Lilly avait pâli (plus que d'habitude) en lisant la lettre. Elle manqua de basculer en arrière. Elle n'en revenait pas, comment avaient-ils pu relâcher ce malade ! Son esprit s'embrouilla et elle revécut d'un coup son agression. Le choc fut tellement violent qu'elle dut s'asseoir. Stillman s'approcha doucement. Il voulut poser une main réconfortante sur son épaule mais il se ravisa pensant que ça ne ferait qu'accentuer son chagrin. Lilly ne desserrait pas les dents et on pouvait facilement remarquer qu'elle retenait ses larmes.
« Lilly ! dit Stillman en essayant de paraître sévère, je ne veux pas que vous retourniez sur le terrain. »
S'il avait envoyé cela aussi durement c'était pour que Lilly ne réplique pas. Il savait mieux que personne qu'elle vivait pour son métier. Mais dans son envie de la protéger à tout prix, il n'avait pu se retenir de prononcer ces mots avec conviction, voire avec dureté. Il ferait n'importe quoi pour éviter que Downs, ce fou furieux, refasse subir à Lily ce qu'elle avait enduré plus jeune. Il fit un bond de plusieurs années dans le passé.
Flash-back
« Je suis fier de toi Lilly, tu t'es débrouillée comme un chef.
- Oui...Il restera longtemps en prison ?
- Normalement, il en a pour un sacré bout de temps.
- J'espère.
- Tes parents ne sont pas venus ?
- Non, quand je suis partie, maman dormait et j'ai pas voulu la déranger.
- Et ton papa ? Il doit surement être au boulot ?
- Papa, il est parti de la maison depuis 4 ans.
Les portes du tribunal s'ouvrirent et l'on vit apparaître son agresseur, un sourire narquois aux lèvres. Passant devant Lily, il eut le temps de lui glisser à l'oreille :
« T'inquiète ! Je reviendrai vite te voir ma petite puce. N'oublie pas ! »
Stillman, d'un geste protecteur, fit passer Lily derrière lui et jaugea le jeune homme de 20 ans, toujours le sourire aux lèvres. Lilly se blottit contre le l'inspecteur qui avait su si bien prendre soin d'elle et ce dernier se baissa pour arriver à hauteur de son visage.
« Je ne le laisserai plus jamais t'approcher, tu entends. »
De retour à notre époque, ils n'avaient pas fait le moindre geste. Figée après cette révélation, Lilly était dans ses pensées. Scotty, qui était arrivé entre-temps, avait tout de suite compris que quelque chose n'allait pas. Inquiet de leur attitude pour le moins étrange, il décida d'entrer dans le bureau. Son entrée fit sortir les deux autres de leurs pensées.
« Lilly, tu viens interroger Linius avec moi ?
- Non, elle reste au central », dit Stillman, plus sèchement qu'il ne l'aurait souhaité.
Scotty fixa son chef. Il aurait voulu être mis au courant de l'histoire, mais malgré son regard insistant il n'eut droit à aucune réponse. Il s'en alla donc et embarqua Nick au passage. Lilly profita du fait que tout le monde soit occupé pour sortir du bureau et aller sur le balcon. Les yeux dans le vague et l'esprit ailleurs, elle avait peur de ce qui pourrait arriver une fois ce tordu de Jack dehors. Elle se remémorait les paroles de son chef cette journée-là ! Elle replongea dans ses souvenirs.
Flash-back
« Lilly, veux-tu que je te ramène chez toi ?
- Non, c'est gentil mais je peux me débrouiller seule.
- Tu habites où ?
- A Kensington.
- Oh ! mais s'est sur mon chemin. Et puis ça fait une sacrée trotte d'ici.
- Mais…je dois faire un détour pour aller chercher ma petite sœur à l'école. Je ne veux pas vous embêter.
- Tu ne m'embêtes pas du tout, au contraire. Mais t'as mère ne peut pas s'en charger à ta place ?
- Euh... elle peut pas, elle travaille. »
Voyant le peu d'assurance avec lequel elle avait répondu et remarquant la petite tête blonde baissée, soudain très occupée à regarder ses pieds, Stillman comprit qu'elle mentait. Ne voulant pas la laisser partir seule, surtout après son agression, il insista.
« Je n'ai qu'à faire un petit détour. Ca ne me dérange pas.
- Oui, mais vous allez être en retard pour votre dîner. Et votre femme va s'inquiéter.
