Après avoir lu vos reviews, il m'a semblé important de préciser une petite chose. Le monde dans lequel évoluent mes personnages est, vous l'avez compris, inspiré en grande partie par le Moyen-âge. Cependant, ce n'est pas le Moyen-âge à proprement parlé. Vous l'avez remarqué, l'univers que j'ai construit ici n'est pas le notre, par conséquent je me réserve le droit de faire apparaître des éléments venant d'autres époques. Ne m'accusez donc pas d'anachronisme.

POV Isabella

J'avais bloqué la porte avec une table, personne ne pouvait entrer dans ma chambre sans mon accord. Allongée sur le lit, mon regard était fixé au plafond. Ma discussion avec Charles repassait en boucle dans ma tête. L'aube se levait et je n'arrivais toujours pas à réaliser comment ma vie avait pût changer à ce point entre le moment où j'étais allée me coucher, dans l'attente du retour de mon père, et cet instant précis où la lumière blafarde du dehors entrait peu à peu par la fenêtre.

Bien sûr, la décision avait déjà été prise bien avant que je l'apprenne. Pendant tout ce temps, alors que j'imaginais un future paisible au sein de la Colline Rouge, il était déjà entendu que j'allai être arrachée à ma famille, à ma maison, à mes forêts et à mes rivières. J'étais chez moi ici, et j'y étais heureuse! Pourquoi la décision égoïste d'un homme, qui vivait à des milliers de kilomètres et qui ne me connaissait pas, avait plus de poids que ma propre volonté concernant mon bonheur?

J'essuyai d'un geste rapide les larmes de rage qui s'étaient remises à couler.

Flashback

- La future Reine, c'est toi.

Je reculai de stupeur avec l'impression que Charles m'avait assené une gifle. Les mots qu'il venait de dire n'avaient aucun sens.

Mais il ne soupirait plus, toute ombre de doute avait disparu de son visage, il avait désormais cet air grave qu'il arborait lors des décisions importantes qu'on ne devaient pas remettre en question.

- Tu pars demain, ordre royal.

Je commençai à suffoquer, mon père me chassait de chez lui, il ne voulait plus de moi. S'était-il au moins battu pour moi?

- Je ne veux pas!

Ce cri était parti de lui-même, sans que je puisse le retenir. Je le regrettai aussitôt.

Mon père était devenu rouge de colère. Il s'était levé et me dominait de toute sa hauteur.

- Il est de notre devoir d'obéir au Roi! Aucun sujet de sa Majesté ne peut désobéir à ses ordres. C'est un honneur qu'il fait à notre famille. Ne me fais pas honte, Isabella!

- Je vous hais!

Je me relevai et partais en courant.

fin du flashback

Charles avait toujours été fidèle à son Roi: au père d'abord, puis au fils. Je n'avais juste pas réalisé l'importance de son attachement.

Je soupirai. Bien sûr, c'était un honneur pour les Swann. Jusque là pauvre, sans descendant de sexe masculin, notre Maison, qui avait été si puissante il y a deux siècles, allait s'éteindre et disparaître dans le néant de l'Histoire. Aujourd'hui, on lui permettait une nouvelle naissance grâce à mon mariage avec Edward II.S'il ne portait pas notre nom, le future Roi n'en sera pas moins de notre sang.

Belle revanche, certes, mais pourquoi cela devait-il se faire à mes dépends.

Je poussai un long soupir, et me tournai sur le côté pour faire face à la fenêtre. La lumière du jour augmentait. Avec elle, c'était mon départ qui se préparait. J'imaginait les servantes en pleine ébullition. "Lady Isabella future Reine du Royaume du Nord", quelle nouvelle, quel chamboulement cela devait être dans leur monde étriqué!

Certainement, mes bagages seront-ils vite faits: la fiancée du Roi ne porte pas les même atours que la fille d'un chevalier. Mes frusques resteront ici, nous n'emporterons que le stricte nécessaire pour le voyage. Par contre dans les cuisines ce devait être le branlebas de combat...

