Pardon d'avoir pris tout ce temps pour pondre un nouveau chapitre – non, je suis inexcusable. Bon, j'espère au moins que celui-ci va vous plaire.
Chapitre Trois : Derrière le masque de fierté et de froideur
- Bordel !
Sa tête était si douloureuse. Elle avait l'impression que plusieurs marteaux frappaient ses tempes dans un mouvement coordonné et réellement insoutenable. Odysseus ouvrit péniblement les yeux, découvrant face à elle un toit fait d'un matériau tout à fait inconnu – on aurait dit la matière d'un arbre (mais aucune matière pouvant égaler celle des arbres de l'Archipel des Sabaody.). Elle aurait pu en inspecter l'intérieur si elle ne se sentait pas aussi épuisée ; sa vue étant brouillée et son front encore brûlant de fièvre, utiliser le « Washi No Me » dans des conditions pareilles reviendrait à tomber dans le coma. Odysseus ne mettrait pas sa vie en danger dans un monde où Robin et elle ignoraient encore tout. De plus, l'épuisement était toujours présent et se faisait durement ressentir.
La pirate sursauta de nouveau, ouvrant grand les yeux. Robin ! Où était Robin ?
- Robin ? appela Odysseus dans une quinte de toux. Robin !
Quelles étaient les chances d'avoir été capturées ? Emprisonnées ? Et bon sang, où était son nodachi ? Odysseus était sur le point de se redresser lorsque deux mains fermes attrapèrent ses épaules, la faisant sursauter au passage, et la rallongèrent sans effort apparent sur l'oreiller. Serrant les dents pour lutter contre l'étourdissement, elle ferma les yeux quelques secondes avant d'entendre une voix vaguement familière à son oreille.
- Votre compagne va bien mais vous, veuillez rester allongée, s'enquit la personne – mâle à en juger par ses oreilles – qui la maintenait en place. Votre fièvre n'est pas encore tombée.
Bien qu'elle ne soit pas vraiment encline à suivre ces ordres, Odysseus se surprit elle-même à obéir et laissa son corps se détendre à contrecœur. Prise dans son élan, elle n'avait même pas senti la douleur l'élancer dans ses bras et jambes – ni même dans sa tête à cause de ses maux de crâne pour avoir abusé du « Washi No Me » - tant elle avait été préoccupée par la sûreté de l'archéologue. Elle retrouva vite une respiration normale et son cœur se calma petit à petit, lui permettant alors de trouver un semblant de paix apparente, même si elle savait que cela ne durerait pas très longtemps.
Les mains de son 'sauveur' n'avaient pas quitté ses épaules, comme s'il s'attendait à ce qu'elle bondisse à nouveau et malgré l'envie monstrueuse de saisir ses bras pour le balancer au loin, Odysseus ne parvint pas à bouger un seul doigt. À quand remontait la dernière fois où elle avait laissé un parfait étranger s'occuper de sa santé hormis Tony Tony Chopper ? Les médecins du Nouveau Monde avaient beau être bons dans leur profession, certains étaient prêts à manquer à leur devoir pour toucher un peu d'argent et leur accorder un minimum de confiance serait se donner en pâture aux chasseurs de prime soi-même (Odysseus n'était pas née de la dernière pluie, n'importe qui aurait pu la dénoncer pour empocher l'argent sur sa prime. Si ce monde n'était en aucun cas familier avec les pirates et leurs primes, alors Robin et elle n'avaient pas à s'inquiéter de ce côté-là.). Le toucher de cette personne qui continuait de la maintenir allongée l'incitait à avoir confiance – mais comment ? Fang Fang Odysseus était toujours méfiante au premier abord lorsqu'elle rencontrait de parfaits inconnus, alors comment intéragir avec des personnes venant d'un autre monde ?
Une autre quinte de toux secoua son corps et brûla sa gorge. Quelques secondes plus tard, la pirate sentit que l'on lui relevait la tête et poussa le goulot d'une gourde contre ses lèvres.
- Buvez, dit-il doucement. Lentement...comme ça...
Lorsqu'elle en eut assez, Odysseus se dégagea en fronçant les sourcils. Le breuvage qu'elle avait bu parut réchauffer son corps de l'intérieur et, aussi étonnant que cela puisse paraître, elle appréciait. Qu'était-ce donc ? Une chaleur douce et réconfortante animait ses membres lourds et engourdis par sa fièvre, permettant à la bretteuse de bouger avec un minimum de mouvement – elle put déplacer son bras afin qu'il repose confortablement sur son ventre, à son habitude, et l'autre s'était déplacé jusqu'à ses yeux comme pour les couvrir du soleil. Mieux encore, ses forces lui revenaient petit à petit. Odysseus ignorait tout de ce breuvage, mais savait qu'un certain renne médecin sautillerait d'excitation s'il l'on lui confiait les caractéristiques des plantes utilisées pour le créer. Cette pensée lui arracha un sourire. Chopper, adorable petit renne si attachant...
