a/n: Pour vous donner une idée de ce chapitre, allez donc écouter le single Crush (radio edit) du groupe Pendulum [album Immersion] ou Blood Sugar [uncensored] ou The Island. Mon dieu, ce groupe est épique.

J'ai tapé ce chapitre bien plus rapidement. Peut-être parce qu'il était déjà à moitié tapé ?!

Edit: le pov. gumi en fin de chapitre a été changé en pov. troisième personne, ne changeant rien à la lecture.

*Paru Café


L'immersion était différente. L'eau, auparavant aveuglante de clarté, semblait obscure et sans fond. Gumi agita les jambes et fendit les eaux. Elle avait assez d'air; sa Fureur la rendait plus consciente de ses capacité, mais autant se dépêcher. Elle n'avait pas envie de finir avec ce Lac comme cercueil.

Quelque chose lui toucha la jambe.

Agacée d'être interrompue dans sa course, Gumi se retourna pour enlever la chaîne-

"Qu'est-ce que- ?!"

.

Luka pratiquait les premiers secours. Elle n'avait pas eu l'occasion de les mettre en œuvre depuis des lustres, mais la voilà, sa chance.

Presser ses lèvres contre celle de Miku amenait toujours ce frisson glacé, pas forcément de déplaisir ni de dégoût, comme une onde électrique qui agitait ses membres et lui rappelait ce jour où elle avait lutté désespérément contre la glaciation.

Elle appuya sur la poitrine de Miku, plusieurs fois. Lui fit avaler de l'air. Compta les pulsations dans sa tête. Inspire-deux-trois-quatre.

Luka ne paniquait pas; ce n'était pas la première fois que Miku perdait connaissance. Ce qu'elle craignait était la crise d'épilepsie qui arrivait après. Elle semblait bénigne, et s'arrêtait plutôt rapidement, mais qui sait quels dommages internes cela pouvait créer ? Le seul défaut de Matryoshka en ce qui concernait les membres, c'était qu'aucun n'était vraiment âgé. Le syndrome touchait par prédilection des jeunes adultes.

Donc, il n'y avait aucun médecin. Personne ne finissait ses études, après tout ! Des bandes de beaufs, de vrais pots cassés qui s'assemblaient en boitant, avec pour seul idéal de faire sauter le gouvernement qu'ils blâmaient pour leur déchéance sociale.

Luka eut un ricanement.

Les spasmes de Miku commençaient.

.

Le haut-le-corps de Gumi la secoua de partout. Elle recula le plus possible, jusqu'à buter contre autre chose. Elle se retourna, et hoqueta de terreur.

Des bras

suivis de

corps

puis de

jambes

des bras qui la frôlaient

Leurs paumes ouvertes tentaient d'agripper ses bras. Les yeux agrandis de terreur, Gumi plongea le plus loin possible pour leur échapper. Elle cligna les yeux. Ils semblaient avoir disparu.

Qu'est-ce que c'était ? Qu'avait-elle vu au juste ? Une illusion ?

La confusion était telle qu'elle en perdit sa concentration et régressa en mode Folie. L'eau devint si claire qu'elle lui arracha des larmes de douleur. Gumi passa une main sur ses yeux et se mordit la lèvre à nouveau.

Elle leva à nouveau la tête pour localiser ce qu'elle avait vu, mais elle ne distingua rien. Et Gumi commençait à manquer d'oxygène.

Aurait-elle assez de temps ?

.

Gumi battait le plus vite possible les bras, désespérée. Où se trouvait-il, ce putain de Gakupo ? Il avait intérêt à ne pas être inconscient, celui-là, parce qu'elle ne savait pas si elle pourrait le porter. Avec si peu de force en stock...

C'est alors qu'elle se cogna contre quelque chose. Surprise, Gumi fit un petit sursaut en arrière, et contempla la silhouette avec appréhension, craignant une de ces visions rencontrées plus tôt.

Non, il s'agissait bien d'un jeune homme, aux épaules carrées, un hoodie décoré d'un monstre démentiel et des cheveux anormalement longs. Il flottait d'une manière éthérée, ses cheveux se déployant dans l'eau avec la grâce d'une méduse. Ses poings étaient serrés.

Gumi ne distinguait pas très bien son visage, mais sa Fureur s'étendit jusqu'à l'homme et elle sentit qu'il faisait partie de sa meute. Elle étouffa un cri de joie d'avoir enfin retrouvé Gakupo et s'approcha jusqu'à lui. Gumi lui secoua les épaules, mais il ne bougeait pas; Gakupo était inconscient.

Elle retint un grognement de frustration et passa son bras par dessus son épaule. Gakupo s'affaissa un peu, mais elle le tint fermement.

Gumi cligna les yeux.

Elle croyait distinguer la vague forme de bras tendus vers elle... Elle haussa les épaules. Ce n'était qu'une illusion d'optique causée par le manque d'oxygène et la Fureur.

Courageusement, elle battit les jambes vers le haut, en se rappelant de sa fuite des souterrains.


Luka vit une tête encapuchonnée de rouge émerger de l'eau.

- Gumi ! Tu es saine et sauve !