Ma main se porta à mon cou pour caresser doucement la chaîne qui s'y trouvait. Elle avait appartenu à ma mère. Il y pendait une unique perle. Malgré sa simplicité et son peu de valeur, ce bijoux était ce à quoi j'attachais le plus de prix. Quoi qu'on me dise une fois au Palais, je me promettais de ne jamais le retirer. Il me rappellera d'où je viens et qui je suis.

Je fermai les yeux, priant pour que le temps s'arrête.

J'entendis alors quelque chose frapper aux carreaux de ma fenêtre. En ouvrant les yeux, je me trouvait presque nez à nez avec Angela.

Je lui ouvris rapidement. Elle entra tranquillement dans ma chambre comme s'il s'agissait de la porte d'entrée. Avec un léger sourire, je secouai la tête en levant les yeux au ciel.

Elle s'assit à une extrémité du lit, me laissant l'autre.

- Cela doit être un choc.

Je retins la remarque acerbe qui me vint à la bouche à cet instant. Mieux valait la laisser d'abord exposer son point de vue, je lui devais bien ça.

- Vous savez, quatre domestiques vont vous suivre, et je suis l'une d'entre eux! Nous allons rester ensemble!

Son grand sourire me réchauffa le cœur. Au moins je ne serais pas seule. Un sentiment de soulagement m'envahit.

- Jessica aussi...

Mon sourire se transforma aussitôt en grimace, décidément je ne pouvait pas lui échapper. Mais Jessica était le dernier de mes soucis en ce moment.

- Fuyons! Angela, partons toi et moi!

Cela sortait du plus profond de mon cœur. Je sentais qu'un fois au château, j'allai étouffer, que tout serait fini: plus de liberté, surveillée par tout le monde, une vie régie par des règles ancestrales, soumise à un mari despotique à qui personne n'a jamais dit non.

- Bella, vous avez toujours rêvé d'avoir votre vie entre vos mains. En étant Reine, vous n'aurez plus que deux personne au-dessus de vous: Dieu et le Roi!

Elle ne comprenait décidément pas qu'en compensation des devoirs que j'aurai, les quelques droits qu'on m'octroiera étaient infimes, un goutte dans l'océan.

Le cri d'un corbeau résonna dans le petit jour. J'étais las, je ne voulais pas argumenter. J'ouvris la fenêtre qui donnait sur un frêne. Avec la facilité de l'habitude, je sautai sur sa branche la plus proche et descendis jusqu'au sol avant de partir en courant vers le bois à l'orée du domaine.

Déjà enfant, je courrais ainsi, attirée par l'odeur des pins. après avoir échappé à la surveillance des adultes. J'avais appris toutes les ruses imaginables pour être la plus discrète et la plus fugitive possible. Mes parents s'étaient souvent faits des cheveux blancs par ma faute.

J'avais arrêté de courir, je marchais désormais rapidement, sachant toujours exactement où je devais aller. Les environs n'avaient plus aucun secret pour moi.

Arrivée au niveau des arbres je ne ralentis pas mon allure. J'évitai les obstacles qui m'étaient familiers depuis toujours. J'arrivai enfin à destination: une clairière...ma clairière.

Le lieu était désert. Durant cette saison, on ne pouvait deviner à quel point cet endroit était enchanteur le reste de l'année. Avec le retour des oiseaux, la fin de la période d'hibernation et l'éclosion des fleurs, on aura l'impression d'avoir franchi les portes du paradis. Mais je ne serai plus là. Cette année avait été la dernière...sans que je le sache.

Je m'allongeai sur l'herbe, me moquant de la rosée matinale. Cette matinée était tout ce qui me restait pour faire mes adieux.

Reviendrai-je un jour? Dans combien de temps?

L'avenir semblait incertain. Jamais jusqu'à aujourd'hui je n'avais eu autant de doutes le concernant...tout avait était si confortable, planifié et décidé des années auparavant.

