Chapitre 4 :
Les roues émettent un faible bruit, le moteur ronronne Je n'entends que ça, la neige couvrant chaque bruissement d'arbres, chaque moindre bruits voulant troubler le silence continu. J'entends sa voix qui me parle. Je n'y prête que peu d'attention, absorbé par la route qui s'étend devant moi. Cela fait tellement longtemps, que les traces d'une civilisation, autre que celle de l'hôpital,ne m'était parvenu. Le brouillard c'est dissipé et je peux apercevoir toutes les choses qui ne m'était plus disponibles depuis des années. Libre. Je le suis enfin.
Sullivan et sa famille vivaient dans une énorme maison. Il venait d'une famille russe, qui lui avait légué, d'après moi, pas mal de richesses. La maison se composait donc de 6 chambres, divisées en 2 étages, dont une m'était destiné. Elle était nettement plus petite que la précédente, mais les horreurs qui occupaient mon esprit, et qui me ramenaient sans cesse à l'Institut disparaissaient sans problème, grâce à elle, aussi je m'en contentais très bien. La couleur blanchâtre présente partout dans l'hôpital ne faisait que de brèves apparition. Les murs étaient de couleur rose, très pale. Une seule fenêtre était présente, mais laissant passer le jour sans problème, tamisé par les rideaux en taffetas, ceux ci d'un rouge bordeaux. Une chambre comme toutes les autres chambres d'enfants.
Il y avait immense séjour, où la technologie n'était que peu présente mais dont la modernité était flagrante. La télévision était de taille normale, posé sur un meuble en acier. Des magazines reposaient sur la table basse, posé près d'un canapé en cuir. Derrière celui ci, on pouvait trouver une nouvelle table, plus haute, en bois massif.
La cuisine, possédait un grand plan de travail qui présentait quelques ustensiles de cuisine, entre autres, couteaux, casseroles, poêles, fouets.
Et pour finir la salle de bain, baignoire et douche, à part, comprises. L'espace était cependant trop petit pour que l'on puisse y rentrer à deux. Réplique donc presque exacte de la mienne, mis à part les nombreux produits de beauté posés sur l'évier, un miroir était aussi là. Mais jamais plus la fêlure ne serais visible.
Ma vie devenait meilleure. Paisible. Ma langue se déliait, chaque jours davantage, et je n'éprouvais plus de difficultés à parler. Au sein d'une maison qui devenait peu à peu mienne. Mais après deux mois passés dans cet agréable demeure, je me rendis compte que ma famille n'était pas aussi parfaite que je me l'imaginais. En effet, Madame Sullivan avait un caractère exécrable envers son mari. Elle le soupçonnait de la tromper, se disputait sans cesse à ce propos, bien qu'il ne l'eut jamais fait. Il était un père et un mari aimant. Il n'y avait que lui qui comptais pour moi. Depuis le début. Lorsqu'il m'avait présenté, il avait prétexté m'avoir trouvé sur la route, glacée dans la neige. Il ne mentais pas vraiment. Il m'avait demandé de ne pas dévoiler mon prénom, que cela me porterait préjudice. Il n'avait pas cité l'Institut une seule fois. J'en jugeais qu'il n'en avait rien dit aux autres, mais ils lui portaient tellement peu d'intérêt que cela n'aurait eu aucun impact dans leur propre vie. C'était une sorte de secret, partagé entre nous deux. Que tout le monde avait avalé.
Ses enfants me voyaient cependant d'un mauvais œil. Il n'avait pas le droit de rentrer dans ma chambre, ils me regardaient déambuler dans les couloirs, parfois, parlant à une personne invisible. Ils me trouvaient étrange, incompréhensible. Me posaient des questions de toutes sortes, idiotes pour la plupart. «C'est quoi ces rubans autour de tes poignets ?» «Pourquoi tu n'es pas comme les autres? C'est dommage ! Tu sais que c'est pour cette raison qu'on te rejette» «Pourquoi tu t'habille comme ça ? » Ma façon de m'habiller était, sans doute, la seule chose qui me permettait de me relier à mon âge. Peut-être parce que les choses que je portais ne me correspondais pas vraiment. Ne correspondais pas aux envies de vêtements des petites filles de mon âge, mais plus aux envies de femmes d'un âge mur. Mais quel était mon âge, après tout ? Sullivan ne voyais aucun inconvénient à me voir porter de longues robes, des jupes à froufrous ou des gilets en satin, vieux de quelques années. Mais encore une fois, il était le seul.
