Gumi ouvrit les yeux, avec cette désagréable sensation de déjà-vu. Elle était toujours sur ce lit de camp, en sous-vêtements. Elle se rassit sur le lit. Son cœur battait normalement. Lentement, elle passa une main sur son visage et cligna des yeux. Elle voyait flou. Lors de son altercation avec Miku, elle n'avait pas eu ce problème, malgré le fait que ses lunettes soient on ne sait où. Elle sentit de la sueur rouler sur ses paupières et elle se leva. Gumi écarta quelques mèches noires collées à son front. Elle s'avança, un râle lourd et crissant au bord des lèvres. Après avoir poussé le rideau, elle s'aveugla par la lumière mortelle du soleil brûlant. Adossée au frigidaire, se tenait une présence. Malgré le voile flou qui lui passait devant les yeux, elle sentit que l'apparition la fixait du regard. Elle déglutit et fit quelques pas. La personne se leva. Aussitôt, Gumi vit sa vision changer. Elle voyait le monde étrangement. Ce n'était plus flou. Certaines couleurs étaient accentuées. Comme le rose vif des longs cheveux de la fille. Elle était plutôt grande et avait une poitrine généreuse. Elle était en T-Shirt et ses yeux d'un bleu cristal renforçaient ses joues pâles. Elle ne fronçait pas les sourcils mais une certaine froideur, autorité, émanait d'elle.
-Mi' patrouille aujourd'hui, dit-elle.
Sa voix était l'autre qu'elle avait entendue à la décharge. Gumi avait la gorge très sèche. Cela faisait deux jours qu'elle n'avait pas bu d'eau.
-Où est ma batte ? croassa-t-elle.
-Elle l'a prise, répondit la fille en haussant les épaules.
Gumi fulmina. Elle posa une main sur sa gorge et s'avança, brûlant au soleil. La terre ardente lui grignotait les pieds. Réfugiée à l'ombre du frigidaire, elle s'accroupit et apprécia le toucher froid du métal. Soudain, contre son bras, elle sentit avec délice un contact glacé. La fille aux cheveux roses posait sa main sur l'épaule de Gumi.
-Je m'appelle Megurine Luka. Du gang Matryoshka.
Gumi hocha la tête, avant de froncer les sourcils.
-Tu n'es pas comme eux, dit-elle.
-Qu'est-ce que tu veux dire par là ? Tu en a vu beaucoup, des Matryoshka ?
-Le maquillage, répondit Gumi. L'attitude. L'accoutrement.
Luka haussa les épaules une nouvelle fois.
-Je n'ai pas tout le temps besoin de mettre des trucs chauds. Miku est glacée à longueur de journée. J'ai vu sa température. Il a beau faire 39°C ici, elle, son corps ne va pas au dessus de 12°C. C'est pareil pour moi. Sauf que mon corps chauffe quand je suis en contact avec une Matryoshka et pas elle.
Gumi écarquilla les yeux. 12°C ! Un humain normal décède dès que sa température touche les 19°C. Apparemment elle n'était pas une humaine normale.
-Enfin bon, personne n'est là. Les autres ne sont pas descendus, et puis je suis la seule à vivre dans les environs à part Mi'.
-Descendus ?
-De la ville, bien sûr.
D'un geste du bras, Luka embrassa l'arrière de la décharge, la grande ville, avec ses gratte-ciels et ses lumières en laser qui trouaient même le nuage de pollution au-dessus d'elle.
-Tu viens de la ville, toi ? Je ne t'ai jamais vue dans les bidonvilles.
Gumi sourit narquoisement.
-Comme si tu connaissais tout le monde.
Le visage de Luka resta sans expression mais ses yeux lancèrent des éclairs.
-Je connais tout le monde.
Gumi ne releva pas.
-En fait, je ne viens pas des bidonvilles, ni de la ville. Je suis des souterrains.
Luka leva un sourcil et examina les yeux de Gumi.
