Disclaimer : cf chapitre 1

Ma beta est toujours Mistycal… Mérite vos applaudissements pour sa constance…

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Convalescence Au Paradis 1

Acte 1 : Retrouvailles

Harry

La réunion de l'ordre aura lieu demain.

Enfin, le demain du Paradis bien sûr.

Après tout, rien ne presse. Nous sommes ici pour environ un mois et demi. Et puis cela permettra à tout le monde de passer une soirée paisible, de récupérer un peu des évènements de la nuit dernière et du manque de sommeil. Ainsi, nous aurons l'esprit plus clair pour réfléchir et prendre des décisions.

Cela vaut mieux, effectivement, me dis-je, en réprimant un bâillement.

Cependant, il est un peu tôt pour aller se coucher. Pour les gosses surtout, qui sont encore en pleine forme. Après tout il n'est que 19h30, dans le temps normal. Nous ne pouvons pas décemment les envoyer au lit à cette heure. Et puis, ici, le soleil n'est pas encore couché et ça fait du bien de profiter de sa lumière et de sa chaleur. Alors, comme Jérémy et Adrian sont très curieux de faire connaissance avec le campement et son organisation, nous décidons de leur faire faire le tour du propriétaire.

Mon petit frère est totalement émerveillé. Il ne cesse de regarder autour de lui et de me remercier pour cette superbe surprise, même si je lui ai assuré à plusieurs reprises, que c'est à Maman Nally qu'il la doit…

Bien entendu, Alioth et Astoria qui nous suivent dans la visite, racontent avec animation leur précédent séjour ici. Evidemment, Astoria le fait avec forces gestes, traduits par Dennis, qui est sorti de son isolement juste après le dîner…

Pauvre Dennis. Il a l'air un peu éteint. Naturellement, il est content de retrouver ses amis, mais je crois bien que son séjour en isolement l'a fait grandir d'un sacré coup. Il a perdu de son insouciance, c'est sûr. Il a dû prendre conscience que son geste a eu vraiment des conséquences très graves pour Brandburgy et que, s'il a échappé de peu au Conseil de Discipline grâce à l'intervention des Préfètes et Préfets, il risque fort d'être l'objet d'une vengeance un jour ou l'autre…

Bien entendu, Colin qui est également du séjour, lui a appris que ses parents ont été mis à l'abri au Village des Elfes. Il a eu l'air drôlement soulagé de l'apprendre. Pas de doute qu'il s'était fait du mouron pour eux…

« C'est ici, que Ron s'est battu avec le Monstre qui voulait tuer Miho ! » s'exclame soudainement Alioth, quand nous traversons la clairière, dans laquelle tous les gars et filles du C.C.S.A.B.P.M. ont campé durant plusieurs mois…

Je frémis et j'ai la désagréable sensation de sentir à nouveau les griffes du Loup monstrueux s'enfoncer dans mes chairs et m'arracher les entrailles….

J'ai bien failli y laisser ma peau, ce jour-là…

Je devrais dire aussi. Car j'ai risqué la laisser à Priest Hole Manor il n'y a pas si longtemps… J'en prends cruellement conscience, quand je me réveille des cauchemars que je fais encore souvent la nuit…

« Un Monstre ? Pourquoi voulait-il tuer Miho ? » demande Jérémy, l'air nettement moins enthousiaste à l'idée d'être ici, en se tournant brusquement vers moi…

« Nous ne savons pas exactement pourquoi il voulait tuer Miho. Mais il ne pourra plus revenir ici, puisqu'il est mort. Il n'y a plus de danger Jérémy… » réponds-je, d'une voix douce et apaisante.

« Mais s'il y en a un autre qui vient ? » insiste-t-il cependant, le regard anxieux.

« Non, je ne crois pas. Maman Nally s'est assurée que plus aucun Monstre ne puisse venir nous attaquer... » réponds-je, avec assurance.

« Ouais ! Et puis, même s'il y en a encore un qui vient, il n'y a rien à craindre ! Parce que Ron est là et il le tuera comme il a tué l'autre ! » s'exclame Alioth, avant d'entamer le récit de la bagarre impressionnante entre Ron et le Loup…

Jérémy semble sincèrement admiratif, quand il jette des coups d'œil vers Ron, qui nous suit en bavardant avec Draco, Théo et Adrian…

« C'est vrai que tu es un Animagus Grizzly, Ron ? » demande-t-il quand Alioth achève son récit…

Pour toute réponse, Ron se transforme et, au grand plaisir d'Alioth, Astoria et Jérémy, il se met à gronder et faire semblant de les courser dans toute la plaine. Finalement, il revient vers nous avec les trois mômes perchés sur son dos. Autant dire qu'ils sont ravis et fiers de se balader sur le dos d'un Grizzly. Dennis, lui, les regarde avec le sourire indulgent de l'adolescent qu'il est devenu lors de son séjour seul, dans une Tourelle…

Ouais, changé Dennis… Il y a trois jours de cela, je gage qu'il se serait mêlé à leur jeu…

Le tour du propriétaire maintenant fini, nous nous installons paresseusement au bord de la rivière, où les plus jeunes prennent un bain en s'éclaboussant parfois dans de grands éclats de rire, tandis que nous répondons à la multitude de questions posée par Adrian.

Il est très curieux de commencer l'entraînement, d'apprendre à tirer à l'arc également. Mais surtout de découvrir ses aptitudes au combat. Ce n'est pas vraiment qu'il veuille en découdre avec les Mangemorts, c'est surtout qu'il veut être certain de pouvoir se défendre, si sa route vient à en croiser. Et ça, il sait que cela viendra qu'il le veuille ou non. C'est inévitable. Pré Au Lard ou le Chemin de Traverse peuvent être attaqués, lorsqu'il y va en course.…

Et bien sûr, il répondra à l'appel de l'Ordre, en cas de nécessité...

Doucement, le Soleil commence à descendre à l'horizon. Alors nous revenons vers le campement de Yourtes et nous nous séparons. Je vais installer Jérémy, dans celle qu'il va partager avec Dennis et Alioth. Elle est douillette et mon petit frère est ravi de la découvrir. Puis il passe vite fait dans la salle de bains, pour enfiler son pyjama et se brosser les dents, avant de venir se mettre au lit. Je l'embrasse, pour lui dire bonsoir et lui recommande de ne pas veiller trop tard avec ses copains, avant de regagner ma Yourte.

Draco et Neville sont déjà au lit et Ron, qui m'attendait avachi dans un fauteuil, se lève aussitôt mon entrée, me saisit la main et m'entraîne sans attendre vers notre chambre.

C'est la première fois que nous avons vraiment de l'intimité, depuis la rentrée. Je suis crevé, presque vidé. Mais j'ai besoin de partager un petit moment de tendresse avec lui. Alors, la porte à peine fermée derrière nous, je me coule dans ses bras, pour l'embrasser avec toute la force de mon amour pour lui.

Ron me soulève et je noue mes jambes autour de sa taille. Notre baiser se prolonge, tendre et doux. Un vrai baiser de retrouvailles…

« Putain, Harry ! Si tu savais comme j'ai eu peur… » souffle Ron, lorsque nos bouches se séparent, son front contre le mien, son regard vrillé dans mes yeux..

Les siens brillent de larmes contenues et je le sens trembler de tous ses membres, quand il me serre de nouveau très fort contre lui…

« J'ai eu peur aussi. Mais même si je me croyais parfois perdu ou que je me sentais parfois seul et abandonné, je savais au fond de mon cœur que tu viendrais me sauver. Et tu l'as fait.… » souffle-je en retour, en caressant du bout des doigts ses tempes blanchies

« C'est ma faute, si tu t'es retrouvé là-bas. Si tu avais eu ta Bague.. » commence-t-il, d'une voix étranglée, avant que je ne l'interrompe en effleurant ses lèvres des miennes

Je savais que nous aurions cette conversation un jour. Depuis mon réveil à Poudlard je l'attendais. Sa culpabilité m'envahissait, coulait vers moi par vagues quand il me veillait. Pourquoi n'a-t-il pas abordé le sujet plus tôt, je l'ignore, mais je savais que je devais attendre, le laisser en parler de lui-même…

« Non, c'est la mienne, Ron. Uniquement la mienne. Tu n'as rien à te reprocher. J'avais moi aussi envie de faire l'amour avec toi. J'aurais pu te dire d'attendre trois secondes, le temps de reprendre mes effets. Je ne l'ai pas fait. Souviens-toi avec quelle fièvre je me suis jeté sur toi et que je t'ai soufflé à l'oreille d'aller vers ta chambre. Plus tard, alors que nous parlions avec Draco, j'ai pensé à aller récupérer ma Bague, avec mon Portoloin et le Chrono, mais je ne l'ai pas fait. J'ai retardé le moment. Alors tu vois, je suis le seul responsable dans cette histoire. Toi, tu n'as pas à culpabiliser. Tu m'as sauvé, Ron. Tu m'as sauvé presque au prix de ta vie… » assure-je, en le serrant très fort à mon tour

Il est soulagé que je ne lui en veuille pas. Il réside cependant une toute petite pointe de doute dans son esprit, quant à sa responsabilité dans ma distraction. Elle s'estompera avec le temps. Il finira par reconnaître que cela ne sert à rien de culpabiliser. Qu'il n'est pas responsable de la souffrance qui a été la mienne, là-bas, à Priest Hole Manor.