- Bien obligée, marmonna la fille aux cheveux rouges. Et j'ai le colis. Tu veux bien le prendre ?

Luka hoqueta quand elle vit la silhouette repliée sur elle-même de Gakupo, vêtu d'un sweat à capuche bleu. Elle le fit grimper sur la tôle par les aisselles. Miku était allongée sur la tôle de tout son long, laissant peu d'espace pour Luka et Gakupo. Elle essuya son front trempé par l'eau brûlante.

- Mi' est en train de se lever petit à petit, expliqua Luka. J'ai bien peur que doives nous pousser encore.

Gumi poussa un grognement frustré. Miku ricana puis annonça d'une voix faible :

- Gakupo a une case quelque part dans la décharge. C'est pas loin. Allons-y.

Et Gumi de se la jouer Obélix.


Une odeur rance de lait caillé et de viande avariée termina son chemin jusqu'à eux, et Luka fit un mouvement en arrière, une grimace dégoûtée au visage. Avec la pluie froide qui tombait, drue, sur la terre chaude, une brume blafarde masquait le sol spongieux. Ils transportèrent le poids mort qu'était devenu Gakupo, Miku lui tenant les pieds, Gumi les bras.

Elle la voyait lutter pour ne pas grelotter, mâchoire crispée dans la dignité qu'un chef Matryoshka pouvait avoir. Gumi devina à son expression qu'elle était préoccupée : avec l'état critique dans lequel Gakupo se trouvait, son statut de cannibale qui automatiquement ne la faisait pas penser clair maintenant qu'elle était depuis trop longtemps à jeun, et enfin, l'hypothermie aggravée qui était en train de lui geler les os - elle supposait certainement que ce genre de tracas insolites puissent peser sur sa conscience, aussi tordue soit-elle.

Luka conduisait la marche, ses pieds s'enfonçant dans les ordures jusqu'aux chevilles. Gumi l'imaginait sans peine se retenir de hurler, les yeux agrandis par l'horreur, révulsée. Étant elle-même écœurée par les relents de pourriture, la jeune fille rentra la tête dans les épaules.

- Tortuga, murmura Miku.

Elle ne répondit pas au mot étranger. Elle devait sûrement regretter son souffle, à présent, car Gumi comprit qu'elle avait avalé une goulée d'air fétide. Pauvre chef.

Gumi serra les dents tant bien que mal, jusqu'à ce que Luka s'exclame, surexcitée :

- La voilà, sa case, je l'ai enfin trouvée !

Elle se précipita à grands pas entre deux collines de déchets. La case était construite dans un creux, le "sol" jonché de cartons détrempés, le toit composé d'une feuille de tôle ondulée rudimentaire. Quelques tissus rapiécés, couleur kaki, la dissimulait parfaitement au milieu de rogatons de pommes en décomposition.

Miku jeta sans ménagement les jambes de Gakupo sur la vase collante, tandis que Gumi déposa avec plus de précautions le tronc de son collègue inconscient. Ses doigts se prirent dans les longs cheveux mauves de Gakupo, et les yeux verts de Gumi s'écarquillèrent, ébahis par tant de douceur.

- Gumi, l'interpella Luka.

Elle me tournai vers sa comparse. Son expression soucieuse n'affichait rien de bon.

- Tu trembles, Gumi, informa-t-elle.

- Le froid, contra la jeune fille sans même jeter un coup d'œil à ses mains grelottantes.

- Je dirais plus que tu as de la fièvre, gronda-t-elle en s'approchant hâtivement.

Elle s'arrêta, la main en suspens à quelques centimètres de son front. Ses yeux exprimaient une certaine crainte, cherchait une approbation de la part de leur jeune recrue. Malgré l'habitude, Gumi ne put m'empêcher de se sentir blessée; mais Luka n'était pourtant pas en tort, elle n'était qu'une cannibale, après tout. Il était normal de la traiter en paria.

Luka n'avait pas besoin de lui toucher le front pour savoir qu'elle avait de la fièvre : Gumi était en nage, sa respiration devenait laborieuse, les yeux hagards.

- J'crois que je vais me reposer, souffla-t-elle difficilement.

- Oui, on va faire ça, acquiesça Luka en lui attrapant le bras, doucement.

Elle glissa le long du mur gluant, la tête penchée sur l'épaule. Son regard allait de Miku, étendue de tout son long sur le sol, les jambes à l'extérieur de la case, et les mains crispées sur sa gorge - de larges volutes de buée s'échappaient de ses lèvres bleuies - à Gakupo, toujours inerte, face contre terre, pâle comme la mort.

De la fièvre ? C'était bien possible. Son corps pulsait douloureusement et elle était morte de faim. N'importe quelle nourriture irait, mais de la viande humaine la rassasiait toujours pleinement tandis que le reste lui donnait une simple sensation d'apaisement temporaire. Et puis, la fièvre expliquerait bien les visions qu'elle avait eues dans le Lac.

si seulement c'était aussi simple...

