Chapitre 1 :
L'Institut Saarne est un énorme bâtiment, à l'allure d'un château. Un endroit où l'on peux se croire en sécurité, protégée de toutes attaques physiques. Un endroit où passer des vacances, dans un joli coin de terrain, entourée d'arbres majestueux, d'une flore pour la plupart constituée de fleurs blanches. Mes préférés sont les roses. Blanches, tout ce qu'il y a de plus pur comme couleur, n'est ce pas ?
Blanche, comme la façade de cet immense hôpital. Les seuls point sombres sont les hauts des tours, pointues et s'élançant vers le ciel comme cherchant la foudre.
Un château, comme dans les contes que l'on me lit pour me calmer, après m'avoir piqué au préalable. Un château magistral, comme dans « La Belle et La Bête ». Et comme dans ce même écrit, les bêtes sont ici les rois, si je peux dire, bien que contrôlés.
Il y a toutes sortes de malades ici, certains ont même parfois le droit de sortir à l'extérieur, mais ils n'apprécie pas vraiment, été donnée la température ambiante, et le vent quelque peu présent sur les hauts plateaux où se trouve l'endroit. Je n'en pas le droit. D'après les médecins je suis dangereusement atteinte. Je reste donc enfermée, confinée. Immobile.
Reflétant l'hôpital entier, composé de longs couloirs, froids et lugubres, ma chambre est d'une couleur unique. Blanche. Un lit en son milieu, sur lequel je suis couchée évidemment. Retenue dans ma camisole, ils ont au moins eut la sympathie de me laisser allongée. Je me réveille, et comme chaque jour, et jette un coup d'œil autour de moi.
Un mauvais mouvement du cou me fait étouffer un cri de douleur. Il est en sang, tout comme mes poignets. Combien de temps, de fois, me suis-je débattue pour sortir de cette fichue camisole ?
Mais les seringues de sédatifs ne sont, malheureusement pour moi, jamais loin. Une douleur atroce englobe mes membres . Ils m'ont sûrement administré une forte dose la veille. Ne pas bouger. C'est tout ce qu'ils attendent. Que je ne fasse rien. Je ne me souviens de rien.
Le tic-tac de l'horloge est permanent. Il résonne dans ma tête chaque jours, chaque nuits. Chaque minutes qui passe, semblable à une éternité. Et j'ai beau être décrétée comme folle, je connais chaque horaires de visite, médicale bien sûr, sur le bout des doigts. A vrai dire, même si les visites familiales étaient autorisés, je ne recevrais personne. Simplement parce qu'avant d'être internée, j'étais tout aussi solitaire que je le suis maintenant. Et que les seuls qui m'ont accordés confiance son morts dans des souffrances inimaginable.
Souffrances qu'ils ont, eux-même, choisi. Je les ais peut être tués, mais j'ai agit par leur unique faute. Avec un tressaillement, je me rappelle les bribes de souvenirs. Ceux qui n'ont jamais put s'effacer de ma mémoire.
De le neige, pure et blanche. Un lac de sang, un couteau dans le dos. Frappé sans relâche, tant ma haine était profonde. Aussi profonde que ses plaies. Il s'était refusé à moi.
Un couple, main dans la main. A jamais. L'homme, un inconditionnel amoureux. La femme, une jeune idiote sans sentiments profonds, qui voulait seulement se servir de lui. Je voulais le prévenir. Il m'avait ignoré. Elle l'avait laissé. Je les avait tués. Être avec elle durant l'éternité, c'est ce qu'il voulait, non ? Quoi de plus beau que l'amour ?
Une nuit sombre, sans étoiles. La pluie tombant en fine gouttelettes et le tonnerre grondant comme si le ciel voulait me montrer sa colère. Au loin, j'avais vu les lumières des gyrophares, le son reconnaissable d'une voiture de police. Je n'éprouvais pas l'envie de m'enfuir à nouveau. Tout était arrivé par leur faute. Leur besoin de découvrir qui j'étais et d'où je venais leur était-il vraiment nécessaire ? Pas d'après mon opinion. Il leur avait coûté la vie. Leur faute et non la mienne.