Je l'embrasse, tenant son visage en coupe dans mes mains, avant de plonger de nouveau mes yeux dans son regard clair…

Il est si intense qu'il me vrille sur place, d'une bouffée d'amour presque étouffante…

Merlin ! Comme je l'aime !

Et je lui dis avec ma bouche et mes mains.

Je pars à la redécouverte de son corps, m'attardant longuement sur ses cicatrices d'amour, tandis qu'il fait connaissance avec les cicatrices de haine que Voldemort a gravées sur ma peau.

Notre plaisir est fait de caresses légères et de baisers doux. De regards tendres et de sourires.

Pas de sexe.

Cela n'a pas lieu d'être ce soir. Nous aurons tout le temps demain et les nuits suivantes. Ce soir, nous avons juste besoin de nous frôler, de nous toucher avec légèreté. De nous repaître du regard, de la chaleur de l'autre. Et de notre amour, si profond, que nos cœurs, nos esprits et notre Magie ont pu se rejoindre, alors que nous étions séparés par des centaines de kilomètres et une Barrière de Magie Noire, d'une terrible puissance…

Je l'aime et je m'endors le cœur apaisé.

Rien, jamais, ne pourra nous séparer.

Pas même la mort.

Je le sais…

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Draco

Comme d'habitude, je me réveille très tôt. Je me lève sans faire de bruit, pour ne pas réveiller Neville et, après une bonne douche bien chaude, je sors de la Yourte.

La fraîcheur du petit matin achève de me réveiller. Le Soleil se lève tout juste entre deux montagnes. Je le regarde éclabousser peu à peu la rivière de ses rayons lumineux, avant de me glisser dans la Yourte où dorment Jérémy, Alioth et Dennis, histoire de voir comment ils vont.

Jérémy surtout. Je sais que Harry apprécierait, que je m'inquiète de lui. Lui-même n'aurait pas manqué de venir le voir s'il était réveillé déjà…

Alioth et Dennis dorment encore comme des bienheureux, mais Jérémy est assis sur son lit. Il s'étire, les yeux gonflés du sommeil qui s'enfuit et bâillant à se décrocher les mâchoires. Cela ne m'étonne pas, car c'est un lève-tôt lui aussi. Je le savais. Cela m'agaçait assez, durant les semaines qui ont précédé Halloween, de le voir rejoindre notre Salle Commune et venir s'installer dans le fauteuil juste à côté du mien, auprès de la Cheminée. A l'époque, je recherchais surtout la solitude et je me méfiais de tout et de tout le monde…

Même des mioches…

Je m'approche de lui, à pas de loup afin de ne pas gêner ses copains, pour lui souhaiter le bonjour et l'inviter à se joindre à moi, dans mon petit tour matinal du campement. Après, je l'emmènerai dans la grotte pour prendre un petit déjeuner, puis nous irons traire les vaches décide-je, tandis qu'il part se préparer dans la salle de bains.

En moins d'un quart d'heure, il a pris sa douche et enfilé ses vêtements. Nous sortons sous le soleil, certes encore pâlichon, mais qui darde ardemment l'air pour le réchauffer. Jérémy prend visiblement plaisir à se promener avec moi et regarde partout avec un intérêt curieux, posant des questions, effectuant des remarques pertinentes.

« J'aime bien depuis que je suis avec vous. Je me sens plus… plus… » déclare-t-il soudain, avant de s'arrêter, sourcils froncés sur les mots qui ne viennent pas…

« Plus léger ? Comme si on t'avait enlevé un carcan qui pesait des tonnes de tes épaules ? » propose-je, en me souvenant de ce que j'ai ressenti, après avoir ôté mon masque et m'être confié à Harry, lors de mon premier séjour ici…

« Ouais… J'ai le droit d'être… vrai… Tu comprends ? » dit-il, en levant des yeux anxieux vers moi.

« Oui. Tu as le droit de pleurer et d'avoir peur ou de rire et d'être heureux… Ouais, je comprends. Ça m'a fait ça à moi aussi. Je me suis senti libre, pour la première fois de ma vie quand Harry et moi nous sommes devenus amis. C'était ici et depuis, je considère cet endroit comme le Paradis… » réponds-je, en lui souriant.

Il hoche la tête et reprend sa marche, sans rien dire pendant quelques minutes, savourant simplement cette petite balade autour du campement, que je retrouve avec un ineffable bonheur.

« Jodie m'a dit que je devais m'enlever ça de la tête, mais je ne peux pas m'empêcher d'espérer que ma mère et mon petit frère viendront me voir et que maman demandera la protection de l'Ordre… » dit-il finalement dans un souffle, le regard maintenant assombri de tristesse

« Je ne connais pas ta mère. Comment est-elle ? » m'enquiers-je, pas trop sûr de ce que je peux répondre d'autre à sa remarque.

Pauvre gosse.

Ça doit être dur pour lui, de penser que ses parents sont toujours du côté de Voldemort, malgré ce qu'il a fait à leur fils…

« Ça dépend. Quelques fois elle est gentille. Mais ce n'est pas souvent… Je crois… Je crois que c'est à cause de grand-père et grand-mère … Ils disent toujours qu'il ne faut pas gâter les enfants. Qu'il faut qu'ils apprennent à obéir, à travailler et à se tenir comme il faut. Et parfois, je pense que s'ils n'étaient pas là, maman serait gentille tout le temps et qu'elle serait venue me voir dès qu'elle a su que je n'étais plus captif. Je crois aussi, que si elle n'a pas répondu à ma lettre, c'est parce que mes grands-parents l'ont empêchée de le faire. C'est grand-père qui commande à la maison et après lui, c'est grand-mère qui dirige les femmes. Alors c'est possible, que ce soit à cause d'eux tout ça. Qu'elle fait comme si je n'existais plus…» répond Jérémy, la voix nouée, en tortillant un long brin d'herbe entre ses doigts.

Je déglutis avec peine. Cela me rappelle tellement l'éducation que j'ai reçue de Lucius ! Je me demande si Jérémy a été battu lui aussi…

« Eh bien… Si c'est ça, peut-être qu'un jour ta mère trouvera le moyen de venir à Poudlard, avec ton petit frère. Elle pourrait dire par exemple qu'elle va se promener avec lui et filer en douce… » suggère-je avec douceur, sincèrement chagriné pour lui.

« Ça m'étonnerait. Elle n'a pas le droit de sortir toute seule. Grand-père dit que cela ne se fait pas qu'une femme sorte, sans son mari ou un chaperon. Mon oncle Edward l'accompagnait quand elle est venue pour le Conseil de Discipline. Jodie m'a dit qu'elle l'a vu… Il est… Il est méchant oncle Edward. C'est… C'est toujours lui qui… qui donne les punitions avec la badine…. Mon père… Lui, mon père… Il… Il jette des Sorts Cuisants… » explique Jérémy, avec hésitation et d'une voix de plus en plus basse.

Il est secoué d'un long frisson, tandis que mon bide se tort.

« J'étais battu, moi aussi, quand mon père n'était pas satisfait de moi… » souffle-je, pour qu'il sache combien je le comprends et qu'il peut me parler de tout ça sans être gêné.

Je ne me gausserai pas de lui, ni ne le jugerai. J'aurai toujours une oreille attentive, s'il veut en parler, lui dis-je et il acquiesce. Puis nous nous remettons en route, en silence et bientôt je l'invite à entrer dans la grotte qui sert de cuisine.

Mon appétit est coupé, mais je prendrais bien un thé, avant d'aller m'occuper des vaches et Jérémy voudra peut-être manger quelque chose. Le petit déjeuner est déjà prêt. Je suis sûr que c'est Dobby qui l'a fait. Je reconnais sa façon de présenter les plats. Je me demande où il peut-être maintenant. Comme nous venons d'arriver, il ne doit pas avoir grand travail à faire encore. Il est peut-être parti se reposer…

Je propose à Jérémy de se servir ce qu'il veut, pendant que je verse le thé dans les tasses. Puis nous nous assoyons à table. Jérémy a choisi des œufs brouillés et un peu de bacon, mais, il chipote dans son assiette. Toute la quiétude dont il avait fait preuve au début de notre promenade, s'est envolée…

« Ta mère parlait-elle quelque fois de Voldemort ? » demande-je doucement, cherchant à cerner sa mère, histoire de savoir s'il faut encourager ses espoirs ou non

Est-elle froide et distante avec lui parce qu'elle n'a pas le choix ? Ou est-elle en accord avec les grands-parents, leurs principes éducatifs très stricts et les maltraitances ?

