Plusieurs personnes voulaient savoir le nom de la fic dont je m'étais inspirée. Il s'agit de Heir of the Darkness. Mes premiers chapitres sont encore proches de cette autre histoire, bien que plus développés. Mais dans peu de temps ma fic prendra une autre direction. Si le couple Edward/Bella sera central, il ne sera pas le sujet principal de l'histoire.

Merci pour vos reviews.

De nouveau, je m'excuse pour les fautes que vous pourriez trouver.

POV Esme

Tous les premiers vendredis du mois, nous avions pris l'habitude avec Edward de petit-déjeuner en tête à tête, sans servante ou conseiller; juste nous deux. La guerre et les obligations royales de mon fils nous faisaient parfois reporter notre rendez-vous matinal. Cependant il essayait de me décevoir le moins possible.

Pendant ces courts instants, je redevenais une mère comme toutes les autres parlant avec son enfant. J'y réapprenais à connaître Edward, je le conseillais, je l'encourageais, mais je ne me mêlais jamais de politique. J'avais confié à Carlisle cette part de sa vie il y a longtemps, et je ne tenais pas à revenir dessus.

Seule sa vie privée me concernait.

Or, le choix de son épouse mélangeait cette "répartition des tâches" (comme j'aimais à l'appeler). Car elle ne sera pas seulement la nouvelle reine, mais aussi ma belle-fille, et je ne pouvais pas taire mon opinion sur sa décision future. J'attendais donc, comme tous les autres, qu'il se décide pour donner mon avis, favorable ou non.

Carlisle avait pensé que cela allait être facile. Il l'avait déjà marié dans sa tête à Lady Tanya. Je n'avais rien dit. Cela aurait abouti à une dispute que je ne désirais pas. Et puis, je connaissais suffisamment mon fils pour ne pas redouter une telle bêtise.

Mon plus cher ami avait beau avoir élevé Edward comme un père l'aurait fait, il restait assez ignorant quand on touchait aux pensées et sentiments du Roi.

Je souris à cette pensée, attendrie. Qu'aurais-je fait sans lui? La perspective elle-même me semblait inimaginable tant il s'est creusé une place dans notre vie et dans nos cœurs. Son propre fils était devenu l'égal d'un frère pour le mien. Nous formions véritablement une famille recomposée.

Mais ces vendredis matins n'appartenaient qu'à Edward et moi. Mon cœur se gonflait de joie à la vue de ce bel homme assis face à moi, mangeant tranquillement son pain de seigle et les fruits tardifs du verger.

Lançant un regard vers la fenêtre, je ne pus retenir un frisson en remarquant l'aspect menaçant du ciel, tandis que le bruit du vent me parvenait. L'hiver sera bientôt là, et avec lui la famine et la maladie.

- Avez-vous froid mère?

Je secouai négativement la tête, touchée par la préoccupation que j'avais perçu dans sa voix. J'avançai ma main pour toucher la sienne.

- Ne t'inquiète donc pas, je suis à l'abri du froid et de la faim.

Il hocha tristement la tête. Je savais que sa préoccupation première était de protéger son peuple des maux de ce monde. Hélas, la réalité l'avait depuis longtemps rattrapé. J'étais peinée de le savoir frustré de ne pouvoir être un meilleur roi. Mais j'étais aussi très fière de celui qu'il était devenu, un peu grâce à moi, beaucoup grâce à Carlisle.

- As-tu fait ton choix?

Je n'eus pas besoin de préciser le sujet de cette question, elle l'obsédait bien assez depuis plusieurs jours. Je n'avais pas pu me retenir: je redoutais la réponse. Me fâcher avec Edward n'était pas un plaisir, et connaissant celui-ci il passerait certainement outre mon accord; accord dont il n'avait d'ailleurs aucun besoin.

De plus, je savais que les membres du Conseil commençaient à s'impatienter, désirant retourner chez eux avant la première neige qui rendrait le voyage dangereux.

- La réponse est à portée de main, je l'aurai saisie avant ce soir.

Et avec ça, il me fit son fameux sourire en coin, se leva, me salua selon l'étiquette et sortit de la pièce.