- Comment vous sentez-vous ?
Il fallut un moment à Odysseus pour pouvoir articuler quelques mots et c'est la gorge enrouée et douloureuse qu'elle put répondre qu'elle se sentait toujours aussi mal. L'elfe posa une main sur son front pendant quelques secondes avant de la retirer en grommelant des mots dans une langue inconnue, attirant la curiosité de la pirate qui ouvrit les yeux avec difficulté. Sa vision étant encore troublée et incertaine à cause de sa fièvre persistante, elle ne put qu'apercevoir un visage flou placé au-dessus du sien et des yeux d'un bleu saisissant – quelle autre créature surnaturelle pouvait posséder une couleur d'yeux pareille ? Même ceux de Robin n'atteignaient pas cette beauté irréelle (L'idiot de Cavendish était une autre histoire, celui-là ne comptait pas. Absolument pas.) !
Robin. Elle devait parler à Robin, lui demander ce qu'elle avait pu apprendre sur cet autre monde dans lequel les deux pirates venaient d'atterrir afin qu'elles puissent trouver une solution pour repartir.
- Vous..., chuchota la voix enrouée d'Odysseus. Qui...êtes-vous ?
- Mon nom est Haldir, répondit « l'inconnu » qu'elle ne reconnaissait toujours pas. Nous vous avons trouvées à mi-chemin de notre cité que...pouvez-vous vraiment voir au-delà d'un champ de vision normal ou celui d'un elfe ? demanda-t-il soudainement avec une très légère pointe d'excitation.
Odysseus manqua de s'étouffer durant sa quinte de toux. Quoi ? Comment était-il au courant des capacités de son « Washi No Me » ? Se forcer à garder contact l'épuisait – elle ne l'admettrait sans doute jamais mais la pirate préférait se mordre la langue cent fois plutôt que de devoir avouer ce que le « Washi No Me » pouvait faire à quelqu'un dont l'avidité pourrait avoir le dessus sur la raison et la dévorer. Ce Haldir...
- Je ne dirai...rien, réussit-elle à dire entre deux toussotements.
Elle n'eut pas à rouvrir ses paupières pour constater que sa réponse n'était pas celle qu'il attendait, sentir son agacement de loin était déjà suffisant pour comprendre. Odysseus en aurait souri.
Il est bien trop curieux.
La fièvre toujours présente et forte, Odysseus s'endormit sous l'épuisement. Les yeux clairs de Haldir, qui s'était à présent éloigné de la bretteuse pour garder un œil sur elle, la fixaient intensément. L'elfe n'était pas dupe : elle s'était tendue lorsqu'il lui avait posé cette question, comme s'il venait de poser le doigt sur un secret qu'elle s'efforçait de garder pour elle, caché du monde entier. Comment, se demanda le puissant elfe avec consternation, pouvait-on garder de tels pouvoirs de clairvoyance pour soi et ne pas en faire usage pour faire le bien ?
Se pourrait-il que Dame Galadriel ait vu juste ?
Quoi qu'elle ait vu dans son miroir, cela devait sûrement avoir un lien avec ces deux étrangères. En tournant légèrement la tête, il put apercevoir l'autre humaine assise un peu plus en retrait des autres elfes, les yeux également clos. Lorsqu'il les avait vues pour la première fois tout à l'heure, Haldir n'avait pas pu s'empêcher de les trouver très attirantes – pour des humaines, c'était un constat assez exceptionnel. La beauté des femmes humaines ne pouvait égaler celle des elfes, c'était un fait. Cependant, on venait de lui prouver que les exceptions existaient quand même aussi désirables qu'elles pouvaient paraître, leur attitude ne ressemblait en aucun cas à celle des femmes du Gondor ou du Rohan. Qui étaient-elles au juste ?
Haldir pouvait toujours les questionner tout de suite : il pouvait aller voir la dénommée Robin, l'emmener à l'écart de ses hommes pour lui poser toutes les questions qui tournoyaient dans sa tête, à commencer par ce lieu qu'elle avait mentionné plus tôt : Grand Line. D'après les maigres explications qu'il avait réussi à soutirer, c'était un océan très vaste – peut-être plus vaste encore que la Terre du Milieu – où l'on pouvait découvrir toute sorte de créature. Existait-il pire qu'un Balrog de Morgoth dans cet océan d'où elles prétendent venir ? pensa Haldir en réfrénant avec beaucoup de mal un tremblement non désiré. Et cette sorcellerie qu'ils avaient vue et dont ils avaient été les victimes, comment une mortelle pouvait-elle obtenir un tel pouvoir ? Ses questions auraient-elles les réponses qu'il attendait ?