-Ca explique ta mauvaise vue et tes cheveux noirs.
-Je ne sais pas.
-Pourquoi es-tu remontée à la surface ? demanda abruptement Luka.
Gumi soupira et craqua son cou. Son dos lui faisait atrocement mal d'un coup.
-Pour ci et ça.
-C'est pas vraiment une réponse, ça…
-Ecoute, ce ne sont pas tes affaires.
-Oh que si, Megpoid. Maintenant t'es des nôtres.
Gumi la dévisagea.
-Les Matryoshka forment l'unité, la disparition, le camouflage. On a une mission.
-Oh ! fit Gumi d'un ton moqueur. Et quelle mission ! Remettre de l'ordre dans des bidonvilles puants !
Les yeux de Luka s'assombrirent, et légèrement, ses sourcils se froncèrent.
-C'est bien plus difficile que tu ne le crois.
-C'est vrai que vous avez des pouvoirs ?
Gumi était assise en tailleur contre le frigidaire, en face de Luka qui allumait un réchaud. La chaleur était insupportable. Gumi s'était demandé comment Luka réussissait à rester au soleil sans perdre connaissance, quand elle se rappela que son corps était en hypothermie permanente.
Le soir se couchait désormais, le crépuscule semblant embraser les dunes de sable rougeoyantes.
-Des pouvoirs ? ricana Luka. Qui t'a dit ça ? Les têtes vides ?
-Les têtes vides ? s'étonna Gumi. Vous m'avez appelée comme ça dans la déchetterie.
-C'est le commun des mortels. On voit le monde différemment. Je veux dire… Des couleurs accentuées, et puis vous autres êtes si…si lents !
-Lents ? N-non, attends, laisse tomber… Et toi…toi tu as cette capacité de voir les rêves, si je ne me trompe pas ? intervint Gumi.
-Ce ne sont pas tes affaires, répondit Luka en lui tendant une assiette de viande.
-Bien sûr que si, je suis des vôtres, pas vrai ? rétorqua Gumi.
Luka se tut, pressant impérieusement l'assiette.
-C'est juste que…continua-t-elle en prenant enfin le plat, vous êtes légendaires. Il ne se passe pas une seule journée sans qu'on parle de vous. Aux souterrains aussi vous étiez… connus.
-A ce point-là ? Je me rappelle pourtant que les souterrains sont les endroits les plus reculés et obscurs de la planète, dit Luka en mâchant rapidement sa viande.
-…Faut dire, vos exploits passent pas inaperçus.
-De quels exploits parles-tu ?
-Euh…
Sourire narquois de Luka. Gumi fut désarçonnée- on aurait dit celui de Miku, mais en moins démentiel- plus sûr de lui. Elle passa une main dans ses cheveux noirs, mal à l'aise avant de murmurer :
-Les bombes à super-engrais, par exemple.
Le sourire de Luka s'agrandit, et Gumi s'agita un peu. Malgré la pénombre, elle distinguait clairement ce rose et cette aigue-marine autour de ses pupilles. Elle déglutit tandis que Luka caqueta d'un rire moqueur.
-Oh, quelques petites plantes en plus, ce n'est pas si grave, ça embellit, tu sais. J'ai toujours été une passionnée de botanique.
Luka jeta un coup d'œil au désert derrière elle.
-Si seulement cet endroit n'était pas aussi lugubre…soupira-t-elle. J'adorerais une petite oasis de ce côté. Pas toi ?
Gumi fronça les sourcils et allait répliquer quand Luka l'interrompit :
-Tu ne manges pas ?
