Chapitre 7

Il s'est écoulé une demi-année. 6 mois durant lesquels je ne vie que solitude. Les fillettes refusent de me parler. Seulement pour me poser quelques questions, auxquelles je répond bien volontiers. Sans paraître ce que je suis vraiment. Les parents ne veulent pas m'adopter. 6 mois durant lesquels je passe mon temps à peindre. Mais même l'art ne sait me changer les idées. Je repense, sans arrêt, à Sullivan. A tout les moments que j'ai passé, à tous les souvenirs qu'il m'a laissé et que je ne partagerais jamais, avec qui que ce soit. Je m'ennuie, inlassablement. Chaque jour parait plus long que le précédent.

J'ai appris à connaître l'Orphelinat dans ces moindres recoins. Il y a d'abord le parc, tel que je l'ai découvert. Je ne sort presque jamais, cependant, alors je ne m'attarde pas. Lorsque que l'on entre, il y a un long couloir. Sur la première porte à gauche, on peut trouver un grande salle, où les nonnes font pratiquer. Cours, maîtrise de la vie et religion. La pièce en face de celle-ci est réservée pour chaque repas, c'est là que tous ce réunissent. Encore une fois, je suis une exception et les nonnes veillent particulièrement à m'amener mon propre repas, afin que je mange à part des autres. Tout au long du couloir est posé un banc, et près de celui ci, une nouvelle porte qui s'ouvre sur le bureau de la directrice de l'établissement. C'est, en fait, celui de la nonne qui m'a accueillie. Sœur Abigail, il me semble.

On trouve ensuite des escaliers qui mènent à l'étage supérieur où se trouvent les chambres, ainsi que les salles de classe. Je reste en général seule. C'est mieux ainsi. Je me sens même plus apte à exprimer ma personnalité. Sous forme de tableaux, bien sûr. Le couloir menant aux classes et aux chambres et un endroit où sont exposés toutes mes peintures. Certaines que j'ai faites, représentes beaucoup de choses manquantes à ma vie. La présence d'une mère, la plupart du temps. Ma chambre se trouve à part des autres, même si certaines fillettes veulent parfois me rendent des visites. Il est vrai que même étant seule, je ne refuse pas la compagnie, quand on me la propose. Seulement je ne converse pas vraiment, pas aussi librement que j'en avais la possibilité avec Sullivan. Malheureusement, je ne peux plus compter sur lui...

J'ai gardé la photo de famille dans ma bible, déchirée au préalable, de sorte à ce que je ne conserve que son portrait. J'en ai fait de même avec les autres hommes qui m'ont trop souvent trahis. J'ai obtenu les leurs en fouillant quelques peu dans mes papiers, que Sullivan avait ramené de l'Institut, incluant une copie de mon véritable acte de naissance. Copie que j'avais noyé au fond d'une rivière gelé, caché entre les vêtements, au fond d'une lourde valise. Mon passeport était la seule information que tous disposaient à mon sujet. Cependant, les sœurs, elles, ne se posaient jamais trop de questions. Pourquoi ces rubans autour de mon cou et de mes poignets ? Parce que je crée ma propre mode. Pourquoi toujours solitaire ? Parce que préfère la solitude. Et tant d'autres questions dont elles ne doutaient ni les vraies raisons ni les mensonges.

6 mois se sont écoulés mais les jours sont indifférents. La neige est toujours là, la monotonie est toujours là. Rien ne se décide à changer. A vrai dire, je commence même à penser que le changement doit être provoqué. Sinon, rien ne se passera. Et il est peut être temps que quelque chose se passe ici.

Je suis en train de peintre, comme d'habitude, lorsque je distingue une ombre noire approchant de l'Orphelinat. Je me doute que de nouveaux parents sont en route, et même si ils ne me choisiront sans doute pas, je ne peux m'empêcher d'aller jeter un coup d'œil. C'est une femme et un homme. Sans doute, tout deux, ayant entre 20 et 40 ans. Tout deux, les cheveux bruns. Tout deux, souriants à la vue de toutes ces petites filles, courant dans la neige. Le regard de la femme se promène, regarde tranquillement l'Orphelinat. Je me baisse, ne souhaitant être vue, mais une fois cette action faite, me demande à moi même. Pourquoi ? Qu'ais-je à craindre, après tout ?

Je me relève, les observent à nouveau, me collant à la vitre. Celle ci se couvre de buée, suite à ma respiration proche. Je les suis du regard tandis qu'ils rentrent, marquant un arrêt sur un bonhomme de neige. Je les perds alors de vue, et me décide à reprendre ma toile où je l'avais laissé. Encore une fois, elle ne me concerne pas directement mais plus mes rêves lointains.