Je me souviens de la première nuit passé chez lui. Je ne parvenait pas à dormir, j'étais assaillie par mes souvenirs morbides et amoureux. J'étais descendu à l'étage inférieur, et m'étais installée dans le canapé, allongée, réfléchissant. Et maintenant ? Qu'allais-je devenir ?
Je me levais et observais maintenant les lieux dans lesquels j'allais vivre. Il me manquais quelque chose, mais je ne savais pas quoi. Je m'était assise en tailleur, devant la baie vitrée du salon. Je fixais le ciel remplit d'étoiles, les regardant briller, s'illuminer. J'avais toujours imaginé que les étoiles représentais chacune des âmes, montant au paradis. Peut-être mes victimes me regardaient telle aussi. Et peut-être était ce la raison pour laquelle je ne trouvais pas le sommeil.
J'avais essayer de remettre en compte mes actes, de me voir coupable, mais je n'y arrivais pas. Peut-être parce que je n'étais finalement plus moi-même. J'avais radicalement changée. Je n'était plus Leena. Je n'en portais d'ailleurs, même plus le prénom.
-Qu'est ce que tu fais là ? Résonna une voix, derrière moi.
Il n'arrivais sans doute pas à dormir non plus. Sûrement à cause du fait qu'il avait aidé une malade à s'échapper. Il s'était assis près de moi, et je voyais sa peau suinter de transpiration. Sans doute un cauchemar. Je le voyais frisonner, craignant de se faire prendre. Je ne connaissais toujours rien des raisons qui l'avaient poussées à faire ça. Je laissais mes pensées s'étendre, pour les lui rendre, sous forme de questions.
-Pourquoi moi ? Pourquoi m'as-tu choisit ? Pour ne me rejette-tu pas, alors que tu me connais parfaitement ? Tu sais de quoi je suis capable...
Il avait sourit en m'entendant. Cherchant ses quelques mots, et me parlant, de la façon la plus poétique, qu'il n'ait jamais fait.
-Parce que tu es comme l'une de ces étoiles. Tu brille, seule et en silence. Mais une étoile reste simple si aucune autre n'est avec elle. Elle devient parfaite lorsqu'elle est accompagnée, il m'ébouriffait les cheveux avant de poursuivre. Tu es une étoile. Et tu n'est pas seule. Et ma fois, si tu veux le rester, tu deviendra une filante.
Il éclatait d'un rire clair avant de se stopper. Son visage n'esquissait plus aucune émotion, seule une vive interrogation.
-Mais voilà ! Voilà qui tu es, tu es une étoile ! s'écria-il enfin
-Je ne comprend pas...qu'est ce que tu veux dire ?
J'écartais les bras en signe d'impuissance. Il m'avait saisit dans les siens et me soulevait en l'air, me faisant tourner. Cette scène aurait put sembler être un merveilleux cadre entre une petite fille et son père. Si seulement je n'avais pas été pas moi. Il me révélait par la suite avoir trouvé mon prénom, dont la signification première était l'étoile en hébreux.
Il me pensait étoile. Mais je sentais autrement. Météore, comète. Brûlante. Réagissant au quart de tour. Rapide, sans limites, sans retenue. Marquant un arrêt final, lorsque je m'écraserais sur Terre. Je me rappelais de ce garçon, le jour de mon arrivé à l'école. Je le trouvais plutôt mignon, pas d'une façon amoureuse, plus d'une vue parentale. Il m'avait complimenté, de façon gamine bien sûr, mais tellement belle que je ne pouvais y résister. J'avais donc fini par en rougir, et l'apprécier, jusqu'à ce qu'il révèle son intention de me faire du mal. Lui aussi.
