Chapitre 2 :

Ainsi je vis. Je suis internée à l'Institut Saarne, depuis environ deux années de ma vie. J'accumule l'ennui, l'impatience. J'apprends que mes cicatrices sont beaucoup trop profondes pour espérer leur disparition dans le futur. Mon état stagne, ne s'améliore pas ou peu. Les journées sont similaires. Je soupire lentement. J'en ais assez de cette vie, monotone et sans goût. Sans couleur, sans sentiments. Sans rien de palpable. Ma tête me toune parfois, je voit des songes, comme si j'étais en plein délire et que j'allais me réveiller d'une minute à l'autre.

L'horloge sonne, annonce huit heures, les médecins ne vont sans doute pas tarder à arriver pour me retirer mes liens. Pour répéter leur même exercice, constamment, inlassablement. Comme chaque jours.

Ils ont au nombre de six, cependant, un de ceux ci me semble étranger. Il équarquille les yeux lorsque je pose mon regard sur lui. Un premier médecin vient vérifier l'état de mes plaies, passe ensuite un produit désinfectant sur mon cou. L'envie me vient de me débattre, mais je n'arriverais à rien de toute façon. Je gémit seulement lorsque le liquide rentre en contact avec ma peau. Il réapplique de nouveaux bandages et laisse sa place un autre homme qui vient me donner mon repas du jour. J'ai compris, au final, que la plupart de ceux ci sont constitués de matières légères et inconsistantes. Sans doute pour m'éviter l'étouffement en cas de crise. Le repas se passe, pour une fois, dans la tranquilitée. Je ne veux pas effrayer le nouvel arrivant, du moins pas déjà.

C'est une nouvel infirmier, je m'en rend compte au fur et à mesure que je le voit se déplacer autour de moi, divaguer en compagnie des autres. Il a l'allure d'une armoire à glace, pouvant transporter n'importe quoi, n'importe comment. Il a les cheveux cours, bruns, et des yeux de couleur identiques. Il est habillé comme tout les autres, mais je voit pourtant qu'il est loin d'égaler leur expérience. Sa démarche est hésitante, il à l'air peu sûr de lui, de ses aptitudes. Il tremble lègèrement lorsque les médecins l'interpèlent. Il à l'air simplet, fragile. Même un peu instable. Surement est-il ici pour une solution de dernier recours. Il n'a pas vraiment l'air de comprendre ce qu'il vient faire. Lui aussi me prend t-il plus pour une enfant que pour une folle meurtrière ?

Je n'ai que le temps de me poser la question, déjà les médecins ouvrent ma prison de toile. Le nouveau déglutit à la vue de mon corps, tandis que les autres me transportent dans la salle de bain. Je lui lance un second regard, ironique, provocateur. Mais un faible ne répond jamais à ce genre de choses. Surveillé par les médecins, je me lave en silence. Ce fut un de mes progrès, arriver à pouvoir nettoyer mon corps par moi-même. J'évite toujours mes cicatrices, et m'applique à ne rincer que les parties où le savon mousse. Je procède avec lenteur, d'abord pour n'éclabousser aucun des gardiens, car ils seraient bien capables de m'injecter une dose de sédatif dans la seconde. Ensuite parce que, pour une fois, l'eau est plus tiède que gelée. Le seul inconvénient est le fait que la fenêtre présente également dans la pièce soit grande ouverte. Je reste donc dans la baignoire, plus pour le confort que pour le bain en lui même.

L'infirmier brun que j'ai connu plus tôt m'assiste aujourd'hui. C'est une chose rare, car les infirmiers sont souvent utilisés pour des taches plus simples. Telles que les repas, les prélèvements sanguins ainsi que ce genre de choses. Mais d'après l'agitation que j'ai pu observer ce matin, les va et viens du personnel entre autres, l'état d'un fou à du se détériorer durant la nuit. Si bien que les médecins sont sans doute plus préoccupés par sa santé que par le mienne. Il s'approche avec prudence et me tend le peignoir que je saisit en ricanant. Je ricane parce qu'au moment même où il m'apperçois nue, il devient aussi rouge qu'une tomate. Pourquoi est-tu gêné comme cela, garçon ? Je ne suis qu'une enfant, après tout.

