avait été triste toute la journée et plus encore quand elle nous a dit qu'elle partait en Salle d'Etudes. Alors nous avons décidé de la suivre, Jérémy et moi cachés sous la Cape d'Invisibilité de Harry, que Magnus avait laissée sur une étagère du QG, après s'en être servie hier soir pour espionner les Ânes Bâtés…. Après être sortie de la Salle Commune, Astoria s'est mise à courir. Alors nous avons couru aussi et nous sommes entrés derrière elle, dans la Salle au Trésor. Elle a ouvert le passage que nous avons franchi juste avant qu'il ne se referme tout à fait. Et nous nous sommes dévoilés. Astoria était furieuse et elle nous a expliqué ce qu'il se passait, que nous devions partir. Nous avons bien essayé de la faire revenir, mais le mur ne s'est plus ouvert… Alors nous avons avancé pour chercher une autre sortie… » explique rapidement Alioth, l'air incertain.
« Vous auriez dû attendre ! Vous auriez dû vous douter que nous verrions rapidement que vous étiez partis et que nous suivrions vos pas sur la Carte ! Et c'est ce que nous avons fait ! Nous sommes allés tout de suite ou presque à votre recherche ! Nous vous avons entendu crier et je vous ai appelés. Pourquoi ne pas être revenus sur vos pas ? » commence Harry, sur un ton de reproche, quand Jérémy l'interrompt
« C'est à cause du Monstre que nous avons crié ! Je ne sais pas comment nous avons pu lui échapper, mais nous ne pouvions pas revenir en arrière quand tu as appelé ! Il nous aurait dévorés ! Il a failli manger Alioth ! » s'exclame-t-il, tandis qu'Alioth l'approuve avec force hochements de têtes et tout frissonnant.
« Un Monstre ? Quel Monstre ? » m'enquiers-je, avec un frisson moi aussi.
Pourvu qu'aucun des autres ne se soit fait agresser par lui !
« Il n'y a point de Monstre dans les parages, depuis que le Basilic a été occis, par les soins de votre ami Harry, jeune gentilhomme. Il devait s'agir d'un Epouvantard. Il y en a un ou deux qui trainent par ici. Mon jeune ami, cet Epouvantard avait l'apparence de votre plus grande peur, est-ce que je me trompe ? » répond Salazar, en tapotant avec un air compatissant, sur la tête d'Alioth qui grimace à son contact glacial, mais acquiesce d'un hochement de tête…
Un Epouvantard… Ce n'est pas si étonnant après tout. Ces saletés aiment se terrer dans les endroits sombres…
« Qu'est-il arrivé ensuite ? » s'enquiert Marian, en regardant les gamins
« Nous avons couru, jusqu'à ce que nous tombions dans la salle avec les squelettes des chauves-souris. Puis, nous sommes arrivés ici et Alioth s'est blessé. Nous avons cherché une sortie, en grimpant sur les rochers et nous avons vu le tunnel qui mène à l'autre caverne et enfin la porte. Et après, nous étions enfermés dans la grotte avec le squelette ! Nous avons essayé tous les Sorts que nous connaissions pour essayer d'en sortir, mais nous n'avons pas réussi et nous avions très peur de rester enfermés pour toujours ! Et puis Messire Salazar est arrivé ! Quand il nous a vus, il a explosé de joie et il a voulu nous embrasser ! Il n'arrêtait pas de rire et de crier « Alléluia ! La Malédiction n'est plus ! Alléluia ! »… On a cru qu'il était fou… Nous avons eu très peur encore une fois ! Heureusement, vous êtes arrivés tout de suite après et il est allé vous chercher ! » s'écrie Jérémy, sur un ton haletant, visiblement éprouvé par ses mésaventures.
Je ne doute pas un instant qu'il ait eu terriblement peur, de se retrouver coincé dans cette grotte. Tout ça a dû lui rappeler de bien horribles souvenirs…
Harry s'agenouille auprès de lui et le serre dans ses bras, pour le réconforter.
