Le lendemain, j'attends comme à mon habitude Natsuki, qui comme à l'habitude est en retard. Oui, une de nos différences: la ponctualité. Je suis, en général, présente un quart d'heure avant le début des cours. Quant à Natsuki … Si elle arrive avant que l'enseignant termine le résumé du dernier cours et la présentation du cours du jour, cela relève du miracle. Les intervenants ont d'ailleurs capitulé de la voir arriver à l'heure. Les cours ne nous permettent pas d'échanger la moindre parole. Au moment du déjeuner, nous parlions de tout et de n'importe quoi. Il semblerait qu'il ne soit rien passé durant ce week-end. Je décide de laisser en suspens malgré que je ne cesse d'y repenser. Elle a été la première à m'embrasser de cette manière. Le contact m'avait pris de court, je l'avoue. Mais avec le recule, je ressens comme un manque. Je commence même à revoir cette scène dans des rêves disons explicites, rêves que je n'ai aucunement le droit de faire. Le pire est de me retrouver en sueur le matin après cela et de devoir faire face à mon père quelques minutes après. Pas qu'il se soucie de moi ou visualise mon malaise mais voir mon père juste après avoir rêvé de ce baiser … Je remercie Kami que mon père ne connaisse pas la moitié de mes pensées. Avec cela, je commence à remarquer des choses que je ne devrais pas sur Natsuki. Comme le fait qu'elle possède une bonne condition physique. Très sportive mais féminine pour autant. Elle a un corps parfaitement sculpté et svelte. En plus de cela, j'ai appris à interpréter ses gestes à mon égard. Certains d'entre eux sont plus que des gestes amicaux. Le fait qu'elle remette une de mes boucles de cheveux derrière mon oreille ou me prend la main quelques instants pour éviter la foule nous entourant. Et pour finir m'embrasse de temps en temps sur la joue pour me souhaiter une bonne soirée … Je devrais lui demander d'arrêter, lui dire que je ne suis pas intéressée ou que je suis mal à l'aise. Lui dire que je ne suis pas intéressée par elle ou une autre femme. Mais le problème, c'est que je ne ressens rien de ce que je devrais lui dire. Je me sens bien avec elle et c'est là, le véritable problème.
Quelques semaines passent. Je fus surprise de trouver Natsuki m'attendant devant l'entrée.
- Ara Natsuki est tombée du lit?
Elle me sourit et marche pour me rejoindre.
- Non j'ai dû aller chercher mes parents à l'aéroport ce matin.
Je suis surprise par ce qu'elle vient de m'annoncer.
-Ils sont ici ?
Celle-ci hoche la tête et me débite en un seul souffle.
- Mon père a décidé de venir s'installer ici pour continuer son business.
Cette phrase remet en cause toutes mes pensées.
- Tu veux dire que ...
Elle me sourit de toutes ses dents et finit la phrase que j'ai laissé en suspens tellement je suis troublée par cette nouvelle.
- Tu vas devoir me supporter jusqu'à la fin de notre scolarité.
Elle semble chercher ses mots et le sourire laisse place à une inquiétude.
- J'ai parlé de toi à mes parents et… Tu voudrais venir chez moi pour les rencontrer ?
- Ara bien sûr.
Ma réponse est suivie par un souffle de celle-ci.
- Bien alors ça sera sans doute ce week-end, tant de tout réaménager.
Mon père n'a pas discuté sur ma requête pour aller voir la famille Kruger. Quand je lui ai dit le nom de Natsuki, il a simplement sourit et demandé de faire bonne image pour notre famille. Mon père a toujours eu une vision des Allemands comme étant des gens riches et puissants. A ce que j'ai compris, le père de Natsuki est comptable, quant à sa mère, elle est dans la recherche. Je ne pense pas pouvoir attribuer les critères de mon père aux Kruger mais je préfère cela plutôt qu'un refus net de sa part.
Le chauffeur de mon père m'a déposé devant chez Natsuki. Je n'étais jamais partie chez elle, mais je dois avouer que l'endroit est calme et paisible. Je rentre donc dans l'immeuble et me dirige vers son appartement. Je suis accueillie par une Natsuki à moitié habillée ce qui me fait sourire.
- Désolé, j'suis un peu à la bourre.
Elle me fait signe de rentrer et de m'installer dans le salon. Je l'entends me dire où se trouve la théière et le thé vert. Natsuki sait faire les choses à ma convenance. Après une dizaine de minutes, je la vois sortir habillée d'un simple jean et d'un chemisier. La première chose qui me vient à l'esprit.
- Ara suis-je trop habillée ?
Elle me fixe et rougit légèrement. Vêtue d'une robe d'été légère avec mes cheveux attachés en une queue de cheval, j'attends sa réponse.
- Non tu es vraiment très belle comme ça.
Je rougis au compliment. Elle semble réfléchir.
- Mes parents ne vont pas tarder.
- Ara je pensais que l'on allait chez eux.
Elle frotte l'arrière de son cou, un certain malaise ornant ses traits.
- C'était ce qui était prévu mais la maison n'est pas encore assez bien aménagée, selon ma mère.
Elle s'assied près de moi et met une de ses mains sur mon genou dénudé, me faisant légèrement frissonner à ce contact imprévu.
- Merci d'avoir accepté. C'est important pour moi.