- Haldir, résonna doucement la voix de son jeune frère près de lui. Elles ne m'inspirent aucunement confiance. Comment nous assurer qu'elles nous disent la vérité et qu'elles ne travaillent pas pour le compte de l'ennemi ?
Pour tout avouer, Orophin disait vrai Haldir ne pouvait penser qu'elles ne pourraient les tromper, il ne pouvait lire dans leurs pensées pour s'assurer de la véracité de leurs propos. Cet océan nommé « Grand Line » qui n'existait pas sur la Terre du Milieu sonnait complètement étranger, mais la couleur de peau de la dénommée Odysseus pourrait très bien la confondre avec un membre du peuple barbare des Haradrim – ce peuple d'assassins alliés de Sauron ne semblait connaître aucune limite et pouvait avoir des espions absolument partout. Il suffisait d'être inattentif pendant un instant et le sang coulerait à flots dès que les yeux étaient tournés autre part. La peau d'Odysseus n'était pas aussi claire que celle des elfes ou des hommes, plus proche de celle des Haradrim, ce qui amenait Haldir à se poser des questions sur ses origines.
- Nous ne sommes pas Dame Galadriel, raisonna-t-il sagement. Si seulement j'étais doué de télépathie comme elle, j'aurais pu m'introduire dans leurs esprits et voir leurs souvenirs pour voir si aucune ne mentait. Je ne risquerai pas d'amener un danger qui pourrait nous décimer dans les bois de la Lothlorien, je mourrai avant.
- Pourquoi ne leur poses-tu pas plus de questions ? insista Orophin. Au moins à celle qui ne semble pas malade, elle peut encore parler. Je suis curieux...et inquiet. As-tu vu cette épée, Haldir ?
Leurs regards se posèrent sur le sabre d'Odysseus, non loin de sa silhouette endormie. Anormalement grand et plus long qu'une épée normale, celui-ci avait pesé très lourd dans la main d'Orophin lorsqu'il avait dû l'enlever du poing douloureusement contracté de la jeune mortelle et l'elfe, surpris par le poids d'une arme avec laquelle aucun d'eux n'était familier, avait manqué de trébucher sous le regard étonné de ses autres camarades mais bien heureusement, Haldir avait manqué cette scène et Orophin n'aurait peut-être pas supporté une remarque sarcastique de son frère aîné en ce moment.
- C'est la première fois que je vois un tel type d'arme, si étrange que je n'ose même pas essayer de la manier. Je ne connais rien des types d'armes utilisées par le peuple des Haradrim mais peut-on supposer qu'elle est l'une des leurs ?
- Et que fais-tu de sa compagne ? Sa couleur de peau est semblable à la nôtre et bien que les apparences soient la plupart du temps trompeuses, je ne peux être certain qu'elles soient originaires de ce peuple aux allures barbares...ni qu'elles ne soient venues dans l'unique but de nous nuire. Elles avaient l'air sincèrement égarées et ne savaient pas qu'elles se trouvaient dans nos bois. Clairement, elles ne peuvent être d'ici. As-tu vu les yeux de la mortelle aux cheveux blancs ?
Son frère acquiesça, restant silencieux. Haldir l'observa, stupéfait qu'il n'ait pas encore saisi.
- Nous autres elfes, sommes réputés pour notre mémoire infaillible, dit-il, parce que nous pouvons nous souvenir des personnes qui nous ont marqués dans notre longue vie par leurs actes. Aussi bien Mithrandir et les Valar que Dame Galadriel elle-même. Orophin, tu ne peux pas me dire que ces yeux te sont complètement étrangers, c'est impossible.
Il y avait quelqu'un, pensa Haldir en fronçant les sourcils. Il y avait quelqu'un qui avait ces mêmes yeux étranges autrefois, plus de deux cents ans auparavant. Si Haldir ne se trompait pas, cet air de ressemblance qu'il pouvait reconnaître sans mal entre Odysseus et lui n'était pas un fruit du hasard – si tous les elfes avaient pensé que les capacités uniques des yeux de Zaahno ne se perpétueraient pas après sa disparition, alors la chance de découvrir cette femme, couchée et fiévreuse non loin d'eux, auraient approché le zéro. Zaahno n'avait jamais dit, de son vivant, qu'il avait une descendance.
