Ce deuxième one-shot est lui aussi réalisé dans le cadre du challenge bingo_fr

Cette fois-ci, le prompt était "blessure par balle". Bonne lecture.

(Blue Exorcist appartient à Kazue Kato.)

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Cabanes.

C'était un petit cabanon abandonné. Un nuage de poussière se souleva quand ils en ouvrirent précipitamment la porte.

Hormis une botte de paille dans un coin, une hache rouillée et des planches rongées par les mites empilées les unes sur les autres il n'y avait rien dans la pièce carrée.

«Attends une seconde Konekomaru...» dit Renzô tout en détachant les cordes usées qui maintenaient la paille en place qu'il entreprit ensuite d'étaler pour en faire un tapis afin que l'adolescent blessé puisse s'allonger. Il s'arrêta cependant en cours de tâche, poussant un petit cri après avoir effleuré un perce-oreille qui avait établi domicile dans la botte.

«V...voilà, fais gaffe aux insectes mais ça devrait être bon.» bégaya-t-il à l'intention de son ami qui se tenait debout avec peine, chancelant depuis qu'ils étaient entrés.

Konekomaru s'allongea maladroitement, tout en gardant une main crispée contre sa hanche. Les deux exorcistes se tournèrent ensuite vers leur troisième compagnon qui était resté près de l'entrée.

Ryûji était affairé à coller des parchemins protecteurs sur les rebords de la porte tout en psalmodiant des sutras. Le vieux bois était secoué de soubresauts régulièrement, les ennemis qui étaient dehors tambourinaient dessus dans l'espoir de passer outre la barrière magique en construction. L'aria fut cependant plus rapide et il acheva sa récitation avec le sang-froid habituel qu'il possédait dans ces situations.

«Bon, ça va les empêcher de passer mais on peut pas dire que la situation soit meilleure pour autant...»

Il se tourna vers ses amis pour voir ce qu'ils faisaient de leur côté. Renzô avait convaincu Konekomaru de lui laisser voir sa blessure et avait entreprit de la panser avec les bandages de leur trousse de secours. Le garçon à lunettes grimaçait de temps à autre.

«Qu'est-ce qu'on fait ? La balle est restée bloquée. On ne peut pas l'opérer ou sortir dehors.»

Ryûji s'appuya contre un des murs de planches et se passa la main dans les cheveux tout en concentrant ses pensées sur un moyen de quitter ou au moins d'améliorer cette situation désastreuse. Il sortit son téléphone portable et un rictus amer peignit son visage lorsqu'il vit le signe d'absence de réseau s'afficher.

«Vous pensez que la fusée de détresse qu'on a envoyé lors de l'embuscade sera repérée ?

-Même si c'est le cas, répondit Renzô, il faudrait qu'ils suivent notre trace puis qu'ils nous trouvent ensuite. On n'est pas vraiment dans un coin facilement repérable.»

À travers la fenêtre carrée du cabanon, les adolescents pouvaient voir les arbres au feuillage touffu du bois dans lequel se trouvait leur abri. S'agitant un peu sur sa couche, Konekomaru redressa ses lunettes.

«Je pense que j'ai laissé une traînée de gouttes de sang suffisamment claire pour qu'ils suivent notre piste. De plus, je ne crois pas qu'il y ai beaucoup d'autres cabanes où il soit possible de se réfugier dans les environs. S'ils aperçoivent celle-ci, ils viendront forcément vérifier.»

Les sourcils de Ryûji se froncèrent d'avantage à la dernière évocation de la blessure de son ami. Au cours des dernières années, il avait regretté à plusieurs reprises de ne pas avoir suivit les cours de soigneur, se répétant à chaque fois qu'il corrigerait ce défaut le plus tôt possible. Maintenant, il commençait à craindre qu'il ne soit définitivement trop tard pour cela.

Tendant l'oreille, l'exorciste remarqua que les ennemis dehors étaient redevenus silencieux, il s'apprêtait à en faire la remarque quand le bruit de coups de feu, suivis par celui du verre brisé lui percèrent les tympans. Leurs assaillants avaient tiré sur l'unique fenêtre de la cabane et brisé ses quatre carreaux, faisant sursauter et jurer Renzô qui s'en trouvait le plus proche.

«Ils jouent avec nos nerfs...», marmonna-t-il tout en ajustant sa prise sur son bâton de moine qu'il avait faillit laisser échapper.

«Éloigne toi de la fenêtre, je ne peux plus la sceller maintenant.», répliqua Ryûji tout en se sermonnant intérieurement pour son erreur d'inattention. Il jeta un bref coup d'œil par le cadre de la fenêtre cassée puis regagna rapidement une position à couvert. Konekomaru l'avait observé agir et parla avant qu'il n'ai le temps de faire un commentaire :

«Je suppose qu'ils sont trop loin pour qu'on puisse tenter de réciter ?»