« Elle ne parle pas beaucoup, ma mère. Je l'ai quelques fois entendue dire à mon père qu'il avait raison, quand il parlait de lui. Mais… maintenant je ne suis plus sûr. Je crois… On aurait dit… Je ne sais pas. C'est que mon père, il n'est pas souvent gentil avec elle non plus. Ils ne se parlent pas beaucoup devant nous, nos parents. Mais quand il a un peu trop bu, mon père devient plus bavard. Et il dit que ma mère est moche, qu'elle était à Poufsouffle parce qu'elle est bête. Peut-être qu'elle n'est pas vraiment pour lui finalement. Et qu'elle disait à mon père qu'il avait raison, pour avoir la paix… » répond Jérémy, les yeux dans le vague, avec un rien d'espoir dans la voix…

Ça ne doit pas être facile d'être dans sa position. Voir les liens avec sa famille coupés aussi brusquement. Putain… Ses parents et ses grands-parents doivent bien savoir ce que Voldemort lui a fait ! Comment peuvent-ils lui rester fidèles dans ces conditions ?

Son père est au Manoir. Je le sais. Pa nous l'a dit. Et même s'il était à Azkaban jusqu'au jour où Harry et Jérémy se sont évadés, il ne peut pas ignorer ce que Voldemort a fait à son fils ! S'en fiche-t-il ?

Et concernant sa mère, Jérémy se raccroche-t-il à un espoir vain ou est-il dans le vrai ?

Peut-être a-t-il raison. Peut-être sa mère est-elle soumise à son père et à sa belle-famille, comme Maman l'était avec Lucius. Il est possible que Jodie, sa sœur, ait mieux apprécié la situation. Après tout, elle est plus âgée. J'essayerai de lui parler de tout cela un jour. En attendant, je n'aime pas voir Jérémy comme ça.

Que lui dirait Harry ?

Harry tâcherait de lui rendre le sourire. Il le rassurerait, comme il m'a rassuré moi, quand j'avais le bide noué de trouille pour maman…

« Si ta mère ne partage pas les idées de Voldemort et qu'elle est retenue contre son gré par tes grands-parents, alors dès que nous le pourrons, Harry, Ron, Blaise, Neville, Théo et moi, nous irons la chercher. Et ton petit frère aussi… » dis-je sur une impulsion, en reposant ma tasse sur ma soucoupe.

« C'est vrai ? » demande Jérémy, en levant brusquement des yeux pleins d'espoir vers moi.

« Oui. C'est vrai. Je t'en fais la promesse. Ne suis-je pas allé délivrer ma mère du Manoir Malfoy, avec Harry, Ron, Hermione et Neville ? Alors je peux bien aller délivrer la tienne, si elle est prisonnière. Nous étudierons la question, avec Pa et Tatie Nally. Ils trouveront bien le moyen de savoir quelles sont ses convictions et sa situation exacte. Tu peux leur faire confiance là-dessus. » assure-je, d'un ton convaincu

« Ce serait… Ce serait formidable ! » s'exclame Jérémy, des larmes brillant dans ses yeux.

« Ouais. Mais en attendant, toi, il faut que tu deviennes fort et que tu t'entraînes sérieusement, pour pouvoir botter le derrière des Ânes Bâtés de ton année, s'ils essayent de t'attaquer. Vous allez être protégés, mais on ne sait jamais, hein ? Alors commence par manger tout ce que tu as dans ton assiette. Et prends un fruit aussi. Tiens, une banane. C'est solide, ça te tiendra au corps… » déclare-je, en saisissant une banane dans la corbeille à fruit, pour la poser à côté de son assiette

« D'accord ! » s'exclame Jérémy, dont le visage s'éclaire d'un grand sourire, avant d'attaquer ses œufs brouillés et son bacon, avec un appétit retrouvé..

Et je ne doute pas qu'il mettra toute son ardeur pour effectuer les exercices durant les entraînements. Que ce soit à la Moldue ou avec la Magie…

J'espère seulement que je ne me suis pas avancé trop vite et que je pourrai tenir la promesse que je viens de lui faire. Que je ne lui ai pas mis de faux espoirs dans la tête. Que se passera-t-il pour lui, si nous venons à apprendre que sa mère est pro-Voldemort ? Comment prendra-t-il la chose ?

Chaque question en son temps, dirait Pa. Commençons par trouver les réponses aux premières, avant de chercher la solution aux suivantes. Pour l'heure, laissons le profiter de son répit au Paradis, se refaire une belle santé et découvrir les joies de la vie…

Aussi, laisse-je de côté ces questions, pour reporter mon attention sur l'instant présent. Jérémy a fini de manger. Il s'essuie la bouche et va se laver les mains au lavabo, tandis que je dépose nos tasses, son assiette et ses couverts sales dans le bac de plonge…

« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » demande-t-il, en se séchant les mains avec un torchon propre.

« Maintenant, je vais te montrer comment on trait les vaches. C'est la règle ici, il faut participer aux corvées si tu veux rester et pouvoir t'entraîner avec les autres. Et je suis sûr que Harry sera fier de toi, quand tu lui raconteras que tu sais traire une vache…» réponds-je, en me levant de ma chaise

Jérémy écarquille les yeux. J'y vois de la crainte, mais il me suit sans rechigner hors de la grotte. Nous longeons le potager et je respire à fond la bonne odeur des feuilles des pieds de tomates, déjà bien réchauffées par le Soleil, puis nous entrons dans la grotte qui sert d'étable. Il n'y a que trois vaches cette fois, alors qu'il y en avait une bonne vingtaine lors de notre dernier séjour. Mais il est vrai qu'il y a beaucoup moins de monde aujourd'hui. Je donne une paire de bottes à Jérémy et j'enfile les miennes. Puis je lui explique ce qu'il faut faire, tandis que nous avançons côté à côté vers une vache. Soudainement, il me prend la main, la serrant très fort, avant de s'arrêter net.

« Tu as peur ? » demande-je avec douceur.

Question idiote. Il est évident qu'il a peur. Il est affreusement pâle. Et il acquiesce simplement de la tête, la voix trop nouée sans doute pour prononcer un seul mot.

« Eh bien… Si tu ne veux pas… » commence-je, avant qu'il ne m'interrompe vivement

« Non ! Harry a dit qu'on ne me forcerait pas, mais je veux le faire… » assure-t-il, d'une voix qui manque cependant de fermeté, en levant son visage vers moi.

« Je ne savais pas que tu avais déjà parlé de ça avec Harry, ni que tu as peur des vaches. Nous n'avons pas eu le temps d'en parler encore tous les deux. S'il avait su que je t'emmènerais si tôt ce matin, sans doute m'en aurait-il dit deux mots hier avant de venir et alors, je ne t'aurais as proposé de faire ce travail avec moi. Es-tu sûr de vouloir le faire ? » m'enquiers-je, en le fixant dans les yeux

Il transpire et sa main est moite dans la mienne. Mais il hoche la tête avec vigueur pour acquiescer.

Je me dis alors, que les gosses sont vraiment prêts à tout, pour obtenir la reconnaissance de ceux qu'ils aiment. Et je sais que rien ne peut motiver davantage Jérémy, que de recevoir l'approbation de Harry. Il est son idole. Son grand frère qui l'a protégé contre Voldemort…

Or, ne lui ai-je pas dit que Harry serait fier d'apprendre qu'il sait traire une vache ?

Que dois-je faire maintenant ? Le persuader que cela n'a pas d'importance ? Que Harry comprend sa peur ? Ou dois-je l'encourager à dépasser cette crainte ? S'il dépasse celle-ci, il saura qu'il a des ressources en lui et pourra petit à petit affronter ses autres peurs, puis ses terreurs. C'est ce que Tatie Nally, Pa et Remus nous ont appris durant les entraînements…

Et je sais que je peux accompagner Jérémy sur cette voie, maintenant, en dépassant sa peur des vaches…

« D'accord. Je vais rester auprès de toi et tu verras, tout va bien se passer. Et quand nous aurons fini, tu n'auras plus aussi peur des vaches. Et je viendrai les traire avec toi quand tu voudras recommencer, jusqu'à ce que tu n'aies plus peur du tout… » assure-je avec douceur

Je l'encourage à bien respirer et à avancer quand il se sentira prêt. Il ferme les yeux et inspire et expire plusieurs fois, selon mes indications. Puis il avance lentement vers la vache. Je lui fais toucher le flanc de la bête, avant de l'inviter à s'asseoir sur le petit tabouret que je fais venir d'un coup de Baguette. Enfin, je place un seau sous les mamelles gonflées de lait et je prends place à côté de lui, m'agenouillant dans la paille sale. Peu m'importe de salir mon treillis, je me changerai tout à l'heure, Jérémy a besoin que je reste très proche de lui.

Voilà, nous sommes prêts. Je nettoie les mamelles, avec de l'eau bien chaude puis j'explique à Jérémy comment positionner sa main autour du pis de la vache, pour la traire.

La vache est tranquille, docile. Elle se laisse faire sans beugler, ni bouger un sabot. Merci Tatie Nally, je suis sûre qu'elle y est pour quelque chose…

Jérémy m'écoute attentivement, le souffle un peu retenu. Il observe chacun de mes gestes, puis, quand vient son tour, il respire de nouveau profondément, avant de prendre deux pis entre ses mains. Je referme mes mains sur les siennes et nous trayons la vache ensemble. Et, quand je sens qu'il a bien compris la technique, je le laisse faire seul.