« Je suis désolé de vous avoir effrayés mes jeunes libérateurs, non point était là mon intention. Mais quand j'ai eu vent, en effectuant ma visite quotidienne dans votre QG, que de jeunes élèves s'étaient aventurés par ici, j'ai accouru avec un fol espoir au cœur. Et ma Foi, je n'ai point été déçu, fort au contraire. Ô ! Combien j'étais heureux, de constater que mes ossements étaient enfin découverts et que vous pouviez me voir ! J'ai laissé exprimer ma joie sans retenue, je l'avoue… Que puis-je faire pour que vous me pardonniez cette exubérante manifestation de mon contentement ? » déclare Salazar, en regardant les gosses tour à tour, l'air navré de leur avoir fait peur…
« Ne vous inquiétez pas, Messire Salazar, vous êtes pardonnés. Sans vous, nous ne les aurions peut-être pas trouvés avant longtemps. » assure-je au Fantôme, avant de m'adresser avec sévérité aux gamins : « Quant à vous, voilà ce que c'est, que de vous être aventurés par ici ! Vous en êtes quittes avec une belle frayeur ! C'est une grande chance ! Vous vous rendez compte que vous auriez pu mourir en chemin ! Bon sang ! Enfin, Astoria ! Tu aurais dû nous parler de cette lettre tout de suite ! De toute évidence, la personne qui te l'a envoyée, espérait que tu te perdes à jamais dans ces Passages et que tu te fasses tuer dans l'un des pièges. Comment n'as-tu pas pensé que nous aurions fait tout notre possible pour te protéger, ainsi que Daphnée ! Imagine ce qu'elle peut penser en ce moment, la frayeur qu'elle éprouve de te savoir dans ces souterrains piégés ! Peut-être même a-t-elle été blessée en te cherchant ! Sans compter Ginny, Théo, Blaise et les autres, qui sont venus à votre rescousse ! Et comment avez-vous pu oublier la plus élémentaire des prudences, en ne marquant pas votre passage, pour vous retrouver ! Surtout vous, Alioth et Astoria ! Vous savez que l'on ne doit pas s'aventurer dans les lieux inconnus, sans laisser des traces ! Le fil d'Ariane, ça doit vous dire quelque chose, non ? Tonton Sev a dû vous le dire des millions de fois quand il vous a entrainés ! »
Les trois gamins baissent la tête, sous mon regard inflexible, les yeux brillants de larmes, tandis que Harry grimace dans ma direction, l'air de dire que je suis bien sévère avec eux et qu'ils ont eu assez la trouille pour ne pas recommencer une telle bêtise. Mais je suis Préfet et il faut bien que l'un de nous leur fasse un peu la leçon. Ils se sont mis bêtement en danger, nous entrainant dans leur sillage et depuis que nous les avons retrouvés, ils n'ont eu droit qu'à des câlineries et l'histoire de Salazar, certes dramatique mais racontée sur un ton plaisantin et loufoque, qui les a bien fait rire…
Bon, d'accord, je n'étais pas beaucoup mieux à leur âge. Je dirais même, qu'avec Harry et Hermione, j'ai fait pire, tout bien considéré. Mais ce n'était pas pareil. Nous n'avions pas d'amis super entraînés pour nous aider et, avant de nous lancer à l'aventure, nous avons essayé de joindre le professeur Dumbledore la première année. Le professeur Lockhart, la seconde… La troisième année… Euh… La troisième année, j'ai été emmené malgré moi dans la Cabane Hurlante par Patmol… La quatrième année, je n'ai rien fait, tandis que Harry se serait bien passé d'être emporté dans le Cimetière par ce foutu Portoloin. Quant à l'année dernière… Ben… Harry a essayé de joindre Sirius, puis d'alerter Tonton Sev… Et s'il n'avait été cette saleté d'Ombrage et ce crétin de Fudge qui l'ont amené à devoir quitter le Château, je suis sûr que nous serions allés voir le professeur Dumbledore, au lieu de foncer au Ministère…
Bref, c'est vrai, nous avons fait pire que ces trois-là, tout bien considéré… Mais les conditions n'étaient pas les mêmes. Nous ne pouvions pas faire autrement… Et ces galopins ne sont pas nous, par les prunes d'ours de Godric ! Et il faut bien qu'ils se rendent compte que nous avons eu peur pour eux !
Astoria lève ses yeux emplis de larmes vers moi et me demande, avec des gestes rapides, si je crois vraiment que sa sœur et nos amis ont pu être blessés…
Je soupire…
« Je ne sais pas. Mais je pense que non, ils sont tous très malins et prudents… » réponds-je, d'un ton radouci, en joignant gestes et paroles…
Astoria a l'air un peu soulagée, mais il est visible qu'elle s'inquiète quand même encore pour sa frangine. Et j'ai un peu de remords, de l'avoir culpabilisée. J'aurais dû attendre qu'on soit tous rentrés, pour leur filer ma soufflante…
« Bon, allez, nous reparlerons calmement de cela plus tard. Il faut vraiment partir maintenant. Nous avons pas mal de monde à rassurer sur votre sort. » déclare Harry, en se levant, portant Jérémy dans ses bras.
Chacun de nous acquiesce en silence et reprend le chemin de la salle aux chauves-souris mortes. Marian porte Astoria sur son dos et Alioth le suit en trainant les pieds. Il a l'air épuisé. Malheureux aussi…
« Viens là, toi, ça ira plus vite si je te porte… » déclare-je, en le prenant sous les aisselles pour le soulever…
Je le cale sur mon flanc et il me sourit timidement, avant de plaquer une bise sur ma joue. Satané gosse ! Il sait y faire, pour se faire pardonner ses bêtises ! me dis-je en lui ébouriffant les cheveux de ma main libre. Un vrai Serpentard, c'est sûr !