POV Carlisle

Voyant que le Roi avait quitté les lieux, je me permis de pénétrer dans le boudoir de la Reine-Mère. Elle ne me vit pas immédiatement, je pus ainsi l'observer à loisir. Ses cheveux toujours caramel malgré le temps qui s'était écoulé, les ridules au coin de ses yeux, ses lèvres encore rouges, son regard chaleureux, tout me rappelait notre première rencontre. Elle semblait la même, en plus apaisée.

Nous avions traversé tellement d'épreuves. Tous deux veufs si tôt, chacun avec un tout petit enfant à charge, nous avons dû nous imposer à la population et aux nobles pour assurer son trône à Edward, mais aussi pour empêcher le pays de tomber entre les mains des "Trois Frères Maléfiques". Je ne retins pas mon rire en repensant au surnom que nous avions donné, jeunes encore, au Triumvirat.

Le son signala ma présence à Esme. Je me repris aussitôt.

- Votre altesse j'espère ne pas vous déranger.

- Je vous ai répété nombre de fois déjà de m'appeler par mon prénom quand nous sommes entre nous.

Son ton était légèrement agacé.

- Quelque chose vous chagrine?

-Non je...Ce soir nous serons fixés.

- Vraiment? Qui...?

- Il l'ignore lui-même, mais il le saura bientôt.

- Cela vous déplaît-il?

- Cela m'inquiète. Beaucoup de choses reposent sur son choix. Qu'arrivera-t-il s'il fait le mauvais.

Je m'approchai d'elle. A cet instant, elle paressait si vulnérable.

Sans y penser, j'avançai la main vers sa joue, et je l'y posai délicatement, me perdant au même moment dans ses yeux. Mais, à la sensation de mon toucher, elle les ferma.

- Ayez foi en lui. Lui murmurai-je.

Je m'étais mis à la caresser doucement avec le dos de mon index et de mon majeur. Alors qu'Esme poussait un soupir, j'entendis des bruits de pas dans le couloir. Je reculai vivement. Une domestique venait desservir la table, je fis une courbette et partis rapidement sans oser regarder la Reine-Mère.

POV Edward

Quand je m'assis à ma place au Conseil, Carlisle me parut préoccupé. Peut-être ma mère avait-elle déjà annoncé à son fidèle ami que j'allai prendre ma décision aujourd'hui même.

J'étais comme soulagé d'un poids. Alice m'avait promis que la réponse était là. Tout allait donc s'arranger, et je pourrai de nouveau m'occuper de choses bien plus urgentes.

J'allais demander une énumération des différents chevaliers ayant une fille en âge de se marier. Je me préparais à devoir balayer les objections des hommes présents, quand Sir Robert demanda, d'un geste, la parole. Je la lui accordai.

- Votre Majesté, avec tout le respect que je vous dois, il me faut repartir sur mes terres. Le trajet est long et les grands froids arrivent. Les bêtes sauvages et les garnisons ennemies seront bientôt affamées, je veux pouvoir être là pour défendre les miens.

Un autre se leva.

- Nous connaissons, votre Altesse, l'importance de l'identité de votre épouse. Mais je ne suis qu'un humble chevalier. Mon avis compte peu. Or, je ne peux en toute conscience de cause laisser plus longtemps ma fille seule et sans protection dans une région où tous les hommes sont partis à la guerre. L'hiver est presque là, je dois rentrer chez moi.

Je reconnus Sir Charles. Il avait été un appui pour mon père lors de grandes batailles passées, d'où sa présence ici. Mais comme il ne recherchait pas la gloire, il avait fuit les honneurs. Il n'était donc que chevalier. Cependant, il descendait d'une très longue lignée de nobles. Je savais aussi que sa femme, morte il y a quelques années, était une petite-nièce d'Eléazar. Par conséquent, elle devait être, elle aussi, d'un sang très pur en terme de noblesse, même si son alliance avait dû la couper définitivement de sa famille aux dents longues.

Et ce fut là que ses mots me frappèrent: "ma fille". Il n'était pas tout jeune, et cette fille semblait encore vivre avec lui. Etait-elle veuve ou en attente de se marier?

Je me penchai vers Carlisle. Et lui chuchotai à l'oreille.

- Quel âge a sa fille?

- Jeune. Elle est fiancée à Sir Newton.

Ainsi, la réponse avait bien été là, devant mes yeux, durant tout ce temps. Je me mis à rire ouvertement, provoquant des regards d'incompréhension. Ne jamais douter d'Alice ou de mon propre instinct!

Finalement je retrouvai mon calme.