Je me retourne vers le miroir, dont j'ai appris à décrypter le reflet. Je me regarde, gardant l'oeil sur homme derrière moi. L'infirmier balade une brosse sur mes cheveux noir corbeau, délaissé de la couleur de mon sang, les dénouant délicatement. Faisant attention à ne pas tirer lorsqu'il croise un noeud, à ne pas aller trop vite pour ne pas me faire mal par accident. Etrange. Comme si il avait peur de me blesser. De me détruire. Chose qu'il ne doute pas que ce soit déjà fait.

-Tu pourrais être séduisante, si tu étais plus âgée, me lance t-il enfin.

Sa voix tremble toujours autant, peut être même plus. Je soupire, avec lenteur, me poussant moi-même à rester calme. Que viens faire un infirmier, s'occupant de moi, alors qu'il ne s'est surement pas occupé de me connaitre, moi et ma condition. Puisque dans ces cas là, il serait surement révulsé, comme chacun d'eux. Il ne semble pas comme ça. Il ne semble pas comprendre pourquoi il est là, ni pourquoi je suis là. Il a l'air incompris. Comme moi-même. Il me donne presque de la pitié.

"Même si je l'étais, personne ne viendrais pour moi. A qui voulez-vous que je plaise ? Je ne suis qu'une gamine orpheline, vous savez. Et qui plus est, enfermée dans un hopital psychiatrique. Je n'aurais ni autorisation de bouger, ni de parler. A quoi me servirais d'avoir une famille, si je ne partage rien avec eux ? Ni amour, ni sentiments ?" C'est ce que j'aurais voulu lui dire, mais mes lèvres restent éternellement closes. Ce sont seulement des pensées que je ne peux saisir, des songes, que je ne peux pas amener à être réelles.

Il essait de se métriser, lâche un soupir et cherche à se calmer. Arrêter ses tremblements qui le rendent stupide plus qu'autre chose. Son index frôle mon poignet. Je tressaille. Je reste muette. Aucun cri ne sort de ma gorge. Je le sens m'observer avec insistance. Précision.

-Tu devrais cacher ces vilaines choses, me dit-il alors.

Il continue de les fixer, sans gêne. Quand à moi, je tremble de tout mes membres, je suis exactement son contraire. Comme si en assurant ce contact, il m'avait transmit une maladie de plus, inconnue à ce jour. C'est une première fois. La plupart des médecins et infirmiers qui s'occupent de moi, s'assurent seulement de mon état de santé sous forme mentale, autant que physique, simplement parce que c'est leur job de veiller à mon rétablissement. Celui ci d'ailleurs incertain, surement, mais qu'importe.

Il semble différent. Il n'est pas leur semblable. Du moins pas complètement. C'est peut-être du au fait qu'il n'ai pas lut attentivement mon carnet de santé, où je ne sais quel autre paparasse me concernant, moi et ma maladie. Et je me rend compte, le lendemain et les autres jours suivants, qu'il s'occupe plus de moi afin que je sois satisfaite au premier abord, pour que je me sente satisfaite de mon image, et peut-être ainsi pour que j'éprouve plus de confiance en moi. En lui. Il voudrait sans doute que je me dévoile, mais malgré cela, je n'en ai aucune envie.

Il se comporte différemment des autres, c'est un fait, mais je n'oublie pas cependant qu'il reste l'un des leurs. J'ai vécu plusieurs temps, mois, années, avec des médecins brutaux, des infirmiers sadiques qui aimaient l'idée de me voir souffrir. Et si il n'était qu'une diversion, seulement pour me tester ? Au service de ceux qui me veulent du mal ou bien pour ainsi prouver que ma psychose est plus présente que jamais, prenant en compte mes faibles progrès.

Cela fait plusieurs jours qu'il se présente, chaques matin, et est associé à cette même tâche, celle du bain. Il semble y prendre du plaisir, non sans me reluquer, chose qui ne le gêne plus maintenant, mais également par le fait de me voir améliorer mes performances physiques. Je ne comprend pas vraiment son enthousiasme, de plus , lorsque cela ne lui apporte rien. A moins que le fait de m'aider contribue à lui faire toucher une prime plus importante. Et si ce n'est pas le cas, je n'y voit pas vraiment d'interêt pour lui. Un bruit me sort de ma torpeur psychologique. Il plonge sa main dans sa blouse et en ressort un ruban rouge, assez long pour former un bracelet.