Il se débrouille bien, s'appliquant avec sérieux, l'air concentré. Sur son front, la sueur s'est évaporée. Il n'est pas encore totalement à l'aise, mais il se détend progressivement et je l'encourage, je lui assure qu'il se débrouille comme un chef. Et il sourit avec fierté…

Et je me sens heureux. J'avais déjà deux frères, de mon âge.

Maintenant j'en ai un petit …

Ouais… Je suis sûr que Harry sera d'accord, pour partager son petit frère avec moi…

Et j'espère de tout cœur qu'un jour, nous pourrons aller chercher sa mère. Qu'elle sera soulagée et heureuse de venir avec nous…

Sinon, je partagerai Maman avec lui…

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Acte 2 : Espions En Questions

Hermione

Tout le monde est là. La réunion va pouvoir commencer.

Je vérifie une dernière fois que j'ai suffisamment de parchemins et d'encre, pour prendre des notes. Car en l'absence de Remus, je me suis proposée pour le remplacer au poste de secrétaire de séance et je compte bien lui faciliter la tâche, quand il devra retranscrire le rapport de cette réunion, dans le Registre des Archives de l'Ordre…

« Bien, le premier point de la réunion de ce jour, concerne la mission d'Algie et Rupert. Comme vous le savez, Voldemort veut entrer en possession de toutes les traductions et des écrits originaux, qui évoquent le Chemin des Âmes et nos deux amis sont chargés de découvrir ces ouvrages avant Yaxley et Bletchley, tous deux mandatés par Voldemort pour les trouver. Algie et Rupert, sont venus me voir ce matin, pour m'annoncer qu'ils ont effectué une grande avancée dans leurs propres recherches. En effet, ils sont entrés en possession d'un carnet, renfermant de très précieux renseignements. Ce carnet a appartenu au petit-fils de l'homme qui a écrit la version Grecque et ils espèrent trouver incessamment les écrits originaux, sous forme d'un Volumen… » commence le professeur Dumbledore, avant de boire une gorgée du thé que vient de lui servir Tante Molly.

« Ah ! On pouvait compter sur ç'vieux baroudeur d'Algie, pour dénicher une perle rare et couper l'herbe sous l'pied d'Voldemort ! » s'exclame Maugrey Fol Œil, l'air très satisfait.

« La perle rare n'est pas encore dénichée, Alastor, même si nous sommes encore en droit de l'espérer. Algie et Rupert sont repartis aussitôt après leur visite, pour la Suède, où il est possible que le Volumen soit encore. » répond le professeur Dumbledore, en regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune

« Et qu'est-ce que c'est, un Volumen ? » demande Draco, en haussant un sourcil vers le professeur

« C'est un document, plus ou moins long, rattaché à deux cylindres de bois. Il est enroulé autour de l'un des deux cylindres et, à mesure de la lecture, on l'enroule autour de l'autre. Les premiers Volumens étaient en papyrus, qui est une matière très fragile. C'est pourquoi les égyptiens ont inventé cette technique, pour préserver leurs écrits. C'est très ancien et très rare maintenant. A partir du IIIème siècle, on lui a préféré le Codex, qui est l'assemblage de plusieurs cahiers de parchemins pliés en deux ou même en quatre. Ces cahiers sont cousus ensemble et ajustés d'une reliure. En fait, le Codex est l'ancêtre du livre tel qu'on le connait maintenant… » réponds-je, en lieu et place de notre Directeur

« Merci Hermione. Je ne doutais pas que je pouvais compter sur toi pour une explication enrichie de quelques éléments d'information complémentaires. Grâce à toi, me voilà un peu plus cultivé… » déclare Draco, avec un petit sourire en coin…

Je me sens un peu rougir sous son regard. J'ai l'horrible impression d'un retour en arrière et et d'être de nouveau la « miss-je-sais-tout » ennuyeuse et pompeuse qui gonflait parfois mes amis…

« Soit un peu charitable, Draco. Cela faisait longtemps qu'Hermione ne nous avait pas inondés de son savoir. Ça commençait à me manquer. Et je parie que tôt ou tard, on aurait entendu parler de Codex. C'est logique après tout. Il doit bien y en avoir un ou deux, parmi les traductions que recherche Voldemort. Alors au moins, on saura ce que c'est quand on en parlera… » sourit Harry, en passant son bras sur mon épaule, pour me serrer contre son flanc.

Et il m'embrasse sur la joue, avant de me sourire avec tendresse, tandis que je le remercie d'un regard et que Draco me chuchote à l'oreille qu'il plaisantait. Il me serre la main et je me sens rassurée.

C'était juste une plaisanterie. Pourquoi l'ai-je pris comme un reproche ? Il faudra que j'y réfléchisse plus tard.

« Il est effectivement, question de Codex, dans le rapport que m'ont fait Algie et Rupert ce matin et je remercie Hermione pour avoir anticipé en précisant ce que c'est. » déclare le professeur Dumbledore en me saluant d'un petit signe de tête, avant de poursuivre : « Grâce au précieux carnet qu'ils ont trouvé à la Citadelle de Lille, dans le Nord de la France, Algie et Rupert ont découvert, que l'auteur de la version Grecque, étaient en possession des Codex rédigés en Latin, Egyptien et Araméen. Ces ouvrages lui ont été volés, en même temps que sa traduction en Grec, alors qu'il séjournait à Venise où il était sur la piste du Volumen. Le petit-fils du traducteur, a effectué son enquête, à Venise. Il a alors appris deux faits essentiels. D'abord le nom des voleurs, puis que son grand-père avait fini par découvrir un indice menant en Suède, pays où il fût terrassé par la maladie qui le rongeait depuis de nombreux mois. A ce propos, Algie pense que c'est à cause de sa maladie, qui touchait le cerveau, que la version en Grecque est souvent très approximative… »

Le professeur Dumbledore s'interrompt, pour boire une nouvelle gorgée de thé, tandis que chacun absorbe ce qu'il vient de nous raconter.

« A-t-il trouvé le Volumen, avant de mourir ? » demande Oncle Arthur, sourcils froncés.

« Nous l'ignorons. Mais le Registre des Familles Sorcières de France, indique que son petit-fils s'est définitivement installé en Suède et qu'il a fini ses jours dans la même demeure que son grand-père… Il semble que ce garçon ait éprouvé de forts sentiments de tendresse pour son aïeul et qu'il lui tenait à cœur de poursuivre sa quête. Algie et Rupert doutent qu'il ait renoncé à chercher… Aussi, pensent-ils que le vieil homme avait trouvé et caché le Volumen dans cette demeure. Et que son petit-fils est allé y vivre, pour protéger le trésor après lequel son grand-père avait couru toute sa vie.» répond le professeur Dumbledore, qui refuse d'un geste la part de gâteau que Tante Narcissa lui propose.

« Et les voleurs ? Qui étaient-ils ? Le petit-fils a-t-il pu leur reprendre les autres livres ? Pardon, Codex.. » s'enquiert Kingsley, en me jetant un petit clin d'œil

« Peu importe le nom des voleurs. Ce qui compte, c'est qu'ils agissaient dans l'intérêt de Pancratius Malfoy… » répond abruptement le professeur Dumbledore, ce qui provoque quelques remous parmi nous

De la part de Draco notamment, qui sursaute et renverse à demi son jus de citrouille.

« Pancratius Malfoy ? Mais c'est mon aïeul au cinquième degré ! Alors cela explique que Voldemort ait été en possession de la version Grecque ! Il l'aura découverte dans la bibliothèque familiale ou dans le bureau de Lucius… Mais dans ce cas, où sont les autres ouvrages ? Ils n'ont sûrement pas été vendus, puisqu'ils forment un ensemble. Sont-ils aussi au Manoir ? Non, ça ce serait étonnant. Voldemort a dû consulter tous les ouvrages de la bibliothèque et du bureau avant de lancer Yaxley et Bletchley à leur recherche. Dans le coffre de Lucius à Gringotts peut-être ? » réfléchit-il tout haut, avec un peu de précipitation…

« Ils ne sont pas dans son coffre. Je suis allé vérifier cet après-midi, à la demande du professeur Dumbledore… » répond Bill, l'air déçu

« Mmmm… Il y a quelque chose qui n'est pas clair… Pourquoi Voldemort n'a-t-il rien demandé à Lucius ? Pourquoi ne pas l'interroger à ce propos ? » demande Tante Narcissa, sourcils froncés

« Peut-être que Voldemort était persuadé que Lucius ne les possédait pas ? Ou peut-être l'a-t-il interrogé, mais que nous ne le savons pas, parce qu'il l'a fait avant que Dobby soit allé poser des caméras au Manoir et que Lucius ignorait ce que sont devenus ces ouvrages ? Ou peut-être encore n'a-t-il rien demandé à Lucius, car il veut garder ses projets secrets. Après tout, les ouvrages ont pu être vendus par Pancratius lui-même et Voldemort peut avoir trouvé la version Grecque ailleurs qu'au Manoir Malfoy » propose Kingsley, le visage chiffonné sur sa réflexion