Cela fait plus de deux cents ans qu'il avait disparu, mais les actes qu'il avait perpétrés dans le passé et ses mots ne s'étaient jamais estompés malgré le temps. Le peu que Haldir connaissait de cet homme, il le tenait du seigneur Celeborn ; lorsqu'il se surprenait à se perdre dans ses pensées les plus profondes, le seigneur elfe acceptait les requêtes de ceux dont la curiosité voulait être satisfaite à propos de cet étranger venu d'ailleurs et qui les avait aidés grâce à ces compétences si particulières et uniques. Unique, pensa Haldir. Zaahno fut unique autrefois.
Il le restera toujours.
C'était décidé. Haldir allait amener les deux femmes devant Galadriel afin qu'elles puissent être jugées par la Dame de Lorien. Et ensuite...
Ensuite, je saurai s'il existe un lien entre Zaahno et cette femme.
Ils reprirent la route aux premières lueurs du soleil ; Haldir avait réveillé Robin et expliqué à la belle pirate qu'ils atteindraient Caras Galadhon en moins d'une demi-journée, la moitié du chemin ayant été faite après avoir administré les premiers soins à Odysseus. Mais le regard étrangement distant et troublé de la jeune femme, l'accélération de sa respiration, l'appel de détresse de Robin et la persistance de sa fièvre avaient fini par avoir raison de son inquiétude ; la fièvre avait monté pendant la nuit et s'était aggravée à tel point que la pirate aux cheveux blancs ne cessait de remuer comme si elle était perturbée par un vil cauchemar. Ses yeux restaient obstinément fermés et lorsque Haldir désirait vérifier son état, leur pâleur, qu'il n'avait pas aperçue lors de leur rencontre, l'avait alerté.
- Hâtons-nous, vite ! avait ordonné Haldir en langue elfique.
Ses bras puissants avaient récupéré Odysseus, combattant alors les remuements frénétiques de la malade dont les mains se contractaient douloureusement sur la cape grise de l'elfe, mais cela ne l'avait pas empêché de la serrer contre son torse, un air glacial sur son si beau visage. N'ayant pas d'autre choix que de le porter, Orophin transportait de nouveau le nodachi d'Odysseus – non sans prier pour qu'il ne le fasse pas tomber à cause de son poids ridiculement lourd. Les elfes étaient des êtres galants, surtout les mâles envers les femmes (cela aurait été rude et impoli de la part d'un elfe, que l'on soit tous d'accord.).
Nico Robin ne montrait que très rarement ses émotions sur son visage. Que ce soit les très nombreuses fois où les pirates du Chapeau de Paille ont frôlé la mort de très près ou qu'Ussopp et Chopper soient tombés à l'eau, emportés par la force d'un poisson assez gros pour les tirer à lui tout seul. Et même si son sourire mystérieux et la lueur malicieuse dans son regard arrivaient à dissimuler ses véritables pensées, le « Washi No Me » d'Odysseus était parvenu à passer outre les barrières protectrices qu'elle mettait en place.
« Mes yeux ne me permettent pas simplement de distinguer les plus infimes détails et les distances les plus éloignées qu'un œil humain ne peut voir. Ils voient également ce qui trouble le cœur et l'âme. Il y a encore de noirs abîmes que nous n'avons pas refermés dans ton cœur. Parle-moi, j'aimerais essayer avant eux. ».
Oui, Robin considérait tous les membres de l'équipage comme ses amis – sa famille, celle que tout enfant aurait pu – dû – obtenir même si ses parents n'étaient pas tout le temps présents pour s'occuper de lui. Nico Olvia ayant été une archéologue jugée criminelle à cause du savoir que les Ponéglyphes renfermaient et son père - s'il avait existé, peut-être aurait-elle pu en tirer quelque chose de lui – et Haguar D. Sauro ayant été tué par Aokiji lors de son échappée d'Ohara, on ne pouvait pas dire que Robin avait eu l'enfance la plus douce et la plus joyeuse. Celle de Nami ne pouvait pas être égalée.
« JE VEUX VIVRE ! »
Oh, elle s'en souvenait et s'en souviendrait jusqu'à la fin de sa vie. De tels mots ne pouvaient être oubliés, car ce cri venait du cœur et de l'âme comme l'avait dit Odysseus. À Enies Lobby, ils avaient tous promis de venir la chercher et la ramener avec eux, quitte à déclarer la guerre au Gouvernement mondial. Tous. Et Odysseus avait été là également. C'était peu après ces événements que Robin avait considéré qu'une amitié ne devrait pas seulement se contenter de paroles échangées, car les pensées devaient se passer en échanges et l'envie de partager avec les autres devenait plus forte à chaque instant passé avec eux. Avec Odysseus, c'était si simple. Avec Odysseus, toutes les émotions que Robin pouvait dissimuler derrière un masque de calme apparent s'inscrivaient vraiment sur son beau visage et dans ses yeux.