« Vous-avez vu cette fille!? Je suis sûr que c'est une folle ! Elle porte des fringues bizarres, ne fait pas les même choses que nous. Elle n'est pas normale, je suis sûr qu'elle à un problème dans sa tête. Les parents qui l'ont mise au monde devaient être aussi comme ça, peut-être même pire. On dit qu'elle c'est faite adopter par une famille très bonne. Je me demande bien pourquoi. Qu'est qu'il lui ont trouvés !? On voit tout de suite qu'elle est dingue pourtant. Ils doivent se ressembler alors ! Sans doutes ses vrais parents l'ont-ils abandonné pour cette raison. A vrai dire, j'aurais fait pareil si j'avais eu une gosse comme elle. Sa m'étonnerais qu'elle soit sympa avec une tête pareille. On dirait qu'elle en veut à la Terre entière. Elle devrait comprendre que ce n'est qu'à cause de sa propre faute qu'elle est tarée.»
J'avais adhéré à l'idée que les insultes envers moi ne tarderaient pas, mais pas envers ma famille adoptive. Je ne le supportais pas. Ils m'avait accueillis les bras ouverts, sans problème, sans questions. Grâce à Sullivan. Et même si ils ne me comprenaient pas toujours, il me respectaient. Ils ne m'insultaient jamais, et j'en faisais de même en contrepartie. Mais voilà, ce garçon là ne me plaisais pas. Et la façon dont il m'avait traitée, puis trahie, insultée, m'avait blessé. Moi, mais pas seulement. Ma famille aussi. J'avais donc montée une petite vengeance personnelle contre lui. La neige était encore présente, aussi il ne verrait pas les ciseaux cachés, lames en avant. Je l'ai lui avait empruntés, de toute façon. Il fallait bien que je les lui rende. Je m'étais ensuite assise tranquillement sur un banc, lorsqu'il était revenu me casser les pieds, une nouvelle fois. Je l'avais écoutée sans broncher ,cette fois si, tandis qu'un large sourire s'imposait sur mon visage. Ayant finalement fini son speech, il sans alla, ne prêtant attention à ma jambe , vivement étendue sur son chemin. Il s'étala de tout son long, poussant un long cri qui finit en hurlement lorsque les lames lui transpercèrent la mâchoire.
Je partais, lui jetant un dernier regard vengeur. Les enfants, attirés par le cri, avaient accourut, et se retenaient de hurler à leur tour. Voyant le sang qui sortait à flot de la tête du pauvre petit garçon. Bientôt, les ambulances furent là, ainsi que les parents de l'enfant, pleurant à chaudes larmes de l'accident de leur fils. Pauvres idiots. Il me voyait différente à cause de mes propres parents, mais voyez ce que vous l'avez fait devenir, voyez et comprenez comment il en est arrivé là. Ce genre d'accident lui était inévitable, en fonction de l'éducation que vous lui aviez donné. Tout était de votre faute.
A partir de cet journée, les événements s'enchaînèrent rapidement. La famille de Sullivan se doutais de quelque chose. Ils ne se doutaient pas de mon implication dans l'accident. Le garçon ne pouvait plus parler, aussi il ne put me dénoncer. Mais lorsqu'il me croisait, son regard se métamorphosait et la terreur refaisait surface. Sullivan revint de l'Institut un jour, m'expliqua que les recherches pour me retrouver s'intensifiaient. Il décida de partir. Loin, très loin. De changer de continent. Il m'instruit à la langue anglaise, chose que je n'eus pas trop de mal à comprendre. Et nous étions prêts. C'était un matin brumeux, comme lors du jour où j'avais fuis l'Institut. C'était la première fois que je voyais un aéroport, un énorme endroit, bondé, surpeuplé. C'était incroyablement grand et j'en vins à prier de ne pas me perdre. Pour ce qui était des papiers, obligatoire pour le vol, Sullivan s'était arrangé pour m'en faire des nouveaux. Tout se passait parfaitement, le vol commençait et je quittais l'endroit où j'avais toujours vécu, mais où j'avais également souffert.
Mes habitudes ne changeaient pourtant pas, car arrivé là bas, je restait seule. On me trouvait trop étrange, on refusait de m'échanger quelques mots, de m'adresser la parole. Et j'en souffrais, réellement, plus que vous ne pouvez l'imaginer. Sullivan était cependant là, malgré tout ce que l'ont disait sur moi. Il me défendait chaque fois. Alors je vous le demande, comment ais-je pu en arriver là ? Comment ais-je pu le tuer ? Lui. Sa femme. Ses enfants. Comment ?