« Effectivement, Kingsley. Et souvenez-vous que Voldemort a précisé, avant d'envoyer Yaxley et Bletchley en mission, qu'il s'agissait d'une affaire qui revêtait une importance capitale pour ses futurs projets. Il y a deux semaines, quand Lucius l'a interrogé sur la mission de ces deux Mangemorts, Voldemort lui a menti et quand Yaxley et Bletchley sont venus lui rendre compte le dimanche soir suivant, il leur a fait prêter Serment sur leur vie de ne rien révéler de l'objet de leur mission à ses autres Serviteurs. Même s'il s'agissait de Lucius ou de Bellatrix. Et tels qu'il a formulé ses propos, Yaxley est persuadé que lui-même et Bletchley remplaceront Lucius et Bellatrix aux premières places aux côtés de Voldemort, si tous deux réussissent cette mission… » répond le professeur Dumbledore sur un ton doux, presque ailleurs

Lui aussi, semble réfléchir encore à toutes ces questions, même si je ne doute pas qu'il l'ait déjà fait longuement depuis ce matin…

« Oui, bien sûr. Comme d'habitude Voldemort compartimente ses rangs, donnant des tout petits bouts d'information concernant ses projets, seulement quand c'est nécessaire et sous couvert du secret aux Mangemorts chargés de mission. Il a toujours fonctionné ainsi. La seule nouveauté, c'est qu'il a fait prêter Serment à Yaxley et Bletchley. Cela révèle combien il est ébranlé dans la certitude d'avoir une emprise absolue sur ses Serviteurs, depuis que Parkinson a pris l'initiative d'attaquer le Poudlard Express, pour assouvir une vengeance personnelle » déclare Tonton Sev, les yeux plissés

« Oui. Jusqu'à présent il n'avait jamais eu à redouter que ses Serviteurs fassent passer leurs intérêts personnels avant les siens. Edmond Parkinson l'a fait. Le Russe également, en lui enlevant Ievguenia. Et, il a pensé que Lucrèce Zabini était complice de l'évasion de Harry… Tant de désobéissance, a de quoi faire vaciller ses certitudes, quant à son autorité. Il a donc décidé de prendre des mesures plus drastiques encore, pour asseoir sa position et protéger le secret de ses projets. Je pense qu'il confiera de moins en moins de missions importantes même à ses plus fidèles serviteurs, comme Bellatrix, Rabastan Lestrange et Dolohov. Cela ne les satisfera pas et les bases de son organisation s'effriteront peu à peu. Il perdra leur confiance et les luttes intestines pour obtenir une place de choix auprès de lui, s'intensifieront, créant des dégâts certains dans ses rangs. Et si cela perdure trop longtemps et que les Mangemorts de son cercle le plus fermé commencent à se sentir spoliés, peut-être même des complots contre lui s'organiseront-ils… » renchérit Tatie Nally, qui semble réfléchir à voix haute…

« Tant mieux si cela se passe comme ça et qu'ils finissent tous par s'entretuer. Ceci dit, cela ne nous apprend rien sur la localisation de ces fameux bouquins qu'il veut à tout prix…» déclare Ron, d'un ton neutre, en se servant une tasse de thé.

Soudainement, Draco qui était resté plongé dans ses réflexions depuis quelques minutes, se lève d'un bond

« Mon coffre ! Maman, tu as dit qu'il y avait des livres dans mon coffre, probablement entreposés là pour faire de la place dans celui de Lucius ! Peut-être que les Codex sont parmi eux ! » s'exclame-t-il, le regard brillant

« Mais oui ! C'est possible ! Bill, je sais que vous vous êtes déjà assuré que ces livres ne concernaient pas la Magie Noire. Mais à cette époque, vous n'avez pas prêté plus attention aux sujets traités par ces ouvrages ! Pourriez-vous aller vérifier que ce ne sont pas les autres traductions ? » s'exclame à son tour Tante Narcissa, ses yeux brillants autant que ceux de Draco…

« Pas de problème. Je le ferai avec plaisir à la première heure lundi… » répond Bill, avec un sourire

« Ah ça ! Ce s'rait un joli coup dur pour Voldemort, si ç'qu'il cherche est dans l'coffre de Draco ! Sûr que s'il vient à l'savoir, Lucius se prendra une raclée magistrale ! » tonne Maugrey, avant d'éclater de rire.

Il m'ôte presque les mots de la bouche. Au fond de moi, je suis sûr que Bill trouvera les livres ou Codex, comme on veut. Car je vois mal l'un des ancêtres de Draco, se défaire d'une quelconque de ses possessions malhonnêtement acquise…

« C'est certain. Mais pour qu'il l'apprenne, il faudrait que Yaxley et Bletchley viennent eux-mêmes à le savoir.» fait remarquer Charly, avec une moue qui traduit parfaitement ce qu'il pense des deux Mangemorts.

« Exact. Et où en sont-ils, de leurs recherches ces deux-là ? » demande Kingsley, en penchant la tête vers le professeur Dumbledore

« Ils sont en France, avec une bonne longueur de retard sur Algie et Rupert, bien sûr, mais il semble qu'ils aient placé des indicateurs un peu partout dans les Bibliothèques et Musées d'Europe. Gino, le stagiaire du Conservateur du Musée Sorcier de Paris, est l'un d'eux et les a prévenus qu'Algie et Rupert effectuaient des recherches à propos de Codex écrits en Araméen, Egyptien et Latin, tout comme eux. Yaxley et Bletchley les ont donc attaqués, avec le stagiaire, alors que nos amis se trouvaient avec le Conservateur du Musée Sorcier de Paris, Robert Duchêne, une vieille connaissance d'Algie. Ils voulaient les enlever, surtout Algie qui est réputé pour son érudition. Ils désiraient sans doute le faire parler de ses recherches d'une part et se servir de ses connaissances pour effectuer les leurs d'autre part. Mais grâce au concours de Robert Duchêne, Algie et Rupert ont pu s'échapper, puis se procurer le Registre des Familles Sorcières de France, au Château de Chantilly. Voldemort a été furieux lorsqu'il l'a appris. Même s'il n'a pas de certitude, il soupçonne fortement Algie et Rupert d'effectuer les mêmes recherches que ses Mangemorts et il a compris que le Registre allait fournir une aide précieuse à Algie et Rupert. Le Stagiaire ayant assuré que nos deux amis n'ont pas eu le temps de consulter les ouvrages du Musée, ni à la Bibliothèque, faute de temps, Voldemort a renvoyé Yaxley et Bletchley en France, pour le faire et surtout retrouver la trace d'Algie et Rupert… » explique le professeur Dumbledore, tandis que je vois le visage de Tatie Nally se faire de plus en plus rêveur…

Une idée germe dans son cerveau à propos de tout cela, j'en suis convaincue. Elle a toujours cet air-là, quand elle commence à élaborer des plans.

« Mmmm… Si les Codex sont dans le coffre de Draco, que diriez-vous si nous envoyions Yaxley et Bletchley sur la piste Vénitienne ? » murmure-t-elle, quand le professeur Dumbledore a fini ses explications

Tonton Sev la regarde en haussant un sourcil interrogatif.

« Tu voudrais que Yaxley et Bletchley découvrent que Pancratius Malfoy a fait voler les traductions pour son compte, c'est cela ? Mais cette piste est sans doute complètement refroidie, pour ne pas dire gelée, depuis de très longues années. » dit-il, d'un ton dubitatif

« Oui, sans aucun doute. Mais nous pourrions la réchauffer sérieusement et même les envoyer sur une fausse piste concernant le Volumen. D'ailleurs savent-ils seulement qu'ils doivent chercher un Volumen ? » répond Tatie Nally, avec un sourire éblouissant.

« Et comment comptes-tu t'y prendre pour faire cela ? » demande Tonton Sev, sourcils froncés

« Le stagiaire. Il est bien Italien, n'est-ce pas, Albus ? » répond Tatie, en se tournant vers le professeur Dumbledore qui hoche la tête, avant qu'elle ne précise : « Alors c'est lui qui enverra Yaxley et Bletchley sur Venise, où ils trouveront… des lettres… Oui, une correspondance privée, dans laquelle il sera fait état du vol et du Volumen… Je vais réfléchir à tout cela. »

Je ne doute pas qu'elle aura établi son plan point par point, avant la fin de notre séjour. Ni qu'elle en discutera longuement avec Tonton Sev, qui plisse lui-même les yeux sur la réflexion…

OoOoOoO

Ron

Nos affaires avancent semblent-il. Bien. Nous avons eu assez de déboires ces derniers temps, pour que la chance revienne un peu du côté de l'Ordre…

« Nous reviendrons sur votre idée, Nally, lorsqu'elle sera peaufinée. Et maintenant je vous propose de passer au point suivant, à moins que l'un d'entre vous ait quelque chose à ajouter, concernant la mission d'Algie et Rupert. » annonce le professeur Dumbledore qui regarde à la ronde.

Et comme chacun hoche négativement la tête, il poursuit :

« Voldemort est persuadé, après un contact avec son Espion de Poudlard, que Severus a créé une Potion qui permet à nos Membres, d'avoir une résistance physique et une puissance de Sorts accrues lors des combats. » explique-t-il, tandis que je jette un coup d'œil à Harry, Draco et Hermione.

