Une nouvelle petite histoire, inspirée par une anecdote de Konekomaru dans le tome 2, comme quoi Ryûji voudrait la qualification de Dragon en plus de celle d'Aria.
Cela se passerait dans un futur proche après que l'identité secrète de Rin ai été découverte et l'affaire de Kyoto.
Bonne lecture.
Le samedi matin était réservé à la grasse matinée pour Rin Okumura. S'il devait choisir une seule chose qu'il appréciait à l'Académie de la Croix-Vraie, nul doute qu'il nommerait l'emploi du temps des apprentis exorcistes qui libérait le samedi entier, offrant un confortable weekend.
C'est pourquoi, quand il entendit frapper à la porte et aperçut à travers ses yeux entrouverts la silhouette de Yukio illuminée par la lumière du couloir, il se demanda ce qui pouvait bien se passer. Ouvrant les paupières plus largement, il posa le regard sur le réveil aux chiffres fluorescent sur la table de chevet. L'horloge indiquait 09:55, bien trop tôt à son goût pour se lever songea-t-il avant d'entendre une voix familière.
«Waah, qu'est-ce que tu fais là Ryûji ?»
Car c'était bien l'héritier de la famille Suguro qui se trouvait devant la porte de leur chambre comme venait de le confirmer le fils du diable en sautant d'un bond de son lit jusqu'à l'entrée, poussant son frère au passage pour mieux voir.
Yukio redressa ses lunettes sur son nez et lança un coup de coude à Rin pour le faire reculer.
«Monsieur Okumura, merci de ne pas déranger les conversations auxquelles vous n'êtes pas invité.»
À en juger par le ton et le nom qu'il avait utilisé, le benjamin était en mode professeur et mieux valait ne pas l'énerver. Rin fit quelques pas en arrière, suffisamment loin pour ne pas se prendre de coup mais assez proche pour suivre la conversation.
«Dans tous les cas, monsieur Suguro, si vous pouviez ignorer cette brève distraction...»
Le concerné hocha la tête avant d'envoyer un regard noir à Rin qui lui fit la grimace en retour. Aujourd'hui, l'élève modèle avait soigné sa coiffure farfelue lui donnant une apparence typique de délinquant et il portait fièrement l'uniforme de l'école malgré le fait qu'ils étaient en weekend. À ses côtés, Rin paraissait tout débraillé dans son pyjama froissé et ses mèches noires ébouriffées.
Son frère n'avait pas manqué leur petit échange et poussa un léger soupir avant de fouiller dans sa poche de pantalon pour en sortir une clé.
«Voici pour vous, un double permettant d'atteindre le stand de tir de l'Académie. Inutile de vous dire que la régularité dans l'entrainement est un point fondamental je suppose. Cependant, pour vos premières séances vous devrez forcément avoir un accompagnateur à vos côtés. Je vous fait confiance pour ne pas outrepasser les faveurs que l'on a jugé bon de vous accorder.
-Oui, monsieur !», répondit l'élève avec sur le visage ce que Rin s'amusait à appeler «son air de fayot».
Ce qui semblait être une conversation très intéressante se déroulait devant ses yeux mais il lui manquait quelques pièces pour bien la comprendre. Agitant sans gêne sa queue de démon, comme un petit chiot qui voudrait jouer, Rin tendit le cou vers la droite pour avoir un aperçu de la tête que faisait son frère.
«Hein ? Hein ? C'est quoi ? De quoi est-ce que vous parlez ? Un entrainement secret ?»
Yukio détourna le visage dans la direction opposée mais Rin le suivit en faisant une pirouette, pendant ce temps Ryûji jouait avec la clé qu'il venait de recevoir, la tournant maladroitement entre ses doigts, sûrement peu pressé à l'idée de rentrer dans cette bataille silencieuse entre frères.
«Monsieur Suguro, si vous vouliez bien vous rendre dans la salle d'entrainement en avance, je vous rejoindrais sous peu.», annonça finalement le cadet.