Ryûji secoua la tête négativement. Le dépit était parfaitement visible sur ses traits, il avait abandonné l'idée d'essayer de le cacher plus longtemps. Il passa la main sur la crosse du pistolet qu'il gardait attaché à sa ceinture mais la retira l'instant d'après.

«Je ne pense pas être encore assez bon pour pouvoir les atteindre de là où ils sont.

-Ne leur tire pas dessus, répondit son ami avec un ton proche de la supplication, ils sont juste possédés. Ils restent humains.

-On peut pas dire que j'ai vraiment envie de les blesser non plus. Seulement je n'ai plus assez de balles à effets paralysants et comme l'eau bénite n'a pas marché lors de l'attaque... Si je suis forcé de tirer pour nous protéger, je le ferais. T'inquiètes pas, je ne vais pas les tuer non plus.

-Je sais, c'est juste que j'aimerais éviter de voir d'autres personnes victimes d'un coup de feu aujourd'hui...»

Ryûji resta silencieux après cela. Konekomaru s'affaissa d'avantage sur sa couchette et seul Renzô s'agitait étrangement, cherchant à regarder à la fenêtre sous différents angles tout en restant à couvert.

«Qu'est-ce que tu fous ?», finit par lui demander son ami aux cheveux ébouriffés d'un ton agacé, provoqué par le stress et la contrariété accumulée que provoquait leur situation. Renzô s'assit finalement et passa sa main dans ses cheveux flamboyants, gêné.

«Rien, j'essayais de savoir s'ils avaient laissé une quelconque ouverture qui nous aurait permis de nous enfuir. Seulement, il y a trop de coins morts.

-Ouais. Vu que ce qui les possède a été assez malin pour ne pas se faire connaître et qu'on n'est même pas sûr de comment il a procédé, je doute qu'il a fait une erreur de ce genre. Et puis je ne pense pas que ce soit une bonne idée de déplacer Konekomaru, cela risquerait d'aggraver sa blessure.

-Tout ce qu'on sait, c'est qu'il ne s'agit pas de possession directe : ils sont trop nombreux et l'eau bénite aurait eu un effet.»

Tout en réfléchissant à cela, Renzô se mit à faire glisse les anneaux qui ornaient le sommet de son bâton, comme pour mieux se concentrer sur le problème. Son air détaché habituel avait complétement disparu de son visage.

Konekomaru recommença à s'agiter. La tâche de sang qui s'était formée sur le bandage entourant le bas de son ventre avait commencé à virer sur un ton entre le pourpre et le marron.

«Si on pouvait leur faire gâcher leurs munitions, vous auriez une chance de partir.

-Mais Koneko, pour faire ça il faudrait se mettre en mauvaise position, je suis pas sûr que jouer avec le feu dans cette situation soit une bonne idée.

-Renzô a raison, pas question que n'importe lequel d'entre nous doive se mettre d'avantage en danger.»

Le jeune garçon à lunettes secoua la tête de droite à gauche pour signaler aux autres qu'ils avaient mal compris sa pensée.

«Ce que je veux dire, c'est que si les secours n'arrivaient pas à temps, vous pourriez m'utili...

-N'y pense même pas !»

Ryûji s'était levé dès qu'il avait compris où son ami voulait en venir.

«Non. Ne penses même pas à prononcer cette idée.»

Les yeux baissées, Konekomaru affichait un air penaud et Renzô se mordilla la lèvre inférieure, ayant pris conscience lui aussi des implications de la situation.

«Les secours vont arriver, ajouta Ryûji même si son ton n'était pas aussi certain qu'il le voulait, ils viendront.»

Se rendant compte qu'il était toujours debout, il se rassit nerveusement.

«Vous vous souvenez de la fois on nous avions trouvé une cabane abandonnée dans la forêt autour du temple ?

-Ah, fit Renzô rêveusement, la base secrète...

-Oui, confirma Ryûji avec un sourire nostalgique, nous avons joué des heures dedans après l'avoir trouvé, puis nous nous sommes rendus compte que nous étions perdus lorsque nous avons voulu rentrer.

-Nos parents nous cherchaient et comme la nuit est tombé nous nous sommes cachés dans la cabane pour être à l'abri. Nous tremblions de peur à l'idée qu'ils ne nous retrouvent jamais !

-Mais ils nous ont retrouvés.»

Ce fut Konekomaru qui acheva l'histoire, d'une voix tremblante.

«Oui, ils nous ont retrouvés.», confirma Ryûji.