« Peut-on sortir de cette caverne, par une autre issue que celle que nous avons empruntée ? L'un des autres couloirs par exemple ? » s'enquiert Elinor auprès de Salazar, qui lui a galamment tendu le bras.
Elle fait mine de poser sa main dessus, mais se garde bien de le toucher, tandis qu'il lui répond que le plus rapide, est de passer par la chausse-trappe par laquelle nous sommes arrivés.
Nous marchons d'un bon pas, précédés par Salazar et Elinor qui conversent comme de vieux amis. Il explique qu'il passait la plupart de son temps auprès d'un groupe d'élèves ou un autre ou auprès des professeurs, écoutant les conversations, lisant des livres par-dessus des épaules. Il révèle également qu'il ne ratait jamais un seul match de Quidditch…
« Vous devez en connaître, des secrets ! » s'exclame Elinor, avec un sourire malicieux…
« Des quantités ! Mais si je me ferais un plaisir de vous en confier certains, qui n'ont plus guère d'importance à ce jour, je resterai plus muet qu'un tombeau sur les secrets actuels, très chère. Je ne voudrais point que l'on me fasse maintenant la réputation d'une horrible commère… » répond le Fantôme, avec un petit clin d'œil complice…
Elinor éclate de rire, puis s'enquiert sur ce qu'il a fait aujourd'hui, avant de rendre cette petite visite au QG, dont il parlait tantôt...
« J'ai passé le plus clair de ma journée dans la Forêt Interdite. Vos amis auront beaucoup à vous raconter. Mais non, n'insistez pas, je ne dirais rien ! Je souhaite leur laisser le plaisir de vous faire récit de leurs aventures…» répond Salazar, au moment où nous arrivons à destination.
Par réflexe, tout le monde lève la tête vers le plafond que j'éclaire largement…
« Par les valseuses racornie de Serpentard ! Où est la chausse-trappe ? » m'exclame-je, quelque peu contrarié
« Euh… Ron, je comprends ta surprise et ta déception mais tu devrais modérer tes expressions, tu ne crois pas ? » intervient Elinor, en me faisant un petit signe de côté avec la tête…
Sur le moment, je me demande ce qui lui prend. Jamais elle ne s'est offusquée de mon langage fleuri depuis que je la connais, puis je réalise ce que je viens de dire et qu'elle désignait Salazar Serpentard avec son mouvement de tête…
« Oh ! Excusez-moi, Messire Salazar ! Cela m'a échappé… » prie-je, tandis que Marian se moque ouvertement de moi…
« Oh ! Ne vous excusez pas ! J'aime beaucoup vos expressions jeune gentilhomme ! Et j'aime à penser que ce n'est point à moi que vos songiez, mais à mon Bastardeau de demi-frère ! Par les valseuses racornie d'Artemus, cela sonne bien, n'est-il point ? Uh ! Uh ! Uh ! Uh ! » répond Salazar Serpentard, en m'accordant un clin d'œil.
« Ouais, ça sonne pas mal du tout… » acquiesce-je, avec un sourire, en lui rendant son clin d'œil.
« Par lequel de ces deux voies nous recommandez-vous de passer ? » s'enquiert Marian, en désignant les deux ouvertures possibles.
« Aucune, mon jeune ami ! Voyez-vous, Artemus voulait punir celui ou celle qui parviendrait jusqu'ici, il a donc bloqué la trappe par laquelle vous êtes arrivé, avec un mot de passe en Fourchelang et terriblement piégé les deux autres voies. Je pense que vous pourriez neutraliser l'un d'eux. Mais votre ami Harry peut parfaitement faire ré-apparaître ce passage dans le plafond. Il lui suffit de le demander… » répond le Fantôme de Serpentard, en se tournant vers Harry.
« Et pourquoi ne le faites-vous pas, Messire Salazar ? Ainsi, vous pourrez clamer que vous nous avez sauvés des malveillances d'Artemus ! » s'exclame Marian, avec un grand sourire
En voilà un qui semble bien content que le Fondateur de sa Maison ne soit pas la pourriture qu'il pensait être jusqu'à présent…
« Hélas, je ne puis ! Les Sorciers perdent toutes leurs facultés Magiques, lorsqu'ils trépassent. Après tout, ils n'en ont plus guère besoin ! Et le Fourchelang est un don Magique, mon jeune ami… » répond Salazar, avec un soupir extravagant
Harry lève la tête vers le plafond, dans l'intention évidente de siffler un ordre en Fourchelang, mais au même moment, un écho lointain venant de l'une des deux autres ouvertures, nous apporte le son d'un grondement lourd de la pierre contre la pierre et une exclamation de surprise effrayée à demi étouffée…
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1) occiant : assassin
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... Votre avis m'intéresse plus vivement que jamais...
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