Après un bref salut, l'élève quitta les lieux, sûrement pour partir à la recherche d'une serrure fermée sur laquelle il pourrait utiliser l'artefact magique. Yukio claqua la porte et se tourna enfin vers son frère, une lueur presque meurtrière dans les yeux.
«Pourquoi est-ce que tu n'es pas encore habillé ? Il est déjà dix heures.»
Rin fit la moue devant les inquiétudes de mère poule de Yukio, il savait pourtant bien que le samedi, c'était grasse-matinée pour son ainé mais l'exorciste refusait de comprendre et s'acharnait à lui expliquer les mérites d'un rythme de vie sain qui impliquait de se lever à des heures correctes toute la semaine sans la moindre exception.
Grognant mais obéissant cependant, il se saisit d'un pantalon et d'une chemise pour s'habiller à la va-vite.
«Alors, c'était à propos de quoi votre histoire ?», demanda-t-il à nouveau tout en boutonnant son vêtement.
Yukio se pinça l'arrête du nez pour réfléchir à ce qu'il devait dire à son frère.
«Rien qui te concerne. Ryûji m'a juste demandé de lui donner quelques cours particuliers. Je dois y aller d'ailleurs. Ne profite pas de mon absence pour faire n'importe quoi, je serais de retour vers midi et demi.»
Sur ce, il sortit son propre porte-clé pour y chercher celle semblable au double que Ryûji avait reçu. Quand il inséra la clé dans la serrure, Rin était en train d'achever d'enfiler ses chaussures et un grand sourire se dessinait sur ses lèvres mais Yukio ne put le voir, son frère se trouvant dans l'angle mort de sa vision.
La salle de tir s'étendait tout en longueur, dans un angle une petite cabine gardée par une concierge servait à stocker armes et munitions, les stands de tir étaient au nombre d'une trentaine mais seulement quatre se trouvaient occupés à l'instant, le samedi matin n'étant pas un jour de grande affluence. Ryûji observait le tireur le plus proche de l'entrée, sa tête tournant vers la cible, puis vers l'arme entre les mains de l'exorciste, puis la cible à nouveau.
Un claquement retentissant fit sursauter les exorcistes présents, causé par la porte qu'avait ouvert Yukio et que venait de refermer Rin derrière lui.
«Wow, je n'avais encore jamais vu cette salle avant !», s'exclama le démon en se dirigeant vers son camarade de classe.
Son frère l'attrapa par le poignet avant qu'il ne soit hors de sa portée et le traina dans un coin sous le regard choqué des autres membres de l'Académie de la Croix-Vraie présents, le forçant à s'assoir sur un petit banc pour visiteurs.
«Rin, je t'avais dit de ne pas faire n'importe quoi, cela t'arrive-t-il parfois de m'écouter et d'agir comme un adulte ?
-Ben ça va, c'est pas la mort. Je pense qu'on a le droit à quelques gamineries à notre âge, tant que nous ne sommes pas dans une situation difficile ou importante. J'te rappelle qu'on a que quinze ans Yukio.»
Ces mots causèrent un nouveau soupir à son interlocuteur, parfois, Rin se demandait si son frère n'avait pas déjà quelques cheveux blancs à force d'être constamment sérieux.
«Tu promets que tu te tiendras calme et n'ira pas déranger les gens autour de toi ?»
Visiblement, il avait compris qu'il n'y aurait aucun moyen de le faire partir. Rin hocha vigoureusement la tête, un grand sourire aux lèvres. Après cela, Yukio se dirigea vers Ryûji pour lui présenter un peu mieux les lieux et ils se rendirent jusqu'au stock d'armes pour les examiner, Rin les suivant avec joie.
Son camarade n'avait pas l'air de franchement apprécier sa venue et lui jeta un sâle regard en se retournant rapidement, prenant garde à ce que leur professeur ne remarque rien. Ils avaient déjà bien assez trinqué de leur petite rivalité auparavant en se criant dessus sans faire attention aux figures d'autorités les plus proches et s'ils étaient maintenant amis cela ne les empêchaient pas de souvent s'enguirlander.
