Chapitre 6

De la neige en octobre ? C'est un temps est un peu fou. Ou alors est ce qu'il essaye de s'adapter à moi ? Peut être bien. Il n'empêche que les bourrasque de vent me retardent énormément; Vous me direz que j'ai toute la vie devant moi. Mais pas vraiment. Je suis habillé d'un manteau,trop grand pour moi. C'est un de ceux que Sullivan portait souvent lorsqu'il sortait, pour je ne sais quoi faire.

Les pompiers étaient bien sûr convaincus d'un incendie accidentel, étant donné qu'il n'avait trouvé aucune trace d'un moindre rescapé. Toute la famille était morte, brûlée, calcinée, consumée entièrement. Ils allaient surement rester, engager des enquêtes policières qui n'aboutiraient à rien et abandonneraient finalement. Résignés. Cela prendrais quelques temps, peut être plus d'un mois. Je les avaient regardés pendant des heures. Mais peu m'importait maintenant, car il était seulement question de moi. J'avais décidé d'aller dans cet orphelinat, dont la brochure me paraissait correcte. Il l'aurait sans doute voulu, imaginé. Alors j'allais donc suivre son avis. Puisqu'il pensait ainsi.

Je suis donc les panneaux, je cherche la ville indiqué sur le bout de papier. Elle est à quelques kilomètres. J'ai heureusement, plus d'espérance de vie que la fois précédente, c'est certain. Lors de ma fuite à l'Institut, j'étais faible, je me remettais à peine. Cette fois si je suis en pleine forme, je marche à pas rapides, décidée. Le jour ce lève, le soleil m'éblouit au fur et à mesure que je m'approche. Je plonge la main dans les poches du manteau, en ressort un portefeuille contenant quelques billets, et également un photo pliée en deux. Rien d'autre.

Je m'arrête dans une épicerie. Le vendeur me regarde en rigolant, ne comprenant pas ce qu'une petit fille comme moi fiche tout seule avec cette grosse valise. Il doit penser que mes parents ne sont pas très loin. Je me choisis un sandwish simple ainsi qu'une bouteille d'eau, d'environ un demi-litre. J'avais d'abord pensé a du vin, mais réfléchissant, je compris que ce ne serais pas bien vu, étant donné mon âge. Je suis un peu trop jeune. Je me dirige vers la caisse, paye mes affaires. L'homme me reluque toujours, laisse échapper un petit rire, presque inaudible.

-Excusez-moi ? Pourrais-je vous emprunter vos toilettes quelques minutes ?

Il s'interroge et m'imaginant telle que je devrais l'être, lâche finalement:

-D'accord ma petite, vas y. Mais pas trop longtemps, je ne voudrais pas que tes parents s'inquiètent.

Il m'indique une porte à l'arrière de la boutique. J'empoigne ma valise et rentre. Non, je n'ai aucune envie pressante. Seulement voilà, il y avait certaines choses que Sullivan m'avait données et à quoi je n'avais jamais prétée attention plus tôt, parce que je n'en voyait pas le besoin. Il est temps. Je verouille la porte et ouvre ma valise. Entre les robes, pulls, jupes et autres collants, je cherche cette boite en satin. Elle est remplie de maquillage. Il y a une boite rouge pleine de poudre, d'autres contenant du fond de teint, du vernis, du démaquillant, des teintes de couleurs. Il y a même un petit miroir, dans lequel je me regarde. Je fais peine à voir. J'ai l'air exténuée. Je m'applique à cacher mes cernes avec le fond de teint, puis me poudre entièrement la figure avec vigueur.

Mon visage à l'air neuf, mon teint est blanc comme neige. Il y également des rubans dans une boite à part. Je m'en noue un dans les cheveux, me regarde à nouveau. Il manque quelque chose. Je cherche encore, tombe finalement sur une nouvelle petite boite. Celle ci contient beaucoup mieux que des élastiques. Des dents. Des prothèses dentaires. La dentition semblable à celle d'une filette, d'un enfant. C'est parfait. C'est le seul détail qu'il me manquait. J'ai peut être omis de préciser que l'hypopituitarisme ne s'applique pas sur la dentition. Mes dents ne sont pas assimilables à mon corps. Juste à la réalité. J'installe les prothèses, légèrement transparentes, en m'aidant de ma langue. Je jette un coup d'oeil au miroir, affiche un sourire. Un enfant conforme, un copie. C'est ce que je suis. Maintenant. Je remet mes rubans en place.

