POV Edward
Le Conseil avait enfin fini par trancher les points importants. Je me préparai à me lever quand...
- Edward, attends.
Pris au dépourvu, je laissais la majorité de mes conseiller se lever et partir. Bientôt il ne resta plus que mon oncle, mes généraux et les cinq vieux conseillers de feu mon père dont l'autorité était reconnue par tous.
- Bien, maintenant il est temps d'aborder la question cruciale du mariage de sa Majesté.
J'étais piégé! Carlisle avait bien manigancé son coup. Ou alors ma mère. Maintenant que j'avais pris ma place sur le trône, elle ne pouvait plus participer au Conseil, mais de par Carlisle ses idées étaient toujours prises en compte. L'un était indissociable de l'autre. Pas moyen d'y échapper, je devais me soumettre aux propositions de mes notables. Respirant un grand coup je me préparai à une longue discussion.
- Je vous écoute.
Au bout de deux heures tous les noms de jeunes filles nobles en âge de se marier avaient dû être cités. Je n'avais encore pas prononcé un mot, j'attendais que la situation se décante, et que des noms ressortent.
Le mariage était loin d'être ma priorité, mais j'avais conscience de la nécessité d'un héritier mâle au trône, surtout en ces temps troublés. Je savais que tous les nobles du pays espéraient placer la couronne sur la tête de leur fille, petite-fille ou nièce. Tous y voyaient l'occasion de s'élever. Le fait d'être concerné directement m'empêchait de plaindre ces jeunes filles, utilisées comme des pions par leur propre famille.
- Bien, quelques noms se posent comme une évidence. Lady Tanya...
Ah...Lady Tanya. Si on pouvait parler de "lady". La fille du plus puissant et du plus riche de mes sujets. L'ambition de cet homme n'a d'égal que sa cupidité. Elle était persuadée de m'aimer. Certainement une idée que son père avait placé dans sa jolie petite tête. Et jolie elle l'était. Ce qui lui avait ouvert une entrée direct dans mon royal lit, mais aussi dans celui d'un grand nombre d'autres hommes.
- Non.
- Edward, sir Eleazar serait un allié de taille. Il possède des moyens qui nous assureraient la victoire sur nos ennemis. Pensez à ce que cette alliance nous apporterait.
- Si je l'épousai tout le monde serait en droit de contester la paternité de mon héritier. Voulez-vous la fin de mon lignage?
- Non Edward, bien sûr que non. Que pense-tu de Lady Lauren?
Je me retins de leur signifier la fin de l'entrevue. Lady Lauren avait jeté son dévolu sur le trône sitôt arrivé à la cour. Son arrogance l'avait rapidement convaincue de sa réussite prochaine, ce qui m'aurait fait rire si un autre avait été l'objet de sa persévérance. Malheureusement, être roi me désignait comme la victime favorite des arrivistes et des pauvres filles.
- Je n'ai aucune confiance dans Sir Mallory. Il serait capable d'envoyer quelqu'un me tuer au front sitôt mon fils né.
Je me retenais d'ajouter "tel père telle fille".
- Lady Rosalie serait parfaitement appropriée.
Du coin de l'œil je vis Emmett se raidir. La Princesse de Glace, comme l'appelaient mes gens (j'aimais écouter discrètement les domestiques), était d'une grande beauté. Mais sa mesquinerie et son narcissisme m'avaient détournés d'elle dès notre première rencontre. Je l'avais donc laissée avec joie à ma général. Si j'émettais aujourd'hui le désir de la prendre pour femme, je ne doutais pas qu'elle accourrait, mais mon ami ne semblait rien remarquer de son infect personnalité et la regardait comme la 8ème merveille du monde. J'avais beau être roi, je n'avait hélas aucun pouvoir sur la bêtise: j'avais dû me résigner à abandonner Emmett à son sort.
- Lady Rosalie est promise au général Emmett.
La discussion dura ainsi longtemps. Lady Anne, Nathalie, Annabelle, Magalie, Sophie, Suzanne, Hélène, etc. Aucune ne semblait convenir. Soit la cour les avait déjà perverties, soit elles n'étaient pas d'ascendance assez noble, soit l'allégeance de leurs familles ne me semblait pas sincère. Je refusais de creuser ma tombe en laissant le loup entrer dans la bergerie.