«Choisir une arme qui nous correspond est important mais il faut savoir s'adapter à différents modèles notamment les plus courants afin de ne pas être pris au dépourvu si l'on en vient à ne pas être en possession de son équipement fétiche, expliqua Yukio tout en passant à son élève un pistolet qui ressemblait fort à ceux qu'il manipulait habituellement, nous allons commencer avec ce modèle. Ils possèdent une sécurité, savoir d'un coup d'œil si elle est mise ou pas est primordial. Dans le cas d'une mission impliquant des civils ou des risques de possession, tu dois constamment la mettre lorsqu'il n'y a aucun danger en vue, afin que si ton arme t'es retirée elle ne puisse pas être retournée contre toi ou tes coéquipiers.
-Mais si la personne qui me le prend sait s'en servir ?
-C'est possible dans le cas de civils, beaucoup plus rare pour des démons étant donné que la majorité sont trop anciens et ont beaucoup plus confiance en la magie qu'en la technologie qu'ils ne connaissent pas bien, de nombreuses entités démoniaque n'ont d'ailleurs pas toujours un niveau de conscience ou d'intelligence nécessaire pour comprendre le maniement d'une arme à feu. Dans tous les cas c'est une mesure de sécurité importante, si l'ennemi maitrise les armes à feu tu ne gagnes effectivement rien mais dans l'autre cas cette prudence pourrait te sauver. Évidemment il faudra aussi penser à enlever la sécurité à chaque fois que tu auras besoin de tirer, la qualification de dragon demande une grande capacité d'attention et d'analyse aux éléments qui t'entourent.»
Yukio exécuta deux fois le mouvement pour enlever puis remettre la sécurité sur un modèle semblable puis observa son élève tandis qu'il répétait ses gestes. L'exorciste se lança ensuite dans une nouvelle discussion sur les détails techniques des armes à feu qui largua bien vite Rin, déçu que ce cours particulier soit aussi ennuyeux, il se tourna vers les pratiquants qui tiraient sur des cibles en carton afin de profiter un peu du spectacle.
Chacun portait des petits casques à coussinets pour protéger leurs tympans du bruit et vidaient rapidement leurs chargeurs avant de faire une pause pour replacer des munitions à l'intérieur de leur arme. Bientôt, Yukio et Ryûji quittèrent eux aussi la cabine pour se rendre au stand le plus proche, des casques protecteurs fermement enfoncés sur les oreilles. Rin resta du côté de la cabine de la concierge pour regarder de loin son frère à nouveau montrer les gestes importants à son camarade puis tirer une salve en direction de la cible en face. Il changea ensuite celle-ci pour une nouvelle, à l'aide d'une petite machine sur sa droite et cette fois-ci ce fut au tour de Suguro de tirer, les deux mains tenant fermement son arme.
Deux heures plus tard, ils se retrouvaient dans la cantine de l'établissement pour le repas de midi. Yukio engloutissait sa nourriture tout en donnant quelques conseils supplémentaires à Ryûji ; l'exorciste avait été appelé par un supérieur et il n'avait que peu de temps pour manger.
«Chaque situation demande d'être traité d'une manière particulière, que ce soit les munitions utilisées, les parties du corps visés... mais ne t'inquiètes pas si tu ne trouves pas la meilleure solution dès le premier coup, c'est une affaire d'expérience à gagner sur le terrain.»