«You have to give a little,

take a little,

and let your poor heart break a little,

that's the story of,

that's the glory of love. »

C'est une des chansons que j'ai apprise récemment. C'est la seule que j'accepte de chanter parfois aux enfants, parce qu'elle m'inspire les amours déchus. Elle parle d'amour, mais de gloire, de sa propre gloire en tant que personne, dont le cœur est emprisonnée par Cupidon. De ce que vous devez vous réduire à faire pour séduire. Toutes les faiblesse que vous devez faire semblant de posséder. Ou que vous devez entièrement posséder.

« You have to laugh a little,

cry a little,

until the clouds rolls by a little,

that's the story of,

that's the glory of love »

Elle me rappelle un peu ce que j'ai été. Mais le fait est, que je supporte pas lorsque mon cœur se brise. Parce que sa me rappelle trop cette fameuse nuit, où il à été détruit. Que je ne supporte pas le fait de pleurer et ne serais ce que le moindre rire. Parce que toutes ces choses là, ne sont pour moi que des illusions qui cachent une profonde vérité.

« As long as there's the two of us,

we'll got the world and all it's charms,

and when the world is through will us,

we'll have each other arms. »

Mais sur qui pourrais-je compter, mis à part sur moi-même ? Parfois, je me pose cette unique question : arriverais-je à me convaincre, un jour, que ma vie, telle qu'elle est maintenant construite, mérite d'être vécue. Voilà où en sont maintenant mes pensées. J'entends des pas qui reculent dans le couloir. Peut être une fillette était-elle encore en train de m'observer.

-Il y a quelqu'un ? Je lance, à tout hasard.

La porte s'ouvre sur une homme. Je le reconnais, c'est celui qui vient d'arriver. Je me demande où est la femme qui l'accompagnait.

-Bonjour, me dit-il alors.

Mon regard se retourne sur ma toile et je continue. Je sifflote toujours la mélodie, qui ne quitte parfois plus ma tête. L'homme se rapproche, j'entends ses pas, de plus en plus près. Il pose sa main sur des feuilles, d'autres peintures que les sœurs prévoient d'accrocher, un de ces jours. Il les regardes.

-Toutes ces peintures sont de toi ? Demande t-il, l'air étonné.

-Oui...elles vous plaisent ?

-Elles sont remarquables ! S'extasie t-il/

Un sourire s'étend quelque peu sur mon visage. Cet homme me fait penser à Sullivan, d'un certaine façon, parce qu'il n'y avait que lui pour me complimenter. Parce qu'il était mon père. Mais l'avis d'un homme...j'en manquais cruellement. C'était un Orphelinat pour filles, après tout. Alors il était le premier à venir me voir, de tout les parents que j'ai connue.

-Merci beaucoup...moi je m'appelle Esther, et vous, votre prénom ? Je me hasarde à le questionner.

Il me tend sa main, que je saisis fermement. Comme un homme.

-John.

Il m'adresse un sourire, et poursuit.

-Heureux de te connaître.

Il marque une hésitation, et me demande.

-Je peux m'asseoir ?

Il a l'air patient, peut être même qu'il veux me connaître un peu. Étrange. Mais qu'importe, si il le demande de cette façon. Pourquoi refuserais-je ?

-Bien sûr.

Un long silence s'installe. Je ne sais si je dois commencer où bien si je doit attendre qu'il s'exécute. Je n'ai jamais vécu de situation similaire, par le simple fait qu'aucun parent n'est jamais venu me voir. A vrai dire, il ne montent pour la plupart pas au premier étage. Étant donné que la plupart des enfants se trouvent tous en bas. Je me demande comment il est arrivé à se retrouver ici. Sa voix s'impose alors.

-D'où t'es venue l'idée pour celui-là ?

Le sourire toujours aux lèvres, je marque un temps. Réfléchis un instant à ce que je pourrais trouver, dire, tout en garder mon côté « petite fille perdue ».

-Mes tableaux racontent tous des histoires, celui-là est sur une mère lion triste qui ne retrouve pas ces lionceaux.

-Oui, mais elle sourit. Me fait-il remarquer.

-Elle est en train de rêver de ses bébés, lui répondit-je. C'est la seule chose qui peux la rendre heureuse.

-J'espère qu'elle les retrouvera...

Il a l'air tellement captivé, je n'ose même plus lui parler d'autre chose.

-Elle les retrouvera, regardez.

Je trempe mon pinceau dans la peinture jaune et peint la tête d'un premier lionceau, accroupis au dessus de sa mère. Tout en faisant cela, je continue le dialogue. Lui ne me quitte pas des yeux.