- Si tu es en retard par ma faute, c'est ta mère qui va s'inquiéter. Et à vrai dire, ma femme et ma fille ne m'attendent pas, elles ne sont pas chez moi.
- Très bien, j'accepte alors.
- Allez ! en voiture et n'oublie pas…
- De m'attacher ? Je suis plus une gamine ! »
Dans son for intérieur, Stillman regrettait justement qu'elle n'ait eu que si peu de temps pour grandir. La porte de la voiture claqua.
De retour dans le présent, Stillman venait de franchir la porte vitrée. Il se posta droit devant Lilly :
« Lilly, je ne veux pas que vous restiez seule. On va installer une voiture balisée devant chez vous.
- Hors de question, pour qu'il se rende compte que rien qu'à l'idée qu'il soit dehors je suis apeurée comme une petite fille.
- Dans ce cas, il n'y a plus qu'une solution. Je peux vous accueillir chez moi. »
Voyant qu'elle était troublée, il enchaîna :
« C'est un ordre. Vous resterez le temps qu'il faudra mais au moins vous serez en sécurité. Je vous ai fait une promesse et je compte bien la tenir. »
Ils rentrèrent à l'intérieur. Scotty et Nick, était revenu au centrale car leur interrogatoire ne s'était pas passé comme prévu. En effet, leur suspect numéro s'était carapaté. Mais en voyant Lilly et Stillman, à leur mine crispées, ils en oublièrent leur enquête. A son habitude, Nick ne pu s'empêcher de retenir une vanne, pas forcément approprié et absolument puérile vu la situation :
« Vous avez vu un fantôme ou quoi ? lança-t-il d'un air moqueur.
- Alors, vous avez trouvé quelque chose à nous mettre sous la dent ? dit Stillman faisant mine de n'avoir rien entendu.
- Non, figurez-vous qu'il s'est fais la malle, bougonna Nick, vexé que sa blague soit tombée à plat.
- On trouvera bien une nouvelle piste, enchaîna Scotty.
- Je vous fais confiance. »
Le reste de la journée se passa le plus tranquillement du monde. Mais, malgré les efforts de Lilly et de Stillman pour cacher leur anxiété, tous comprirent que quelque chose d'inhabituel se tramait. A la fin de la journée, ils furent tout surpris de voir Lilly monter dans la voiture de Stillman et leur inquiétude augmenta d'un cran. Le trajet se fit dans un silence troublant. Ils ne parlaient pas. Lilly préférait regarder par la fenêtre plutôt que de voir la mine attristée de Stillman, son expression de pitié. Du moins, c'est ce que pensait Lilly. Son père parti de la maison lorsqu'elle avait 6 ans, elle ne comprenait pas qu'il s'agissait du regard attendri d'un père. Devant la maison de Stillman, ils descendirent, toujours en silence. Lilly fut frappée par la simplicité de la maison (autant dire austère) de son chef. Il le vit à son air étonné :
" Ne me dites pas que vous vous attendiez à voir la maison de Blanche-Neige !"
Lilly rit de bon cœur à cette idée. Ils entrèrent dans la maison et Lilly s'aperçut que l'extérieur ne reflétait pas du tout l'ambiance accueillante et apaisante de la maison. Elle scruta chaque recoin, discrètement bien sûr. Il était l'heure de diner et Stillman alla voir ce qu'il pouvait trouver dans son frigo.
« Vous êtes bonne cuisinière ?
- Disons, que si vous n'avez pas peur, soit de vous étouffer, soit de manger carbonisé, je peux toujours essayer.
- On va le faire à deux, on aura peut-être plus de chance de manger quelque chose de comestible.
- Pourquoi pas ? Après tout, qui ne tente rien n'a rien. »
Ils s'affairèrent dans la cuisine. Malheureusement, le résultat fut comme l'avait prévu Lilly : tout était brûlé. Les pâtes immangeables, dures comme fer…et ne parlons pas du poulet ! De plus, Stillman, pas très au point au niveau du dosage des ingrédients, avait mis tellement de piment qu'une seconde odeur venait s'ajouter à celle du cramé. Ils rirent du désastre. Stillman avoua qu'il connaissait une bonne pizzeria. Il commanda une royale au jambon/fromage et s'installèrent devant la télé. Quelques minutes plus tard, on sonna à la porte et Stillman alla ouvrir. Il prit son portefeuille et demanda au livreur :
« Merci bien, je vous dois combien ?
- A vrai dire, je préférerais faire un échange, dit l'homme en pointant une arme vers lui. »
