Chapitre 11:
Après l'incident, j'avais était convoqué chez le directeur. Mais je n'avais pas ouvert mes lèvres. Je mettais un nouveau plan en place, ne sachant comment et où le réaliser. Mais je jurais intérieurement que Brenda allait me le payer. Ma journée était terminé, et j'entendais John, en compagnie de Daniel. Mon altercation avec Brenda n'avait fait qu'empirer les choses. Il me lançais un regard noir.
-J'espère que tu es fière de toi. Tout le monde pense que nous sommes une famille de fous à cause toi. Tu peux être contente.
-Cette histoire ne concerne que moi. Je ne vois pas pourquoi tout devrait se rapporter au petit Daniel et à sa réputation. Tu es un crétin et tes copains en sont tout autant pour oser juger une famille après un petit incident, tel que celui ci.
Il ne dit mot, et sans voix il s'écartait de moi. Il savait que j'avais raison, mais il était trop sûr de lieu pour l'avouer. John arrivait. Il s'arrêta et nous laissa monter. Le calvaire d'aujourd'hui était terminé. En partie.
Les cours de piano peuvent paraître difficiles et très complexe. C'était ma première impression lorsque Sullivan m'a appris à en jouer. Je le regardais agiter ses doigts, de part et d'autre du clavier en ivoire. Il ne semblait pas troublé, ni par le nombre de touche, ni par la rapidité de sa partition. C'était tout le contraire pour moi. Et me voyant septique à l'idée de son enseignement, il me souriait et passait sa main dans mes cheveux.
-Allons, tu va y arriver. Ne t'inquiète pas, je sera là si tu as besoin de moi.
C'est à cette dernière parole que je pense. Kate m'apprends les bases à nouveau, mais même si le piano est sa passion, et qu'elle a beaucoup d'entrain et de savoir à divulguer à propos de cet art, notre relation mère à fille s'est comme divisé pour devenir une relation maître à élève. C'est différent, et cette atmosphère s'intensifie de plus en plus. Nous jouons une partition ensemble. Je mime faire des fausses notes, je ne veux pas qu'elle sache que je sais déjà en jouer. Pas pour le moment. Je lui en parlerais peut-être un jour prochain. Lorsqu'une véritable alliance pourra se former entre nous deux. Et si jamais ? Alors elle n'en saura rien.
Finissant la mélodie, elle me félicite et je lui répond négativement, mes erreurs rendait cette sublime œuvre totalement ridicule. Je me désole, lui disant que je serais plus attentive. Elle me sourit intensément, elle à l'air à son aise avec moi, ou crois l'être, semble. Mais ce n'est pas mon cas. Elle en vient au fait.
-L'Institutrice m'a dit ce qu'il s'est passé.
J'affiche un moue de regret, qu'elle copie, essayant de me faire rire. Je suis pas prête à ça, pas dans ces conditions, pas maintenant
-Je n'est absolument rien à dire, je coupe alors.
C'est la triste vérité, et j'en suis même un peu désolé. Sans compter que si je devais lui expliquer tout cela en détail, elle me trouverait étrange elle aussi, et serait encore plus intrigué par la Bible qu'elle à découverte dans un des tiroir de ma chambre. Elle ne semble pas malheureuse, peut être pense t-elle qu'il vaut mieux pour moi qu'elle ne s'occupe pas trop de ces choses là. Elle attrape un carnet derrière la partition, posé sur le haut du piano. Je l'avais aperçu mais il en m'intriguais pas, aussi je ne voyais pas pourquoi j'aurais dût le feuilleter.
Elle l'ouvre et je regarde les photos de famille, défiler sur les pages. Le fait qu'elle partage des souvenirs avec moi, me fait sentir son envie de créer un contact. Mais ce n'était pas vraiment ce que je voulais avoir. Je voulais qu'elle apprenne à me connaître. Avant de pouvoir arriver à lui dire ce qui m'empêche de lui parler en toute honnêteté. Je veux une mère, une maman, et non un chaperon.
-Qui est Jessica ? Max m'a parlé d'elle.
Ma voix s'achève dans un murmure, et je regarde le visage de Kate. Celle ci semble consternée. Max ne m'a rien dit de véritablement important, mais elle répétait souvent qu'elle était heureuse que je soit là. Même si Jessica lui manquait. Je ne compris pas, au début. Je restais muette et écoutais la petite fille, la câlinant si elle voulais des câlins. Je peux me vanter d'avoir au moins prodigué de l'amour à quelqu'un dans sa famille, sans que personne ne me rejette.
Kate se lève du siège où nous étions toutes deux assises et m'indique de la suivre. Je me lève à mon tour, et tandis qu'elle ouvre la baie vitrée donnant sur la serre intérieure, je me dit que j'ai finalement un peu de chance. Jessica devait être un être exceptionnel, car sa disparition semble affecter toute la famille. Enfin, deux personnes pour l'instant. Kate s'abaisse à ma hauteur, et me regarde fixement, comme en transe.
-Qui est Jessica, maman ?
Une nouvelle fois, ce n'est qu'un souffle qui sort de ma bouche. Je regarde Kate à mon tour, observe ses yeux, ceux ci légèrement dilatés. Bordés de larmes. S'apprêtant à sortir. Je n'aurais peut être pas du en parler maintenant. Et je me rend alors compte qu'une partie d'elle semble s'être détaché de son humanité. Je ne vois en elle qu'une tristesse insurmontable, et tandis qu'elle ne détache son regard sur moi., je comprends que je suis son seul espoir de bonheur. Je pose mes lèvres sur sa joue et lui donne un baiser. Je sens le liquide salé s'écouler de ses yeux. Je me retire et elle prends la main. Nous entrons dans la serre.