Je tire la chasse, refait ma valise, et passe devant la caisse, lâchant un léger "Merci" au vendeur. Je ne lui accorde pas un regard et sors en vitesse. J'entame mon sandwish et continue ma route.

L'Orphelinat se trouve à la suite d'un petit pont, monté en hauteur, sur une rivière. Celle ci est gelée par le froid. Je marque un bref arrêt. Les nonnes ne goberaient jamais mon histoire. Comment aurais-je eu le temps de faire une valise, tandis que la maison flambait ? Avec un soupir de résignation, j'ouvre ma valise. Je prend un robe qu'il m'avait offert, elle est jaune, m'arrive aux genoux. J'empoigne ma boite à maquillage et referme la valise, ne la laissant remplie que par les vêtements, le manteau et le porte feuille ainsi que la boite qui renfermais les fausses dents. J'ai dans mes mains, pour toutes affaires, ma trousse, ma robe, et ma bible que j'avais emporté. J'ai également conservé la photo de famille. J'en faisait partie, après tout.

Je jette ma valise par dessus la structure. Je l'entend s'écraser sur la glace, qui cède par le choc. Je la regarde couler, emportant la moitié de mes souvenirs. Je n'ai plus en tête que des rêves, des images dont je ne tirerais rien, mis à part la tristesse et la complaisance. A travers l'eau, je distingue une personne, comme dissimulée sous la glace.

-Tu regrette n'est ce pas ? Me lançe t-elle sous forme de murmure. Tu n'avais pas e choix ma petite, il t'aurait tué. Ce que tu as fait devait être fais. C'était peu être un excès de folie pour toi, mais il n'empêche que tu ne pouvais l'ignorer.

J'avais l'impression qu'elle me jaugeait. Que lorsqu'elle voyait les larmes, elle me pensait incapable.

-Ne regrette pas, ne soit pas une faible. Comme tout ces gens que tu as connu. Comme cet homme en particulier, parce que c'était tout ce qu'il était. Un faible, chétif et frêle comme un enfant. Si son esprit avait été inerchangé avec ton corps, il n'y aurait pas eu la moindre différence. A vrai dire cela aurait plus convenu. Alors ne soit pas une idioté comme il a pu l'être. Ne...

-La ferme !

Je la fait taire d'une traite. Les larmes coulent sur mes joues, toujours. Je les effaces d'un revers de main. La voix de ma mère ne résonne plus, mais je sais qu'elle reviendra, un jour prochain. J'aimerais tellement qu'elle se taise. Je poursuis mon chemin, un nouveau panneau m'indique, quelques mètres seulement me séparent de mon but. Les habitations longent le quartier, qui parait, à première vue, bien tranquille. Le silence est absolu, comme si personne ne se risquait à sortir. Comme si il n'y avait personne. Je regarde les facades en briques, ciment, béton. Les jardins, où les fleurs n'existent plus. Il est temps de finir mon trajet.

Deux long blocs de pierre annonçent l'entrée. Sur l'un d'eux, une plaque en fer, où il est gravé ces mots. "St Marianas, Foyer pour filles. 1929" S'en suit un autre texte, que je ne réussi à déchiffrer, tant la neige et le froid l'a dissimulé. Mes pieds se trainent, j'avance lentement dans l'entrée. Il y a un perron, des arbres où sont installés des balançoires, d'autres où il n'y a rien. L'endroit me rapelle vaguement l'Institut. Les même couleurs, les mêmes fenêtres alignées. Mais le fait est que l'endroit parait nettement plus paisible que ce que j'ai connu. Je monte les marches, m'arrête devant la porte et lève une main hésitante. Je toque enfin. La porte s'entrouvre, je croise le regard de la nonne. Elle est totalement éberluée. Je lui lance, d'une voix douce:

-Bonjour, je m'appelle Esther

Elle ouvre entièrement la porte et m'accueille à l'intérieur, me serrant dans ses bras. Je n'apprécie pas vraiment ce fait, j'ai beaucoup de mal à me laisser toucher. Sa ne date pas d'hier. Il n'y en avait qu'un qui avait le droit.