La marche de Haldir s'était intensifiée, si bien qu'elle dut pratiquement courir pour ne pas se retrouver seule avec les autres elfes – certains ne semblaient pas comprendre la langue qu'elle parlait et la fixaient avec de grands yeux confus, ce qui laissait vite penser qu'ils privilégiaient tous leur langue maternelle (Robin se jura de ne pas oublier de demander à un elfe pouvant la comprendre de lui apprendre l'elfique, car c'était une langue qu'elle voudrait déchiffrer sans perdre de temps. Peut-être que cela l'aidera dans ses recherches sur le Rio Ponéglyphe.). Arrivant coude à coude avec le grand elfe blond, l'archéologue se tourna vers lui.
- Qu'allez-vous faire ? demanda-t-elle d'une voix claire, dardant ses yeux bleus sur lui.
- Je vais la confier aux soins de Dame Galadriel, car ses talents de guérisseuse ne peuvent être égalés.
Il l'avait à peine observée, et ses yeux gris restaient concentrés sur la route devant eux. Dans ses bras, Odysseus avait depuis peu cessé de s'agiter et demeurait dans l'étreinte de fer de Haldir, mais elle pouvait voir ses tremblements et bien que son visage soit pratiquement caché contre la tunique de l'elfe, elle pouvait deviner l'expression de souffrance de son amie. Robin ne lâcherait pas l'affaire, tant qu'elle ne sera pas rassurée. Ses fins sourcils se froncèrent sous la méfiance qu'elle pouvait ressentir autour de ces elfes. Ne pas faire confiance, on ne sait rien de ces êtres, ni de ce monde. Inconsciemment, elle avait l'impression de retourner en arrière dans ses premières années de fuite où les personnes pour lesquelles elle travaillait pour avoir un toit finissaient par la trahir pour sa prime.
Nous ne sommes plus dans le Nouveau Monde. On ne peut avoir confiance en personne. Personne.
- Dois-je avoir confiance en ses capacités pour sauver mon amie ? demanda-t-elle brusquement alors.
Cette fois, sa question réussit à ébranler Haldir. Celui-ci tourna vivement la tête et fixa Robin d'un regard incrédule, comme si elle venait tout juste d'insulter Dame Galadriel.
Haldir ne saurait dire si elles leur mentaient ou non, mais il avait pensé qu'elles connaîtraient au moins les compétences incroyables de la Dame de Lorien. Comment est-ce même possible ? Se pourrait-il qu'elles aient dit la vérité ? Il fut sur le point de rétorquer quelque chose à la pirate lorsqu'une main de couleur bronzée s'éleva doucement dans un tremblement, attirant l'attention de Haldir et de Robin qui baissèrent systématiquement les yeux sur Odysseus.
Un seul œil était ouvert – le doré – et l'autre demeurait clos. Robin sentit la surprise s'emparer d'elle. Odysseus... le « Code Seeker » ! Robin faillit la réprimander fortement. Elle est déjà assez malade. Assez !
L'archéologue avait déjà aperçu Odysseus se servir du mode « Code Seeker », et se souvenait que la jeune femme lui avait dit que l'utiliser drainait énormément une personne possédant un puissant « Washi No Me ». Une personne comme Odysseus, par exemple.
- Il dit la...vérité... Robin, réussit-elle à articuler très difficilement.
- Odysseus, n'utilise pas cette technique ! gronda Robin. Tu as déjà perdu beaucoup trop d'énergie, elle va complètement te drainer !
Consciente que Haldir ne manquait pas une seule miette de cet échange entre elles et que le regard brûlant et insistant de l'elfe réclamait des réponses, Robin fronça les sourcils face au sourire encourageant d'Odysseus, qui ferma alors son second œil.
- On peut...on peut lui faire confiance, murmura faiblement la pirate aux cheveux blancs.
Je l'ai vu dans son âme. Robin ne pouvait pas entendre ses paroles, mais c'était exactement comme si Odysseus venait de les prononcer à voix haute. Fais-lui confiance. Sa sincérité est tout ce qu'il y a de plus vrai. Refrénant alors son envie de contredire les mots de la jeune femme, l'archéologue se contenta de hocher la tête, laissant alors un sourire étirer ses lèvres à son tour.