La jeune fille aux cheveux noirs se tassa sur elle-même et d'un œil inquisiteur, fixa sa nourriture. Bien qu'un fumet appétissant s'en échappât, elle ne pouvait faire confiance aussi aisément à une Matryoshka. Timidement, elle déchiqueta la viande de ses doigts abîmés, après en avoir ôté le plus de sable sur son pantalon. Elle renifla discrètement la chair tendre avant de la porter à sa bouche. Avec surprise, elle trouva cela bon- c'était décidément meilleur que la nourriture en conserve à laquelle elle était habituée. Luka la regardait, l'air gourmand- visiblement contente que l'on apprécie sa cuisine. Passé la stupeur et le plaisir d'un met délicieux, Gumi reprit ses esprits, et, la bouche pleine, répéta tout haut ce qu'elle pensait tout bas :
-Beau ? Tu parles ! On a eu ces saletés de plantes mutantes jusqu'à Superbe ! Il a fallu deux mois pour tout déraciner !
Le sourire de Luka se tordit et elle détourna le regard.
-Tu me fais mal au cœur, Megpoid. T'sais, les bombes, c'était moi qui les fabriquaient.
-Quel bel exploit, siffla Gumi. Oui, vous avez juste réussir à pourrir la vie du gouvernement, beau travail. Mais-
-Mais on a fait chier la populace, termina Luka. Pauvre, pauvre populace. Toujours à rester là, les bras ballants, bouche bée, tout ébaubis devant un tour de magie des Ministres qui leur préparent des fiestas du tonnerre. Où ça, déjà- au World's End Dancehall.
Gumi ne répondit pas. Sous ses yeux écarquillés, Luka s'était recroquevillée sur elle-même, l'assiette qu'elle tenait dans ses mains auparavant disparue.
-J't'en foutrais du Dancehall, grommela-t-elle. Musique de merde, danses de merde- et les célébrités qui vont remuer leur cul là-bas, comme si c'était Cannes tout les soirs.
-Cannes quoi ?
-Laisse tomber- ça date de la péristoire.
-La…la quoi ?
-Mais ils t'apprennent jamais rien à l'école ou quoi ces débiles de profs ? J'parie que tu ne connais même pas le système secret de canaux du lac Libera-
-Si ça je connais.
Luka haussa un sourcil.
-Vraiment ?
-Oui, j'y ai travaillé- c'est comme ça que je suis sortie des souterrains, en fait, expliqua Gumi.
-Oh, je vois. On a déjà capté la technique, t'inquiète- par contre, c'était quand ?
Gumi haussa les épaules.
-Environ quatre ans.
-Donc, ça fait quatre ans tout au plus que tu cavales sous le nom de Panda Hero ?
C'était la désagréable voix moqueuse de Miku.
Gumi sursauta et se cogna la tête contre le frigidaire derrière elle. Singulière vision- Luka le menton sur les genoux qu'elle entourait de ses bras, une cascade de cheveux rose tombant sur son dos librement- et Miku, qui, juste en face du feu, se tenait assise en tailleur, les mains pressées sur les joues. Pas un nuage de poussière n'indiquait qu'elle s'était déplacée en courant.
A croire que cette timbrée se téléportait.
(ce serait marrant de la voir gueuler « Warp ! »)
Miku ne fit pas attention à la réaction de Gumi et prit l'assiette de Luka, pour y manger les restes sans la moindre honte- et sans que Luka ne fasse un geste pour l'arrêter de toute façon. Gumi croassa, hésitante (le souvenir de la rouste qu'elle s'était payée encore dans sa mémoire) :
-C…ce n'est pas moi. Je ne suis pas Panda Hero-
-Dans ce cas, pourquoi cette jolie batte ?
-Elle appartenait à ma sœur, Sonika.
Gumi sentit un frisson courir le long de son épine dorsale. Il fallait se rappeler qu'elle était en sous-vêtements…mais de toute façon, la chaleur était insupportable, et Miku avait bien compris que ce frisson était dû à un mauvais souvenir. Néanmoins, elle n'en montra pas le moindre signe, et sauvagement, lança par-dessus le réchaud le sweat à capuche de Gumi. S'en saisissant hâtivement, elle remarqua qu'il avait été customisé. A présent, deux yeux démentiels ornaient les côtés de la capuche, surmontant un sourire sinistre et carnassier. Fronçant un sourcil, elle l'enfila, considérant qu'elle risquait d'attraper un rhume malgré la chaleur- mais à l'instant même où le tissu recouvrit son corps, elle se sentit étouffer- comme si elle avait mis une fourrure- et avec de grands gestes, jeta le hoodie au loin.