-D'où viens tu ma petite ? Me demande t-elle, tentant de ne pas me brusquer.

Je lâche un rapide soupir, repense à ce que j'ai fait. Penser à mes paroles futures. Mes yeux s'embuent bientôt de larmes. Il en dépend de ma vie, je suis obligé de mentir mais cela ne me fera jamais oublier. Alors je lui raconte. Je lui ment, lui dit que le feu s'est déclaré la nuit dernière, sans raison. Que je n'ais eu le temps de sauver que les quelques affaires importantes que j'avais. Qui me tenais à coeur. Je lui dit que j'ai tout perdu, mais cette fois là je ne ment pas. Ma famille est morte, l'homme que j'aimais est mort. Les larmes coulent finalement, à nouveau, sans que je puisse les retenir. Ce n'est ni ironique, ni un faux semblant de mes sentiments. Juste une vérité. Et tandis qu'elle me serre toujours dans ses bras, je pleure à gros sanglots. Incapable de m'arrêter.

La nonne me porte dans ses bras, m'allonge sur un lit, dans une chambre vide. Elle prend mes maigres affaires et les range dans un coin. Elle m'emmitoufle dans une couverture, mesure ma température. Peu à peu, je me sens en sécurité. D'autres soeurs arrivent, chuchotent, conversent à mon propos. Je me fiche de ce qu'elles disent, pensent. Je ne risque rien. Les sanglots secouent toujours ma poitrine, phénomène que je ne parvient pas a tempérer tout de suite. La soeur qui m'a accueillie s'occupe toujours de moi, place un bouillote sous mon oreiller. Me surveille.

Je reste comme assommée, les premier jours. Je refuse que l'on me déshabille, je fait ma toilette moi-même. Me recouche immédiatement. Les soeurs sont rassurées, comme je le suis également. Elles essayent de me faire sortir de ma chambre parfois, mais je n'accepte qu'au bout d'une semaine passée. Je ne veux pas dire que j'avais peur des enfants, mais plutôt peur de leur faire du mal. Je me rappelle la nuit de la mort de Sullivan, la folie qui s'était emparée de mon corps entier, sans que je ne controle plus rien. Comme lors de l'incident à l'école, avec le garçon aux ciseaux. Je ne doute pas une seconde, qu'un action de la même sorte puisse se répéter. Même ici.

La perception des enfants sur ma personne ne change pas. Mais aucun ne me cause de tord. Aucun ne me parle. On ne m'accorde aucune attention particulière. Du moins, pour le peu de temps que je passe en leur compagnie. Les nonnes voient que je ne compte pas changer, pour aucun de ces enfants. Que le fait d'être seule me rend plus paisible. Elles essayent de m'occuper, me ramène parfois de jolies robes, comme celle que j'aime, pour me faire plaisir. Elle m'offrent des tas de chose, mais je me souviens plus particulièrement du jour où elle m'ont offert un carnet a dessin, accompagné d'une palette complète de couleurs et teintes. Je leur avais offert un sourire immense, qu'elle ne pourraient jamais vraiment comprendre. La peinture me manquait, car je n'y avait pas retouché depuis l'Institut, soit presque un an entier.

Voilà comme je m'occupe alors. Je m'intègre chaque jour dans cet art qui me plait. Je peint et les nonnes m'obsevent, décident même parfois d'exposer mes chef d'oeuvres, car d'après elles, aucun petit fille de l'Orphelinat n'est aussi douée que moi dans ce domaine. Je ne sais pas ce que j'ai faire pour le moment. Je pense juste à survivre. A vivre, finalement.