Ce qu'il ne fallait pas oublier chez les pirates du Chapeau de Paille, c'est leur détermination à parvenir à leur but malgré les obstacles. Nous faisons partie de l'équipage du Chapeau de Paille. Avec cette pensée en tête, Robin suivit Haldir et les autres elfes jusqu'à la cité, mettant alors plus d'ardeur dans ses muscles pourtant épuisés.
Nous sommes Nico Robin et Fang Fang Odysseus de l'équipage du Chapeau de Paille.
Et il n'y eut pas un seul instant où son sourire quitta ses lèvres.
Ils arrivèrent à Caras Galadhon en quelques heures. La vue d'une telle magnificence réussit à couper le souffle à Robin, d'ordinaire si prudente à masquer ses émotions, et la pirate ne put que se figer sur place face à tant de beauté. Doucement, ses yeux bleus se délectaient, avalaient et enregistraient tout ce qui constituait la cité elfique, des arbres jusqu'aux escaliers en colimaçon qui serpentaient autour de leurs troncs, gracieux et scintillants sous les reflets du soleil. Tout semblait doré, depuis les feuilles jusqu'à l'écorce. Cet endroit ressemblait à un véritable paradis, quelque peu semblable à Skypéia et toutes les îles célestes autour. Même l'Archipel des Sabaody faisait pâle figure à côté de Caras Galadhon !
Cependant, la rêverie de Robin prit fin lorsqu'elle se rendit compte que Haldir avait disparu. Maudissant sa curiosité, elle tourna sur elle-même pour chercher l'elfe des yeux ou essayer d'apercevoir la blancheur des mèches d'Odysseus. Il y avait tellement de chemins possibles autour d'elle – à droite, à gauche, en périphérie et même en hauteur. Elle ne pourrait vraiment les retrouver comme ça. Robin considéra pendant quelques secondes l'idée d'utiliser son Fruit du Démon pour localiser Odysseus, mais en se souvenant de la réaction qu'avaient eu les elfes qui les avaient trouvées, elle risquerait une hostilité bien plus forte que celle constatée jusqu'à présent. Comprenant qu'elle ne pourrait pas vraiment se retrouver dans cette cité qui devait contenir un véritable labyrinthe, Robin se laissa entraîner par deux ou trois elfes. Malgré tout, il restait cette inquiétude envers la santé de son amie.
Nico Robin.
Prise par la surprise, la pirate écarquilla les yeux en grand en observant partout autour d'elle. Avait-elle bien entendu ou...était-ce simplement la fatigue qui obscurcissait son esprit et sa raison ? Voilà que je peux entendre des voix, à présent... Mais en même temps, si tout pouvait être possible sur Grand Line et le Nouveau Monde, c'était peut-être le cas dans la Terre du Milieu.
Votre amie Fang Fang Odysseus est entre de bonnes mains. Haldir me l'a confiée personnellement. Ne laissez pas l'inquiétude troubler votre esprit et votre cœur et tâchez de prendre un peu de repos avant que nous puissions nous rencontrer.
Cette voix, que Robin identifia comme appartenant à celle d'une femme – et probablement à la fameuse Dame Galadriel –, inspirait la confiance et détenait une autorité pesante. Si pesante que la pirate n'arrivait pas à trouver la détermination de refuser et de chercher Odysseus, c'était comme si on écrasait sa volonté pour la forcer à abandonner et faire ce que l'on lui disait sans poser de questions. Mais des questions, elle en avait. Beaucoup, même.
Cependant, cette femme avait raison : Robin était fatiguée.
Mais qui a dit qu'elle se reposerait une fois arrivée ?
Soupirant doucement, elle se laissa emmener par deux elfes qui possédaient de forts airs de ressemblance avec Haldir. En chemin, ils rencontrèrent un groupe de personnes dont les regards découvraient Robin, la détaillaient, tenaient en compte son aspect qui ne ressemblait en rien à celui d'une elfe ou d'une femme de la race des hommes. De son côté, la pirate aussi les observa du coin de l'œil ; elle nota la présence de quatre petits enfants, tous arborant des cheveux incroyablement bouclés et des vêtements comprenant une salopette et une chemise – ils ressemblaient réellement à des enfants avec ces airs innocents sur leurs visages...et pourtant, Robin pouvait sentir une telle tristesse venant d'eux, de leurs yeux. Autour d'eux, comme des protecteurs ou des murs, se dressaient trois hommes de grande taille chacun : l'un d'eux était immanquablement un elfe à en juger par ses traits d'apparence parfaite, la clarté de ses cheveux blonds et les oreilles pointues qu'il arborait, un autre portait une tunique aussi débraillée que ses cheveux bruns, sa barbe mal taillée et le troisième possédait une apparence noble qui se sentait par la tunique et les décorations qui l'ornaient, des yeux calculateurs qui prenaient Robin et son apparence en compte, la fixant de haut en bas.