Ça, nous le savons déjà. Tonton Sev nous a fait voir, à Harry et moi, la conversation entre Voldemort et Lucius. En revanche, à part Tatie, Tonton et mon père, personne parmi les autres Membres Décideurs n'a l'air informé encore…

« C'te bonne blague ! Il est vraiment incapable de reconnaitre que nous puissions être plus forts qu'ses Mangemorts, hein ! D'après lui, le fait qu'ils utilisent la Magie Noire devrait les rendre plus puissants qu'nous et leur permettre de nous balayer comme des mouch'rons, n'est-ce pas ! » s'exclame Fol Œil, en tapant sa cuisse du plat de la main.

« Effectivement, il y a des chances pour que ce soit cela, Alastor. Toujours est-il qu'il veut en savoir davantage sur cette Potion, utilisée selon son Espion, par les amis proches de Harry et Draco, lors de l'attaque du Poudlard Express. » répond le professeur Dumbledore, en se tournant vers Fol Œil

« C'est de la Potion Revitalisante, dont il parle, n'est-ce pas ? Alors ça indique au moins une chose, c'est que son Espion n'est pas fortiche en Potion…» déclare Fred, avec un sourire narquois

« Ouais. Tu as raison, mon cher Fred. Sauf qu'il n'a certainement jamais vu la couleur de la Potion Revitalisante, selon la recette un chouia corsée de Tonton Sev. La nuance est infime, mais pour un œil exercée, c'est trompeur… » réplique Georges, non moins moqueur

« Tu suggères donc, mon cher Georges, que cet Espion serait au contraire un expert aussi balaise que Tonton Sev, pour reconnaître à coup sûr une Potion rien qu'à sa couleur ? Et que comme il n'a jamais vu la Potion Revitalisante selon la recette de Tonton et qu'il n'y a aucune autre Potion ayant exactement la même nuance de couleur que la sienne, il a pensé qu'il s'agissait d'une nouveauté ? » demande Fred, d'un ton dubitatif

« Non, je pense au contraire qu'il n'avait sûrement jamais vu de Potion Revitalisante du tout. A Poudlard, c'est sûr, il n'aurait vu que celle selon la recette de Tonton Sev et aurait donc pu l'identifier aisément. Hors de Poudlard, à part à Ste Mangouste, on n'utilise pas cette Potion couramment. Ce qui signifie qu'il ne l'a sûrement ni vue, ni étudiée…» répond Georges, avec un regard rieur

« Elle au programme de fin de Sixième année. Mais j'en connais au moins un, à part Hermione, Harry et Ron, qui savait en faire et même de la Renforcée, en début de Sixième… » glisse Fred en coulant un regard vers Draco qui fait une grimace.

Il n'aime pas penser à cette époque, où il prenait cette Potion pour tenir le coup et faire face à la fatigue occasionnée par le manque de sommeil et ses cauchemars…

« Ouais. Mais que peut-on déduire de ça ? Pas grand-chose. Soit le gars n'a pas passé ses Buses, soit il les a passées et n'a pas inscrit Potion à ses Aspics, soit il est encore en début de Sixième et n'a pas eu la curiosité ou l'imprudence d'avancer tout seul dans le programme, en expérimentant les Potions de l'année suivante pendant les vacances, comme le faisaient certains de ma connaissance… » fait remarquer Charly, en haussant les épaules, avec un clin d'œil pour Fred et Georges, avant d'ajouter : « Ni étudiée lors d'un entraînement avec Sev, comme l'ont fait Harry, Ron et Hermione l'été dernier ou les Membres du C.C.S.A.B.P.M. plus récemment… »

Je soupire intérieurement. Avec les copains, nous sommes revenus sur cette question des dizaines de fois, depuis que Harry et moi sommes revenus du QG de l'Ordre, avec cette information… Et à chaque fois, nos réflexions étaient stériles…

« Fortiche ou pas en Potion ? A-t-il eu l'occasion ou non d'en boire lors de l'attaque ? Ou a-t-il seulement vu l'un de nos amis proches en boire et observé qu'après ça, l'ami en question avait un regain d'énergie ? Comment communique-t-il avec Voldemort ? Nous avons déjà retourné ces questions-là dans tous les sens, les gars. Cela ne nous a pas aidés à identifier notre Espion. Tout ce que nous savons avec certitude, c'est que c'est un garçon et qu'il est à Poudlard, probablement entre la Quatrième ou Cinquième et Septième année… » intervient Draco, qui lui, soupire ouvertement…

« Et qu'il porte un peu trop intérêt à Ginny et Luna. Le problème, c'est qu'aucun de nous n'a jamais remarqué un gars qui les regarde de manière plus appuyée que les autres. » complète-je, avec froideur

A mes côtés, Harry sursaute et je me tourne vers lui, en haussant un sourcil interrogatif…

« C'est vrai, en ce qui nous concerne. Mais nous n'avons jamais évoqué l'intérêt qu'il porte à Ginny et Luna, avec l'ensemble du Comité, juste avec les Membres Décideurs… Nous devrions révéler ce détail à tout le monde. Nous serons alors davantage d'observateurs et nous finirons peut-être par le coincer grâce à ça… » dit-il, le regard dans le vide, comme s'il se parlait à lui-même…

« J'en prends note, Harry… » souffle Hermione, en griffonnant immédiatement quelques mots sur un parchemin

« Puisque nous avons dérivé sur la question de l'Espion de Poudlard, autant aller jusqu'au bout, n'est-ce pas ? » déclare maintenant Harry, en regardant notre Directeur.

Et comme celui-ci hoche la tête pour acquiescer, il poursuit en exposant nos idées pour tâcher de coincer ce salaud d'Espion quand il communique avec Voldemort, raison pour laquelle nous avons invité les gars et filles du Sous-Comité de Recherches à se joindre à nous lors de ce séjour, pour améliorer la Carte de Poudlard…

« Enfin », achève Harry, « Afin de ne pas courir le risque de faire entrer le chat dans la cage aux Lutins (1), nous avons pris la décision de ne plus intégrer d'autre Membre dans le C.C.S.A.B.P.M., hormis Adrian Pucey, bien qu'il ne soit plus étudiant. Mais cela nous semblait intéressant qu'il fasse partie du Comité de Recherches. Et comme il est à Poudlard, il pourra assister à toutes nos réunions. »

« Je comprends votre prudence. Et je l'approuve. D'autant qu'il va falloir redoubler de vigilance et de précautions dans vos déplacements, quand vous vous rendrez à vos réunions, entraînements et missions de surveillances. Car nous allons bientôt avoir affaire à un second Espion à Poudlard… » déclare Tatie Nally, en caressant machinalement sa longue tresse

« Un second Espion ? Sait-on de qui il s'agit ? » s'exclame Fleur avec surprise et inquiétude

« Oui. Cela fait partie d'un plan dont nous avons rapidement jeté les grandes lignes, Albus, Severus et moi-même. Vous allez comprendre pourquoi dans un instant… » répond Tatie Nally, en passant la parole au professeur Dumbledore.

Et celui-ci explique que Voldemort veut infiltrer un Espion dans l'Ordre, un Potionniste, qui sera chargé de découvrir en quoi consiste la fameuse Potion sensée nous donner de supers pouvoirs et une résistance physique hors du commun et que l'Espion de Poudlard est chargé de zigouiller (ou plutôt faire zigouiller) Tonton Sev et Tarendra, pour avoir accès aux notes et recettes concoctées par Tonton Sev. Enfin, il demande à Papa, de nous lire la lettre qu'il a reçue.

Papa essaye d'adopter un ton neutre, mais un coup d'œil vers mes frangins, m'indique que je ne suis pas le seul à avoir repéré la colère qui couve dessous. Et je comprends ce qu'il ressent. L'autre le prend pour un parfait imbécile avec ses flagorneries de très bas étage.

« Faut être con, pour écrire une lettre qui pue l'embrouille à cent mille lieux à la ronde comme celle-là ! » commente dédaigneusement Harry à mon oreille.

« Ouais. Bien plus con que celui qu'on prend pour un con… » acquiesce-je, tandis que Maman pince les lèvres.

Ce type se frottera à elle, s'il croise son chemin. Et je ne donne pas cher de lui. Car s'il y a bien une chose que Maman ne supporte pas, c'est qu'on prenne mon père pour un idiot. Il passera un sale quart d'heure, l'enfoiré, c'est certain.

Aussitôt que Papa a fini de lire la bafouille, Maugrey, propose qu'on envoie son auteur, Egidus Latton, sur les roses. Kingsley, s'y oppose, car il pense qu'on devrait lui faire croire qu'il est intégré au contraire. Et l'envoyer sur des missions casse gueule…

« Quant à moi, je pense que nous devrions l'intégrer et l'exploiter contre Voldemort… » déclare Bill, haut et fort.

« C'est exactement ce que nous pensons Nally, Severus et moi-même, Bill. Et c'est pourquoi nous allons le faire venir à Poudlard. » déclare le professeur Dumbledore, d'un ton tranquille.

