Comme promis je vais me rattraper. Voici un des trois chapitres que je publierai ce mois-ci. J'espère qu'il sera à la hauteur des autres.
POV Isabella
Bien au chaud dans mon lit je refusais d'en bouger. Une tempête de neige sévissait au dehors, rendant mon édredon étonnement attirant. Le froid semblait ne plus vouloir se déloger. Certains craignaient qu'il se soit installé pour un long moment. Le mot "malédiction" circulait un peu partout.
Je caressais d'une main distraite le pelage doux d'Ash. Ash était mon nouvel animal de compagnie.
Au matin du départ du roi, Seth m'avait apporté un panier avec une rose et une lettre de mon fiancé. La rose provenait du jardin enchanté ; l'aura qui s'en dégageait ne laissait aucun doute quant à sa nature magique. La couverture avait bougée et j'avais découvert ce petit chat blotti dessous. Je sus aussitôt que nous allions vivre une belle amitié. Il ne m'avait plus quitté depuis. J'ignorais comment Edward l'avait choisi, mais il semblait que son instinct était bon, très bon même… Cela était rassurant étant donné qu'il s'agissait de l'homme dont dépendait toutes les décisions du royaume…
La lettre était posée sur ma coiffeuse. Elle était simple, courte, sincère.
Isabella,
Je me vois contraint de vous abandonner, mais je vous laisse entre les mains d'Esme, d'Alice et de Ben. Si ma confiance est difficile à gagner, ceux-ci l'ont mérité à maintes reprises. Vous trouverez ci-joint un petit cadeau qui, je l'espère, vous fera un peu penser à moi pendant notre séparation.
Votre serviteur,
Edward
Nous nous connaissions encore peu et nous avions laissé de côté les sujets importants. Pour le moment nous devions nous apprivoiser et trouver un terrain d'entente… et il s'y prenait plutôt bien.
Angela était occupée en partie à coudre, en partie à me raconter les dernières nouvelles. Depuis toujours je me reposais sur elle pour avoir des informations sur le monde qui m'environnait. Mon père avait toujours eu à cœur de me protéger de tout ce qui aurait pu ternir mon "innocence". Très vite j'avais donc dû avoir recourt à mon amie et elle ne m'avait jamais déçue.
Il était surtout question de la guerre et des nouvelles du front. Les choses semblaient stagner. Or sur la durée nul doute que notre armée ne tiendrait pas la distance. Il se murmurait que nos adversaires étaient protégés par la magie des Trois Frères, qu'ils ne craignaient ainsi ni la faim, ni le froid, ni la peur. Tout cela me semblait être une histoire montée de toute pièce, inspirée par la crainte et la légende qu'avaient réussi à construire ces trois hommes.
Ces récits me firent m'enfoncer un peu plus sous les couvertures. L'idée de ces hommes dans le froid et la boue à se battre pour leur vie me glaçait jusqu'à l'os. Je pensais aussi à Sir Mickaël. J'avais appris qu'il avait été envoyé dans les premières lignes du front. S'il n'était pas mort à l'heure qu'il était, il le serait dans peu de temps. J'avais rapidement fait le lien. Je savais que le roi était derrière cette décision. Angela m'avait rapporté les soulèvements organisés par mon ancien fiancé. Cela m'attristait d'être la cause de sa chute. Son crime n'avait été que de m'aimer un peu trop.
Je soupirai. Ash vint se blottir tout contre moi en baillant. Je devait pourtant me lever. Il n'était pas recommandé de rester au lit toute la journée. Je devais continuer à paraître et circuler parmi la noblesse restée au château en attendant que leur terres soient plus sûres et le temps moins détestable.
Je me levai en soupirant et demandai à Angela d'aller chercher quelques victuailles ; j'allai avoir besoin de toute l'énergie possible pour affronter la journée.
POV Angela
Je me hâtais, essayant d'ignorer les frissons qui me parcouraient le dos. Mes pas résonnaient et je manquai de sursauter à chaque fois.
Il faisait presque nuit en plein jour. Les couloirs du palais étaient obscurs en dehors des voies principales. Les chandeliers ne semblaient brûler qu'à moitié. Je frissonnais en me rappelant ce qui se disait en ce moment.
Plusieurs servantes juraient avoir vu le spectre d'une femme. Le phénomène durait depuis une semaine. A chaque fois la personne était seule mais la description de chacun des témoins semblait correspondre. On l'apercevait toujours à l'autre bout du couloir et soudain le fantôme disparaissait dans un mur après avoir poussé une plainte lugubre.