Tout ce qu'elle put vraiment voir dans leurs regards fut un mélange d'incompréhension, de confusion et de curiosité. Cette curiosité, qu'elle partageait sincèrement au vu des innombrables questions qu'elle avait à poser, les amènera peut-être à se rencontrer dans Caras Galadhon. Un autre jour. Peut-être ont-ils vu Haldir passer avec Odysseus dans ses bras, malade et délirante. C'était toujours ainsi avec les étrangers. Tout me pousse à poser des questions à tout va...je ne vais pas m'en priver.
Et ça, c'était une promesse d'un membre de l'équipage au Chapeau de Paille.
Parce que Dame Galadriel l'avait demandé, Haldir était resté dans la pièce. Pourquoi, le saurait-il venant d'elle-même ? La spécialité de la Dame de Lorien était de parler par énigmes, laissant alors ceux qui l'écoutaient réfléchir par eux-mêmes. En ce moment, il ne pouvait pas réfléchir et devait maintenir une belle mortelle aux cheveux blancs en place dans ce lit pour que Galadriel puisse travailler ; ses mains puissantes étaient refermées sur les bras frêles mais pourtant résistants d'Odysseus, dont le corps était agité de soubresauts. Orophin et Rumil étaient également présents, maintenant à eux deux les longues jambes nues avec le plus faible des rougissements sur leurs joues pâles. Sa respiration était devenue plus difficile et se bloquait par moments dans ses poumons sûrement douloureux, sa fièvre la rendait délirante.
C'était incroyable qu'elle ne hurle pas. De sa longue vie d'elfe, Haldir avait déjà eu affaire aux cris et hurlements de douleur de toutes les races – sauf celles des Hobbits, dont il venait de découvrir l'impossible existence. C'était horrible, toujours terrible d'entendre quelqu'un hurler sous une douleur atroce, mais il n'existait pas plus déchirant que d'entendre une femme hurler, qu'elle soit une mortelle ou une elfe. Elle doit avoir une volonté encore plus résistante que le métal. Alors oui, c'était incroyable qu'Odysseus ne hurle pas.
Le chant de Dame Galadriel résonnait dans la salle, clair et musical. Parfait et aussi doux que de la soie coulant sous les doigts, puissant et autoritaire comme cette aura qu'elle projetait autour d'elle. Haldir se souvenait que la Dame elfe l'avait une fois guéri de son propre chef, exerçant alors sur lui son époustouflant pouvoir de guérison il y a maintenant très longtemps. Peut-être était-ce la raison pour laquelle il avait décidé qu'il deviendrait à la fois un puissant gardien des bois de la Lothlorien et un guérisseur, car se faire soigner par Galadriel en personne signifiait plus qu'un honneur. Le sens avait été multiple chez Haldir.
Protéger, servir, rester loyal. Jusqu'à la mort.
Et il en était si fier. Tous les elfes de la Lothlorien en étaient si fiers.
En levant les yeux vers Galadriel, il la vit se redresser lentement, un fin sourire satisfait sur ses lèvres roses. Ce ne fut que deux secondes après qu'il se rendit compte que la mortelle qu'il retenait toujours fortement avait cessé de s'agiter sa respiration avait repris le rythme normal et régulier d'une personne endormie, la tension dans ses muscles s'était apaisée. Clignant des yeux, Haldir osa fixer l'opulente et généreuse poitrine pendant plus de cinq secondes avant de détourner le regard, quelque peu embarrassé par la situation, et de se relever. Ses frères se tenaient déjà debout, en retrait, les bras croisés derrière le dos – qui aurait cru qu'Orophin et Rumil, deux guerriers accomplis, seraient aussi gênés en voyant une femme montrer autant de peau nue ? Il faut avouer que ces femmes sont tout de même très attirantes. Ce n'est pas moi qui dirai le contraire...
- La fièvre est encore présente, mais tout danger de mort est écarté, déclara Galadriel de sa voix enchanteresse en Sindarin. À présent, Fang Fang Odysseus peut dormir en paix.
Les quatre elfes sortirent alors, laissant les guérisseurs à leur tâche. Considérant qu'ils avaient accompli leur travail en ramenant les deux étrangères au sein de leur royaume, Galadriel autorisa Orophin et Rumil de disposer avec un sourire et quelques paroles de remerciement. Avec un dernier regard et un salut envers leur Dame et leur frère aîné, les deux elfes cadets partirent en silence.