Je n'ai pas le temps de répondre que la sonnette retentit. Je la vois se lever et fais de même. Les parents de Natsuki sont très simples et très gentils. Nous avons passé une bonne soirée mais à la fin de celle-ci, Natsuki était dehors avec son père pour lui montrer sa moto. Quant à moi, j'étais avec Madame Kruger qui me fixait avec beaucoup d'attention.
- Vous me ressemblez tellement Shizuru.
- Pardon ?
J'ai vu une certaine tristesse dans ses yeux.
- Mes parents avaient tout prévu pour moi. Étant une fille, je n'ai jamais eu mon mot à dire.
Elle s'était assise à côté de moi, saisissant ma main doucement.
- Ma fille a un cœur tendre et bon. Elle n'a pas cessé de parler de vous depuis son arrivée au Japon.
- Je tiens beaucoup à elle aussi.
- Sachez que nous vous accueillerons à bras ouverts, comme notre propre fille, si vous retournez les sentiments de Natsuki.
Je ne savais pas quoi répondre mais tenta timidement.
- Mon père la tuera si j'ose penser à votre fille de cette manière. Je suis désolée si votre avis sur moi change mais je ne peux pas.
Je la sentis me serrer contre elle et me murmurer.
- Ne vous inquiétez pas de ce que votre père pourrait faire à Natsuki. Elle est forte et intelligente. Et n'ayez crainte, nous vous apprécierons quel que soit la part de sentiments que vous retournez à notre fille.
J'avais juste hoché la tête essayant de comprendre la gentillesse de ses gens. Sa mère rit légèrement tout en se relevant.
- Je ne compte pas obliger ma fille à vous courtiser car cela signifierait que je ne vaux guère mieux que mes parents.
Une fois les parents de Natsuki partis, je voulais repartir chez moi mais fut retenue par la jeune femme.
- Nous pourrions regarder un film et je te ramènerais demain.
J'allais répliquer mais elle me coupa dans mon élan.
- Je dormirais sur le canapé. Ne t'inquiète pas.
J'avais simplement hoché la tête. Durant le film, je ne pouvais cesser de penser aux paroles de la mère de Natsuki. Celle-ci était plongée dans le film et semblait sereine. Je voulais plus d'elle, mais je ne pouvais pas. Je sentis une main sur mon épaule.
- Tout va bien Shizuru ?
Je lui souris mais ne dis rien. Je la vois éteindre la télé, signe que le film est fini.
- Je te laisse mon lit.
Je secoue la tête.
- Le canapé est très bien Natsuki.
Voyant que je ne capitulerais pas, elle cède et part chercher un oreiller et des couvertures.
La nuit a pris place dans cette pièce. Je n'arrive pas à dormir. Je ne cesse de me retourner. Je fixe la porte entrouverte de la chambre à Natsuki. Je me mords légèrement la lèvre inférieure mais décide de me lever et de me diriger dans cette pièce. Je distingue une masse endormie dans les couvertures. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais je me suis faufilée dans ses draps et instinctivement collée à elle.
Le lendemain, je me suis réveillée contre un corps chaud. Je me décale légèrement mais sursaute lors de l'entente d'une voix rauque.
- Bien dormi ?
Je me retourne et vois Natsuki me regarder tendrement. Elle semble hésiter puis passe délicatement sa main dans mes cheveux.
- Tu es si belle au lever du jour Shizuru.
Je ne bouge pas et me contente de la fixer. Elle descend sa main vers ma taille et l'enserre tout en comblant le vide. Sa tête repose sur la mienne me donnant un accès à son cou. Je m'imprègne de son odeur et passe à mon tour mes mains autour de sa taille. Je la sens frissonner au contact. Nous restons un moment dans cette position jusqu'à l'entente d'une sonnerie de téléphone… Mon téléphone. Je l'attrape rapidement et me raidis face à l'identifiant me faisant face.
- Père ? … Veuillez m'excuser je … Bien Père…. Je vous prie de m'…
Je sens les larmes monter suite aux propos crus et durs de mon père. Une main vient prendre mon téléphone. Avant même que je ne comprenne j'entends une autre voix.
- Monsieur Viola ? Je suis navrée d'avoir retenu votre fille aussi tard. J'assume pleinement la responsabilité alors je vous en prie ne soyez pas dur avec Shizuru. Elle n'a fait que répondre avec courtoisie à ma requête certes égoïste…. Je comprends… Ne vous inquiétez pas, je vous ramènerais votre fille en début d'après-midi… Bien monsieur… Pareillement.
Le téléphone fut raccroché et jeté sur la commode de Natsuki. Celle-ci essuya les quelques larmes ayant coulé de mon visage et murmura.
- Ne t'inquiète pas. Ton père semblait satisfait de mon monologue.
J'inclinais légèrement la tête et voulu sortir du lit mais sentit une prise ferme sur mes habits. Avant même qu'elle puisse émettre un son, je continuais à me lever.
- Je ne peux pas Natsuki.
Je me suis cachée dans la salle de bain pendant plus d'une heure puis ai décidé de lui faire face. Elle était déjà habillée, casque en main.
- Je vais te ramener.
Le ton était différent mais je décidais de ne pas m'attarder là-dessus. Elle me déposa devant chez moi et repartit directement. Après un interrogatoire poussé de mon père, j'ai pu rejoindre ma chambre et m'allonger sur mon lit. Mon esprit embrailla directement sur Natsuki. J'étouffais un léger gémissement de douleur mais ne put retenir mes larmes. J'avais enfin compris le sentiment associé à Natsuki et ceci ne pouvait qu'accentuer ma douleur et mon désespoir.