-P…Pourquoi c'est si chaud ? balbutia Gumi- hésitante, comme à chaque fois que Miku l'observait.
-J'ai demandé à que'qu'un de l'rembourrer, répondit Miku en souriant de toutes ses dents, comme toujours.
-Ca…J'avais remarqué, mais pourquoi ?
-Oh…Tu en auras besoin quand tu rejoindras le gang.
-Alors c'est vrai ?
Miku releva ses yeux effrayants, l'air surprise.
-Vrai de quoi ?
-C'est vrai que vous avez des pouvoirs ?
Luka caqueta, attirant l'attention de Miku.
-Qu'est-ce que tu lui as raconté encore ? grogna-t-elle.
-Mais absolument rien, Mi' … C'est elle seule qui s'est imaginé des trucs, c'est pas moi…
-Peuh.
Elle se gratta l'arrière du crâne puis tendit son assiette à Luka- vide. Elle se releva tranquillement, époussetant son lourd jean tâché de peinture blanche.
Gumi remarqua qu'elle allait nu-pieds.
Aussitôt, ses narines palpitèrent à l'odeur du sang séché collé à ses talons et elle déglutit. Elle mordit dans sa viande par réflexe.
Le silence s'était installé, et Gumi, gênée, tentait de faire le moins de bruit en mâchant. Elle avait le sentiment que les deux autres la regardaient, scrutant chacun de ses mouvements. Quand elle eut fini et repoussé son plat, Miku lui tendit une main :
-C'est bien.
Puis :
-Viens.
Les deux Matryoshka emmenèrent Gumi vers la décharge. Ce fut compliqué pour la jeune fille, qui marchait les deux bras en avant d'un pas hésitant (absence de lunettes et de lumière oblige) et la seule chose qui permettait de dire qu'elles s'approchaient de la déchetterie était bien évidemment l'odeur. Si Miku et Luka s'en accommodait, Gumi n'y arrivait pas et fronçait le nez. A l'aveuglette, elle sentait ses pieds écraser des choses molles, et prise de panique, elle sursautait et bondissait le plus loin possible de la chose. Elle entendait Luka glousser au loin et fronçait les sourcils. Au bout de vingt minutes de marche, la lune s'était levée et le vent, apportant ses relents fétides et bouillants, se calma, laissant place à une relative fraîcheur. Miku s'assit brusquement par terre, sans préambule, tandis que Luka, avec la grâce d'un chat, sauta sur les déchets et prit place sur le capot d'une voiture.
Gumi s'assit avec hésitation près de Miku.
-Pourquoi tu veux nous rejoindre, Panda Hero ? lâcha Miku.
Gumi tressaillit. Elle décida de ne pas argumenter.
-J'ai un but à atteindre.
-C'est tout ?
-Oui.
Miku hocha la tête.
-A partir du moment que ton but n'est pas de nous détruire et que tu n'as pas envie de semer le chaos dans le monde, fit Luka.
-Suffit, Luka, coupa Miku sans même tourner la tête. Pour changer le monde il faut toujours un peu de chaos, tu le sais.
Luka se ratatina. La voix de Miku semblait aigre.
-On n'est pas des utopistes ou des putains de hippies. Nous, quand on veut quelque chose, on le fait et on fonce dans le tas. On veut changer le monde qui crève lentement de sa maladie : les humains.
Gumi plissa les yeux.
-Ne me dites pas que tu veux lancer un génocide…
-Non. Mais il faut faire évoluer les mentalités. Dans les slums, et dans la ville. Que ces bouseux arrêtent de se bouffer l'un l'autre, et que ces bourges arrêtent de se trémousser.