Il est huit heure du matin lorsque qu'arrive le premier homme. Il se déplace lentement, est habillé d'un long manteau blanc, un calepin à la main. Sa démarche est lente, fluide, comme si il se méfiait de mes mouvements. Que je veux tu que je te fasse, idiot ? Je suis enfermée ! Il se penche vers moi et regarde mon corps en grimaçant.
-Tu devrais arrêter de te débattre, me dit-il.
Il m'ausculte le cou et les poignets, vérifiant que les plaies ne s'infectent pas. Ils me les nettoies et les enroule d'un bandage. Je grimace à mon tour, je voudrais hurler mais il m'injecte un calmant, qui me coupe immédiatement. Il s'en va ensuite pour céder sa place à un infirmier, moins qualifié certainement, qui vient me donner a manger.
Un menu classique, soupe, gelée, purée de pommes de terre. Je n'ai qu'a ouvrir mes lèvres et il m'enfonce tout ça au fond du gosier. J'ai pris l'habitude, après les quelques années passées ici. Mais je ne me laisse pourtant jamais faire. Je me débat, légèrement, mais suffisamment pour lui faire renverser le bol de soupe qu'il tient dans la main.
Sa robe blanche et maintenant tachée, et il me fixe d'un regard mauvais que je lui rend aussitôt. Il se détourne alors et entreprend de se nettoyer un peu avant de continuer à me nourrir, en prenant bien soin d'être hors de ma portée. De sorte à ce que je ne recommence pas. C'est un petit exercice distrayant, que j'exerce parfois. Les médecins sont pour la plupart très informés est prudents à l'égard des malades de l'Institut. Les infirmiers sont tout le contraire, et connaissant la plupart, ils sont tous aussi idiots et maladroits les uns que les autres. Ils sont les gardiens, mais ne saurait se défendre devant personne. Même pas moi.
J'esquisse un sourire, une idée me traversant la tête. Les médecins reviennent à nouveau et commencent a finalement détacher mes sangles. Mon corps se retrouve nu et recouvert de mon propre sang. Ils ne semblent pas pour autant plus gênés que moi. Ils me transportent dans une petite pièce, qui m'est entièrement réservée.
Il y a là une longue baignoire ainsi qu'un lavabo surplombé d'un miroir. Il y a également une énorme fenêtre qui n'est jamais totalement fermée, toujours laissant passer un mince filet d'air dans la pièce. Le blanc est toujours la couleur dominante. L'air est glacial, mais je m'en contrefiche et me laisse faire lorsqu'ils m'entraînent dans l'eau.
Ils me débarbouillent, me lavent de mon sang, en prenant soin de ne pas toucher à une seule de mes cicatrices. Sans quoi, ils savent ce qu'ils risqueraient de se passer. La couleur translucide de l'eau devient rougeâtre en une seconde.
Ils me sèchent ensuite et m'enveloppent dans un long et chaud peignoir, trois fois trop grand pour moi. Un des médecins vient m'amener près du miroir afin d'admirer mon reflet. Je ne vois que la fêlure en son milieu. Il me démêle les cheveux et les brosses soigneusement, tout en les séchant. Satisfait de son travail, il m'observe à nouveau dans le miroir.
-Tu voit bien, tu n'est pas si terrible, s'exclame t-il, se forçant à sourire légèrement.
-Je ne me considère pas comme quelqu'un de terrible...
Il ne fait pas attention à mes dernières paroles, prononcés d'ailleurs tellement bas que je doute qu'il les ait entendus. Il me regarde une dernière fois avant de me reconduire sur mon lit.
Un nouvel homme me tend une chemise de nuit en soie, de couleur menthe, (tiens donc, la mode du blanc est-elle passée?) et m'aide à l'enfiler.
Les médecins s'affairent ensuite à toute une série d'analyses en tout genre, allant du test oculaire jusqu'au test de Rorschach. Pour ceux d'entre vous, dont ce nom ne vous dit rien, ce test consiste à regarder deux taches d'encres symétriques et à dire ce que cela vous inspire. Et cela fait, ils vérifient par la suite mes facultés mentales. Pourquoi, je vous le demande. Pensaient-ils vraiment qu'elles risquaient de disparaître, du jour au lendemain ?