C'est la première fois que je viens dans cette pièce de la maison. Ce n'est pas vraiment une pièce en fait, mais un jardin intérieur. Les fleurs ne sont que très peu présentes cependant. La plupart de la serre n'est faite que d'une végétation dense, des pots sont exposés sur des tables en bois et les rares fleurs visibles sont d'une couleur pure que je saurais reconnaître entre mille. Une couleur qui me ramène toujours à me rappeler cet endroit. Blanches.
J'observe les roses, et mon regard tombe sur la plaque en métal, au milieu de la floraison. La voix de Kate se dénoue, et avec la plus grande sensibilité qu'elle ait pu exprimer jusque là, elle lis les inscriptions.
« Je ne t'ai jamais serré, mais je te sens.
Tu n'as jamais parlé, mais je t'entends
Je ne t'ai jamais connue, mais je t'aime. »
Ses trois phrases provoquent en moi un émoi des plus important. Ces trois phrases qui peuvent s'assimiler à ma vie. Ces phrases, revenant à m'induire et à m'informer, que la disparition de mes souvenirs ne se fera jamais. Mon visage est décomposé. Je n'ai jamais pu établir contact avec ma mère, parce qu'elle est morte, peu de temps après m'avoir déposé dans un orphelinat. Elle ne pouvais pas avoir un enfant à sa charge, et surtout pas un enfant malade. Alors, elle m'avais abandonnée. J'avais grandi, intérieurement. Je pense que l'oublierais se ferait naturellement et sans réelle complications. Je ne lui avais jamais parlé, ni établi de véritable contact. Mais son image venait à moi, lorsque mon instinct premier se libérais. Lorsque ma folie devenait impossible à contrôler. Dans ces moments là, je voyais ma mère, m'encourageant à faire le mal. Parce que si je ne le faisait pas, alors je ne m'en sortirais pas moi même. J'allais mourir, parce que la vie aurait le dessus sur moi. Sur l'enfant chétif que j'étais et que je suis encore. Là, j'arrêtais ma comparaison entre ce texte et ma vie antérieure. Deux personnes importantes se cachaient à son intérieur, et l'un d'elle était à mes côtés. En ce moment précis. Elle ne connaissait rien de moi, ne représentait rien de plus que chaque personnes que j'avais connue. Mais elle m'aimait. Malgré le fait d'avoir perdu un enfant, et d'avoir été considérablement affecté par cette perte. Elle avait essayé d'oublier. Mais comme moi, cela lui était impossible. Mes lèvres laissèrent sortir ma pensée.
-Qu'est ce qu'il lui est arrivée ?
Fixant les fleurs, je crut qu'elle ne m'entendait pas. Plusieurs secondes s'écoulèrent, mais j'entendis sa respiration se délier. Jusqu'à ce qu'elle arrive à faire sortir sa réponse.
-Elle est morte, quand elle était encore dans mon ventre. Mais on a répandu ces cendres ici et...aussi longtemps que cette plante poussera une part d'elle vivra à travers ces fleurs.
Sa phrase avait éclaté à mes oreilles comme un battement de cœur. Je détournais mon visage du sien, ne voulant pas qu'elle perçoive mes ressentiments. Je me sent abattue, comme jamais je ne l'est jamais été. Jusque là, la tristesse que j'avais éprouvé n'avais été qu'un passage parmi tant d'autres. Comme chaque fois que j'avais vu le sang couler. Mais la mort d'un enfant...cette idée me semblait impossible et improbable. Inimaginable.
Mais c'était pourtant quelque chose de réel. J'étais morte, ma vie était morte. Mais moins que ne le fut Jessica. Je continuais à vivre, sans raison véritable ou justification. Tandis qu'elle, n'avait eu aucune chance. L'injustice de la vie me désolais. Je sent, à mon tour, des larmes couler sur mes joues. Maman...mère...comme je vous déteste. Et j'entendais sa voix me narguer, à travers mon esprit « Moi aussi ma chérie, je t'aime. »
-Elle aurait eut beaucoup de chance...tu es une maman géniale.
Ma phrase sonnait pathétique pour elle. Mais pour une fois, je ne lui voulais pas lui obéir. Je voulais avoir ma propre pensée, ma propre vision des choses. Je regardais Kate sans relâche, réalisant que la place que Jessica avait laissé été maintenant la mienne. Je me détestais, pour avoir était « l'orpheline de remplacement ». Je n'étais, en fait, depuis ce temps, qu'un comble vide pour la famille qui m'avait adopté. Je ne méritais pas cette place.
A son tour, Kate pose ses mains sur mes joues et voyant mon visage aussi abattu que le sien précédemment, m'embrasse sur la joue et me prends dans ses bras. Elle me câline ainsi durant plusieurs minutes, me remerciant, et recommençant à pleurer, tandis que je me remet peu à peu de mes émotions. Je sent ses mains caresser mes cheveux avec douceur, et je pense encore à Jessica. Je la laisse faire, parce que je sais que c'est l'acte le plus amical que j'ai put lui donner jusque là. Je veux établir une confiance, moi aussi, avant de tout pouvoir lui dire. Le temps de cette après midi, je sais qu'un lien s'est lié entre chacune de nous. Je ne doute pas de sa vérité. Mais je réfute l'idée de n'être que l'orpheline de service. Et je compte bien leur prouver, Jessica morte, ou non, que je ne suis pas une chose. Jessica... Il est vrai. Elle aurait eut beaucoup de chance. Mais ce n'était pas le cas.
