Depuis l'arrivée de Natsuki, je passe quasiment toutes mes journées avec elle. J'ai décidé de réaliser mes projets avec elle, me permettant ainsi d'être avec une personne ne me voyant pas comme une idole. Je ne sais pas si elle connaît la réputation de mon père. Ceci expliquerait pourquoi elle agit avec moi comme avec un être humain « normal ». J'ai remarqué que nous avions beaucoup de points communs : la solitude, le calme, nos études mais également notre façon de voir les choses. Parallèlement à cela, nous avons énormément de différences. Je ne peux pas toutes les citer mais l'une d'entre elles m'est flagrante. Ces parents sont « cool » comme elle dit. Ils ne se mêlent pas de ses affaires privées tant que les résultats scolaires sont bons. Comme j'aimerais avoir cette liberté. Elle me fait partager cela en me prenant pour des tours en moto, des petites sorties en ville ou ce genre de chose quand nous avons une heure de battements entre deux cours. J'aimerais la voir plus mais n'ose pas lui demander. Cela fait six mois qu'elle est ici et pourtant j'ai l'impression de ne pas pouvoir m'en séparer et que nous nous connaissons depuis des années.

- Shizuru tu m'écoutes ?

- Ara ?

Natsuki secoua la tête.

- Tu es partie où là ?

Je lui souris essayant de justifier au mieux mon impolitesse.

- Je suis désolée, je pensais à quelque chose.

- Je veux entendre ton Kyoto-ben.

- Kanin na ?

- Là je te pardonne. Ton accent est tellement jolie… tu devrais l'utiliser plus souvent tu sais.

- Ara mais Natsuki risque de ne pas me comprendre si je parle toujours de cette manière.

Natsuki se pencha vers moi et murmura doucement. Elle avait parfois des réactions assez difficiles à gérer. Envahir mon espace personnel faisait partie de ses réactions que je ne comprenais pas.

- Tu pourras toujours me donner des cours particuliers Miss Kyoto-ben.

Cette phrase avait soulevé quelque chose en moi.

- Mais tu devrais passer plus de temps avec moi, même tes week-ends si tu souhaites l'assimiler rapidement.

Elle haussa les épaules face à ma réponse.

- Tu es d'une bonne compagnie, ça ne me gênerait pas … Bien au contraire.

J'avais rougi sous le coup et la vie se frotter l'arrière de la tête.

- Il y a un endroit où j'aimerais aller mais seule c'est pas le top et c'est assez loin alors si tu veux m'accompagner. On partirait demain matin et rentrerait dimanche dans l'après-midi.

- Mon père ne voudra sans doute pas que…

Elle m'arrêta en posant un doigt sur mes lèvres. Encore une fois l'espace personnel est une notion inconnue chez elle …

- Est-ce-que toi tu voudrais ?

J'acquiesçais, son doigt toujours sur mes lèvres. Elle me fixa avec un drôle de sourire et émit d'une façon narquoise.

- Je peux assurer à ton père qu'il n'y aura rien pouvant entraver l'intégrité de sa chaste fille.

- Ikezu Natsuki se moque de moi !

Elle rigola légèrement puis me fixa, attendant sans doute ma réponse.

- Je vais en parler à mon père …


Le lendemain, je me retrouvais collée à Natsuki sur sa moto. Mon père était en voyage et ma mère ne se souciait guère de mes agissements. N'ayant pas eu un ordre formel de la part de mon père de m'empêcher de sortir, elle accepta. J'étais vraiment contente de pouvoir passer du temps avec Natsuki. Je ne sortais jamais de chez moi le week-end, hormis avec mes parents pour des réceptions ou des cérémonies. C'était ma première sortie découlant de ma volonté et de mon envie.

Natsuki s'arrêta après 1h de route. Nous étions arrivées devant l'océan, un endroit simple et paisible. Natsuki m'allégea de la pression sur mon dos et m'invita à la suivre. Arrivée devant un bungalow, elle l'ouvrit, faisant face à un endroit simple où l'on distinguait une petite salle de bain, une petite cuisine et un lit… attendez un lit ? Et pas de canapé en vue…. Un seul mot me vient à l'esprit ara ?

