Chapitre 9.

Révélation.

Quand Ciel ouvrit les yeux, elle était étendue dans son lit, la couette rabattue sur elle. Les rideaux avaient été fermés, mais la pâleur qui les animait lui disait qu'il fesait jour dehors. Elle promena son regard un peu partout et vit Charlie endormie, les bras et la tête posé sur son lit. Une de ses mains serra la sienne. Le léger mouvement que fit Ciel suffit à éveiller la plus jeune.

- Mmh…Oh Ciel! Vous êtes réveillé!

La concernée ne répondit pas et fit mine de se lever.

- Oh non!, fit Charlie. Il vous faut rester au lit…

- Ça vas, dit Ciel d'un ton cassant sans pouvoir voiler sa mauvaise humeur et sa taciturnité. Je ne suis pas malade.

Elle enfila ses bottes et alla rouvrir les rideaux. Un soleil radieux brillait dans un ciel bleu pâle sans nuages.

- Charlie, combien de temps aie-je dormi?, demanda-t-elle sans se retourner.

- Presque une journée, répondit-elle.

- Est-ce que des décisions ont été prises concernant ma mère?

- Nous avons appelé les entrepreneurs de pompes funèbres pour qu'il vienne chercher le corps. Mais en attendant, nous l'avons placé dans la cave pour qu'elle ne se décompose pas trop vite.

- Bien, se contenta Ciel en croisant les bras dans son dos.

Le silence s'installa entre les deux jeunes femmes. Charlie avait envie de dire quelque chose de consolant, mais elle ne voulait pas déranger Ciel dans ses pensées. Ce fut finalement elle qui parla la première.

- Comme c'est étrange…la vie est si courte. Elle va et vient comme le vent. Obligée comme la girouette de suivre la route qu'on lui a tracée d'avance. Personne ne peut choisir sa voie. Nous, humains sommes si différent de cette eau cristalline qui va où elle le désire. Elle trouve toujours un passage où s'insinuer…c'est si risible…et si misérable.

- Comme c'est poétique, pleura Charlie les mains croisées sur sa poitrine.

- C'est grâce à ma chère mère. C'était une grande artiste…Poète, pianiste, violoniste, soprano. Elle arrivait à trouver du lyrisme dans une simple amaryllis. Le langage des fleurs n'avait aucun secret pour elle…Et elle adorait se promener avec moi par une si belle journée quand j'étais enfant.

Charlie ne pouvait s'empêcher de pleurer. Jamais Ciel ne s'était confié à elle. Ciel avait toujours tût sa vie à quiconque en dehors de Sébastian. Charlie ne contrôla pas ses membres et vint enlacer la taille de Ciel dans son dos.

- Oh Ciel…je vous aime.

Elle alla se placer devant elle, se mise sur la pointe des pieds et vint effleurer ses lèvres des siennes. À sa grande surprise, Ciel n'eut pas la moindre réaction. Elle était totalement impassible et continuait de regarder le parc du manoir sans un mot…Enfin presque.

- Désolée.

- Comment…?

Charlie ne comprit pas pourquoi Ciel s'excusait. Elle plongea son regard dans le sien. Ciel consentit enfin à baisser les yeux sur elle.

- Je ne comprends pourquoi vous vous excusez, Ciel, mais je peux vous le dire enfin…Je vous aime. Vous m'êtes si attaché…oh Ciel, je vous aime tant.

Et Charlie s'effondra sur la poitrine de Ciel en sanglotant. Toutefois, Ciel lui saisit les poignets et l'éloigna d'elle. Charlie fut déconcertée de la voir reculer de quelques pas.

- Mais Ciel…

- Pardonnez-moi, mademoiselle de Noailles.

- Mais pourquoi…ne m'appelez-vous plus par mon prénom?

- Pardonnez-moi…car je ne suis pas la personne que vous croyez.

- Mais que voulez-vous dire Ciel?

- Je vous demande pardon de vous avoir menti durant toutes ces années, dit Ciel en levant les mains vers sa chemise qu'elle commença à déboutonner…Mais je ne suis pas un homme.

Charlie fut interloquée en la voyant faire. Elle ne pouvait placer un mot. Et elle le fut encore plus quand elle vit que Ciel en écarta les pans. Elle lui montra sa poitrine compressée par des bandes de coton pour l'aplatir.

- Mais…mais…vous…vous…

- Je suis désolée.

Elle la referma lentement et s'inclina de manière masculine.

- Si vous voulez bien m'excusez maintenant, mademoiselle de Noailles.

Et Ciel sortit de sa chambre.

Charlie, elle, s'effondra à genoux sur le tapis et pleura de tout son soûl cet amour désormais impossible. La jeune fille n'avait jamais été si accablée de chagrin. Ciel…une femme! Mais pourquoi?! Elle avait eu tellement d'espoir pendant un moment.

Mais au fond d'elle-même, Charlie savait qu'elle ne pourrait faire taire son cœur.

- Ciel, murmura-t-elle…peu importe que vous soyez un homme ou une femme, mes sentiments ne changeront pas. Pour moi vous serez toujours Ciel Phantomhive…la personne que j'aime le plus au monde.