L'idée de tomber nez à nez avec une femme morte suffisait à pour hérisser mes cheveux. Je n'était d'ailleurs pas la seule. Très vite les serviteurs diminuèrent au maximum leurs allers et venues. On préférait désormais faire d'une pierre deux coups : cela diminuait les risques d'un tête à tête déplaisant. Jamais les couloirs n'avaient été aussi vides. J'avais moi-même annulé plusieurs de mes rendez-vous en soirée avec Ben. Si les couloirs étaient lugubres le jour, ce n'était rien en comparaison de leur aspect la nuit.
Je respirai profondément et essayai de me concentrer sur ma tâche.
POV Seth
Nous revenions vers les appartements principaux après une très longue journée.
J'étais partagé entre le rire et la pitié depuis mon premier jour en tant que garde du corps de Lady Isabella.
Je l'avais appréciée dès notre rencontre. Je m'attendais à trouver une femme typique de la Cour. Malheureusement, si vous voulez mon avis, la noblesse du pays est sérieusement décadente. Toute personne en dessous de leur caste est traitée avec mépris ou ignorée. Nous, serviteurs, faisons partie du mobilier… nous sommes des meubles, quoi. Pourtant notre éducation est aussi bonne que la leur selon moi. Finalement ce sont des bons à rien, même pas capables de s'habiller tout seul ou de se faire à manger. Au moins les hommes servaient à la guerre ; mais leur femmes ne faisaient que pérorer à longueur de journée… Bref, à part la famille royale et les proches du roi, je les mettrais bien à la cuisine et au ménage. On verrait bien qui rirait.
Lady Isabella cependant n'étais ni guindée ni méprisante. Elle avait toujours un sourire à disposition ; enfin pas pour tout le monde. Je ris en me souvenant de la scène de cet après-midi.
Ma maîtresse était en pleine discussion avec quelques dames de la Cour. Dans un groupe tout proche, à portée de voix, lady Tanya accaparait l'attention comme la poule de bassecour qu'elle était.
- Mais le Royaume du Nord est si étendu. Dans la noblesse même il y a des degrés inférieurs aux nôtres. Pour titre d'exemple prenez les Dolohaire ou les Swan, qui est-ce ? Personne. De petits paysans anoblis pour faire plaisir aux rednecks du coin.
Lady Isabella l'avait, comme tout le monde, entendue. Je voyais bien qu'elle se retenait de toutes ses forces de ne pas lui sauter à la gorge. Il faut dire que d'où elle venait les règlements à mains nues devaient être plus courant qu'ici.
Elle respira un grand coup, se força à sourire et répliqua d'un ton mielleux :
- Pas si inconnus, ma réputation de fille vertueuse est ainsi parvenue aux oreilles du roi. Mais elle n'est certes pas aussi répandue que la vôtre TANYA. Je me permets d'oublier le "lady" nous savons tous dans ce château, pardon, dans ce ROYAUME, que vous n'êtes plus digne depuis longtemps de cette marque de respect. Vous devriez faire bonne figure devant moi, je me montrerai peut-être suffisamment généreuse dans l'avenir pour convaincre un marchand de vous épouser malgré vos péchés. Après tout je suis la future Reine de ce "Royaume de Nord si étendu".
- Cela reste à voir ! Pour le moment ISABELLA vous n'êtes qu'une invitée, et une inconnue pour Edward. JE le connais très… personnellement. Nous avons partager des nuits dont une petite fille telle que vous n'avez même pas l'idée.
- Et après la chose conclue il vous demandait de disposer sans même attendre que vous soyez rhabillée. Une noble ? Laissez-moi rire. Vous êtes un sujet de mépris pour toute les femmes de ce palais, et un sujet de moquerie pour tous les hommes. J'imagine les discussions entre vos différents amants, comparant leur expérience, parlant de vous comme d'une catin. Car c'est ce que vous êtes Tanya, et l'argent et le pouvoir de votre père n'y changeront rien.
Une grande partie des dames présentes hochèrent de la tête aux paroles de lady Isabella. Lady Tanya chercha autour d'elle un soutien, mais personne ne prit sa défense. Au contraire, toutes acquiesçaient silencieusement leur assentiment. Celle-ci fit un demi-tour sur elle-même et partie sans rien ajouter.
Evidemment sa colère calmée, Bella avait rougi et culpabilisé d'avoir été aussi dure, mais Alice et moi lui assurèrent que Lady Tanya avait méritée tout ce qui lui avait été dit. Alice sautillait partout, contente d'avoir vu Lady Isabella se défendre aussi bien aux attaques mesquines de l'ancienne maîtresse du roi. Personnellement je trouvais que ce dernier aurait pu trouver une fille plus agréable pour partager son lit. Cette Tanya paraissait détestable, prétentieuse, et faisait payer bien cher ses quelques nuits de plaisir. Au moins avec les prostitués on connaissait le prix d'avance.