Je savais bien sûr que, une fois mon choix arrêté, je me provoquerai des hostilités, à commencer par Eleazar qui lorgnait sur ma couronne depuis déjà longtemps. Cependant, je tenais à grader cet homme à distance, trop proche de moi il me planterait à coup sûr un poignard dans le deux à la première occasion venue. On n'est pas roi sans se faire des ennemis mortels...
Finalement le (mini)Conseil pris fin sans qu'aucune décision n'ait été prise. Plutôt content de moi, je me levais et m'en allais. Mais je fus rapidement rattrapé par mes généraux et meilleurs amis. Décidément, ce n'était pas mon jour.
POV Emmett
Nous avions perdu des heures de blabla pour rien! Edward ne voulait pas se marier, ça sautait aux yeux. Alors pourquoi insister? J'allais me lever à mon tour quand Jasper me lança un regard signifiant "on doit lui parler". Je soupirai, je n'étais pas en vaine aujourd'hui. Franchement était-ce ma place à moi, simple général, de parler mariage avec mon roi? Mais les mots (ou plutôt les regards) du Général Jasper résonnaient toujours comme des ordres, et impossible d'y couper.
- Edward, tu ne nous fuit quand même pas...
Evidemment j'arrivais toujours avec mes gros sabots. Mais, en même temps, si tout cela était l'idée de Jasper, il ne l'ouvrait que rarement, alors c'est moi qui devais me taper la conversation et les sujets désagréables.
- Je n'eus pas de réponse. Mauvais signe.
Je lui passais le bras autour des épaules. Après tout à quoi servait-il d'avoir grandi avec le roi si on ne pouvait pas se permettre quelques familiarités...
Eddie, tu dois tu marier. Tu le sais, je le sais, il le sait (je désignait Jazzy).
- Tu es conscient que je pourrais te faire pendre rien que pour ça?
C'est vrai qu'il avait toujours été très sensible sur l'utilisation de surnoms à son propos...Ce garçon n'avait vraiment aucun humour. Soupir.
- Ne change pas de sujet de conversation.
Ce fut à son tour de soupirer. Je le comprenais. Moi aussi, avant de rencontrer ma Rosie je refusait d'entendre le mot "mariage", et me voilà prêt à me faire passer la corde au cou. Quand on rencontre son âme sœur on n'y peut rien, c'est le destin.
- Trouvez-moi celle qui convient à mes attentes et je l'épouse dans le mois.
Avec ceci il accéléra l'allure et disparut.
- Merci Jazzman, tu m'as beaucoup aidé.
Il haussa les épaules et, sans un mot, partit à son tour. Parfois on se sent bien seul.
POV Tanya
Dans quelques jours mes fiançailles seraient annoncées officiellement. Je n'est jamais douté de mon destin de reine. Papa m'a toujours affirmé que je monterait sur le trône. Edward est le mari idéal. Beau, riche, puissant et un merveilleux amant.
Je fermais les yeux, me remémorant notre dernière étreinte un an auparavant. Avec la guerre nous n'avons pas l'occasion de beaucoup nous voir. Quand je serai sa femme il sera plus facile de passer du temps en sa compagnie sans faire froncer les sourcils aux biens pensants. Qu'un homme se fasse plaisir avec toutes les domestiques on ne lui dira rien, mais qu'une femme se donne à celui qu'elle aime et on la regarde de haut. Certes, Edward n'avait pas été mon premier, plusieurs déjà m'avaient possédés. Mais il sera le dernier. Je l'ai aimé au premier regard qu'il m'a accordé, au premier baiser qu'il m'a donné, aux premières caresses qu'il m'a administrées.
Je soupirai. J'avais eu du mal à capter son attention. Mais sur ordre de mon père de m'étais exécutée et donnée entièrement à ma mission. Aujourd'hui je ne le regrettai pas, j'allai être heureuse avec l'homme de ma vie jusqu'à la fin des temps. L'alliance de ma famille avec le pouvoir royal signifiait la fin de la guerre, papa me l'avait assuré. Plus rien ne se mettrait en travers de mon bonheur. Je n'avais plus qu'à attendre la demande en mariage officielle. Le Conseil ne tardera pas à demander une décision définitive à Edward.
En me regardant dans le miroir je ne pus m'empêcher de sourire: décidément la vie était bien belle.