Elle semble distinguer mon malaise.

- Le lit est fait pour deux personnes, ne t'inquiète pas pour ce genre de petit détail.

Ce n'est pas vraiment ce qui m'inquiète mais soit, nous sommes deux femmes. Nous pouvons donc partager un lit. J'ai toujours été seule dans mon lit mais je peux faire un effort et faire l'impasse sur ce 'petit détail'.

Natsuki déposa le sac contenant nos affaires et se dirigea dans la salle de bain. L'eau avait coulé quelque peu puis je vis Natsuki ressortir.

- Tu peux aller prendre une douche si tu veux. L'eau a l'air chaude. J'irais après. Je vais aller chercher de quoi manger un peu plus bas en attendant. Ne te presse pas.

Natsuki était une femme attentionnée. Certains jeunes hommes de notre classe souhaitaient un rendez-vous mais Natsuki les avait tous dissuadé. Elle m'avait dit que ce genre d'amour ne l'intéressait pas. Je ne lui ai pas demandée de s'expliquer car je crois comprendre ce qu'elle voulait dire. Personne ne lui parle réellement alors comment savoir si vous aimez une personne sans prendre le temps de la découvrir. Elle prend soin de moi d'une manière protectrice et douce à la fois. Depuis son arrivée, j'ai acquis une certaine tranquillité. Quand je suis avec elle, personne n'ose venir me parler car elle ose dire ce que moi je n'oserais jamais dire à voix haute et ai même du mal à penser. Je lui suis reconnaissante car même si elle l'ignore, elle m'aide énormément.

Arrivée au moment du coucher, je la vis porter simplement un long t-shirt de basket. Quant à moi, je portais une nuisette légère m'arrivant au-dessus des genoux. Je la vis me regarder un instant puis se glisser dans le lit. Elle émit un Oyasumi léger. Je n'arrivais pas à dormir. Vers le milieu de la nuit je sentis Natsuki se coller à moi et m'enlacer délicatement. Mon premier réflexe a été de me retourner pour faire face à une Natsuki endormie. Sentant mon mouvement, elle se colla davantage à moi, laissant reposer sa tête sur mes seins. J'étais figée, ne sachant pas quoi faire. Un léger sourire se dessina sur son visage mais sa respiration signalait qu'elle dormait toujours. A ce moment précis, je me suis sentie différente. Natsuki dégageait une chaleur qui me procurait un sentiment d'apaisement mais également d'entièreté. Je me sentais complète. Mes propres pensées me faisaient peur. Je ne peux pas ressentir cela. Elle n'est pas traditionnelle, elle n'est pas japonaise, et surtout c'est une femme. Mon père mourra de honte à coup sûr ou me tuera avant même que je puisse lui signaler mon attachement pour elle. Oui, je suis attachée à elle mais est-ce l'amour ? Non je ne dois pas y penser, je ne peux pas. Je regardais la forme endormie contre moi et passa délicatement ma main dans ses cheveux. Je me suis arrêtée face à mon geste me giflant mentalement. La suite, je ne m'en souviens pas. Je me suis endormie collée à Natsuki.

Le lendemain j'ai senti une main caresser délicatement mes cheveux. J'ai entrouvert mes yeux pour voir que j'étais collée à Natsuki, l'enlaçant à la taille et ayant placé ma tête dans le creux de son cou. Je me suis rapidement décalée, faisant face à un regard étonné.

- Tu vas bien ?

J'ai hoché la tête ayant du mal à masquer mon malaise.

- Tu mens très mal Shizuru …

Je la fixais. Elle passa sa main sur ma joue puis sur mes lèvres et me murmura tendrement.

- Ne me rejette pas Shizuru …

Je ne savais pas quoi faire. Je sentis quelque chose de doux et plaisant sur mes lèvres mais me retira directement. Elle m'avait embrassé.