-Ils étaient perdus dans la jungle, et ils avaient si peur parce qu'ils n'avaient pas ni de mère ni de père. Mais au moment où ils croyaient être perdus à jamais, ils trouvent leur mère endormie sous cet arbre. Quand elle va se réveiller, son rêve se sera réalisé...

Je me retourne vers lui et lui lance finalement.

-Elle aura toute sa famille autour d'elle.

-C'est incroyable, t'a inventé cette histoire ?

J'acquiesce. Des voix s'avancent vers nous, je les entend. De nouveaux bruits de pas. Non loin. Sûrement sa compagne. Il se lève et s'avance vers la porte qu'il a laissé grande ouverte. Je me retourne et aperçois de plus près la femme que je tentais de reluquer plus tôt. Elle est brune, porte un gilet de couleur grise, ainsi qu'un jean simple. Elle semble un peu déboussolé, mais néanmoins consciente de l'endroit où elle se trouve.

-Hey, il faut que je vous présente, dit alors John. Voici ma femme, Kate. Kate, voici Esther.

Je lui adresse un timide sourire tandis qu'elle s'approche de plus près.

-Bonjour ! Comment tu vas ? Je suis heureuse de te connaître, s'exclame t-elle en me tendant une main, que je saisis brièvement.

-Elle a peint tout sa, ajoute l'homme, désignant mes travaux.

-Vraiment ? S'étonne Kate.

Il répond par l'affirmative et elle poursuit.

-Ils sont fantastiques, ils sont vraiment magnifiques.

Je la remercie, puis elle me demande où est ce que j'ai appris a peintre. Je ne compte pas vraiment mentir sur ce point là, puisque c'est une des seules activités que je pratique depuis très jeune, sans que personne ne m'aie jamais rien appris.

-Je passe beaucoup de temps à m'exercer, c'est tout, lui répondit-je, me retournant vers ma toile, peignant la tête du lionceau. On meurt d'ennui ici.

Elle s'asseoie à côté de son mari et me répète.

-Tu meurs d'ennui ici ? Me dit-elle, ce qui m'arrache un nouveau sourire, trouvant l'expression trop facile d'utilisation. Si tu t'ennuie à ce point, pourquoi tu descends pas faire la fête ?

C'est une question tout a fait normale. Mais dans mon cas, c'est le contraire. Si vous saviez Kate...

-Je ne vois l'intérêt de faire la fête...Personne ne m'a encore jamais parlé, je leur déclare enfin. Je crois que je suis pas comme les autres.

-Il n'y a rien de mal à ne pas être comme les autres, me dit-elle.

Sa remarque me rend joyeuse, malgré moi. Je sais ce que je suis, et malheureusement cela ne changera pas. Mais cela étant dit, devrais-je me réjouir, d'après vous ? Je me pose des questions incessantes depuis le début de mon existence. Sans trouver des réponses assez convaincantes pour m'affirmer que le mot « différent » est quelque chose de bien.

-Dites donc, vous avez beaucoup de choses en commun ! Ajoute John, en riant.

Elle le frappe, en plaisantant. Des choses en commun ? Je ne pense pas vraiment. Pas autant que tu le pense. Votre vie me semble beaucoup plus joyeuse que la mienne. Mais que devrais-je faire, à présent ? Quoi d'autre que de chercher réjouissance auprès de personnes qui ne me connaissent pas assez pour me juger. Même ayant fait du mal, rien n'indique que ma vie devrait être aussi pauvre qu'a ce moment précis. Je les apostrophe, tout deux.

-Je crois que les gens devraient toujours essayer de se servir des mauvaises choses qui leur arrive dans la vie, et les transformer en bonnes choses. Vous ne croyez pas ?

Je suis alors ravie que tout deux affichent des paroles identiques aux miennes. Je ressens ces mêmes émotions, comme lorsque Sullivan était encore là. Toujours d'accord, jamais négatif. Je ne sais pas vraiment si c'était pour me prouver son attachement, où pour ne pas me brusquer. Peut être pensait-il que j'allais rechuter dans cette folie, qui ne m'avait jamais finalement quittée. A vrai dire, il ne le savais sans doute pas, mais il avait raison sur toute la ligne.

Je sais que sans cesse me rappeler sa mort me fait plus de mal qu'autre chose, mais le fait est que, je ne veux pas oublier. Je ne veux pas oublier de quoi je suis capable de faire, lorsque je ne contrôle plus complètement mes actions.

Le couple continue à me regarder peintre, de tant à autre jetant un regard vers la sœur Abigail, ayant accompagné les deux durant leur visite. Elle s'approche de nous, à son tour.