La pluie tambourinait toujours contre la tôle. Une goutte d'eau tiède s'écrasa sur la joue de Gumi. Luka s'était accroupie et administrait les premiers soins à Gakupo; puis elle sortit sa panoplie d'aiguilles et de pinces de ses poches - comment avait-elle fait pour les dissimuler ? La voir s'affairer si vivement intrigua la jeune fille aux cheveux verts : Miku semblait presque en train de crever, et pourtant, Luka se démenait pour maintenir ce gars en vie au mépris de celle de la chef.

Inexorablement, ses paupières s'alourdirent, lentement, lentement.

- Tortuga, suffoqua Miku, hé ! Tortuga ! Tortuga !

Luka se tordit le cou pour l'observer, puis fixa Gumi des ses yeux colorés par la Folie.

- C'est toi, qu'elle appelle ?

- Possible, murmura Tortuga en dardant un regard courroucé vers la turquoise.

La chef semblait plus moribonde que jamais, mais ses yeux brillaient si étrangement qu'un frisson secoua Gumi des pieds à la tête. Bientôt, ils virent Miku se mettre à convulser, les membres désarticulés comme si elle était devenue une poupée de chiffon.

- Luka, qu'a-t-elle ? s'alarma la jeune Matryoshka.

- Rien de grave, grogna Luka à brûle-pourpoint. Ça arrive parfois, le contrecoup de sa Fureur.

- Mais c'est sûrement très grave, répliqua Gumi. Personne n'a ce genre de convulsions, c'est trop rapide, on dirait plus une crise d'épilepsie.

Lèvres plissées, Luka ignora ses protestations, faisant semblant de se concentrer sur les aiguilles qu'elle plantait çà et là sur des endroits du corps de Gakupo, le faisant parfois se crisper. Gumi voyait bien que la rose se forçait à fermer les yeux sur l'état de Miku. C'était sûrement un maelström de sentiments qui hurlait au fond d'elle.

- Tortuga ! répéta Miku, d'une voix étrangement rauque, sifflante.

La commissure au coin des lèvres, elle rampait vers la cannibale, désincarnée, agitée de soubresauts comme une goule ricanante, son sourire hantant pour longtemps ses cauchemars.

- Hé, Panda Hero, susurra-t-elle. T'as faim ?

Gumi se mordit la lèvre à l'endroit habituel, ne fut pas étonnée de sentir des croûtes.

- Parce que de l'autre côté des ordures, il y a un immense terrain de chasse... Dis voir, t'as pas envie de te faire un petit gueuleton ?

Miku la fixait avec une telle insistance que Gumi crut avoir face à un serpent dangereux. Son corps raidi par la crainte et la fatigue, elle se recroquevillai sur moi-même, alors que Miku s'évanouit, aussi rapidement qu'elle avait commencé à convulser.

Là seulement, elle m'autorisa à plonger dans le sommeil, en priant pour qu'il soit sans rêves - sans cauchemars. Juste une immensité de noirceur dans laquelle s'abandonner à corps perdu.


...

p

l

i

c

p

l

o

c

...

tout va bien.


Elle se réveilla en sursaut au timbre apaisant qu'avait cette voix dans l'immensité effrayante de son sommeil. Gumi était encore dans la case de fortune. Luka avait glissé de son piédestal et dormait au sol, face contre terre, aux côtés de Miku, endormie les bras en croix. Elles étaient très pâles, mais ça pouvait très bien être la couleur maussade du relief - vert choux de Bruxelles, gris bouteille, vert vomi, j'en passe et des mauvaises - causée par la pluie tiède inlassable, qui ramollissait tout.

Gakupo était dressé sur son séant, le dos contre le mur et les mains douloureusement tremblantes. Il darda son regard bleu sur Gumi sitôt qu'elle se redressa et s'aperçut alors de sa Folie.

Vêtu, tout comme elle, d'un hoodie, le sien bleu criard, il avait natté sur le devant une de ses longues mèches - la gauche - pendant notre sommeil. Il gardait sur Gumi les yeux exorbités, et aux plis au coin de ses yeux, elle comprit qu'il s'agissait de son expression habituelle. Curieusement, Gakupo lui rappelait un hibou, dont les yeux sont toujours grands ouverts, inquisiteurs, mais en même temps, émerveillés.

Sa peau, comme tous les Matryoshka qu'elle avait rencontrés jusqu'ici, était livide; trois points noirs, alignés et verticaux, se dessinaient de la ligne de sa mâchoire jusqu'en dessous de son œil droit. On ne distinguait que vaguement le côté gauche de son visage, dissimulé par de longues mèches mauves et aplaties par l'eau tiède.

Dans la pénombre, elle ne put distinguer la couleur qui encerclait sa pupille.

- Bonjour, croassa Gumi, ne trouvant mieux à dire.

Il lui hocha la tête, brièvement. Et le silence s'installa, sournois.

- Tu les as vus ?

Surprise, Gumi sursauta. Sa voix était très différente des autres. Elle avait un timbre rauque; grave. Elle balbutia :

- V-vus quoi ?

- Les choses... dans le Lac.

Gumi écarquilla les yeux.

- Les... bras ? Les gens qui essayaient de nous attraper ?

Un sourire inquiétant fendit ses lèvres.

- Ce sont des morts.