Cette partie là terminée, il me laissent ainsi, vagabonder dans ma chambre. Comme tout les chaques jours de chaque semaine, durant environ une heure. Il n'y a pas grand chose à faire ici, mais je sais toujours comment m'occuper. Une feuille de papier m'attend sur une table haute en acajou, non loin est posée une palette de couleur ainsi que quelques pinceaux. Différents modèles que j'apprécie plus ou moins. J'en saisis un, le macule vigoureusement de rouge et parcours la feuille. S'en suit du jaune, du vert, du gris. Toute teintes m'aidant à représenter ma pensée sous forme réelle et imaginaire, dans un même sens.
Une heure passée, une peinture réalisée. Il ne me manque qu'un seul et minuscule détail avant qu'elle ne soit plus que tableau. Ils me signalent l'heure et donc l'arrêt du temps libre, mais je tient à finir. Ils me serrent les bras avec force, voulant m'entraîner avec eux. Mais je ne me laisse pas faire, et les repousse du mieux que je peux. Je me fait insistante. Puis finalement, en ayant assez de lutter, je me retourne et tente de lui enfoncer un des mes pinceaux dans la bouche.
Ils me saisissent alors par les poignets. Je hurle de douleur. Je voudrait me couper les bras, pour ne plus ressentir cette souffrance, plus de brûlures lorsque l'on me frôle. Plus de sensations, c'est ce que je voudrais. Et tandis que je me débat avec férocité, ils bouclent mes sangles et me maintiennent d'une main de fer, à nouveau couchée sur mon lit. Je n'ai que le temps de voir la perfusion s'enfoncer dans mon bras. Je sombre dans l'ombre et le noir total. Plus de sensations, juste ce que je voulais. La seule impression de flotter entre terre et ciel, dans un monde différent du mien. Et au milieu de ses profondeurs, je distingue une silhouette familière. Un double de moi-même, plus âgée. La femme que je ne serait jamais. Une souvenir lointain en plus de cela. Ma mère.
Je la regarde, la fixe intensément. Je veux qu'elle comprenne. Que l'absence d'amour avait commencée par elle, lorsqu'elle m'avait abandonnée. Je lui en voulais, inévitablement. Et durant les dix premières années de ma vie, je ne connaissais que la haine, la colère, pour cette femme dont l'avenir de son enfant n'importait pas. Pour qui, donner naissance à une enfant malade telle que moi, qui ne vieillirait jamais, était présenté sous une forme de malédiction. Au fond d'elle, ma mère était une faible, une de ces personnes qui me dégoûtent au plus haut point. Je suis dans mon univers, mon rêve, flottant encore. Semblant esprit, fantôme. Morte. Je me voit, moi, et les larmes coulant sur mes joues d'enfant, scintillant comme des soleils au milieu de l'ombre. Un peu d'amour, c'était tout ce que je voulais, ma dernière requête. Simplement.
La silhouette de ma mère disparaît, chimère, imagination. La mienne reste à sa place, fixant maintenant le vide. Attendant ce qui ne reviendrais pas. Et je disparais à sa suite. Un courant blanc et rosé traverse l'espace noir dans un déchirement strident. Un deuxième le suit. Puis un troisième. Tous identiques. Tous traversé de sentiment rebelles, négatifs. Oppressants. Ils cognent les parois de ma bulle imaginaire, chacun dans un fracas épouvantable. Je devine qu'ils ne se calmeront sûrement jamais. Ils sont mes sources de lumière.
La foudre me réveille en sursaut. Mon visage ruisselle de larmes, non pas totalement rêvées. Mon corps transpire à grands flots. Seulement un cauchemar, comme très souvent. Je regarde le ciel maintenant voilé d'un manteau noir, à travers l'énorme fenêtre présente non loin de mon lit, tout près de ma toile peinte dans l'après midi. Je repense au médecins étrange qu'ils ne l'aient pas enlevée pour l'étudier de plus près. Un nouveau coup de tonnerre retentit, et le rouge de ma toile se reflète, comme lors de cette nuit meurtrière. J'observe le premier homme. Ces trois personnes que j'ai tuées. Ce sont-elles, présente sur ma peinture. Au milieu d'un feu ardent. Totalement brûlées, de l'intérieur autant que de l'extérieur. Ma mère est aussi là. Sans tête. Et c'est peut être finalement mieux ainsi.