« Pourquoi à Poudlard ? Et sous quel prétexte ? » demande Charly, les sourcils froncés

« Garde tes amis près de toi et tes ennemis plus près encore… » sourit Tonton Sev, en lui adressant un clin d'œil, avant d'ajouter : « A Poudlard nous pourrons le surveiller de près et le tromper sur nos intentions, nos forces et nos faiblesses. Il sera tenu éloigné des combats, des entraînements, des missions de recrutements, de nos bases d'espionnages et tout le reste. En revanche, nous lui fournirons de fausses informations qu'il s'empressera de transmettre à Voldemort… »

« Ouais, d'accord. Bonne stratégie d'éloignement de l'Ordre du Phénix et de ses secrets. Mais effectivement, cela ne va pas faciliter notre tâche à Poudlard. Comme l'a dit Tatie, il va falloir redoubler de prudence. Ceci dit, il y a assez de professeurs à l'école. Alors comment allez-vous justifier sa présence là-bas ? » m'enquiers-je, en regardant mon Directeur…

Mais ce n'est pas lui qui répond. C'est Tatie Nally. Et j'avoue que sa réponse me laisse sur le cul pendant une ou deux secondes…

OoOoOoO

Harry

« Severus va mourir… » déclare Maman Nally, d'un ton si sérieux, que j'en ai des sueurs froides.

Kingsley s'étrangle et recrache son thé en toussant à en perdre le souffle.

« Pardon Nally. Désolé de t'avoir interrompue avec cette quinte de toux intempestive, mais à la façon dont tu viens de lâcher que Sev va mourir, j'ai cru pendant un quart de poil que tu étais sérieuse…. » s'excuse-t-il, quand il a repris son souffle.

« Mais je suis sérieuse, King. Severus va mourir… » répond Maman Nally, une lueur malicieuse traversant son regard.

« Pauvre vieux. Tu as pourtant l'air en excellente santé… » commente Charly, avec un sourire vers Papa Sev

« Nous allons sincèrement te regretter, Tonton… » déclare Fred, en tapotant ses yeux, comme s'il pleurait déjà

« Oh oui ! Quel grand vide tu vas laisser dans nos pauvres cœurs inconsolables ! » ajoute Georges, en essuyant lui aussi des larmes imaginaires

« Mais avant de mourir, n'oublie de coucher tes neveux préférés sur ton testament, hein ? » enchérit Fred, avant de se moucher aussi bruyamment que le ferait Hagrid, dans un grand mouchoir à carreau

« Oui, surtout n'oublie pas ! La recette de ta fameuse Potion ratée nous conviendra parfaitement ! Tu vois celle dont je veux parler, n'est-ce pas ? » renchérit Georges, les épaules secouées de faux sanglots.

Papa Sev lève les yeux au ciel, avec un sourire amusé. En revanche, Molly qui n'est pas spécialement de bonne humeur depuis qu'Arthur a lu la lettre du Potionniste, commence à rougir de colère.

« Fred ! Georges ! Cessez ces bêtises ! Ce n'est pas le moment ! » tonne-t-elle d'ailleurs, avec un regard sur ses fils, qui n'admet aucune réplique

Fred, qui comprend qu'il n'a pas intérêt à pousser la plaisanterie plus avant, ferme sa bouche, et se fait tout petit derrière Bill, tandis que Georges lui fait un clin d'œil complice.

« Reprenez, Nally, exposez nous donc votre idée… » poursuit Molly, d'un ton considérablement radouci

« Nous allons répondre à Egidus Latton que nous devons examiner sa candidature et lui proposer un rendez-vous. Bien entendu, il n'est pas question qu'il s'entraîne avec nous, ni qu'il soit mis au fait de notre organisation. Pas plus qu'il ne devra rencontrer les autres Membres de l'Ordre. » commence à exposer Maman Nally, avant que Fol Œil ne l'interrompe

« Si nous l'mettons à l'écart le gaillard, Voldemort va vite comprendre que nous l'avons percé à jour ! » s'exclame le vieil Auror, sourcils froncés.

« Non, car nous allons lui dire que sa candidature nous intéresse beaucoup, mais que nous voulons le préserver pour une mission spécifique et qu'il est primordial, pour l'intérêt de celle-ci, qu'on ne puisse pas faire le rapprochement entre lui et l'Ordre du phénix. Qu'il est même préférable qu'il ne soit pas connu du plus grand nombre de nos Membres, afin qu'aucun ne commette involontairement d'impair, au cours d'une rencontre due au hasard, par exemple… » répond Maman Nally, une lueur nettement malicieuse traversant le regard qu'elle jette vers Papa Sev.

Je subodore encore une idée tordue derrière tout cela. D'autant que Papa Sev a adopté l'air très satisfait d'un chat repu…

« Quelle mission spécifique ? Je ne vois pas ce qu'il pourrait faire de spécifique à Poudlard, à part remplacer Severus… » fait remarquer Tonks, qui était restée silencieuse jusqu'ici

Elle a les traits tirés et je sais qu'elle se fait beaucoup de soucis pour Remus. Elle m'a d'ailleurs confié tout à l'heure qu'elle retournera auprès de lui aussitôt la réunion terminée…

« Il n'y aura pas de mission spécifique. Cela fait partie du bateau que nous allons monter de toute pièce, pour lui faire croire qu'il a réussi à s'infiltrer haut la main dans nos rangs, mais aussi de gagner un peu de temps, avant de faire mourir Severus… » commence à lui répondre en souriant Maman Nally, avant de se tourner vers Papa Sev pour qu'il poursuive

« Gagner du temps certes, mais surtout, avoir de quoi tenir l'esprit de Voldemort occupé et le faire devenir chèvre pendant un petit moment… Voilà l'idée : nous allons dire à Egidus Latton, qu'avant de lui confier cette mission fictive, nous devons tester ses capacités et nous assurer qu'il ait reçu un bon entraînement. Mais finalement, je serai mort avant qu'il soit nécessaire de lui révéler en quoi consistait cette mission et nous lui dirons alors qu'elle sera assurée par quelqu'un d'autre car nous avons besoin de lui pour me remplacer à l'école. Cependant, nous pouvons être certains qu'il va rapporter nos propos à Voldemort, qui se creusera alors la tête pour tâcher de deviner qu'elle peut-être cette importante mission dont un inconnu va être chargé en lieu et place de son Espion dans l'Ordre... » explique Papa Sev, avec un sourire sarcastique.

Ah ouais. Pas mal son idée… Une bonne petite distraction pour Voldemort, qui, pendant ce temps-là, s'il ne cesse pour autant fomenter quelques coups bas contre nous, en fomentera peut-être moins…

« Et quand Egidus Latton sera à Poudlard, nous aurons peut-être la chance que notre Espion actuel l'approche, à la demande de Voldemort, pour mettre au point des complots quelconques contre nous et ainsi pourrons-nous le démasquer… » renchérit Maman Nally, en pinçant les lèvres avec mépris cette fois

« Tu penses surtout qu'ensemble, ils pourraient, tenter de nous piéger, Draco et moi, n'est-ce pas ? » déclare-je, en frissonnant.

Tous les souvenirs de ma captivité et les cauchemars que j'ai faits à Priest Hole Manor et depuis, affluent à ma mémoire et je me sens un vertige. Je refoule néanmoins cette désagréable sensation et mes souvenirs, pour me centrer sur le présent, tandis que Ron me presse la main pour m'apporter son soutien et sa force. Cela m'aide beaucoup…

« Oui… Mais nous allons nous assurer au maximum qu'ils ne puissent rien contre vous deux. Nous allons restreindre les possibilités et la liberté de mouvements d'Egidus Latton dans Poudlard. Les accès aux Passages Internes ne lui seront pas révélés, il ne pourra pas mettre un pied dans la Maison Serpentard sans éveiller les soupçons contre lui-même car il n'en sera pas le Directeur et ainsi, il ne découvrira pas votre QG. Et pour finir, nous allons placer un mouchard dans son bureau et ses appartements. Et puis, je gage que le C.C.S.A.B.P.M. le tiendra particulièrement à l'œil, n'est-ce pas ?… » affirme Maman Nally, avec un sourire confiant

J'acquiesce de la tête. Ça, elle peut-être certaine que nous ne lâcherons pas cet Espion-là. Chacun de ses gestes sera surveillé quand il ne sera pas dans ses quartiers.

« Tu as parlé d'un mouchard, Tatie. Est-ce à dire que les micros sont enfin adaptés pour un usage à Poudlard ? » demande Draco, l'air surpris.

Je ne pense pas que cela soit, quant à moi. Car si cela avait été, le professeur Dumbledore aurait ouvert la réunion sur cette information, j'en suis certain. C'est une trop bonne nouvelle pour qu'on la fasse passer en arrière-plan…

« Non, hélas, cela demande encore du travail. » répond d'ailleurs Arthur, sur un soupir

« Ce mouchard est un Lutin d'Ecosse. Comme vous le savez maintenant, le Terrier est bâti sur un Cercle de Fées. Or, depuis qu'il a été attaqué à Halloween, toutes les petites Créatures du monde Magique, même les plus récalcitrantes à l'égard des Sorciers parmi les Lutins, sont décidées à nous apporter leur aide, dans la mesure de leurs possibilités. Poolyocop Dreeselpyne, le Lutin d'Ecosse qui espionne les Ânes Bâtés dans leurs dortoirs, a demandé à l'un de ses frères de nous rendre service, en œuvrant dans le bureau et les appartements qui seront attribués à Egidus Latton. Et ce frère a accepté… » révèle Papa Sev, avec une évidente satisfaction.