Nous arrivions dans les quartiers de la Reine (de la future reine dans ce cas précis) quand Bella poussa un cri de surprise. Sur le pas de la porte un bouquet de roses rouges était posé. Elle s'avança pour les ramasser. Soudain un mouvement attrapa mon regard. Je me précipitai sur elle et la tirai brutalement vers l'arrière. Lady Isabella et Alice me regardèrent sans comprendre. Je mis la main dans ma poche et y trouvai quelques billes. Je les lançai une après l'autre sur le bouquet… et une vision d'horreur se fit devant nous.
Un boomslang se dressa entre les tige, la gueule béante. Le serpent le plus venimeux des contrées du sud se trouvait devant nous.
POV Isabella
J'étais de retour entre mes couvertures. Je tremblais de tous mes membres. Ash léchait ma paume pour me réconforter. Je pouvais entendre Seth donner des ordres aux autres gardes. Il avait fallu quelques temps pour que le serpent soit rendu inoffensif. Finalement un palefrenier du château était venu avec une fourche et avait transpercé sûrement et simplement l'animal. La maladresse des gardes face à la situation aurait été drôle si je n'avais pas été aussi choquée et effrayée.
La mission principale de Seth désormais était de trouver au plus vite la personne qui m'avait visée. Je frissonnai de plus belle. L'idée que quelqu'un veuille me tuer était horrible. Je n'avais jamais eu aucun ennemi et aujourd'hui tout le monde devenait suspect. Et j'avais bien failli être mordue ; sans la rapidité de Seth… Désormais je devais la vie à Ben ET à Seth. Combien de fois encore allais-je frôler la mort cette année ?
Angela était partie préparer du thé et Alice avait voulu prévenir Esme au plus vite. Il semblait que je ne dormirai pas toute seule ce soir…
Je pris Ash dans mes bras et le serrai conte moi. Ce contact chaud et doux me mis du baume au cœur. J'espérais que le problème soit vite réglé afin qu'Edward n'ait pas à être prévenu. La situation était suffisamment difficile au front pour qu'il doive aussi s'inquiéter de ce qui se passait au palais.
Quelqu'un toqua à la porte. En l'absence d'Angela je me levai et allai répondre. J'y trouvai Seth en compagnie d'un homme brun assez grand et mince.
- Voici J., c'est lui qui veille à votre porte le soir. Je tenais à vous le présenter officiellement avec la nouvelle... heu… situation. S'il arrive quoi que ce soit ce soir J. sera là, sur le seuil. Vous n'avez rien à craindre.
- Madame, vous pouvez compter sur moi, je suis votre serviteur.
Je lui adressai un signe de tête. Je ne devais pas avoir l'air très royale en ce moment.
J. s'inclina, m'adressa un sourire et partit.
Je remerciai Seth, lui assurai que j'allais bien et que j'avais pleine confiance en lui pour attraper le coupable. Je refermai la porte et m'effondrai sur mon lit. J'étais las. Depuis mon arrivée ici j'avais l'impression de ne pas avoir eu un instant de repos.
Quatre jours plus tard
Malgré les efforts de Seth nous ignorions toujours qui avait déposé ce serpent sur le pas de ma porte. Ben et lui faisaient une bonne équipe, mais à part interroger les personnes présentes dans le palais… Les soupçons s'étaient porté sur lady Tanya. Des bruits courraient qu'elle avait voulu me punir de mes paroles lors de notre altercation. Mais un serpent de ce type avait dû être apporté depuis les déserts du Sud, et trouver des roses à cette période… Tout avait été planifié ; ce n'était pas les faits résultant d'un coup de colère. Bien sûr la haine de Tanya envers ma personne ne datait pas de cette semaine… De toute façon il aurait fallu des aveux puisque nous n'avions aucune preuve. Or le coupable n'allait certainement pas venir se dénoncer en souriant.
Je soupirai. Je me dirigeais vers le jardin que m'avait montré Edward. Depuis ces derniers jours c'était le seul endroit où j'oubliais tout. J'avais donc pris l'habitude de m'y rendre après déjeuner. J'avais les nerfs à vif et je préférais m'isoler plutôt que d'être désagréable avec mes amies et mes serviteurs.
Tout à coup tout se passa comme au ralenti. J'entendis quelqu'un crier mon nom.
- BELLA ! ATTENTION !
Le visage d'Alice.
Mes yeux firent le tour de la pièce.
Le lustre qui tombait.
J'étais dessous.