- Vous avez raison. Rentrez chez-vous, je vous le demande. Allez protéger mon peuple et vos familles. Je n'ai plus besoin de votre aide. Mon choix sera annoncé bientôt.

Le Conseil commença à se lever et à affluer vers la porte.

- Sir Charles, une minute s'il-vous-plaît.

Je le vis froncer les sourcils. Surement pensait-il que je voulais parler de son intervention et le réprimander. Je souris, en partie pour le rassurer, et en partie parce que j'imaginais sa future réaction.

Carlisle était resté en retrait. J'ignorais s'il avait compris mes intentions, mais de toute façon il allait être fixé dans quelques minutes.

- Altesse, je ne voulais pas vous offenser!

Sir Charles était rouge de confusion, incertain de ce qui allait lui arriver. Ah, si seulement il se doutait...

Un rire bref m'échappa, prenant totalement au dépourvu le pauvre bougre.

- Sir Charles, je ne vous ai pas demandé de rester pour vous faire des reproches.

L'étonnement se peignit sur son visage.

- Alors pourquoi...?

- Je souhaite vous nommer Comte de la Vallée Rouge. Le dernier héritier du titre étant mort il y a de cela une décennie, il est temps que je le redistribue. Vous êtes un homme fiable, courageux, bon et honnête, j'ai pleine confiance en vous.

- Votre Majesté! Je ne sais que dire! Mais vous êtes le Roi et en tant que tel vous avez tout droit sur nos vie. Comment vous montrer ma gratitude?

- Ce n'est point nécessaire. M'apprêtant à épouser votre fille, mon futur beau-père ne peut être qu'un simple chevalier.

Le nouveau Comte devint livide. J'acquiesçai pour confirmer qu'il avait bien entendu.

- Je...Non, cela n'est point possible. Isabella doit épouser Sir Mike. Il est justement de retour de guerre m'a-t-on appris aujourd'hui. Votre Altesse ,avec tout le respect que je vous dois...

Il commença à balbutier. Je me doutais qu'un homme tel que lui ne verrait pas d'un très bon œil que sa fille entre à la Cour, lieu dangereux entre tous, et obéisse au bon vouloir d'un homme, serait-ce un Roi, sans qu'il soit là pour la protéger. Malheureusement pour lui, j'avais arrêté mon choix sur Isabella, et je changeais rarement, voir pas du tout, d'avis une fois une idée en tête.

- Comme vous venez de le dire, j'ai tout droit sur vos vie. Vous n'avez pas à discuter mes ordres.

J'étais navré d'utiliser ce ton avec lui, mais il était nécessaire qu'il comprenne bien la situation.

- Vous partirez donc comme vous le désiriez, mais avec trois voitures tirées chacune par six chevaux. Des gardes vous accompagneront pour ramener ici votre fille. Je vous laisse lui annoncer la nouvelle. Il n'est pas nécessaire que vous reveniez avec elle, je vous ferai convier quand la date du mariage sera décidée, mais entre temps il serait préférable qu'elle s'habitue à votre absence et à son nouvel environnement. Vous pouvez disposer.

D'un regard, je lui fit comprendre que le sujet était clos.

Il me salua et partit, le visage désormais d'un rouge écrevisse. Le connaissant, aurais-je été un autre, il m'aurait frappé avec acharnement. Mais il était, ici, mains et poings liés.

Alors que je le regardais partir, Carlisle s'approcha.

- Edward, es-tu tombé sur la tête! Cette fille...

- Est la parfaite candidate. Le coupai-je

Je suis le Roi, je ne devrais pas à avoir à me reposer sur la fortune ou l'appui des nobles de ce pays! Si je veux je prends; et je le ferai, car de cela dépend la vie des citoyens. Si je me marie, c'est pour avoir un héritier, pas pour l'or ou les armes.

Je fis une pause pour bien appuyer mes paroles.

La fille de Charles est d'un sang sans tache. Loin de la Cour et élevée par un homme de sa trempe, elle ne sera ni vénale ni impure. J'ai, de plus, toute confiance en son père. Maintenant je n'accepterai plus aucune remarque sur ce sujet. Tu m'a forcé la main pour ce mariage que je ne désirais pas, subis-en les conséquences. Mon choix est fait.

Et je sortis, dignement, sans un regard en arrière, mais sûr d'avoir très prochainement la visite de ma mère.