Chapitre 19.
La Nomination.
Axel n'avait que très brièvement expliqué la situation à la capitale britannique à Ciel et Sébastian. Et c'était le chaos!
Le comte de Brienne et le duc de Ramsay avaient réussi à réunir au moins 200, peut-être même 250 partisans pour détrôner la Reine Victoria et éliminer les comtes de Phantomhive et de Fersen. Victoria n'avait eu d'autres choix que de quitter Buckingham Palace pour aller se réfugier dans l'East End, le quartier pauvre avec sa suite (Oui, elle accepte de se priver de luxe pour sa cause). Il leur raconta également qu'à peu près le même nombre de fidèles que les renégats à la Couronne étaient venus la rejoindre.
En arrivant, Ciel et Sébastian eurent toutes les peines du monde à reconnaître Londres. En à peine quelques heures, Brienne, Ramsay et leurs partisans avaient saccagé la ville et l'avaient retourné sens dessus-dessous. Presque la totalité des vitres étaient cassées, les portes défoncées, les poubelles retournées et des traces de sang séché un peu partout.
- C'est horrible, dit Ciel. Comment peut-on faire une telle monstruosité que par soif de pouvoir?
- Je ne sais trop, Ciel, répondit Axel. Mais ce que je sais, c'est que la Seconde Révolution britannique vient de commencer.
Puis, le plus discrètement possible, Axel les conduisit vers l'East End. Il passait bien inaperçu parmi les autres quartiers. La jeune femme, dès qu'elle eut confié son cheval, fut entraînée vers sa Majesté. Elle s'inclina au moment même où elle fut devant elle. Cette femme, grande défenseuse de sa patrie était assise sur un modeste banc de pierre accompagnée de ses sept enfants (Deux sont déjà morts), neuf beau-enfants et ses trente-neuf petits-enfants. L'un d'entre eux, Charles-Édouard, fils du Prince Léopold, fils cadet de Victoria, regardait la jeune femme avec beaucoup d'admiration et d'amour. De petites étoiles dansaient dans ses grands yeux bleus.
- Votre Majesté. Je vous demande pardon que vous aillez dû quitter votre beau château…je suis votre serviteur.
- Oh, je vous en prie, relevez-vous, ma fille.
Ciel écarquilla les yeux sous les deux derniers mots de Victoria.
- Je vous demande pardon?
- Ne pensez pas que je n'aie rien remarqué, ma fille. Je suis peut-être vieille, mais pas aveugle.
- Mais…comment…depuis quand?
- Dès que votre père, ce cher Vincent, m'a présenté à vous, quand vous aviez 14 ans, répondit son Altesse en caressant la joue de Ciel…Vous êtes devenue si belle, Ciel.
- Je vous remercie, ma Reine…Quelle stratégie vos conseillers militaires ont opté pour contrattaquer ces traîtres. Car quelle que soit la décision, je me battrai jusqu'à la mort pour vous.
- Nous vous attendions pour en délibérer, dit une voix féminine derrière Victoria.
Ciel jeta un coup d'œil et vit avec surprise sa tante Frances. Derrière elle, se tenait son mari, Alexie Leon et ses deux fils, Edward et Samuel. Tous les Midford portaient leur tenue de Chevalier d'Angleterre, l'épée à la ceinture.
- Ma tante…que voulez-vous dire par «Nous vous attendions pour en délibérer»?
- Comme vous êtes la pupille de la Reine, dit son Altesse, je vous remets entre les mains le commandement de la Résistance.
Ciel était complètement bouche-bée. Elle remuait les lèvres, mais rien n'en sortait. Victoria pouffa dans sa main.
- Je comprends que c'est une énorme responsabilité, Ciel. Mais même mes conseillers vous recommandent pour cette tâche. Toutes les personnes que vous voyez (à peu près 300) ont une pleine confiance en vous. Et tous s'en moque que vous soyez une femme. Ils n'attendent que vos ordres pour bouger.
Ciel balaya les sympathisants de la Reine de son regard et dès que ses yeux se posaient sur eux, ils s'agenouillèrent, même ceux de l'aristocratie, et la Reine pencha la tête. Elle finit son tour avec Charlie (oui, elle est là aussi), Axel et Sébastian. Ce dernier dit, une main sur le cœur.
- Nous sommes prêts à agir. Quels sont vos ordres, comtesse de Phantomhive?
Ciel fit une drôle de tête à sa nouvelle appellation. Jamais on ne l'avait appelé comtesse, ou mademoiselle... Mais Ciel se rendit aussi compte que toute la Révolution,…leur victoire, reposait sur ses jeunes épaules. Elle serra les poings, se racla la gorge et d'une voix forte.
- Rassemblez toutes les armes et les chevaux dont nous disposons! Moi, Ciel Rohan de Phantomhive, vous fais le serment de mettre toutes mes forces au triomphe de la Seconde Révolution! Je donnerai tout pour que la paix et la prospérité soient rétablies au sein de notre belle Londres!
Tous poussèrent un cri d'espoir à l'unisson suite au discours d'espérance de Ciel.
Dès que le silence fut revenu, le petit Charles-Édouard, âgé de 10 ans, s'avança vers Ciel et dit.
- Lady Ciel, jamais ne craignez d'être attaquée. Car moi, Charles-Édouard, petit-fils de sa Majesté la Reine d'Angleterre, je vous protégerai toujours.
La jeune femme jeta un regard à l'enfant, et ne put s'empêcher de sourire tendrement. Elle s'accroupie devant l'adorable garçon aux cheveux blonds et bouclés et lui caressa la tête.
- Je vous remercie, votre Majesté. Votre soutien sera un bon pour notre cause.
Ciel lui caressa gentiment la joue et se mise à organiser les défenses et divisa les partisans en trois groupes et nomma un commandant à sa tête.
Le premier groupe serait chargé de construire des barricades de défenses et de creuser des fossés. Elle mit Édouard, le fils aîné de la Reine comme chef.
Le deuxième groupe devra s'occuper du ravitaillement en vivres, en eau et en armes. Elle en remit la responsabilité à Alfred, son second fils.
Et le troisième devra former la force de frappe de la Résistance. Elle chargea Arthur, son troisième fils de les diriger. (Son plus jeune, Léopold, est mort.)
Sébastian fut choisi pour être son second. Les domestiques de Ciel, étant aussi présents, furent affectés à des unités. Grand-mère fut autorisée à rester avec la Reine, ses filles, ses belles-filles et ses plus jeunes petits-enfants et s'occupa d'eux avec leurs quelques servantes. Deux gardes royaux assuraient leur sécurité en permanence. Ses fils, ses beaux-fils et ses petits-fils les plus âgés avaient tenus à apporter leur contribution et s'en remettaient entièrement à la comtesse de Phantomhive pour les affecter à un groupe.
La journée se passa vite, mais il y régnait une chaleur étouffante étonnante pour ce mi-automne.
Ciel, en s'essuyant le front avec la serviette que lui apportait Charles-Édouard, regardait le soleil décliner à l'horizon. Elle se disait que ce n'était qu'une question d'heures avant que le glas ne sonne. Elle verrait peut-être ses derniers jours…