Un exorciste en uniforme l'interpella de l'autre bout de la grande salle et il se leva précipitamment, triant les affaires de son plateau-repas et leur souhaitant un rapide au revoir avant de les quitter. Rin regarda la silhouette de son frère disparaître tout en jouant avec les dernières miettes de son propre déjeuner, une tomate-cerise résistait aux tentatives de sa fourchette en plastique pour la transpercer. Il n'avait pas pu préparer son propre repas aujourd'hui puisqu'il avait à la place choisi de passer son temps à regarder Yukio et Ryûji tirer sur des cibles en carton, en partie par curiosité envers cet entrainement secret mais aussi, il devait se l'avouer, parce qu'il avait un peu envie d'asticoter son cadet. Au final cela s'était plus ou moins retourné contre lui ; il s'était ennuyé comme un rat mort et lorsqu'il avait fallu choisir son repas, il avait pris un menu en réduction pour ne pas trop gêner son frère qui devrait le payer. La nourriture de la cantine restait très bonne mais il n'était pas tombé sur un plat qu'il aurait voulu manger ce midi.
Utilisant finalement son couteau pour terrasser la tomate rebelle, il tourna son regard vers son camarade qui mangeait silencieusement en face de lui.
«Donc... Tu suis des cours particuliers avec Yukio ? Pourquoi exactement ?»
Ryûji s'essuya poliment la bouche avec sa serviette avant de parler et Rin pensa à nouveau à quel point son look de racaille n'allait pas avec certaines de ses manières.
«Konekomaru t'avais dit que je souhaitais obtenir la qualification de Dragon, n'est-ce pas ? Seulement, ce n'est pas possible d'étudier pour en avoir deux à la fois et comme je veux l'atteindre rapidement, je prends de l'avance.», annonça-t-il dans un haussement d'épaule vaguement blasé.
Rin avala le fruit rouge et juteux puis réfléchit à la réponse qu'il venait de recevoir.
«Donc tu n'as pas officiellement de cours dessus, répliqua-t-il en pointant sa fourchette vers son interlocuteur, c'est bien une activité secrète !
-Secrète pas exactement... Le proviseur est au courant.
-Le proviseur ? Méphisto donc ! De plus en plus louche !»
Il avait dit cela en plaisantant à moitié mais cela sembla agacer Ryûji.
«Tu peux parler monsieur le fils-de-Satan-qui-est-entré-sur-dérogation, niveau intégrité tu ne peux pas critiquer grand monde.»
Son orthographe déplorable ne permettait pas à Rin de comprendre le sens exact d'intégrité mais il devinait facilement le sentiment derrière.
«Donc tu avoues bien que c'est pas trop réglo ! Ah, j'arrive pas à croire que Yukio fasse ça...
-Va pas l'ennuyer avec tes idioties.
-Dire qu'au début il me disait qu'il fallait que je te prenne pour exemple, que tu étais un élève modèle, rentré ici avec une bourse comme lui et blablabla»
En y réfléchissant, il se demandait si ce n'était justement pas ça qui l'avait justement motivé à sortir un peu du protocole ; aider un autre jeune sérieux en quête d'excellence comme lui. Leurs camarades disaient que lui et Ryûji se ressemblaient beaucoup mais ce dernier était aussi très proche de Yukio concernant leur vision des études et du travail ; même au niveau du caractère, son frère était parfois têtu comme une mule.
«Enfin bref, tant qu'à prendre une seconde qualification, tu aurais du choisir paladin. Tout le monde sait que les épées, c'est mieux que les flingues.»
Il trancha l'air au dessus de la table avec son couteau, comme pour mieux appuyer son avis et le front de l'apprenti exorciste en face de lui prit la couleur de la tomate qu'il venait de manger.
«N'importe quoi ! Les épées c'est bon pour les crétins comme toi qui foncent sans réfléchir sur le champ de bataille, les armes à feu sont polyvalentes et demandent un esprit bien plus stratégique !»
Sur ce, Ryûji se leva brusquement, manquant de faire tomber sa chaise, puis alla débarrasser son plateau et quitta la cantine en râlant.
Tout en rigolant de la déconfiture de ce dernier, Rin se dit qu'il risquait d'y avoir des débats acharnés sur la supériorité du pistolet ou du sabre et il valait mieux qu'il commence à rédiger une liste de bons points à l'avance, parce que sur ce coup là son frère irait sûrement s'allier à son rival.