« Ça c'est génial. Encore faut-il qu'en cas d'urgence ce Lutin puisse avertir quelqu'un. Or, tu n'es pas toujours présent, Tonton. Tatie et le professeur Dumbledore non plus.… » commente Ron, sourcils froncés

« En cas d'urgence, si nous sommes absents tous les trois, il avertira l'un des Directeurs de Maison, qui savent toujours comment nous joindre si nécessaire. Et si cela concerne des Elèves, il alertera également l'un des Membres du C.C.S.A.B.P.M. pour que vous puissiez agir rapidement…. » explique Papa Sev, en me regardant droit dans les yeux.

« Je devrais donc avertir les copains. Pas de problème… » conclus-je, avec un hochement de tête pour appuyer mon accord, avant d'ajouter : « En principe, il y a toujours quelqu'un de garde dans le QG. Il n'aura qu'à alerter cette personne, qui se chargera de répercuter via les Miroirs… »

« Bien ! Cette question-là étant réglée, si vous en disiez plus sur l'entraînement que vous allez faire suivre à ce zigoto ? » demande King, en haussant un sourcil vers Maman Nally

« Nous l'enverrons au Ministère. Il y reverra ses classiques, tout simplement, durant quelques séances. Le super entraînement que nous lui aurons promis, n'aura pas lieu puisque Sev sera mort avant. Sa phase d'évaluation au Ministère, nous aura laissé le temps d'organiser la suite… » répond Maman Nally, en haussant les épaules

Ouais. Pas besoin qu'il s'entraîne comme nous le faisons nous. Nous n'allons pas lui fournir nos armes et le secret de notre forme, n'est-ce pas ?

« Ok… Et comment va mourir Severus ? » s'enquiert maintenant Bill, en se tournant vers Papa Sev

« Une simple chute, totalement idiote dans les escaliers. J'aurais dans la bouche une capsule avec une goutte de Facies Mortis, une Potion qui me donnera l'air d'être mort. Ma respiration sera si superficielle et ralentie, que personne ne doutera que je suis décédé. Je la croquerai après avoir chuté et je resterai sur le carreau, comme si j'avais la nuque brisée. Il y aura un maximum de témoins… Tout ce que je demande, c'est qu'à part les Membres Décideurs du C.C.S.A.B.P.M., personne ne le sache à l'école. Ainsi, les réactions seront-elles spontanées, lors de l'annonce officielle de mon décès et l'Espion de Poudlard n'aura pas de doute.… » répond Papa Sev, en nous regardant tour à tour, Ron, Draco, Hermione et moi…

Nous hochons tous les quatre la tête, d'un air grave et Hermione précise qu'elle va revoir l'organisation des tours de garde auprès de la Carte avec Magda, dès son retour, pour qu'à la date fatidique et les jours suivants, il n'y ait que des Membres Décideurs à sa surveillance.

De mon côté, je songe que la scène sera sans aucun doute orchestrée de telle manière que Papa Sev ne coure aucun risque de se tuer accidentellement. Mais d'imaginer qu'il puisse effectivement mourir me file un long frisson dans la colonne vertébrale…

« Tu n'as donc pas l'intention de revenir à Poudlard. Tu vas rester au Village des Elfes ? » demande Draco, avec une drôle de mine.

Je comprends qu'il fasse cette tête. Poudlard, sans Papa Sev, c'est difficile de l'imaginer. L'éventualité qu'il doive « mourir » avait été évoquée, avant Halloween. Mais il était alors censé revenir prendre son poste, sous sa véritable apparence…

Mais ce ne sera pas le cas. C'est un Espion de Voldemort qui prendra sa place…

« Si, je vais revenir à Poudlard. En tant que professeur de Défense Contre Les Forces du Mal… » répond Papa Sev, d'un ton tranquille…

Pour le coup je sursaute et mon regard se tourne vers Maman Nally…

C'est donc elle qui va partir ? Mais pourquoi ? Quand ? me demande-je intérieurement, tandis que Ron pose ouvertement la question

« Non, je ne vais pas partir. Je resterai à Poudlard, en concentrant mon activité uniquement sur les leçons de Duel, avec Remus. D'une part la demande est forte, concernant les élèves et, d'autre part, après l'attaque du Poudlard Express, nombreuses sont les familles qui ont fait pression sur le Conseil d'Administration, pour que l'on assure la sécurité des enfants et que nous leur donnions la possibilité de se défendre au mieux par eux-mêmes contre les élèves Pro-Voldemort au moins… Je soupçonne nombre d'élèves d'avoir influencé leurs parents, bien sûr. Toujours est-il qu'il nous est demandé d'augmenter le nombre de séances et d'en faire une classe officielle… » annonce Maman Nally, avec un sourire doux

« Les cours de duel vont donc devenir obligatoires ? » demande Ron, sourcils froncés, avant d'ajouter : « Jusqu'à présent, vous aviez fait des groupes permettant aux Membres du C.C.S.A.B.P.M. de ne pas être mêlés aux autres élèves. Ce ne sera plus possible, ça. Et, s'il ne l'a pas déjà fait lors de l'attaque, ça signifie que l'Espion va pouvoir se rendre compte qu'outre les amis proches de Harry et Draco, il y a des élèves de son année qui ont un niveau nettement supérieur au sien. Et il va pouvoir étudier leur façon de combattre… »

« C'est pourquoi tous les Membres du C.C.S.A.B.P.M. devront retenir la puissance de leur Sortilèges et se limiter aux Sorts défensifs de leur niveau ou de celui qu'ils auraient pu acquérir au Club, faire comme s'ils apprenaient des nouveautés. De toute façon, vous aurez toujours vos séances clandestines d'Entrainements, pour progresser. Nous nous arrangerons pour en faire davantage, voilà tout... » explique Maman Nally, avant de préciser : « Et pour répondre à ta question, Ron, non, les cours ne seront pas obligatoires. Il s'agira d'une option et elle requerra l'accord des parents en ce qui concerne les élèves non majeurs. Il y a donc de fortes chances pour que les Ânes Bâtés n'en fassent pas partie. Car je doute que leurs parents souhaitent que nous mesurions nous-même leur niveau réel… »

« Il y a des pro-Voldemort non déclarés, dont certains ont peut-être des parents qui ne sont pas pro-Voldemort et qui exigeront que leurs enfants s'inscrivent aux cours de Duel… » fais-je remarquer, en regardant Maman Nally dans les yeux.

Nous n'avons pas besoin que ces enfoirés progressent. Encore moins qu'ils évaluent les forces et faiblesses des élèves de leur année…

« C'est exact. Mais cela nous ne pourrons l'empêcher, Harry. Il faut voir le bon côté de l'affaire : les élèves innocents seront mieux armés pour faire face à l'adversité si cela s'avère nécessaire. Et c'est ce qui compte le plus. » répond Maman Nally en me rendant mon regard.

Elle a raison, bien entendu. Je ne peux qu'en convenir. Et me dire que quoi qu'il arrive, nos rangs seront toujours plus nombreux que ceux des Ânes Bâtés connus et inconnus…

« Bon, c'est bien joli tous ces projets. Mais résumons l'affaire : Severus meurt et Latton prend sa place. Puis Sev revient en tant que prof de DCFM…. Ça fait un peu gros. Voldemort n'est pas con. Il pourrait nourrir des soupçons si la place de prof de DCFM est vite pourvue. Ce n'est pas si facile d'en dégotter un au pied levé et il le sait… Vous êtes sûr de pouvoir le tromper ? Qu'il ne se doute pas de la supercherie, qu'en réalité son Espion est éventé et que nous avons fait exprès de dégager la place de Sev pour l'avoir à l'œil ? » demande Charly en levant un sourcil en direction de Papa Sev, Maman Nally et le professeur Dumbledore

« Nous avons pensé à cela, effectivement, Charly. Voilà pourquoi nous avons décidé de ménager un délai de carence raisonnable, disons une quinzaine de jours, entre le moment où les cours optionnels de Duel vont être annoncés et leur mise en application. Le temps qu'Albus contacte le candidat que je lui aurai suggéré. Une personne de toute confiance. Mon fiancé qui sautera sur l'occasion pour me rejoindre… » répond Maman Nally, avec un grand sourire…

« Et en réalité, c'est un professeur de Potion que notre cher Directeur devra trouver au pied levé. Ce qui justifiera qu'il propose le poste à Latton, plutôt que de l'envoyer effectuer cette mystérieuse mission. Un bon Potionniste c'est plutôt rare aussi. Et l'heure étant à la méfiance, autant en choisir un qui fait partie de l'Ordre du Phénix. Par ailleurs, en aucun cas Voldemort ne pourra douter que je suis bel et bien mort et que j'ai réapparu comme par enchantement sous un autre aspect. Car Gauthier Sylvestre, arrivera la veille de mon décès. » explique Papa Sev, avec un clin d'œil en direction de Charly, dont le visage s'éclaire de compréhension…

Moi aussi, je comprends soudainement où il veut en venir…

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Faire entrer le chat dans la cage aux lutin : Expression tirée de Harry Potter et l'ordre du Phénix, qui équivaut à « Faire entrer le Loup dans la bergerie »

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