Miku porta deux doigts gantés à ses tempes, les sourcils froncés. Son sourire avait disparu. L'espace d'un instant, Gumi crut apercevoir de la douleur sur son visage.
-Si tu veux être Matryoshka, il faut que tu t'actives dans la quête. Et il faut faire des sacrifices pour accéder aux privilèges.
Gumi déglutit.
-Croyez-moi, j'en fais un très lourd, marmonna-t-elle entre ses dents.
Ses narines palpitaient à l'odeur de sang. Miku haussa un sourcil et retira ses gants.
-Très bien. File-moi tes mains.
Gumi hésita. Lui offrir ses mains expliquerait la fin de sa vie « normale ». Elle avait un but à atteindre. En même temps, elle risquait de s'embarquer dans du terrorisme, d'être pourchassé par les autorités et de ne pas être compris par les humains. Elle tergiversa un instant, puis Gumi se dit que ce qu'elle avait traversé ne serait sans doute pas plus bizarre que ce qu'elle allait affronter en étant dans le gang.
Elle donna ses mains à Miku. La peau nue de Miku était glacée.
Pendant un instant, elle n'entendit que le calme de déchetterie. Puis, plus les secondes passaient, plus elle entendait un minuscule bourdonnement au fond de sa tête. Elle ferma les yeux; elle essayait de ne pas se focaliser dessus, mais le bourdonnement augmentait, devenait plus fort, jusqu'à être une cacophonie atroce résonnant dans ses tempes.
Le bourdonnement était constitué de pensées.
Un flot de pensée ininterrompu.
C'est pas vrai qu'est-ce que c'est que cette chose je ne comprends pas mets sur la quatorze y'a base-ball viande la viande où tu vas ce soir il est beau ce mec j'ai envie d'un yaourt On va au World's End Dancehall ce soir ? le monde est fou toi et moi à la folie à quand un attentat les piercings c'est le bien moutons déchire-toi allez de la vodka tu veux faire un truc amusant j'ai besoin de musique la voiture est en panne y'a plus de pâtes il fait trop chaud moutons ! Dancehall le World's End Dancehall musique musique musique le maire est gros Batman ! où sont les Matryoshka ? danse danse avec moi ET LE MONDE EST-
Gumi sursauta. Le bruit lui faisait mal. Elle serra les paupières et grinça des dents. Miku retira ses mains doucement et le bourdonnement assourdissant s'estompa. Incrédule, Gumi leva ses yeux injectés de sang vers Miku. Elle était impassible.
-Ceci, croassa-t-elle, est le Bruit(1). Ce sont les pensées de toutes les personnes autour de moi. Comme on est près de la ville, on capte les pensées des bourges.
Luka se raidit et un clonk ! retentit dans la voiture.
-Le Bruit, c'est moi qui l'ai en premier. Et puis, en devenant Matryoshka, tu le partages. Comme ça c'est moins douloureux, c'est même assez plaisant. C'est hyper utile pour l'espionnage.
L'expression de son visage s'assombrit.
-Lire dans les pensées…Un pouvoir, mais aussi une malédiction pour les Matryoshka. On devient fou si on ne sait pas le contrôler. Moi, j'ai trouvé un moyen- le partager, pour qu'il soit moins Bruyant, le Bruit. Ainsi, on n'est pas fou. Juste à moitié.
Gumi ne répondit rien et hocha la tête.
-On peut dire que les Matryoshka sont insanité, psychopathie et captivité(2). Mais on a deux modes d'états. D'abord, il y a le Bruit. On reste normal mais nos yeux changent de couleur. Ensuite, il y a la Folie. Là, les marques apparaissent sur notre visage.
Miku indiqua les trois lignes parallèles qui lui barraient le nez.
-On est constamment en Folie lorsqu'on patrouille. Parce que les couleurs sont accentuées et qu'on réfléchit plus vite, plus lucidement, et ce, même avec le Bruit.
Elle se gratta le menton.