Cette clairière avait un pouvoir d'apaisement sur ma personne. Au bout de quelques temps, je me sentis prête à rentrer et affronter ce qui se préparait.

C'est alors que je sentis une chose froide se poser sur ma joue. J'ouvris les yeux pour découvrir des flocons voleter doucement autour de moi. La neige allait compliquer le voyage, je devais rentrer immédiatement, l'escorte royale voudra certainement partir le plus tôt possible.

Après avoir jeter un dernier regard en arrière, je m'enfonçai de nouveau entre les arbres.

Deux semaines plus tard...

La voiture cahotait. Le chemin était encore long. Je rêvais d'un moyen de transport plus confortable. Le soir, nous campions et le reste du temps nous la passions serrées dans la voiture, Angela, Jessica, la femme de chambre Marceline et moi. Pourtant, c'était une voiture plus grande que la moyenne, mais au fil des jours, nous avions l'impression qu'elle rétrécissait. Déjà, avant même mon arrivée au Palais, j'étouffais. Les villages traversés laissaient apercevoir des manants affamés. Les paysages étaient nappés de blanc.

La neige n'avait cessé de tomber depuis mon rapide passage dans la clairière. Après mon retour, les choses s'était vite enchaînées. J'avais à peine eu le temps de faire mes adieux aux personnes que je quittais. Mon père me serra brièvement dans ses bras, et me laissa partir.

Jamais je n'oublierai la vue de ma maison s'éloigner peu à peu à travers la fenêtre de la voiture. Pendant des heures, j'étais restée immobile fixant le point où avait disparu depuis longtemps ma demeure, serrant la main d'Angela et retenant les larmes qui montaient.

Jamais je n'avais autant ressenti ce sentiment d'injustice qui s'empara de moi à ce moment-là.

Soudain, la voiture s'arrêta. Bientôt un homme du Roi apparu à la porte.

- Ma Lady, nous devons nous arrêter quelques temps, la route est bloquée.

Je descendis aussitôt du véhicule, ravie de me dégourdir les jambes. Très rapidement la raison de cet arrêt me devint visible: un énorme chêne était tombé en plein milieu de notre route.

Les hommes se mirent vite à l'œuvre. Mes compagnes de voyage étaient restées dans la voiture à cause du froid. je voyais s'étendre devant moi quelques heures de liberté. Un sourire vint étirer mes lèvres.

Je m'étais enfoncé dans la forêt en faisant bien attention de marquer mon chemin pour le retour. Les arbres étaient hauts et me protégeaient de la neige.

Je débouchai, après une demi-heure de marche, sur une trouée.

Devant moi s'étalaient des chanterelles. De tous les champignons, elles avaient toujours été mes favoris. Avec mon étole, je commençai à faire un paquet pour en emporter le plus possible. Par ce temps et en période de famine, c'était à mes yeux un véritable miracle, un de ceux que seule la Nature puisse nous offrir.

Je perdis la notion de toute chose alors que je me plongeais entièrement dans ma récolte.

J'allai d'un point à l'autre, cueillant ici et là. Je me revoyais enfant, perdue au milieu des jonquilles, faisant un bouquet (le gros possible!) pour l'anniversaire de ma mère.

J'avais presque fini mon ouvrage quand un bruit se fit entendre dans mon dos.

Je m'immobilisai, attendant que la personne qui venait d'arriver fasse connaître sa présence, mais rien ne se produisit. Seule le bruit d'une respiration me parvint.

Doucement, l'air de rien, je me retournai. Je restai tétanisée face à la vue qui s'offrait à moi.

Un loup, les babines retroussées sur des crocs qui me semblèrent démesurés, me fixait, prêt à me sauter à la gorge. La faim ne touchaient pas que les hommes...

Ne me laissant pas l'occasion de réagir, la bête fléchit les pattes et bondit. Un cri désespéré m'échappa.