-Tiens, enroule toi sa autour d'un poignet, je t'en apporterais de nouveaux pour les autres plus tard. Sa te donne un air coquet et très mignon. Petite princesse me dit-il en souriant.

J'hésite à le prendre, les regarde durant de longues secondes. Pourquoi voudrait-on m'offrir quelque chose ? D'autant plus pour m'aider à aller mieux? Mon hypothèse me semble valable, mais peut-être pas suffisamment pour l'accepter. Il ne me laisse pas le temps de réfléchir davantage, et me noue le ruban vermeil autour du poignet, cachant secrètement mes plaies, imprimée à jamais dans les tréfonds de ma chair.

-C'est mieux comme ça, tu n'es tu pas d'accord ? Demande t-il.

Je hoche la tête, dubitative et décide de le garder sur le poignet gauche. Je le dévisage alors, lui lançant un regard interrogateur.

-Les médecins te prèteront moins d'attention, sa t'aidera sans doute.

Je lâche au final un sourire. Je ne savais même plus que j'en était capable. Tout le temps passé à détester, à garder un visage froid et dur. Sans émotions visibles, comme un statue de marbre. Je me rend à peine compte de mon action faciale et tandis qu'il me ramène dans ma chambre, je réfléchis à la suite des évènements.

Le résultat espéré est le bon. On ne se doute même plus que je cache ne serait ce que la moindre douleur. Il y d'ailleurs une réelle amélioration depuis ce jour. Je me sens différente, je dissimule mes craintes, mes souvenirs d'horreur sous les bandeaux couleur sang. Peu à peu, je ne me sens plus égale à un objet, que l'on analyse, teste, utilise. Les moments d'insécurités reviennent, lorsqu'ils me les enlèvent. Je hurle, je me débat, balance des poigs et des pieds pour le sobliger à me lâcher. Je les atteints, certaines fois. Plexus solaire, tibia, partie génitales, tête, aine. La plupart sont cependant trop baraqués pour en souffrir, et n'y prêtent qu'une faible attention, mis à part celui dont j'avais cassé le nez par un coup de coude bien placé.

Mais chaque matin, Sullivan reviens et me rend ce que j'ai perdu. Mon espoir, ma volonté en me nouant un nouveau ruban. J'ai finalement découvert son nom, lors d'une altercation avec d'autres membres de l'équipe médicale. Sullivan. Je le qualifie ainsi, mais seulement intérieurement. Je ne parle pas, je reste toujours sans voix lorsqu'il est avec moi. Et je ne pense même pas lui accorder, ne serait-ce qu'une seconde de ma vie en temps de parole.

Il m'a acheté une bible. De petite taille, dont les dernières pages sont marqués du sigle de l'Institut Saarne. Histoire de ne pas oublier. Il est pratiquant affirmé, alors il me parle de Dieu, Jesus et toutes ces personnes dont je ne connais rien. Je l'écoute sans envie, d'abord, mais il y met tellement de coeur que je choisis d'aprécier son geste au lieu de l'ignorer. Il me chante des prières parfois, il m'apprends toutes sortes de choses. Il me dit que Dieu nous a tous crées dans un but précis, une raison ou une autre.

Que suis-je donc alors ? Création folle ? Idée idiote ? Punition ? Pourquoi suis-je là ? Toutes ces questions qui restent alors sans réponses. Il me découvre, sans arrêt, en train de penser, réfléchir. Sur moi-même, mon avenir, ma vie future, ma présence sur cette Terre. Je ne fais plus que cela, car le reste ne m'importe plus. Pas plus qu'avant d'ailleurs. Mon attitude l'intrigue, mais il fini par s'y faire, à en sourire même. Un jour, il me lance finalement la réponse que je cherchais depuis des lustres.

-Dieu n'est pas maléfique...si il t'a crée, pourquoi le serais-tu ?