-Et enfin, on a la Fureur. La Fureur, c'est le dernier état. Les Matryoshka deviennent les monstres sanguinaires des légendes urbaines. On tape, on frappe, on tue. Personne ne survit à la Fureur sauf son porteur.
-Lorsque tu m'as frappée hier, tu étais en Fureur ? lâcha Gumi sans pouvoir se retenir.
Miku retrouva son sourire démentiel.
-Ouep'. Et le fait que tu ais réussi à survivre prouve que tu es l'une des nôtres.
Miku se leva et toisa Gumi.
-Le Bruit capte pas certaines personnes, des fois. On remarque un silence, une interférence, un trou dans l'océan du Bruit. En général, ces personnes viennent à nous, comme hypnotisées. Même si elles pensent le faire de leur plein gré, c'est leur inconscient qui leur dicte de venir. Certains traversent tous les continents. Et là, ils deviennent Matryoshka.
Gumi pinça les lèvres.
-Je n'ai pas pu lire dans tes pensées, camarade, rit Miku.
-Et Luka et toutes les autres ? demanda Gumi.
-Personne, assura Miku. Personne a pu, c'est ce qui se passe tout le temps quand une nouvelle Matryoshka naît.
Gumi dodelina de la tête. Elle prit une grande inspiration.
-Et là, je suis une Matryoshka ?
-Pas encore, intervint Luka.
-Ne m'en veux pas, eh ? ricana Miku.
Sans que Gumi puisse faire le moindre geste, Miku s'élança à la vitesse de l'éclair et lui agrippa les mains. Elle sentit le contact de ses lèvres glacées contre les siennes. Mortifiée, elle repoussa Miku quelques secondes après, et s'apprêtait à l'engueuler quand soudain, une intense sensation glacée figea ses membres. Elle se mit à respirer très fort.
-Ta transformation commence, dit Miku en lui tournant le dos.
Elle lui tendit son hoodie rouge. Sans réfléchir, Gumi l'enfila et se mit à trembloter, ses dents claquaient et elle sentait les quelques larmes coulant de ses yeux geler sur ses joues. Un rire désespéré lui fit trembler la gorge. Elle ne voyait plus rien. Une main affectueuse mais tout aussi froide vint se poser sur son épaule.
-On est tous passés par là. Courage, Gumi, fit la voix de Luka.
Son rire ne s'arrêtait pas. Elle s'effondra au sol et se recroquevilla.
Ensuite, tout devint noir.
à suivre dans le chapitre 3
A/N : Bonjour bonsoir, c'est Paru Café qui a changé de pseudo et qui est de retour après un sacré bon de temps. Je remercie tout le monde du fond du coeur pour avoir mis 524 Loud and Clear dans vos favoris et vos histoires à suivre. Ca m'a fait énormément plaisir, et merci pour ton com, EternalCarnival. S'il-vous-plaît, allez lire son histoire The Evilious Chronicles, plus connu sous le nom de The Seven Sins. Je vous remercie également de votre patience incroyable ;w;
Cet été, je vais alterner entre Hikky's Daughter qui attend son update depuis pas mal de temps, la traduction de Next On, ma nouvelle série de petits chapitres, A travers, et 524 Loud and Clear. Celle qui aura le plus d'updates sera A travers car les chapitres sont courts et simples.
*Paru Café
(1) Le Bruit est une idée que j'avais depuis très longtemps, je voyais très bien des hommes et des femmes devenir fous à cause des pensées des autres. Quand j'ai vu la vidéo de Matryoshka, et qu'il y a cette partie avec plein de trucs en noir et rouge écrits en arrière-plan (on voit également écrit "Wikipédia") j'ai eu envie d'intégrer cette idée. J'ai nommé cette malédiction "Le Bruit" en l'honneur du Livre "Le Chaos en Marche" de Patrick Ness.
(2) Matryosha et iNSaNiTY, quoi d'autre ? Un autre auteur français a fait le mélange soit.