- Kanin na je …

Natsuki secoua la tête.

- Non c'est moi. Je voulais juste que tu comprennes que …

- Que ?

Natsuki souffla et détourna le regard.

- Je voudrais être avec toi.

- Nous sommes ensemble.

- Pas de cette manière.

Natsuki s'avança de nouveau et m'embrassa délicatement.

- De cette manière.

- Je ne peux pas.

Natsuki me bloqua dans une étreinte se voulant rassurante.

- Tu ne veux pas ou tu ne peux pas ?

Je ne savais pas quoi répondre et la sentit se décaler.

- Je vais prendre une douche.

Le reste de la journée, nous avons été à la plage. Je cherchais à comprendre mes propres actions, mes sentiments et surtout à trouver la réponse à sa question. Depuis ce matin, elle n'avait pas remis le sujet sur le devant, se contentant d'agir de la même façon que d'habitude. Au soir, quand nous nous sommes remises en route, la question restait toujours en suspens dans mon esprit. Depuis mon enfance j'ai été conditionnée dans un mode de vie que je déteste et là, Natsuki vient de tout remettre en cause en l'espace de six mois. De plus, d'ici six mois, elle repartira en Allemagne alors quel avenir pourrait-il y avoir entre nous ? Je ne comprends ni son geste ni sa question. Me concentrant sur mon environnement, je me rends compte que nous sommes devant chez moi. J'avais passé tout le trajet dans mes pensées. Je la vis se décaler et attendre patiemment que je descende. Je retire mon casque et la regarde alors qu'elle cherche à détourner le regard.

- Natsuki ?

- Hum ?

Celle-ci me regarde et je décèle de la peine dans son regard. Je ne sais pas pourquoi mais à ce moment mon cœur rata un battement. Je m'approche d'elle et avant même que je ne comprenne mes propres actes, je me colle contre son corps, enfouissant ma tête dans son cou.

- Je ne peux pas Natsuki …

Celle-ci se décale et je ressens une certaine douleur par l'acceptation de mes pensées. Je la sens me caresser délicatement le visage et m'embrasser sur la joue.

- D'accord.

Je la vois remettre son casque et remonter sur sa moto.

- Je pense que chaque être humain a le droit sur sa propre vie Shizuru alors ne laisse personne te dicter ta conduite. Je ne serais plus là dans six mois mais promets-moi de faire tes propres choix.

Je lui souris et avala la boule présente dans ma gorge.

- Je ne peux pas faire une promesse que je ne pourrais tenir Natsuki.

Je la vois redémarrer sa moto et murmurer un « A demain » sans grande formalité mais je vois que la réponse que j'ai formulée ne lui plaît pas.

En passant le pas de ma porte, je remarque ma mère assise comme à son habitude sur une chaise sirotant son thé. Je n'ai jamais réellement parlé à ma mère. Elle est juste l'épouse de mon père, ne pouvant qu'acquiescer les décisions de celui-ci. Pour autant, tout en me dirigeant vers les quartiers je l'entends me dire dans un murmure.

- Gardez cela loin des yeux de votre père.

Je la regarde confuse. En voyant sa position, je remarque qu'elle a dû apercevoir mes échanges avec Natsuki

- Il n'y a rien de mal mère, c'est une amie.

- Je ne pense pas que vous me dîtes la vérité mais sachez que votre père n'hésitera pas à la tuer s'il a vent de votre relation.

Je secoue la tête avec un léger sentiment de crainte.

- Allez-vous le lui dire ?

Elle continue à fixer la rue. Après une gorgée de thé, elle reprend doucement.

- Je ferais celle qui n'a rien vu.

Après un léger soupire, elle reconcentra son regard sur moi.

- Faîtes ce qui est mieux pour vous ma fille.

Je m'incline légèrement et rejoins mes quartiers, perplexe. Ma mère semble me donner sa bénédiction alors que je ne sais même pas ce que je veux moi-même. Je fixe mon téléphone portable et compose machinalement le numéro de Natsuki mais raccroche immédiatement.