Seul Haldir resta, parce qu'il voulait que sa curiosité soit satisfaite.
Et également parce que le nom de famille qu'il avait entendu lui était plus que familier. C'était celui de Zaahno.
- Marchons ensemble, Haldir, proposa Galadriel avec un sourire et un mouvement gracieux de la main.
Le concerné acquiesça en silence, suivant la Dame elfe à travers Caras Galadhon et loin de l'étrangère qui se reposait. Galadriel, vêtue de blanc, scintillait fièrement comme une étoile sous les rayons de soleil et ses longs cheveux blonds rappelaient à Haldir ô combien ils brillaient à la fois dans l'obscurité et la lumière. À ses côtés, le gardien de la forêt avait toujours cette impression de se sentir petit et insignifiant. Comparé à elle, il s'était toujours su ignorant.
Aujourd'hui, son esprit avait beaucoup de questions concernant Fang Fang Odysseus ; le fait qu'elle porte le même nom de famille que Zaahno, qu'elle ait les mêmes yeux que Zaahno, était incompréhensible. De son vivant, il n'avait jamais parlé d'une descendance. Jamais, pas même à Galadriel et Celeborn.
- Ça fait beaucoup à comprendre, n'est-ce pas ? murmura la Dame de Lorien.
- Beaucoup, admit Haldir en fronçant les sourcils.
- Fang Fang Zaahno et Fang Fang Odysseus... ont-ils des liens familiaux ? Je ne saurai le dire en ce moment, il nous faudra être patients et attendre son réveil. Mais l'évidence est là, sous nos yeux ; une telle ressemblance ne peut être le fruit du hasard.
Oui, tout était là. Cette ressemblance entre les deux était bien trop vraie pour que ce ne soit pas la vérité. Haldir se souvenait du Zaahno d'autrefois, celui qui paraissait tout voir avec une telle précision qu'il semblait impossible à vaincre, celui qui maniait l'épée avec une telle dextérité, celui aussi qui pouvait voir dans les âmes et les cœurs pour discerner la vérité. Ce Zaahno-là était une des nombreuses facettes qui le constituaient. Cette femme ici présente était-elle comme lui ?
Ils atteignirent le campement des membres de la Communauté de l'Anneau et depuis sa position, Haldir pouvait apercevoir Aragorn et Legolas se redresser pour venir les saluer, leurs regards remplis de questions demandant à être répondues. Ils m'ont vu passer avec elle et ont dû apercevoir son amie, comprit Haldir en inclinant la tête envers l'héritier d'Isildur et le prince de la Forêt Noire. Ils veulent des réponses.
Dame Galadriel les salua à son tour, les yeux fixés sur Aragorn.
- Bien le bonjour, Dame Galadriel, Haldir, dit le rôdeur. Nous avons aperçu deux étrangères arriver dans votre groupe, l'une d'elle paraissait blessée. Puis-je être d'une quelconque aide ?
Ah, le rôdeur. Toujours prompt à aider dans le besoin, c'était une qualité que Haldir admirait chez lui. Le sourire de Galadriel s'agrandit quelque peu.
- N'ayez crainte, Aragorn. Son état s'est stabilisé, ce n'est plus qu'une question de temps avant qu'elle se réveille.
La Dame elfe pencha légèrement la tête, en regardant cette fois-ci Legolas.
- Quelque chose d'autre trouble votre esprit, Legolas fils de Thranduil, devina-t-elle sur un ton léger. Ainsi que tous les autres. Vous souhaitez savoir qui sont ces deux étrangères qui sont entrés dans notre cité.
Une étincelle brilla dans les yeux infiniment bleus de l'elfe blonde, puis son sourire mystérieux réapparut tandis qu'elle hocha doucement la tête.
- Et je pense que l'une d'elles voudra bien répondre à toutes nos questions à présent, déclara-t-elle en se retournant alors, imitée par tous ceux qui l'écoutaient.
Descendant les escaliers, les yeux de Robin furent directement attirés par le regard ancien et sage de Galadriel – un tel regard captivait tout de suite l'attention, peut-être même celle de son hyperactif de capitaine. C'est elle. C'est elle que j'ai entendue dans ma tête. Devant tant de sagesse qu'elle pouvait lire dans ce regard, l'archéologue dut puiser dans toute sa volonté pour ne pas baisser ou détourner les yeux alors qu'elle se trouvait exposée à de nouveaux regards curieux et méfiants.
Face à eux, elle allait se montrer telle qu'elle était.
Nico Robin de l'équipage au Chapeau de Paille, voilà qui je suis. C'est ainsi qu'ils me connaîtront.
